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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 21:28

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Sauver la France par la culture: tel est, de manière très simplifiée, le postulat de départ du livre "Culture, état d'urgence" d'Olivier Poivre d'Arvor. Directeur de la chaîne de radio France Culture, frère de Patrick Poivre d'Arvor, l'auteur lance, dans ce petit essai sorti aujourd'hui même, quelques idées pour permettre à l'Etat de rendre à la France une certaine place, pour ne pas parler d'une place certaine, au sein du concert des nations. L'idée a pour fondement l'idée d'un "New Deal" à la française.

 

New Deal? Comparaison étonnante, a priori! L'auteur rappelle un élément peu connu: ce programme étatique de relance ambitieux, lancé par Franklin Delano Roosevelt à la suite de la crise de 1929 aux Etats-Unis, comportait un volet culturel de grande envergure, dont les effets se font sentir aujourd'hui encore dans le monde entier. Pourquoi la France n'en ferait-elle pas autant, en mettant le paquet dans ce domaine qui, vu de loin, est encore considéré comme l'un de ses pôles d'excellence? Cela, d'autant plus que dans un contexte globalisé et uniformisé, la France n'aura plus que cette carte à jouer pour affirmer sa différence - et, plus largement, pour rappeler au monde entier qu'elle a quelque chose d'intéressant à lui dire.

 

L'état des lieux élaboré par l'auteur est pessimiste, certes, mais il comporte sa lumière d'espoir. L'auteur pointe du doigt le fait que l'on sait trop peu que la culture sera un élément clé de distinction à l'avenir. On l'ignore tellement que les budgets culturels sont en chute libre - cela, alors que les Français sont l'un des peuples du monde les plus disposés à (s')investir dans des biens et services culturels. Enfin, le politique privilégie, et l'auteur le regrette, un certain passéisme qui donne l'impression que "ça ronronne", sur la base d'un héritage perçu comme immarcescible. Or, la révolution du numérique a, selon l'auteur, largement échappé à la France, au profit de la puissance américaine, qui tient dès lors la main en matière de culture et, plus particulièrement, de véhicules et de supports culturels. Cela, alors que la France a été aux avant-postes en matière de photographie et de cinéma... entre autres révolutions culturelles passées.  

 

L'auteur se montre cependant optimiste parce qu'il a foi dans un peuple français qu'il présente comme avide de culture et créatif depuis toujours. Il rappelle par ailleurs que la France est en tête dans certains domaines, et qu'elle pourra, si elle s'en donne les moyens, s'affirmer à long terme comme une puissance culturelle mondiale de premier plan - à tout le moins. Parmi les forces de la France, l'auteur rappelle aussi la capacité historique de la culture française à intégrer aisément tout ce qui vient d'ailleurs, au profit de sa richesse culturelle. Fustigeant au passage un identitarisme étriqué parce qu'obsédé par une pureté de mauvais aloi, rappelant de manière cinglante le débat sur "l'identité nationale" lancé ces dernières années dans tout l'Hexagone, il considère que l'identité française ne peut être riche que de ses différences.

 

Dès lors, il expose une vision extensive de la culture, emboîtant le pas à François Mitterrand et citant volontiers Jack Lang. Cela, quitte à se montrer provocateur: est-on prêt à le suivre en admettant que les arts urbains, voire le tag et les graffs, sont des expressions culturelles? L'auteur va jusqu'à proposer une refonte des institutions et des budgets alloués à la culture, quitte à ce que Paris partage un peu avec la province, quitte à ce que les milieux associatifs artistiques (on peut penser aux chorales, mais aussi à la blogosphère, milieu bouillonnant et internationalisé d'amateurs passionnés...) soient mieux lotis et mieux considérés, comme un nécessaire complément aux expressions artistiques professionnelles, plutôt que comme le produit d'un amateurisme somme toute anecdotique. La question de la langue française elle-même est abordée: la France joue-t-elle vraiment le rôle moteur que toute la francophonie attend d'elle en la matière, ou préfère-t-elle se tenir en retrait, en se servant comme d'une excuse du refus du néocolonialisme linguistique? De manière intrigante, l'auteur rappelle que si aujourd'hui, la francophonie représente 200 millions de locuteurs répartis à parts égales entre l'hémisphère nord et l'hémisphère sud, il se pourrait que dès le milieu du XXIe siècle, l'écrasante majorité des francophones se trouve hors du Nord industrialisé...

