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31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Caro[line],Chrys, Emma, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, MyrtilleD, Séverine, Violette.

 

Verona Lovers

 

Sur les frais oreillers de marbre ciselé
Où fane un lourd feston de corolles savantes
Se confondent sans fin les amants aux amantes
Qui se sont fait mourir du verbe ensorcelé

 

Avares du vieillir ô vous enviez-les
D'avoir sur le tremplin des extases si lentes
Laissé ce million de minutes naissantes
Et bien royalement le monde tel qu'il est

 

Cette nuit-là comme il s'aimèrent sans mensonge
Quelque pouce géant dans sa toute bonté
A fait rouler leurs yeux hors des coffres du songe

 

Cependant que très loin sur les terres bénies
Les violons têtus enchantaient les Asies
Et riaient de tendresse leurs divinités

 

Albertine Sarrazin (1937-1967). Source.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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29 juillet 2016 5 29 /07 /juillet /2016 20:11

Tatzber FaireLu par Alain Bagnoud, Valais Libre.

 

Imaginez un professeur de lycée ou de collège, divorcé, père d'une fille adolescente, en phase avec une génération toujours susceptible de le dépasser, à la loyale ou pas. Ce professeur, c'est Hédi. "Peut mieux faire..." relate une journée de sa vie. Ce roman est signé Leyla Tatzber, "née berbère en Auvergne", et auteure du recueil de nouvelles "Rondes".

 

L'idée de l'écart générationnel entre un prof, son enfant et ses élèves constitue le fil rouge de "Peut mieux faire...". Cela commence un peu par la bande, par la mise en scène, à l'heure du petit-déjeuner, des relations entre Hédi, le père enseignant, et sa fille, qu'il ne voit que par intermittence puisqu'il est divorcé. Les échanges s'avèrent rythmés: le père tient à ses principes, la fille tient à tracer sa propre route. On croit lire son sourire dans les échanges familiaux, mais l'écart générationnel est bien installé.

 

Cet écart familial fait écho, dans "Peut mieux faire...", à la distance entre l'enseignant et ses élèves. L'auteure peint un tableau pessimiste de ce qu'est devenu l'enseignement, dans un pays qui pourrait être la France plutôt que la Suisse (en dépit du lieu d'édition). S'installe dès lors une sorte de schizophrénie, bien agencée, entre un enseignant qui veut juste transmettre un savoir empreint de culture, conformément à un certain bon sens à l'ancienne, et des autorités dont les lignes directrices et programmes ne concordent pas avec ses vues.

 

L'auteure montre par ailleurs certains travers de la vie en établissement scolaire, vue du monde enseignant. Elle excelle à montrer le côté inadéquat de la répartition de certaines tâches a priori éloignées du strict métier d'enseignant: la gestion de la machine à café, pour le plus anecdotique, ou la prise en charge d'une personne atteinte dans sa santé dans le cadre scolaire. En particulier, l'auteure montre avec pertinence que le système offre toujours des manières de se débiner en cas de coup dur, et montre ainsi la veulerie de certains membres du corps enseignant.

 

Mais plutôt qu'un ouvrage sur la perte de sens du monde enseignant, ce que "Peut mieux faire..." aurait pu être, ce livre est un roman au final optimiste. En effet, Hédi fini par trouver une cause à défendre, ou du moins sa promesse, à travers la prise en charge d'un enfant en situation irrégulière, nommé Luis et venu d'Amérique du Sud. Ce virage aux airs de revanche illumine la fin d'un roman marqué par l'impression constante que Hédi est dépassé par son contexte de vie.

 

Il y a donc un choc des générations dans "Peut mieux faire...", bien présent, et force est de constater que Hédi, l'enseignant, se donne de la peine pour faire mieux. Quand il s'agit de le décrire, l'auteure oscille entre une écriture musicale presque poétique, et des pages où le pragmatisme romanesque l'emporte. On comprend que pour une fois, la rituelle sanction "Peut mieux faire..." s'adresse à l'enseignant plutôt qu'à ses élèves; et le lecteur se laissera bercer par la musique du livre, et emporter par sa poésie finalement optimiste, fondée sur un sujet d'une grave actualité.

 

Leyla Tatzber, Peut mieux faire..., Charmey, L'Hèbe, 2010.

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28 juillet 2016 4 28 /07 /juillet /2016 20:54

Malinconi Homme"La mondialisation défigure l'humain": c'est ainsi que débute le prière d'insérer de "Si ce n'est plus un homme", recueil de nouvelles de l'écrivaine belge Nicole Malinconi. Cet ouvrage aborde différents aspects de la déshumanisation de l'homme moderne, d'une manière large, plus généreuse mais pas moins exacte et cruelle que le glaçant mais excellent "Au bureau".

