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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 21:19

hebergement d'imageFidèle au Défi Premier roman, Sharon présente à nouveau deux participations. Je me réjouis de les partager ici, et de vous inviter à les découvrir:

 

Magie Mitchell, Les élues.

Daniel Quiros, Eté rouge.

 

Merci pour ces deux participations!

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Caro[line],Chrys, Emma, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, MyrtilleD, Séverine, Violette.

 

Suidés

 

          au cirque

un Nain muni d'un balai raccourci

          m'affligeait

autant que mur orbe d'église

cinq arbres gris près de Gien

encore le sanglier qui fouge

          Solitaire Sauvage

puissant massif épais et qui

          se défend de l'ennemi

          Sengle de nom

ou les cris d'effraie Tout

          m'afflige

et conspire à me renier tôt

décorporé piétiné enfoui

          dans la Vase

après outrageante naissance

 

Jude Stéfan (1930- ), Disparates, Paris, Gallimard, 2012.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 21:27

hebergement d'imageVoici Anna, une nouvelle participante au Défi Premier roman! Merci à elle d'entrer dans la danse! Elle annonce d'emblée deux romans; voici ses chroniques, que je vous invite à découvrir:

 

Amanda Cross, En dernière analyse.

Dominique Fabre, Moi aussi un jour, j'irai loin.

 

Pour rappel, le défi s'adresse à tous les premiers romans, écrits par des romanciers d'hier, d'aujourd'hui, voire de demain. Il n'est donc pas nécessaire que ces livres soient parus dans l'année en cours, bien au contraire!

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 20:29

Lacroix VitaDans son recueil de nouvelles "Dix-sept histoires de dolce vita", l'écrivain français Hugo Lacroix cerne, en dix-sept nouvelles très brèves, quelques éclats de vie dont le cadre se trouve en Italie.

 

Ces textes sont courts et rapides, on les avale avec délice. Il n'y a pas un mot de trop, pas même lorsque l'ambiance est à l'extravagance - on pense à la nouvelle "Au nom du Christie's", où est mise en scène une jeune femme, Miguela, si belle et fascinante que sa splendeur dépasse celle des objets mis en vente: on l'achèterait, selon l'un des personnages! Le titre fait penser au Christ; n'ayant jamais fait l'amour, ladite belle femme finit par faire figure de Sainte Vierge de la nouvelle.

 

C'est que la religion catholique trouve sa place dans ce roman consacré à un pays qui lui est traditionnellement attaché. "Le Tueur de Gênes" en est un bel exemple, que l'auteur aborde par la bande en mettant en avant, d'abord, un bar gay. Sa clientèle va se confesser dans l'église placée dans la même rue - et le narrateur, qui est le curé de cette église, en parle, brisant le secret de la confession à l'attention d'un lecteur rendu curieux. Cette nouvelle a les allures d'une intrigue policière, dans une certaine mesure, suffisante pour créer un petit suspens.

 

La vie des sens, sensuelle ou lourde, est présente dans ce recueil, de manières diverses - outre le bar gay, on appréciera le petit coup rapide entre un coiffeur et sa collaboratrice, moment clé d'une nouvelle, "Le Visagiste", qui dévoile quelques aspects du métier pratiqué à l'italienne. Le jeu des doubles sens est aussi là, avec "Gelato romano": si sucer "une petite glace" peut être compris dans un sens grivois agréable si deux gars y consentent, dans le cas contraire, on ne peut que dire, comme le narrateur en début de texte: "Avant-hier, Dario m'a complètement refroidi."

 

Cela, sans oublier la criminalité mafieuse et certains aspects déplaisants de l'histoire italienne: "Le Boeuf à six pattes" mêle monuments historiques (ici, il s'agit de Herculanum) et action de structures mafieuses, sans oublier le côté bonne cuisine, avec une réflexion peu évidente sur la viande que l'on trouve dans son assiette. Et le lecteur se retrouvera face à une fête qui réunit des nostalgiques du fascisme avec "Une bacchanale fasciste", dont l'auteur recrée la liturgie grotesque (des masques nègres, le narrateur préfère être noirci au cirage...) avec précision et sobriété.

