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29 mars 2008 6 29 /03 /mars /2008 18:40
Ainsi donc je viens d'achever La mort est mon métier de Robert Merle. C'est l'occasion de revenir sur certaines impressions, et d'en partager d'autres.

Peu de recul? En effet, l'auteur laisse son personnage parler jusqu'au bout, ou du moins tant que son discours est intéressant. Au lecteur de se faire une raison! Mais tout le monde ne le laisse pas s'exprimer, et par rapport à ces interventions, on peut se positionner. Il s'agit d'abord de l'épouse de Rudolf Lang, Elsie, qui réagit très vivement lorsqu'elle apprend le secret d'Etat que cache son mari, patron et concepteur d'une vaste industrie de mort. Quelque part, le lecteur se dit: "Enfin!": quelqu'un s'occupe de secouer le cocotier du chef du camp.

Puis vient le procès, objet principal du dernier chapitre du livre, après la débâcle. Rudolf Lang s'y trouve face à ses juges. C'est l'occasion d'un parfait dialogue de sourds entre un homme qui estime n'avoir fait que son devoir sans s'en sentir responsable, et des juges qui se posent en redresseurs de torts, acteurs d'un tribunal de vainqueurs persuadés d'être du bon bord. Avec Rudolf Lang, c'est finalement l'obéissance, celle qu'on enseigne aux enfants, qui est condamnée. En se considérant comme un simple exécutant, Rudolf Lang se croyait, quelque part, à l'abri; il se retrouve cependant à devoir porter le fardeau d'une responsabilité qui le dépasse, celle de Himmler, qui lui a donné l'ordre de concevoir et de construire Auschwitz et s'est dérobé à sa responsabilité en se suicidant. Il se retrouve donc, à l'image de son père, à porter les fautes d'un autre en plus des siennes propres. La peine de Rudolf Lang est connue d'avance: pendaison à Auschwitz... à une potence qu'il a lui-même fait ériger. Sa peine, le narrateur l'accepte. L'a-t-il comprise? Il est permis d'en douter.

Robert Merle a des camps et du régime la vision d'une machinerie bien huilée, ou tendant à l'être - le mot "industrie" revient du reste plusieurs fois sous sa plume, et on se retrouve parfois à le suivre dans des problèmes de robinets qui ne sont pas sans rappeler les questions du management moderne. En cela, il rappelle le texte que Jean Cayrol dit dans Nuit et brouillard d'Alain Resnais.

Jonathan Littell, en revanche, se place en contradicteur d'une telle approche dans son vaste roman Les Bienveillantes. Il présente un nazisme réel et dysfonctionnant, victime de luttes d'intérêts entre personnes et entre institutions, mais aussi entre conceptions de politiques publiques face aux juifs: faut-il les exterminer ou exploiter leur minable puissance de travail en vue de l'effort de guerre? L'homme y est aussi présenté comme un problème ou un dysfonctionnement régulier, non exceptionnel (alors que Merle illustre la faiblesse de l'homme face à la mission par le cas de Setzler uniquement, catalogué comme "artiste" donc spécial): tout le monde est sur les dents, personne ne veut se mouiller, tout le monde prend des photos des Sondereinsätze dans un mouvement de morbidité. Comment réagissent des personnes qui ne sont pas du tout préparées à la mission que représente la solution finale? Jonathan Littell a répondu à la question de façon beaucoup plus large que Robert Merle. Il s'en est donné l'espace, d'ailleurs.

Reste que La mort est mon métier constitue un excellent roman, dont le début est particulièrement formidable dans ses ambiances (j'en ai déjà dit deux mots), ce qui en fait un livre éminemment recommandable. Je vous souhaite une bonne lecture, et vous promets de revenir avec des sujets plus gais.

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28 mars 2008 5 28 /03 /mars /2008 22:07

... je poursuis ma lecture de Robert Merle, toujours avec plaisir. Et là, je suis justement arrivé au coeur du métier: la mise au point du système d'extermination de masse, présentée, finalement, comme un problème de management comme un autre. Pas drôle - mais peut-être un poil plus convenu que le reste, sans doute parce que l'univers des nazis m'a déjà pas mal donné à lire, chez Jonathan Littell mais pas seulement; donc, une impression de déjà-vu. On ne trouve plus, à partir de là, les ambiances familiales pesantes du début, génialement peintes.