 

Il y a, on l'a compris, un côté provocateur dans les propos de l'auteur - qui assume pleinement une position d'ouverture tous azimuts. La culture française peut-elle tout assimiler, tout intégrer? La France est-elle encore une puissance culturelle? Entend-t-elle se donner les moyens de le rester, alors que son statut de puissance est remis en question dans d'autres domaines (économique, technologique, militaire) (1)? Certes, l'auteur cède parfois au plaisir de faire du style pour le style et de filer la métaphore un peu trop loin; mais cela n'occulte pas la pertinence d'un propos qui, par-delà une brièveté qui implique la simplification et, parfois, le raccourci provocateur, devrait avoir le mérite d'ouvrir un débat trop peu présent dans les propos d'un monde politique qui a le tort de le sous-estimer. Car selon l'auteur, il est urgent d'agir!

 

Olivier Poivre d'Arvor, Culture, état d'urgence, Paris, Tchou, 2012.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec Les Agents Littéraires et les éditions Tchou, que je remercie ici pour l'envoi.

 

(1) Concernant les quatre éléments constitutifs d'une hyperpuissane, je cite Jean-François Revel, La grande parade (p. 311), qui cite lui-même Le grand échiquier de Zbigniew Brzezinski.

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 21:18

hebergeur imageLu par CamilleEnlivrons-nousLe Globe Lecteur, Méloë, ShangolsTournez les pagesUrsula Michel, Véronique D., Wodka.

Lu dans le cadre du défi "Rentrée littéraire".

Dernier livre lu en 2011!

Prix Populiste 2011 - félicitations à l'auteur! 

 

Impossible situation que celle de l'interprète d'un centre de détention! C'est pourtant cela que dépeint Shumona Sinha dans son deuxième roman, paru l'automne dernier. Et l'impossibilité de vivre la situation d'interprète pousse la narratrice à assommer un homme avec une bouteille de vin. C'est donc au commissariat qu'on la rencontre... et qu'elle initie, à la première personne, un récit qui oscille entre souvenirs et ressentis, entre analyse sociale et introspection.

 

L'impossibilité de vivre le métier d'interprète est ici dépeinte au travers des multiples pressions dont elle fait l'objet. Pressions morales et verbales émanant des personnes migrantes, d'abord: celles-ci aimeraient bien que l'interprète leur donne un coup de pouce; d'autres acceptent mal qu'une femme s'occupe de leur cas, considèrent même que l'interprète n'est pas des leurs, puisqu'elle a un emploi dans le pays où ils entendent être autorisés à résider.

 

Pression des collègues, aussi, qui n'ont pas forcément le même point de vue sur la neutralité de l'interprète ou sur des produits culturels - l'auteur place en cours de roman une allusion à Syngué Sabour. Pression d'avocats qui aimeraient que l'interprète traduise dans le sens de leurs plaidoiries et gomment les hésitations et tergiversations de leurs clients...

 

... et surtout, pression existentielle. La qualité d'interprète de la narratrice la positionne entre deux mondes entre lesquels elle ne doit pas choisir. Cet entre-deux imposé par sa profession se retrouve, métaphoriquement, dans la narration de son existence, où elle court en permanence le risque de n'être reconnue par aucun des acteurs qui l'entourent. "Passée de l'autre côté", elle n'est plus vraiment perçue comme appartenant à son groupe ethnique d'origine; et le groupe ethnique d'arrivée, auquel elle s'est intégrée, ne l'adopte pas non plus complètement. Cette situation instable trouve aussi une illustration dans l'instabilité affective de la narratrice, qui cumule les aventures sentimentales/sexuelles sans lendemain. A ce titre, elle n'est pas sans rappeler Madhuban, la jeune femme mise en scène dans "Fenêtre sur l'abîme", premier roman de Shumona Sinha. 

 

Le lecteur qui a effectué des travaux de traduction dans sa vie sera aussi sensible, ici, à la pression des mots - ceux qu'on dit ou qu'on traduit, ceux qu'il faut comprendre entre les mots également, ceux qui mentent alors que les gestes démentent... L'activité d'interprétation est volontiers présentée par la narratrice comme une gymnastique de la langue. Derrière cette gymnastique, se trouvent les discours, souvent grossièrement mensongers, souvent astucieux - à telle enseigne que cela fait rire l'interprète - un rire désespéré plutôt qu'un moment de détente, on s'en doute.