 

Parues pour certaines d'entre elles dans des revues prestigieuses telles que la Nouvelle revue française, les nouvelles de "Dix-sept histoires de dolce vita" sont aussi rapides et fortes qu'un espresso dégusté au coin d'un bar italien. Elle sont aussi un rayon de soleil en plein été, qui peut caresser ou gifler. Sobres, elles sont un regard perçant porté par un écrivain français sur l'Italie d'aujourd'hui. Une Italie qu'il a su percer à jour, au-delà du regard superficiel du touriste.

 

Hugo Lacroix, Dix-sept histoires de dolce vita, Paris, La Différence, 2008.

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17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 20:48

Bonard ImmortellesLouis Bonard? C'est un jeune auteur suisse. Son écriture s'avère cependant extrêmement mûre, et prometteuse d'ouvrages exigeants pour un lectorat sans concession, amateur de lettres poétiques. Son premier livre, "Les Immortelles", a paru au printemps dernier aux nouvelles éditions de la Marquise. Il revisite à sa manière, en cinq séquences courtes et bien différenciées, des mythes immémoriaux qui touchent au religieux païen et chrétien et mettent en présence des figures féminines.

 

Tout commence avec Sainte Agathe, martyre à Catane, aux prises avec les adorateurs d'Isis. Premier trouble: l'auteur joue de l'homonymie entre mère et mer, personnifiant pour ainsi dire cette dernière. Cette nouvelle se décline en séquences qui sont autant d'extases, suggérant que la sainte chrétienne trouve dans les supplices qu'elle subit, de la part du monarque qu'elle refuse d'épouser, une jouissance certaine - idée classique de la douleur extrême, éventuellement recherchée mais ce n'est pas vraiment le cas ici, qui permet d'accéder à quelque chose de mieux. L'extase trouve une forme littéraire dans ce texte, parfois statique, mais qui devient soudain rapide et impétueuse dès lors que la ponctuation s'efface.

 

Jouant avec les formes d'écriture, l'auteur crée pour Orphée un univers formel tout à fait différent, parfaitement en phase avec son personnage de poète mythique. Le chant d'Orphée se décline en vers libres obsédés par le souvenir d'une Eurydice qui ne reviendra jamais des Enfers. Ce chant est notamment marqué par des répétitions et anaphores qui, de manière évidente, créent une musique. Et là, bien sûr, l'immortelle est justement celle qui est morte. Ecrite à la première personne, cette séquence approche au plus près la douleur de la perte de l'être aimé... pour une fatale impatience.

 

Le lecteur se retrouve également confronté au mythe de Narcisse, que l'auteur met en scène avec un souci discret mais indéniable des sonorités, concrétisées en allitérations bien vues et en jeux d'échos avec la nymphe Echo. Ce Narcisse, né de l'écoute de "Miroirs" de Maurice Ravel, l'auteur le montre comme un personnage qui se cherche sur la base d'un certain passé, avant de trouver finalement ce qui l'attire. On relèvera d'ailleurs que la séquence "Narcisse", que l'auteur a écrite alors qu'il était au lycée, a été primée, ce qui est mérité au vu du travail littéraire et formel approfondi. "Hermaphrodite" s'avère quant à lui un texte d'une grande sensualité, qui précède l'évocation du principe maternel divin de Gaïa, ultime séquence du recueil.

 

On aurait pu croire ces mythes antiques rebattus; l'écrivain les revisite avec force, imposant un style poétique exigeant, reflet d'un remarquable travail poétique, et sans cesse renouvelé avec justesse. D'une naïveté brute, très directes, les illustrations de Léa Meier soulignent la force du propos poétique d'un auteur qui mérite l'attention de son lectorat.

 

Louis Bonard, Les Immortelles, Lausanne, Editions de la Marquise, 2016, postface de Delphine Abrecht, illustrations de Léa Meier.

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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Caro[line],Chrys, Emma, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, MyrtilleD, Séverine, Violette.