Un autre aspect délicat me paraît être la béquille que s'offre l'auteur en mettant en scène un personnage pour ainsi dire dépourvu de coeur - ce qui lui évite en partie de faire un travail de fouille psychologique. Quelque part, et malgré les qualités et défauts dont il était affublé en quantités presque improbables, Maximilien Aue m'a paru plus proche, plus personnel, plus "identifiable" - une manière plus efficace de toucher l'horreur du doigt. Aussi, Littell s'est donné des moyens autrement plus étendus, d'un point de vue quantitatif.

Mais je vais poursuivre! Cet ouvrage est plein de qualités - la page où Rudolf Lang voit pour la première fois la "sélection" des prisonniers à l'entrée, avec le moment de la séparation de la fille et de la mère (qui finalement ne se fait pas) est redoutable. Procédé sans doute simple, mais efficace.

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27 mars 2008 4 27 /03 /mars /2008 21:23

MortMetier.jpgVous avez dit "Kerngeschäft"? Ou, en allemand de Zurich, "Core Business"? Ici, chez les Welches qui tiennent à leur patois, on préfère le coeur de métier. Parce que quand on aime son métier, on a du coeur à l'ouvrage. Et quand on a du coeur à l'ouvrage, on bosse "à fond", comme le fait Rudolf Lang, le personnage principal du fascinant roman "La mort est mon métier", de Robert Merle.

Rudolf Lang semble prendre son temps avant de se trouver, avant de devenir ce qui fera de lui le nazi parfait, paradoxalement intègre et ne reconnaissant qu'un seul maître. J'ai commencé à lire le roman qui le met en scène mardi. Le train qui me conduit à mon travail à Berne m'a donné l'occasion de faire un bout de lecture, ce qui m'a valu la question classique de la personne assise en face de moi: "C'est bien?" Et assez à propos, je lui réponds: "Oui, mais je n'en suis pas encore au coeur de métier..."

... depuis, celui-ci se fait attendre, mais dans "La mort est mon métier", biographie romancée du responsable du camp d'Auschwitz, l'écrivain français Robert Merle sait jouer des gradations, construire son récit à la façon d'une boule de neige, nourrissant son propos et le faisant grandir. je suis tombé là sur un roman de qualité, efficace, accrocheur, aux ambiances plombées très bien rendues. J'aime.

Et pour le reste, Messieurs les lecteurs, visez au coeur...


Robert Merle, La mort est mon métier, Paris, Gallimard, 1952/Folio, 2005

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26 mars 2008 3 26 /03 /mars /2008 22:47

Collectif, Petits crimes italiens, Paris, Grasset, 2007, 410 pages.
Avec un titre pareil, on va encore penser que je parle de café... mais il n'en est rien! Le seul but était d'accrocher. En bon français, ça s'appelle du teasing, il paraît. Et puis, je vous parlerai de mon Lavazza matinal un de ces quatre matins, promis-juré! J'ai même prévu une rubrique pour ça, c'est vous dire à quel point c'est du sérieux. Mais pour l'heure, venons-en à notre sujet. Et au risque d'enfoncer une porte ouverte, mentionnons en outre qu'il s'agit... d'un livre!
En effet, neuf auteurs italiens de textes noirs se sont mis ensemble pour produire un puissant recueil de nouvelles très diverses, liées par un point commun: l'Italie. Drôles ou sérieuses, sages ou déjantées, elles accrocheront le lecteur en fonction de ses affinités. Personnellement, j'avoue une préférence pour Mon trésor de Niccolò Ammaniti, où l'on voit un chirurgien esthétique dépravé planquer un gros sachet de drogue en s'en servant pour un implant mammaire... puis chercher à le récupérer, deux ans plus tard, après une obscure peine de prison. Une autre m'a branché également, Equivoques et malentendus d'Andrea Camilleri, dont le titre est tout un programme, qui tient ses promesses et constitue la preuve d'une immense maîtrise du genre.

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26 mars 2008 3 26 /03 /mars /2008 22:17

Allez... en un geste d'un courage absolument délirant, je vire le texte automatique d'Over-Blog, si joli soit-il, pour y substituer le fruit de mes propres oeuvres, infâme vermisseau que je suis.

Tout cela pour vous dire qu'enfin, je me lance dans le noble art du weblog, également dit "joueb". Au programme: de la littérature et des bouquins à conseiller, mais aussi un peu de musique, et quelques réflexions liées à l'air du temps. A vous de goûter, mais je ne prétends pas faire plaisir à tout le monde. Contradicteurs potentiels, vous voilà au courant!

Je vous invite donc à revenir souvent... et vous souhaite de bonnes visites.


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