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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 21:28

Baden BadenLu par Gilles Pudlowski, Mina Merteuil.

 

Un guide de voyage littéraire? Chouette idée! C'est celle qu'ont eue les deux meneurs des éditions Andersen, Jean-Paul Klée et Olivier Larizza. Ambitionnant de proposer à leurs lecteurs des guides de voyage atypiques, ils ont commencé par évoquer Baden-Baden, station thermale allemande au passé prestigieux. Cela donne "Les charmes de Baden-Baden", un tout petit livre bien compact, facile à prendre en voyage, dans lequel s'invite un hôte de marque: Gérard de Nerval.

 

De lui, on ne dira rien, si ce n'est qu'il restitue la splendeur aujourd'hui insoupçonnée de la ville de Baden-Baden et de ses hôtes. Les pages citées, intitulées "Souvenirs de Baden", sont méconnues; elles convoquent les personnalités d'une époque qui fait rêver, tel le flambeur Fédor Dostoïevski, habitué du casino.

 

En résonance, arrive un bouquet d'évocations de Jean-Paul Klée, qui recrée à plus d'un siècle de distance ce que peut être aujourd'hui un voyage vers Baden-Baden, au départ de l'Alsace. Si l'on fait abstraction l'utilisation agaçante de l'esperluette, la prose du poète alsacien emmène agréablement le lecteur d'aujourd'hui vers ce qui l'attend. Cela, avec un certain sourire et un regard qui aime aller voir dans les chemins de traverse, voire se montrer imaginatif.

 

Ces deux interventions sont assorties de notes explicatives, volontiers instructives, en particulier en ce qui concerne Gérard de Nerval, qui évoque un monde qui n'est plus. Enfin, c'est Olivier Larizza qui assure les aspects les plus prosaïques du voyage, en indiquant ce que l'on peut découvrir dans la cité thermale, sur un ton amusé et parfois décalé.

 

La lecture a-t-elle été minutée? Je suis certain que ce livre de 90 pages écrites plutôt gros suffira pour une lecture tranquille et pétillante lors d'un voyage en train entre Strasbourg, siège d'une antenne de l'éditeur, et Baden-Baden - histoire de se mettre dans l'ambiance. Les auteurs promettent d'autres livres du même genre, plaçant en résonance un poète ancien et un écrivain actuel autour d'une destination de voyage. On se réjouit.

 

Gérard de Nerval, Jean-Paul Klée, Olivier Larizza, Les charmes de Baden-Baden, Paris/Strasbourg, Andersen, 2016.

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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 21:30

Pignat EcosseDéfi Premier roman.

 

Passer de la nouvelle au roman: c'est le grand saut pour tout écrivain. En cette rentrée littéraire romande, l'auteur suisse romand Cédric Pignat s'y est essayé. Il propose "D'Ecosse", un roman marqué par la présence de John Steinbeck et Robert Louis Stevenson et habité, comme son titre l'indique, par l'Ecosse.

 

L'intrigue semble à la fois brève et difficile à cerner dans ses enjeux: curieusement obnubilé par un fait divers impliquant la mort violente de deux adolescentes en Ecosse, un personnage mordu de lectures, probablement Suisse, sans doute fonctionnaire sans histoire, décide d'y aller voir de plus près. Ses motivations? Elles sont mystérieuses, troubles sans doute, mais en tout cas, il ne va pas mener l'enquête en vue de révélations fracassantes. Le roman se termine du reste simplement sur la vision de la tombe de l'une des jeunes victimes, Fay McMullan.

 

Une fois de plus, l'auteur épate son lectorat par un style très travaillé, très écrit, dont la beauté ne peut qu'étonner. La scène d'ouverture, observée de près dans un aéroport, s'avère ainsi fort belle. Le langage de l'auteur, sa voix en somme, semble même s'être étendu depuis les nouvelles du recueil "Les Murènes", l'auteur creusant le sillon du beau verbe sans relâche. Les mots rares et précieux ne manquent pas. Cela suffit-il pour tenir la distance?