 

Douce et belle bouchelette

 

Ainsi, ma douce guerrière

Mon coeur, mon tout, ma lumière,

Vivons ensemble, vivons

Et suivons

 

Les doux sentiers de la jeunesse :

Aussi bien une vieillesse

Nous menace sur le port,

Qui, toute courbe et tremblante,

Nous entraîne chancelante

La maladie et la mort.

 

Rémy Belleau (1528-1577). Source.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 19:36

Millar BoutonsLu par Perseneige.

Le site de l'éditeur, le site de l'auteur.

 

Dans la marée des livres qui vont paraître à l'occasion de la rentrée littéraire 2016, en voici un qui devrait charmer celles et ceux qui, durant leur parcours scolaire ou en d'autres circonstances, ont été ou sont en contact avec la langue et la culture grecques antiques. Mieux: "La Déesse des marguerites et des boutons d'or", dernier roman de l'écrivain écossais Martin Millar, devrait les faire rire. En mettant en scène le dramaturge comique athénien Aristophane, en effet, l'écrivain installe une comédie historique succulente, mêlant dieux, demi-dieux et mortels.

 

Et si "Lysistrata"...?

En bon romancier historique, l'écrivain mêle avec adresse le contexte historique et les éléments inventés. En l'espèce, il exploite une large marge de manoeuvre, dont il explique les tenants et aboutissants en postface. Ainsi, le lecteur saura que "La Paix" est une pièce qu'Aristophane, dramaturge grec, a bel et bien écrite, et qu'il a donnée en temps de guerre dans l'Athènes du Ve siècle avant Jésus-Christ. L'auteur soulève toutefois un lièvre crucial, sans donner de réponse: est-ce bien Aristophane qui a écrit "Lysistrata", pièce bien plus connue (et excellente, soit dit en passant)? Si, comme le dit le roman, c'est une hétaïre nommée Théodota qui l'a composée avant d'utiliser le dramaturge comme prête-nom, que de certitudes seraient remises en cause... 

 

On l'a compris: le romancier a su se plonger dans l'ambiance de la Grèce antique, celle des Eschyle et des Socrate - sans parler de Platon et de Xénophon, qu'on voit enfants dans ce livre, ni des dieux qui se mêlent sans complexe de la vie des mortels. Cela va plus loin: parlant d'Aristophane, vu comme un dramaturge à la fois autoritaire et en proie au doute, le romancier fait vibrer la fibre de l'humour. Celui-ci a parfois quelque chose de grotesque, en phase avec le théâtre antique, à l'instar de ces pénis factices qui posent tant de problèmes à l'équipe chargée de monter "La Paix". Il réside aussi dans la recréation des dieux et demi-dieux: plus personne ou presque n'y croit aujourd'hui, mais ils demeurent d'excellents personnages de roman, si terrestres, si humains, qu'on s'y identifie sans peine (1).

 

Des femmes et des hommes attachants

Justement, comment ne pas fondre devant les personnages féminins de "La Déesse des marguerites et des boutons d'or"? L'auteur a le chic pour mettre en scène des figures bien marquées - avec, on s'en doute, le coup de pouce des sources mythologiques, auxquelles il ajoute sa touche. La nymphe Métris, en particulier, s'avère adorable: l'auteur la montre souriante, capable de faire pousser des fleurs comme elle veut. Il va jusqu'à lui donner un côté faussement cagole qu'on lui pardonne volontiers: après tout, elle est jeune et jolie. Et puis, cette manie de dire "chouette" à tout bout de champ... c'est joli, même si ça gonfle Athéna - dont l'oiseau fétiche est justement la chouette.

 

Les figures masculines installent une dynamique qui tient volontiers du combat, la lutte pour un prix de dramaturge lors des Dionysiades faisant écho à la guerre qui mine depuis une décennie les relations entre les cités rivales d'Athènes et Sparte. De manière classique, l'auteur met en scène ceux qui sont pour la guerre (les marchands d'armes) et ceux qui sont contre (ceux qui veulent juste vivre). Partant, il installe le climat politique de la très démocratique Athènes et écorne un peu le mythe en la présentant comme corrompue et en mettant en scène ses travers démagogiques. Ce qui entre en résonance avec ce que nous connaissons aujourd'hui! Et c'est bien face à un choix tragique qu'Aristophane sera placé en fin de récit: quelle devra être sa victoire?