 

Défigurer l'humain, l'idée est évidemment développée au sens le plus littéral, déjà dans le préambule à ce petit livre, qui interpelle: est-ce qu'une atteinte physique rend quelqu'un moins humain? Pourquoi sommes-nous tentés de voir comme moins humaine une personne dont le visage est atteint, à l'instar des gueules cassées de la Première guerre mondiale? Quel regard portons-nous sur elles? Le mot de "gueules cassées" est du reste le titre d'une des nouvelles du recueil, évoquant ces migrants à peine connus, sans identités, qui meurent en silence d'accidents inhumains du côté de Calais. L'auteure suggère que chaque époque a ses gueules cassées, ses figures mutilées qu'on ne reconnaît plus.

 

Mais il est d'autres circonstances moins manifestes, mais vécues par ceux qui les subissent comme la perte d'une part de leur humanité. Elle est superbe, par exemple, cette nouvelle tout en finesse intitulée "Venant du coeur" où l'auteure fait parler, avec justesse, un personnage mis au chômage par la fin de l'industrie sidérurgique dans le nord de la France. Arrêté en milieu de parcours professionnel, son narrateur met en évidence ses collègues qui, ayant fait leur vie dans le travail de l'acier, s'associent à cette deuxième maison qu'est le haut-fourneau. On se souvient, en lisant cette nouvelle, que le métier qu'on exerce est un élément clé de notre personnalité. "Protocole de relance", autre nouvelle évoquant les disparitions d'emplois, lui fait écho: écrite à la deuxième personne du pluriel, elle interpelle directement le lecteur.

 

Si l'auteure montre certains personnages de près, elle a toujours soin de garder une certaine distance: les personnages sont rarement nommés, ou au mieux prénommés. Ils font souvent figure d'ombres, de types exemplaires qui, éventuellement, s'expriment - ou pas, à l'instar de cet enfant en bas âge qui, dans "Baby TV", ne dit rien (conformément à l'étymologie du mot latin "infans", "qui ne parle pas") et subit une chaîne de télévision aux programmes indigents, bâtie sur mesure pour lui - dit-on, du moins. A l'extrême inverse, certaines nouvelles ont l'allure de chroniques, à l'instar de "Mur sans issue", qui fait référence à un mur entre les riches et les pauvres de São Paulo. Le point de vue? Un hélicoptère... le mur, on le regrette donc. Mais de loin.

 

Morts anonymes, vies humaines sacrifiées car sans valeur apparente: l'auteure promène son regard dans le monde entier pour dire ce qu'il peut avoir d'inhumain pour ceux que la mondialisation oublie, dans nos pays de nantis ou dans des régions moins favorisées. Certaines nouvelles touchent à des débats récents, qui trouvent encore aujourd'hui un écho, à l'instar de la fermeture des magasins Carrefour en Belgique ou des humains figés par la technique de plastination de Günther von Hagens, évoqués dans "Si ce n'est plus un homme". Un titre qui donne son nom au recueil, et évoque l'ouvrage bien connu de Primo Levi; et qui fait le lien, de manière subtile mais indiscutable avec une autre temps historique, à travers l'idée d'un homme vu comme un spécimen: difficile, à la fin de la lecture de cette nouvelle, de ne pas penser au docteur Mengele. La leçon de cette terrible expérience historique a-t-elle été de nous rendre plus humains pour autant? Mettant en scène des personnages ordinaires à l'humanité ternie sans que personne ne s'en aperçoive, l'auteure pose cette difficile question.

 

Nicole Malinconi, Si ce n'est plus un homme, La Tour d'Aigues, L'Aube, 2010.

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27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 20:41

hebergement d'imageLa blogueuse PatiVore revient, et Julitlesmots s'y met: il y a décidément du nouveau aujourd'hui. Ces participantes au Défi Premier roman proposent de découvrir quatre premiers romans. Les voici:

 

Chez PatiVore:

Caroline Broué, De ce pas.

 

Chez Julitlesmots - bienvenue à  elle!

Megan Kruse, De beaux jours à venir.

Laurent Loison, Charade.

Odehia Nadaco, Knysna.

 

Merci pour toutes ces participations! Les vôtres sont les bienvenues aussi.