 

On l'a dit, l'intrigue reste floue. Cela laisse l'impression tenace que "D'Ecosse" peine à guider son lecteur. Le voyage littéraire s'offre du reste des détours plutôt longs, déclinés à plus d'une reprise en énumérations étirées, et où s'étendent des allusions biographiques amples au sujet des écrivains Robert Louis Stevenson et John Steinbeck, reflets avant tout des manies de lecture de l'un ou l'autre personnage. Enfin, l'alternance entre les différentes personnes, dispositif permettant de différencier les personnages, s'avère assez difficile à suivre. Cela, même si l'utilisation du "tu" pour donner la parole au narrateur permet à l'auteur d'interpeller le lecteur de façon forte.

 

"D'Ecosse" est un roman dense, long et sinueux (il aurait mérité d'être élagué, sans que soit compromise une certaine ambition de tout dire), souvent difficile à suivre en raison d'un fil conducteur en traitillé. On n'y trouvera pas non plus le son des cornemuses (ce qui n'est pas forcément un tort...), les ambiances des pubs n'arrivent que de manière épisodique, et on aurait attendu que l'auteur soit parfois plus proche de l'action que d'un style qui, souvent, a des allures de fin en soi.

 

Pourquoi lire "D'Ecosse" quand même, alors? Sans doute pour les beaux mots en pagaille, pour les phrases ouvragées, même si elles sont parfois bien longues. Il est donc permis de voir en "D'Ecosse" un message adressé avant tout aux passionnés du verbe ciselé et de l'art (littéraire) pour l'art.

 

Cédric Pignat, D'Ecosse, Vevey, L'Aire, 2016.

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Caro[line],Chrys, Emma, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, MyrtilleD, Séverine, Violette.

 

Rêverie d'un instant

 

C'est une rêverie dans mon coeur en délire,

C'est une rêverie, et mon coeur a vingt ans.

Il gambade, vois-tu, heureux et palpitant,

Car il voudrait, ce soir, t'arracher un sourire.

 

Il voudrait t'enchanter en grattant sur sa lyre

Et chanter le soleil et l'ardeur du printemps,

Versifier la nature en un rire éclatant

Et t'offrir le bonheur en des mots qu'il inspire.

 

Mais le soir est passé, la nuit fait place au jour

Et le temps passe aussi, sans espoir, sans amour,

Mon coeur était joyeux, toi tu étais farouche.

 

J'avais rêvé, vois-tu, de cueillir un baiser

Et rêvé plus encor qu'il m'était refusé...

Mais tu me l'as donné, brusquement, sur la bouche.

 

Maguy Brunet (1932-2016), dans Moniteur du Caveau stéphanois, numéro 132/octobre 1984.

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 20:23

Magini SeulLu par Folies d'encre, Goliath,

Défi Premier roman.

Le site de l'éditeur; merci pour l'envoi.

 

Trois regards alternés sur une tragédie. Le premier roman de Marco Magini frappe fort: fruit d'une obsession, "Comme si j'étais seul" est un livre profondément tragique qui illustre l'absurdité de certains épisodes guerriers, à l'exemple des guerres de Yougoslavie, et l'impuissance affolante de certains acteurs, incarnés en trois types: le casque bleu, le juge à la Cour Suprême, l'exécuteur malgré lui. Pour peindre ce dernier, l'auteur met en scène la figure réelle de Drazen Erdemovic, impliqué dans les tristement célèbres massacres de Srebrenica.

 

Trois regards pour rythmer un roman: le lecteur se laisse guider par le regard des trois figures qui dominent ce livre. Et l'auteur les rend humaines, profondément, ces figures, en imaginant ce qu'a pu être leur vie. Il sait surprendre et interpeller: la première vision de Dirk, casque bleu revenu au pays, qui casse tout dans son salon sans raison apparente, est le signe choc d'une folie éclatante.

 

Le personnage du juge Romeo est intéressant aussi, en ce qu'il trahit la duplicité d'une évolution de carrière: la délégation de cet homme âgé au tribunal pénal de La Haye, chargé des procès liés à l'ex-Yougoslavie, fait figure de voie de garage en or plaqué: certes, il est intéressant de relever un défi à un tel niveau, mais Romeo comprend, en s'occupant du cas de Drazen Erdemovic, qu'il s'occupe d'une affaire sans éclat. L'auteur excelle à montrer les mille et une facettes d'un juge qui est avant tout un être humain, faillible peut-être, déçu en tout cas, sensible à la personnalité de ceux qui sont amenés à rendre justice avec lui. A travers Romeo, c'est la neutralité même de la justice, rendue par des humains qui ont leur passé et leurs idées, qui est mise en cause.