 

Sur la vie des arts à Athènes

Enfin, l'écrivain excelle à décrire la vie et les contretemps d'une troupe de théâtre. Les pénis factices sont un leitmotiv permanent, on l'a dit (et les dramaturges en lice aux Dionysiades paraissent jouer à "kikalaplugrosse" en sacrifiant à cette tradition). L'auteur montre aussi les machineries, les acteurs au tempérament de diva, les amateurs qui peinent à faire ce qu'on leur demande. Le lecteur gobera-t-il le fait qu'Aristophane, perdant du concours donc sacrifié, se sentira consolé par une Athéna qui lui promet une grande célébrité posthume? Il est permis d'en douter, et ce n'est pas l'artifice le plus naturel de ce roman.

 

Il préfère se souvenir de la figure essentielle et attachante de Luxos, jeune poète quasi autodidacte au talent méconnu, hors sérail, aux cheveux longs comme ceux d'un hippie. Il rappelle les "wannabe" d'aujourd'hui, à l'optimisme quasi indécrottable, désireux de percer dans le monde des arts littéraires. C'est là un personnage dynamique: il ne sombre pas dans la figure du héros romantique qui considère que personne ne le comprend et se complaît dans cette posture.

 

En définitive, le lecteur appréciera avec "La Déesse des marguerites et des boutons d'or" un roman rigolo, frais et quasi printanier (il y pousse plein de marguerites et de boutons-d'or, le titre est parfaitement justifié), qui montre des humains d'autrefois mus par des sentiments parfaitement actuels, c'est-à-dire de toujours, pour arriver à leurs aimables (ou pas) fins.

 

Martin Millar, La Déesse des marguerites et des boutons d'or, Paris, Intervalles, 2016, traduction de l'anglais (Ecosse) par Marianne Groves.

 

(1) D'ailleurs, l'excellent roman "Les sorcières de la République" de Chloé Delaume, également à paraître dans la rentrée littéraire 2016, réveille aussi les dieux antiques.

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8 août 2016 1 08 /08 /août /2016 19:54

Bassani HéronLu par Dr Orlof, Emmanuel F., Wodka.

 

C'est à un roman dense et prenant que Giorgio Bassani invite son lectorat avec "Le Héron", intense récit d'une journée de la vie d'un Italien juif nommé Edgardo Limentani. Journée presque banale: le personnage va se faire une journée de chasse dans la campagne, non loin de Ferrare, ville clé dans l'oeuvre de cet écrivain italien.

 

On perçoit chez le romancier une envie de tout dire, tout sur une vie de rien, avec un personnage très ordinaire. Et le lecteur a envie d'être observateur avec lui. Les détails de cette vie sont minutieusement observés: le petit déjeuner, la marque du réveil, de la montre et des armes de chasse de Limentani, le voyage en voiture (une Aprilia), le retard, l'arrêt chez un cafetier. L'observation est aiguë aussi pour ce qui concerne les relations interpersonnelles, toujours en demi-teintes jamais franches, mêlées de rancoeur: l'épouse qu'il n'aime plus guère, la mère avec laquelle il faut bien vivre, et ce cafetier à l'amabilité trop éclatante, avec lequel il faut bien composer.

 

Tout montrer, enfin, c'est aussi évoquer le contexte de l'Italie d'après-guerre, encore marquée par le fascisme qui oblitère les relations interpersonnelles, mais où l'on voit aussi apparaître, en arrière-plan, un certain Alcide De Gasperi et où les communistes vont leur chemin. Un journal découpé pour servir de papier de toilettes montre une actualité en morceaux. Comme devait sans doute l'être l'Italie en 1947.