 

Ainsi positionnée à la croisée d'intérêts contradictoires, la narratrice ne prend parti pour personne, ni pour les demandeurs d'asile, ni pour l'administration tracassière à laquelle il faut que les requérants racontent leur histoire, ni même les autres interprètes ou le personnel judiciaire. La narratrice offre ainsi au lecteur tous les outils pour juger lui-même les difficiles situations relatées dans ce roman, à partir d'un point de vue sans concession, qui dérange plus d'une fois.

 

Shumona Sinha, Assommons les pauvres!, Paris, L'Olivier, 2011.

 

 

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 22:03

Chose promise, chose due, et il était permis de s'y attendre: dans l'esprit du challenge "Littérature belge" de Reka, je lance le Défi "littérature suisse"! Le principe est simple, comme à l'accoutumée: les participants s'engagent à lire, durant toute l'année 2012, au moins un livre écrit par un écrivain suisse - d'expression française, allemande, italienne voire romanche, peu importe. Poésie, théâtre ou roman, le genre littéraire n'importe pas non plus! Enfin, ce qui importe, c'est bien la "suissité" de l'écrivain, indépendamment de son lieu d'édition: même si Noëlle Revaz a par exemple trouvé un éditeur à Paris, il est possible de lire ses romans dans le cadre de ce contexte parce qu'elle est bien suisse.

 

S'il y a une limite inférieure d'un seul livre, il n'y a pas de plafond! N'hésitez donc pas à lire autant d'ouvrages que vous le souhaitez dans le cadre de ce défi: si le pays est petit, sa littérature est vaste. Je vous souhaite donc de bonnes lectures, riches en découvertes - n'hésitez pas à aller plus loin que les classiques, tels que Jacques Chessex, Martin Suter, Jean-Jacques Rousseau ou Peter Stamm. Il est par ailleurs tout à fait admissible de combiner le Défi suisse avec d'autres défis, par exemple le Défi des Mille (pour les courageux qui souhaiteraient s'atteler à la lecture des 17000 pages du "Journal intime" de l'auteur genevois Henri-Frédéric Amiel, par exemple), puisque les deux défis vont coexister durant un an.

 

Alors, bienvenue en Suisse! Le Défi suisse sera clôturé au 31 décembre 2012. Veuillez inscrire vos participations au-dessous du présent billet; je relaierai, comme d'habitude.   

 

P.-S.: je cherche encore une idée de logo convaincante...

 

 

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 20:31

hebergeur imageAvant tout, j'annonce que Livrement Acro a publié son récapitulatif du Défi des Mille! Merci pour sa participation. Pêle-mêle, ses lectures l'ont amenée à parcourir tout Harry Potter, et des auteurs tels que Cornelia Funke, J. R. R. Tolkien, Justin Cronin, etc. Que de livres, que de pages!

 

A la demande de plusieurs personnes mordues de gros livres, j'ai décidé de reconduire pour une année le Défi des Mille! Cela renouvelle l'occasion d'attaquer ces pavés qui hantent les piles à lire, et d'explorer les plus grands espaces de la littérature. Dans le cadre du défi, il est naturellement possible de finir les livres et séries de livres de plus de mille pages commencés en 2011! Comme d'habitude, merci d'annoncer vos participations sur la page du Défi des Mille.

 

De mon côté, je vais encore chercher un livre (ou une série de livres) suffisamment gros pour ce défi. Alexandre Dumas, peut-être? Affaire à suivre, comme qui dirait.

 

Et j'ai envie de lancer un nouveau défi aux blogolectrices et blogolecteurs pour cette année, en plus du Défi des Mille. Affaire à suivre aussi: ça bouillonne par ici...

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 00:01

hebergeur imageVoici une photo sympa et inhabituelle de ma pile à lire, avec un clin d'oeil  à un des auteurs de la défunte rentrée littéraire 2011, pour vous donner une idée des réjouissances livresques qui m'attendent pour 2012... Tout cela pour vous souhaiter à toutes et à tous, amies et amis visiteurs de ce blog, habitués ou occasionnels, blogueurs ou simples lecteurs, une excellente nouvelle année! Qu'elle soit pour vous riche de belles expériences de lecture, de dégustations de bons vins et de bons petits plats et, surtout, de tous les instants de bonheur et de succès dont vous pouvez rêver. A bientôt!

   

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30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 22:14

hebergeur imageThriller écologique, lu par FeetishJacques, Ma petite bibliothèque, Thrillermaniac.

Lu dans le cadre du défi "Pour-cent littéraire".