 

Enfin, Drazen Erdemovic est la personne qui est au coeur de ce roman. L'auteur lui donne aussi toute sa biographie, gage nécessaire de profondeur. Il fait appel à l'adhésion du lecteur à ce personnage en le montrant, démuni et en charge de famille, contraint d'entrer dans une armée pour la troisième fois de sa vie: au gré de circonstances dont il est le jouet, ballotté par les aléas des guerres de Yougoslavie, Drazen aura porté trois uniformes. Ce qui l'amènera à contribuer bien malgré lui à l'un des massacres de Srebrenica, tuant pour ainsi dire à bout portant plusieurs dizaines d'hommes - l'auteur réserve là quelques pages particulièrement dures, en fin de roman.

 

Tragique? Le fait est que l'auteur montre que chacun de ses trois personnages, avec ses qualités et ses faiblesses, fonctionne selon des intérêts et des circonstances qui font qu'il ne peut en être autrement; dans un contexte de guerre, leurs consciences sont mises à l'épreuve. La figure de Dirk incarne au mieux l'impuissance des forces armées internationales du côté de l'ex-Yougoslavie, cette impuissance qui peut rendre fou et qui naît d'une discipline rigide, à mauvais escient selon l'auteur. Personnage finalement gris installé parmi un pool de juges aux motivations bien dessinées, Romeo se retrouve dans un rôle de pivot qui le dépasse au terme du procès de Drazen Erdemovic. Ce dernier, d'ailleurs, massacrant sous la contrainte à Srebrenica pour mériter sa solde, chargé d'une famille qu'il lui faut bien faire vivre, est-il vraiment coupable?

 

Absurdité de certains aspects de la guerre, mort injustifiée de civils: "Comme si j'étais seul" est un roman dur, fort et important autour d'un épisode des guerres d'ex-Yougoslavie, érigé en moment emblématique par un écrivain passionné qui n'a pas hésité à creuser des documents pas toujours faciles d'accès pour recréer au plus près, dans un souci constant d'humanité, ce qui s'est passé cet été-là dans un coin perdu d'Europe orientale. Pour son entrée en littérature, Marco Magini signe avec "Comme si j'étais seul" un roman puissant, terrible et nécessaire.

 

Marco Magini, Comme si j'étais seul, Paris, HC Editions, 2016, traduction de Chantal Moiroud.

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 21:57

Maeder PillagesLu par Francis Richard,

Le site de l'auteur, celui de l'éditeur.

 

Et de trois! Rachel Maeder propose avec "Pillages" un troisième roman mettant en scène la personne attachante, finaude et pas du tout orthodoxe de Michael Kappeler. Après un intermède du côté de la Seconde guerre mondiale ("Qui ne sait se taire nuit à son pays"), ce nouvel opus renoue avec l'égyptologie. Son titre l'indique: il sera question de trafics d'oeuvres d'art antiques.

 

Michael Kappeler? On se souvient de ce bonhomme qui aime les femmes et la bière, qu'il déguste volontiers dans un établissement genevois nommé "La Clémence". Dans "Pillages", le lecteur a l'impression qu'il se déchaîne: il se trouve toujours là où il ne le faudrait pas et a toutes les audaces. Dans la partition bien huilée d'une enquête policière, incarnée par les forces de police officielles, Michael joue le rôle constant et exquis de la dissonance féconde.

 

Il n'est certes plus question, dans "Pillages", d'un meurtre au Compactus comme dans "Le Jugement de Seth". Il n'y a même guère de cadavres, si ce n'est de légitime défense... Il sera plutôt questions de vols de pièces précieuses. En connaisseuse, l'auteure met en résonance les pilleurs de tombes égyptiennes d'antan et les trafiquants d'art d'aujourd'hui, suggérant qu'ils sont semblables finalement. En historienne, elle évoque à plus d'une reprise qu'une pièce historique restaurée hors de son contexte, sans respecter les règles de l'art, n'a guère plus de valeur qu'un bibelot, certes élégant dans le salon d'une personne aisée.