 

Et puis il y a la chasse, marquée par le manque de motivation de Limentani, qui semble parfaitement amorphe alors qu'à côté, son confrère descend de nombreux oiseaux. C'est là que se trouve la scène clé du roman, où Limentani tire sur un oiseau, le blesse: c'est un héron. Edgardo voit alors la mort en face, et laisse au lecteur l'impression que c'est sa mort, sociale ou physique, qu'il voit. Limentani se sent inutile, incapable et sans courage, et vit un vide existentiel qu'il reconnaît dans ce héron juste bon à être naturalisé. L'auteur ne manque pas d'insister sur cet épisode, et en particulier sur l'oiseau. Dès lors, Limentani va être taraudé par la tentation du suicide, qu'il imagine assez complexe.

 

On peut évidemment s'étonner que le personnage principal, déterminé à se donner la mort, prenne la peine de rentrer chez lui, d'aller rendre une visite à des connaissances et même d'aller manger chez cet aubergiste qu'il n'aime guère. On peut voir ce voyage retour comme une manière de régler ses affaires terrestres, par exemple en cédant ses prises de chasse à l'aubergiste. C'est aussi un temps de vie halluciné, imprégné par l'alcool, où soudain, l'auteur traverse sans cesse la frontière poreuse entre le rêve et le réel. Rêvée ou réelle, par exemple, la scène où la prostituée se trouve dans la chambre que Limentani a prise chez l'aubergiste pour décuiter durant quelques heures est emblématique du manque d'appétit de vivre de Limentani, pas du tout excité par les avances non désirées de la fille.

 

"Bonne nuit": c'est sur une fin ouverte à la terrible ambiguïté que s'achève "Le Héron", qui laisse le lecteur répondre à la question de la nature de la "bonne nuit" en question pour Edgardo. Le lecteur, justement, viendra de vivre avec ce roman fort une sorte de "folle journée" de l'ordinaire, marquée par de nombreux épisodes, tenant à peine dans une journée mais qui, tous, revêtent un caractère dérisoire, à peine mémorable.

 

Giorgio Bassani, Le Héron, Paris, Gallimard/L'Imaginaire, 2005, traduction de Michel Arnaud.

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7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Caro[line],Chrys, Emma, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, MyrtilleD, Séverine, Violette.

 

L'amour

 

Passer ses jours à désirer,
Sans trop savoir ce qu'on désire ;
Au même instant rire et pleurer,
Sans raison de pleurer et sans raison de rire ;
Redouter le matin et le soir souhaiter
D'avoir toujours droit de se plaindre,
Craindre quand on doit se flatter,
Et se flatter quand on doit craindre ;
Adorer, haïr son tourment ;
À la fois s'effrayer, se jouer des entraves ;
Glisser légèrement sur les affaires graves,
Pour traiter un rien gravement,
Se montrer tour à tour dissimulé, sincère,
Timide, audacieux, crédule, méfiant ;
Trembler en tout sacrifiant,
De n'en point encore assez faire ;
Soupçonner les amis qu'on devrait estimer ;
Être le jour, la nuit, en guerre avec soi-même ;
Voilà ce qu'on se plaint de sentir quand on aime,
Et de ne plus sentir quand on cesse d'aimer.

 

Adélaïde Dufrénoy (1765-1825). Source: Poésie.webnet.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 20:36

Lawrence Brousse"Jack dans la brousse" est l'un des derniers romans de David Herbert Lawrence, que l'on connaît surtout pour avoir écrit le sulfureux "Amant de Lady Chatterley". L'auteur a connu une vie d'aventurier qui l'a mené entre autres en Australie; le lecteur le perçoit à chaque page de "Jack dans la brousse", qui se passe précisément là-bas, et c'est délicieux.

 

Qui est Jack, d'abord? On pourrait gloser longuement sur le tout premier paragraphe de ce roman, qui joue le rôle d'incipit. Le voici:

 

"Il descendit à terre, l'air d'un agneau. Loin de moi de prétendre qu'il était l'agneau auquel il ressemblait; sinon pourquoi l'aurait-on chassé d'Angleterre? C'était un beau garçon avec des yeux bleu foncé et un teint de fille, et aussi un air un peu trop sage pour donner vraiment confiance."