 

Bien ficelé et accrocheur comme c'est rarement le cas: telles sont les impressions qui me restent de ma lecture de "Le troisième pôle", thriller écologique de Guillaume Lebeau. Paru en novembre dernier aux éditions Marabout, cet ouvrage repose sur toute une série de questions ayant trait au dérèglement/réchauffement climatique dont la Terre est, nous dit-on, victime. L'auteur est un spécialiste de la littérature policière scandinave... et au fil des 505 pages de ce roman, force est de constater qu'il donne libre cours à son dada, pour le plaisir d'un lecteur scotché à son histoire.

 

Le scotchage commence dès les premières pages, qui se déroulent dans les terres inhospitalières de l'Islande et du Cap nord, en Norvège. L'auteur crée une ambiance parfaitement réaliste, en usant de deux procédés. Le premier, évident, consiste à utiliser un vocabulaire approprié, suffisamment précis pour que le lecteur s'y croie: c'est avec exactitude que l'auteur reproduit les conditions climatiques de l'extrême nord, quitte a expliquer certaines notions dans des notes de bas de page... ou à suggérer que les glaciers sont vivants. Le deuxième consiste à mettre en scène, sous forme de prologue, quelques personnages mystérieux, de manière à ce que le lecteur sorte de cet épisode avec plein de questions (plus que de réponses, en tout cas) et suffisamment de motivation pour lire tout un pavé pour en savoir plus. Et ça marche: au début, les pièces du puzzle semblent éparses, dans le temps (1912, 1996, 2011) et dans l'espace (Islande, Spitzberg, Cap Nord, Paris...) - sans parler des personnages: qu'ont en commun un groupuscule de richissimes illuminés païens, une bande d'écologistes extrémistes, des scientifiques aux apparences sérieuses et des mercenaires sans foi ni loi? Etrange aussi, de la part de l'auteur, cette manière qu'il a de tuer tout le monde en début de récit... mais toute vie laisse des traces, suffisantes pour trousser un roman.

 

C'est que l'auteur a bel et bien mis en scène, dans son roman, une belle brochette d'illuminés. Son utilisation du groupuscule écologiste est extrêmement intéressante, dans la mesure où elle illustre la capacité du romancier à faire d'un élément a priori anecdotique un morceau clé de son récit. Le lecteur croit en effet, en voyant une bande de zigotos s'immoler sur une voie de chemin de fer pour faire passer leur message, qu'il s'agit là d'une simple péripétie visant à montrer la puissance du méchant. Or, le groupuscule va rebondir plus loin... permettant à l'auteur de faire de l'un de ses personnages, Ethan en l'occurrence, un agent double, voire triple. Face à cette équipe, il y a les méchants, présentés comme pleins de moyens et très bien organisés - leur hiérarchie se dévoile en fait de chapitre en chapitre, de sorte que le lecteur découvre que celui qu'il pensait être le plus puissant n'est en fait qu'un pion sur un échiquier qui le dépasse. On a donc affaire à des baroudeurs considérant que la loi du plus fort est la seule valable, à des capitaines d'industrie peu désireux de se salir les mains, à d'anciens combattants au passé peu recommandable. Tout cela crée un climat de méfiance et de psychose générale: mis à part Smila Sibir, héroïne du roman (qui doit quand même survivre jusqu'à la fin, sinon le lecteur se sentirait floué), qui est digne de confiance? Sachant que la réponse est "personne", le lecteur attend les retournements de situation et de veste. Et de ce point de vue, il va être servi. Même s'il aura envie, une fois ou l'autre, de crier à Smila: "eh, l'affreux est derrière toi!".

 

Seul personnage de premier plan apparemment équilibré et sans cadavre dans ses placards, Smila Sibir est donc la figure à laquelle l'auteur invite le lecteur à s'identifier, dans la mesure où c'est elle qu'il suit tout au long du roman. Elle est scientifique; on peut donc en inférer que l'auteur considère que la science saura apporter toute la lumière sur le dossier hautement sensible du changement climatique. A travers Smila, et quitte à prendre le contrepied de certaines conclusions bien connues du GIEC, ce roman suggère qu'il s'agit plutôt d'un dérèglement climatique - et le fait que Smila assène à plus d'une reprise cette nuance tend à montrer qu'elle est d'importance.