 

Des pièces historiques égyptiennes à Genève? Cela peut surprendre, mais est parfaitement cohérent: il suffit de visiter les collections du Musée d'art et d'histoire pour s'en convaincre. Il aurait été intéressant d'en savoir plus sur l'aspect particulier de leur arrivée dans la ville de Calvin; mais gageons que cela pourra faire l'objet d'un prochain roman. L'auteure soulève cependant un coin du voile en mettant en scène le personnage fictif de Nicolas Blondel, archéologue actif en Egypte dans les années 1905. Les citations de son journal et de celui de sa femme Zélie, complémentaires, donnent une indéniable épaisseur à "Pillages", de même que les citations de la presse d'aujourd'hui ("Le Temps", "Libération", etc.), où il est question de certains aspects du trafic d'objets d'art. Un sujet d'actualité, puisque l'Etat Islamique, de sinistre renommée, tire une partie de ses revenus de la revente d'objets archéologiques. Sans compter la question des Ports Francs de Genève, lieu de commerce discret, présente dans "Pillages".

 

Des vols, et la police qui mène l'enquête: on l'a compris, "Pillages" est un polar, le troisième de la romancière. Il est servi par une écriture fluide, organisée en chapitres courts qui garantissent une lecture qui va vite. La fin est un peu décevante: en somme, les coupables sont connus, mais il n'y a rien contre eux... Va-t-on donc les coffrer dans un prochain opus? Le lecteur préfère garder le souvenir d'un polar qui roule, servi par une romancière parfaitement au fait des enjeux de l'égyptologie et de la muséologie d'aujourd'hui. C'est vrai, quoi: qui aurait pu croire que la préparation d'une exposition sur l'Egypte ancienne aurait pu être si trépidante?

 

Rachel Maeder, Pillages, Lausanne, Plaisir de lire, 2016.

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28 août 2016 7 28 /08 /août /2016 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Caro[line],Chrys, Emma, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, MyrtilleD, Séverine, Violette.

 

Fleur d'art

 

Oui - Quel art jaloux dans Ta fine histoire !

Quels bibelots chers ! - Un bout de sonnet,

Un coeur gravé dans ta manière noire,

Des traits de cana à coups de stylet. -

 

Tout fier mon coeur porte à la boutonnière

Que tu lui taillas, un petit bouquet

D'immortelle rouge - Encor ta manière -

C'est du sang en fleur. Souvenir coquet.

 

Allons, pas de pleurs à notre mémoire !

- C'est la mâle-mort de l'amour ici -

Foin du myosotis, vieux sachet d'armoire !

 

Double femme, va !... Qu'un âne te braie !

Si tu n'étais fausse, eh serais-tu vraie ?...

L'amour est un duel : - Bien touché ! Merci.

 

Tristan Corbière (1845-1875). Source.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 20:21

hebergement d'imagePoète et romancier à la fois suisse, français et canadien, Jacques-Pierre Amée s'avère un écrivain complet, touchant à la poésie comme au roman, et lorgnant vers le théâtre. C'est en tout cas ce que suggère "Comme homme", son troisième roman (qui a son site). Un ouvrage surprenant.

 

La surprise est formelle, d'abord, et belle. "Comme homme" est en effet un ouvrage à l'écriture extrêmement travaillée. Elle est poésie et musique, nourrie parfois de jeux sur les mots et les polices de caractère, afin de montrer les écrits qui parsèment le récit tels qu'ils ont été produits par les personnages, ou presque. Le style est exigeant pour le lecteur; l'auteur a le bon sens d'éviter la lourdeur en proposant des chapitres courts. Ceux-ci n'enlèvent cependant pas une impression diffuse de lenteur, suscitée sans doute par la volonté de l'auteur de tout montrer de très près au fil des phrases, jusqu'aux moindres détails. Tout cela, quitte à tenter de faire croire que le style se suffit à lui-même.

 

C'est que le lecteur sera davantage déconcerté par l'intrigue qui se met en place dans "Comme homme". Facilement allusif, porté sur le détail, l'auteur oublie parfois de dire l'essentiel, ou au moins de le montrer. On ne comprend pas tout de suite, par exemple, ce qui attache Zo et Zach, ni qui sont, vraiment, les personnages qui gravitent autour d'eux: une fille morte dont l'auteur montre les photos curieusement dénudées sur la route en Haïti, un Jeff haut en couleur, traducteur à la petite semaine et humaniste à sa manière, dont la saveur ne se révèle pleinement qu'en fin de roman.