 

Qu'en retenir? Avant tout le caractère éminemment ambigu du personnage de Jack, autour duquel tourne "Jack dans la brousse". Le lecteur ne peut certes pas s'empêcher de s'attacher à ce jeune homme aux apparences aimables mais résolument sauvage, complexe, tiraillé entre des attitudes de loup et d'agneau. On ne saura pas grand-chose de ce qui a motivé le départ de Jack, en outre: récit d'une nouvelle vie, "Jack dans la brousse" montre ici un personnage tourné vers son avenir, distant face à ses parents (il n'est pas très assidu dans sa correspondance, à quoi bon d'ailleurs?) et désireux de faire son trou en Australie. Le lecteur assiste à sa maturation, face à des personnages bien installés et volontiers insidieux.

 

Faire son trou, faire sa vie: tel est le propos de l'auteur, et Jack, jeune homme pas même majeur, image de la page blanche sur laquelle une vie va s'écrire, en est l'exemple. Le lecteur va le voir tâter du métier, se battre, impressionner les costauds. Et aussi, et c'est une part riche de ce roman, vivre avec une sorte d'amour-haine envers les femmes, où se mêlent désir et rejet de l'extraversion, qui voit le jour dans une scène capitale: celle où il rencontre les jumelles, Monica et Grace, les "deux agnelles", qui le surnomment vite "Beau" - et que Jack, heurté dans une pudeur peut-être importée d'Angleterre, juge indécentes d'emblée, avant d'y repenser sans cesse. En arrière-plan, vient aussi l'important personnage de Mary, déjà ici.

 

Trois profils féminins... et Jack, héraut du polyamour avant l'heure (on imagine le scandale...), en voudra deux pour sa vie! Deux, c'est aussi deux figures différentes, entre lesquelles Jack refuse de choisir: Mary, discrète, métisse, mais déterminée et désireuse de faire une fin correcte par un mariage (elle est promise au très stable M. Blessington, nettement plus âgé qu'elle), et Monica, qui flirte avec tout le monde, aime les forts et finit par porter les enfants d'au moins deux hommes, ce qui la déclasse en queqlue sorte. Laquelle Jack aura-t-il vraiment? D'un bout à l'autre du roman, on le voit osciller; et en définitive, il part seul, laissant des perdantes derrière lui: s'il ne peut les avoir les deux, il est disposé à jouer le rôle du loup solitaire, antagoniste de l'agneau montré en début de roman. A moins qu'une troisième voie, peut-être...?

 

Questions de jeunesse! L'auteur a la justesse de mettre en avant des personnages jeunes, avides de trouver leur place, dans un pays qui est lui-même jeune, l'Australie, et dont l'histoire reste à écrire au temps de la narration (nous sommes à la fin du XIXe siècle). Cela se traduit par ces terrains inexplorés que la Couronne anglaise concède à ceux qui veulent bien les valoriser, et par quelques anecdotes relatées en début de roman. Tourné vers les populations européennes, cependant, l'auteur ne dit pas grand-chose des aborigènes australiens: la jeunesse décrite demeure celle d'une Australie européenne, peuplée de Blancs et où les Noirs, certes présents et reconnus, sont cantonnés à des rôles subalternes.

 

"Jack dans la brousse" est le roman d'un adolescent qui devient un adulte, et le virage se fait dans une scène quasi mystique où, perdu dans le bush (nommé "brousse" dans la traduction française de Lilian Brach, de façon surprenante), il se trouve à l'article de la mort. Cette scène est l'un des épisodes où Jack, conscient d'une transcendance, se laisse aller à un positionnement mystique face à l'au-delà. L'auteur creuse ces aspects sans complexe, quitte à ce que cela paraisse long et répétitif par moments; en contrepartie, et c'est un gage de rythme bien venu, le lecteur apprécie les nombreuses scènes de vie entre colons: mariages, messes, bals, duels, dressage de chevaux, rencontres entre hommes et femmes, qui donnent à ce roman, par instants, les accents d'un western peuplé de kangourous.

 

David Herbert Lawrence, Jack dans la brousse, Paris, Gallimard/L'Imaginaire, 2004, traduction de Lilian Brach, préface de François Mauriac, nouvelle édition revue par Janine Hérisson.

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