 

Mais revenons aux méchants... car ce sont eux qui, selon le romancier, détiennent la clé de ce dérèglement. L'auteur postule en effet que l'évolution climatique est le fait d'humains sans scrupules, suffisamment organisés pour assurer la promotion de tout ce qui peut favoriser le réchauffement du climat: gaz à effet de serre, méthane, consommation du pétrole, etc. C'est là leur force - et la faiblesse majeure du roman: malgré quelques tentatives d'explication, il est difficile, pour le lecteur, de comprendre pourquoi un groupuscule ésotérique a intérêt à ce que le climat du monde entier se réchauffe - et de se convaincre de la justesse de leur démarche, ne serait-ce que de leur point de vue. Si ce n'est, dans une perspective romanesque, pour agiter quelques savants fous...

 

... mais il n'y a pas que la science dans ce récit. Et si Smila Sibir paraît incarner la voie juste entre toute une série d'agités du bocal, c'est peut-être aussi parce qu'elle est la fille d'un scientifique et d'une chamane - donc le pur rejeton de la science et de l'ésotérisme. Ce dernier vient introduire un élément de fantastique dans le récit: est-ce bien aux talents de chamane de la mère de Smila que celle-ci va recouvrer la mémoire? Au-delà de cette péripétie, l'auteur a compris que pour créer un personnage central fort, il ne suffit pas d'en faire une scientifique hors pair: il est indispensable de lui donner aussi l'humilité d'admettre qu'il y a quelque chose qui dépasse la science et la raison.

 

Au terme de ce roman qui se dévore, structuré en chapitres courts et aérés rédigés en un style standard parfois un rien relâché, le lecteur a eu l'impression de découvrir une histoire qui se tient, et que toutes les portes ouvertes ont été fermées (ou presque: la destinée de Haraldur et Mireya est bien brève, et leur mort ne débouche sur rien), au terme d'un voyage qui explore les terres les plus inhospitalières de l'hémisphère nord et ose une pointe en Antarctique. L'auteur sait cependant conclure en laissant entendre qu'il y aura une suite. Alors, affaire à suivre?

 

Guillaume Lebeau, Le troisième pôle, Paris, Marabout, 2011.

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30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 22:09

hebergeur imageC'est avec Artemis Fowle que Luthien a accompli son Défi des Mille - bravo! Le récapitulatif de son défi se trouve sur la page ci-dessous:

 

http://andimagine.wordpress.com/2011/02/25/le-defi-des-mille/

 

Amis lecteurs, dépêchez-vous: il ne reste plus qu'un jour... à moins que!? 

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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 21:41

PhotobucketLes fêtes de fin d'année sont propices à la dégustation de petits plats, c'est un fait... et les vins en sont souvent les aimables compagnons. Et c'est en farfouillant un peu à la recherche d'un vin sympathique à savourer entre deux grandes fêtes que je suis tombé sur le côtes-du-Rhône 2010 "Les Essaims" produit par les caves Guyot à Taluyers (Rhône) - qui m'ont l'air d'être une vaste entreprise vinicole. L'étiquette est jolie, c'est le moins qu'on puisse dire; qu'en sera-t-il du vin? Il s'agit d'un assemblage de grenache, carignan, cinsault et syrah - voyons voir!

 

Robe rouge bien sombre, bouquet agréable et subtil, promesse d'un petit univers que la dégustation confirme. On a affaire ici à un vin qui joue la carte de la rondeur et prend, au palais, des allures de jus de fruit. Simple et souple, pas épicé pour deux sous, son goût rappelle celui du cassis - ou, de manière plus éloignée, du lait. Agréable et discret, il m'a paru manquer un peu de caractère et de présence quand même, un peu à la manière d'un jeune homme bien sage qui aurait peur de déranger et finirait par paraître un peu mou. Faudrait-il le garder deux ou trois ans en cave pour qu'il révèle quelque chose de plus complexe?

 

J'ai, après découverte et dégustation, envie de dire qu'en l'état, ce petit vin jeune peut devenir le compagnon discret de plats de pâtes, voire de volailles pas trop relevées; ou alors, il pourra prendre la première place dans un apéritif, où il saura se montrer gouleyant sans s'imposer par un excès de lourdeur.

 

Fiche technique sur le site du producteur.

 

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 22:22

hebergeur imageRoman, lu par Angélita.

Lu dans le cadre du défi "Pour-cent de la rentrée littéraire".

 

... en tout cas dans le dernier roman d'Alba Kertz, intitulé de manière succincte et énigmatique "Masmara", justement. Ce livre est le troisième titre et le deuxième roman (après "Luce") que l'auteur de Bandol publie aux éditions des Presses du Midi. Et si, au terme des 195 pages de ce roman, tout trouve un ordre stable et prometteur à long terme, c'est une ambiance d'instabilité qui règne au début du récit.