 

On s'étonne également de la proposition faite à Zach de devenir clown dans une pièce de théâtre: cet élément est posé assez vite dans "Comme homme", mais ne revient que de manière sporadique plus loin, dans le cadre plus large d'une pièce de théâtre qui se prépare en arrière-plan.

 

Si le regard de l'auteur goûte le détail, il aime aussi le flou artistique. On ne sait pas vraiment où se passe ce roman dont les noms de localités sont inventés, suggérant des lieux sauvages et campagnards. L'auteur donne cependant une piste en citant "Blur", un générateur de nuages éphémère créé pour l'exposition nationale suisse organisée en 2002 dans la région des Trois-Lacs. Des allusions au Valais suggèrent que le coeur de l'intrigue est en Suisse, mais en définitive, cela pourrait être tout ailleurs... De Haïti, l'auteur retient entre autres les terribles séismes, qui ont des conséquences concrètes sur le roman: lors d'un tremblement de terre survenu dans son enfance, Zo a perdu sa main droite.

 

Alors certes, l'histoire est déroutante, difficile à saisir si ce n'est en disant que "Comme homme" est le tableau d'un couple qui hante une cabane en un lieu sauvage mais qui reste connecté au monde. Plutôt qu'une intrigue solide et suivie, le lecteur goûtera donc dans "Comme homme" la saveur sans cesse renouvelée des mots précieux, du vocabulaire recherché, des sonorités et des rythmes. Et peut-être découvrira-t-il, au détour d'un code QR, ce qu'est vraiment la pièce de théâtre "Comme homme".

 

Jacques-Pierre Amée, Comme homme, Gollion, Infolio, 2016.

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26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 20:02

hebergement d'imageEncore des participations! Cette fois, c'est Sharon et Martine qui sont en vedette. Je vous invite à découvrir leurs billets sur des premiers romans:

 

Chez Martine:

Yan Gauchard, Le cas Annunziato.

 

Chez Sharon:

Guinevère Glasford, Les mots entre mes mains.

Emma Jane Holloway, Une étude en soie.

Sara Novic, La jeune fille et la mort.

Stéphanie Pélerin, (Presque) jeune, (presque) jolie, (de nouveau) célibataire.

Molly Prentiss, New York, esquisses nocturnes.

Valentin Spitz, Ce sera l'été.

 

Merci à elles pour ces nombreuses participations au Défi Premier roman!

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 21:09

FutursLu par Alias, Francis Richard, Mariejuliet.

Le site de l'éditeur.

 

Que sera la Suisse de demain? Qu'est-elle aujourd'hui? Le recueil de nouvelles "Futurs insolites, laboratoire d'anticipation helvétique" pose cette double question à quatorze écrivains de Suisse et d'ailleurs. Il en résulte un recueil collectif important, en ce sens qu'il donne une visibilité à des écrivains proches de la science-fiction ou désireux de s'essayer au genre après avoir tâté d'autres écritures. Important aussi parce qu'il s'ouvre à des auteurs étrangers, qui offrent ainsi leur regard sur le pays en complément aux auteurs suisses qui ont donné un texte à ce livre.

 

La Suisse dans les étoiles

Quatorze auteurs, ce sont quatorze démarches. Certaines répondent à tout ce que l'on peut attendre d'une bonne grosse science-fiction, avec guerre des étoiles et tout le tralala. On pense à la nouvelle de Nicolas Alucq, étrangement intitulée "Alleingang", qui revisite les batailles romaines autour du chef celte Divico à la manière de la guerre des étoiles: les amis des vaisseaux spatiaux seront servis, de même que ceux qui aiment le cross-over: jusque dans les étoiles, on utilise des noms celtes ou latins pour désigner les lieux.

 

On retrouve des ambiances belliqueuses dans "Vreneli" de Julien Chatillon-Fauchez, où les soldats sont démontés et reconstitués au fil des greffes, comme des machines qu'on répare à coups de pièces détachées. Cette nouvelle pose aussi la question de l'allégeance des étrangers, fussent-ils de deuxième ou de troisième génération, à la Suisse, dans le domaine sensible de l'armée.

 

Quelques stéréotypes revisités

Etrangers? Le rapport de la Suisse à ses migrants est l'un des thèmes abordés par ces nouvelles; on le retrouve, par la bande, dans "Helvé... ciao" d'Emmanuelle Maia, qui donne à voir une technologie numérique rendant toute immigration non souhaitée impossible. Autre grand intérêt de cette nouvelle: elle intègre, à sa manière, le thème du transhumanisme, à travers la figure de ce vieillard cancéreux soutenu par un exosquelette. Crédible, ce récit donne à voir, d'une façon générale, des technologies qui sont aujourd'hui à portée de main.

 

Les auteurs du recueil ont tous su, à leur manière, évoquer quelques clichés typiquement suisses. Le chemin de fer en fait partie: on le voit futuriste dans "Helvé... ciao", on le retrouve, plus classique et un brin punitif, dans "Sketches helvétiques" de Bruno Pochesci. Certains auteurs ont aussi abordé la question du suicide assisté. En particulier, on appréciera l'humour noir et jouissif de "SuissID" de Vincent Gerber, qui rappelle de loin celui de l'excellent roman "Génie du proxénétisme" de Gabriel Robinson.

 

Conte et fantastique

La figure de Christoph Blocher semble apparaître dans "La Mémoire de Lo", sans être nommée - difficile du reste de croire que c'est vraiment lui, puisque l'auteur, François Rouiller, lui prête curieusement des accointances avec des groupuscules millénaristes d'extrême-droite, loin du style bien terre-à-terre du tribun de l'UDC. Aux confins du fantastique, et c'est plus intéressant à relever, cette nouvelle évoque, comme son titre le suggère, la mémoire de l'eau, considérée comme une hypothèse sérieuse. Portée par des accents ésotériques séduisants, elle s'achève sur une image de métissage maximal - il est permis d'y voir la métaphore d'un peuple suisse divers mais cohérent, et même accueillant.

 

Enfin, "La Vallée perdue", nouvelle de l'auteur stéphanois Gulzar Joby, rappelle joliment l'image montagnarde et rurale de la Suisse, immémoriale, malgré quelques approximations géographiques et terminologiques (en français, Chur se dit Coire, et les Grisons, ce n'est pas tout à fait Glaris...) qu'on pardonne volontiers. Il s'amuse à remplacer dans son récit les "petits nains de la montagne" par de bons gros géants gentiment soumis à leurs maîtres. L'auteur glisse en sous-main le thème de la méfiance envers l'étranger, à travers la figure d'un scientifique français. Il en résulte un conte aux allures débonnaires, intemporel plutôt que futuriste. Cette nouvelle se déroule dans les Grisons, où se passe aussi "Mission divine" de Jean-Marc Ligny, qui met en scène un pasteur tueur d'infidèles - c'est sans doute la nouvelle la moins typée "science-fiction" du recueil, à tel point qu'on se demande ce qu'elle fait ici.

 

Marc Atallah, directeur et curateur de la Maison d'Ailleurs à Yverdon-les-Bains, signe une postface iconoclaste en ce sens qu'elle rejette avec force les termes de "littératures de l'imaginaire" et de "littératures d'anticipation", jugés creux. On lui donne raison en ce sens que toute littérature romanesque est imaginaire à un certain degré. De manière plus spécifique, si les textes de "Futurs insolites" relèvent bien des littératures dites "d'anticipation" ou "de l'imaginaire", ils en disent surtout long sur la Suisse d'aujourd'hui. Plus encore que la recréation d'univers merveilleux du futur, c'est bien dans le regard des auteurs actuels sur une réalité suisse extrapolée à partir de données familières, partagé avec les lecteurs d'aujourd'hui, que réside leur intérêt.

 

Collectif, Futurs insolites, laboratoire d'anticipation helvétique, anthologie dirigée par Elena Avdija et Jean-François Thomas, Vevey, Hélice Hélas, 2016, postface de Marc Atallah.

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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 21:19

hebergement d'imageFidèle au Défi Premier roman, Sharon présente à nouveau deux participations. Je me réjouis de les partager ici, et de vous inviter à les découvrir:

 

Magie Mitchell, Les élues.

Daniel Quiros, Eté rouge.

 

Merci pour ces deux participations!

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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