 

Comme il se doit dans un roman bien construit, le premier chapitre de "Masmara" contient en germe de quoi lancer toute l'intrigue. On y rencontre d'emblée Ludivine, dite Ludi, qui décide qu'elle doit larguer Marc, son amant du moment - un de plus à sa collection, ce personnage se caractérisant par une certaine instabilité sentimentale connue de toutes et de tous. Cette instabilité fait contraste avec deux figurants: un jeune couple fusionnel qui s'embrasse fougueusement dans le parc où Ludivine lit Raymond Aron - une béquille, un prétexte dont elle saura se débarrasser au moment opportun, comme on vire un sparadrap devenu inutile. Et en constatant tout cela, force est de constater qu'il sera question d'amour, et plus largement de liens interpersonnels.

 

C'est que Ludivine a aussi le goût de l'intrigue et qu'en la matière, elle va être servie. En toute tranquillité, l'auteur campe au fil des pages une ambiance en demi-teintes un rien amère en montrant un Julien absent, peu concerné par une vie de famille pourtant vibrionnante puisqu'autour de lui, il y a une épouse formidable, Laure, et pas moins de cinq enfants que l'auteur va pas mal détailler, notamment Patrick (qui se découvre une certaine identité sexuelle) et Vanessa - un personnage qui va jouer un rôle particulier dans le récit, du point de vue de l'action et du rythme.

 

Action d'abord, puisqu'elle va susciter en fin de roman un coup de théâtre qui lui permettra de connaître les limites de certaines curiosités - ce dont elle sortira grandie, mûrie. Rythme et technique romanesque ensuite, puisque ses interventions sont le plus souvent consignées dans des lettres qu'elle écrit à sa meilleure amie, qui vit au Japon avec sa famille, expatriée pour des raisons professionnelles. Par leur vivacité, ces lettres, insérées à la manière de véritables chapitres, créent un contraste d'ambiance et de rythme bien venu; elles dévoilent par ailleurs, de manière très directe, certaines vérités subodorées ou connues, quitte à révéler quelques étonnements plus facilement que dans le cours normal du récit. Enfin, l'auteur profite du contact entre Vanessa et son amie du Japon pour donner à son roman, qui brasse des sentiments de toujours, un petit vernis de modernité.

 

Quant à Julien, pour revenir à lui, est-il au-dessus de tout soupçon en matière conjugale? L'auteur affirme que non, et lance dès lors une manière d'intrigue policière où il s'agira pour Ludivine de pister son cousin - quitte à se mêler de ce qui ne la concerne pas. Le fait que ledit cousin ne lui soit pas indifférent corse naturellement la démarche... qui prend parfois, sous la plume adroite de l'auteur, des allures de scènes de vaudeville.

 

Et comme il ne faut pas tout dire d'emblée au lecteur afin de lui laisser quelque chose à découvrir au fil des pages, ce n'est que très progressivement que l'auteur dévoile les enjeux de Masmara, la maison des parents de Ludivine... parents victimes d'un drame mortel, ce qui va longtemps retenir Ludivine d'y revenir - le roman lui permet cependant de régler leur sort à quelques vieux démons et de tourner la page. Ainsi peut-on voir dans ce récit l'histoire du cheminement vers le retour à la maison des parents. Et peut-être, enfin, à une certaine stabilité de vie pour Ludivine.

 

Ainsi s'entrecroisent les destins sculptés dans ce récit qui, ambitieux, explore les sentiments en demi-teinte de personnages arrivés à des âges qui, bien que différents, ont tous leurs questions: sexualité, nouvelles carrières, tentation d'une autre conjointe, etc. Et chacun va trouver sa (nouvelle) voie, dans un Sud de la France empreint à la fois de traditions (les allusions à la sardane en témoignent) et de modernité.

 

Alba Kertz, Masmara, Toulon, Les Presses du Midi, 2011.

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 21:17

hebergeur image... chez Eléa, du blog "Romands au bord de l'eau", qui termine sa lecture du cycle "Royaume magique à vendre", qui comprend cinq volumes.

 

C'est ici que ça se passe, sous la forme d'un billet circonstancié sur "Le brouet des sorcières": http://romans-au-bord-de-l-eau.over-blog.com/article-fin-d-aventure-93199573.html

 

Alors que l'année s'apprête à changer, il y aura bientôt des nouvelles des défis de lecture sur ce blog. Ouvrez l'oeil!

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