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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26 juillet 2016 2 26 /07 /juillet /2016 20:27

hebergement d'imageLe roman "Brillante" de Stéphanie Dupays connaît un certain succès - et je confirme que c'est un bon roman. PatiVore en parle, et c'est un participation de sa part au Défi Premier roman. Merci à elle! Je vous invite cordialement à découvrir son billet:

 

Stéphanie Dupays, Brillante.

 

Une recommandation: n'oubliez pas de me signaler vos participations à ce défi! C'est plus facile pour moi, ainsi, de faire un coup de projecteur sur votre billet.

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 21:08

hebergement d'imageLili Galipette vient de passer des heures "délicieuses et pleines de frissons" avec la trilogie de Gormenghast, signée Mervyn Peake. Belle séance de lecture, totalisant 1568 pages! Merci pour cette participation au Défi des Mille! Lili Galipette en donne quelques reflets ici:

 

Mervyn Peake, Titus d'enfer.

Mervin Peake, Gormenghast.

Mervyn Peake, Titus errant.

 

Quel voyage littéraire! Et à qui le tour? Qui rêve de s'embarquer dans des livres et sagas de plus de mille pages...? Pour les règles, cliquez sur le logo. Le défi est désormais pérenne... à vous de jouer!

 

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi des Mille
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24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Caro[line],Chrys, Emma, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, MyrtilleD, Séverine, Violette.

 

Sur le goût de Paris, en façon d'adieu

 

Eh! mon Dieu! ce goût-là ne me vient avec l'âge,

Mons bons amis, mieux vaut rentrer chez soi. Tant pis

Ma foi! Quand ma maison aura ses murs crépis,

Gageons qu'elle sera la mieux de mon village...

 

Et sa terrasse où sont les orangers.. ses roses

Qui faisaient sentir bon ma chambre, avec les lis!

Des fleurs grimpaient jusqu'à ma fenêtre, jadis...

Je ne puis oublier, vois-tu, les vieilles choses.

 

Je connais de Paris le bon et le mauvais;

Qu'attendrais-je de plus? Aussi bien, je m'en vais

Dans mon pays enterrer le célibataire...

 

Sur la croix je mettrai ma lyre de carton,

Puis planterai un chou dans l'humus de ma terre

Et j'attendrai l'enfant promis par le dicton.

 

Philippe Héritier, dans Moniteur du caveau stéphanois, Saint-Etienne, octobre 1984.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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22 juillet 2016 5 22 /07 /juillet /2016 20:39

Seydoux IncohérencesAh, cette Suisse qu'on adore taquiner! Son attitude de première de classe qui attire les critiques de toutes parts... des critiques parfois justifiées, mais qui méritent aussi des nuances. Après une carrière de rédacteur spécialisé dans l'hôtellerie, José Seydoux offre, avec "Incohérences", un essai qui jette un regard critique sur ce qu'il y a derrière la façade "propre en ordre" de la Suisse.

 

Sous-titré "La Suisse... paradis perdu?", "Incohérences" est construit en dix-huit chapitres qui, chacun, abordent des aspects qui font débat. Ces aspects sont d'une grande diversité: il est question de politique des transports, de paix des religions, de guerre des langues, d'abstentionnisme lors des scrutins, de tourisme et d'accueil, d'égalité homme/femme (je me suis senti visé par une remarque de l'auteur à ce sujet...) et même de grand âge. L'auteur aborde ces aspects de manière descriptive, avec une critique toute personnelle. Il partage ses impressions face aux évolutions d'aujourd'hui: l'anglais qui s'impose dans la publicité et la langue, le journalisme qui n'est plus ce qu'il était, la disparition des des bistrots de village et de leur rôle social.

 

Pour donner de la chair à un essai qui pourrait paraître sec sans cela, l'auteur a créé les personnages de Carine et Patrick, représentants du ménage suisse moyen, avec deux enfants. Certes, l'auteur aurait pu donner davantage encore de corps à ce tandem. Mais ses interventions, développées sous la forme de dialogues très synthétiques et pertinents, assaisonnés s'il le faut d'un brin de mauvaise foi, illustrent les incohérences et difficultés qui se font jour en Suisse.

 

Incohérences... le mot fait figure de leitmotiv dans le livre de José Seydoux. Celles-ci sont présentées comme le constat de l'auteur, qui offre donc un livre tout à fait personnel qui, par moments, expose des convictions personnelles autant que des faits objectifs. Face à ces choses vues et ressenties, le lecteur aurait aimé, parfois, avoir face à lui un peu plus d'analyse et d'enquête, des chiffres peut-être, ou alors les arguments d'interlocuteurs qui ne pensent pas comme l'auteur. Et qui, c'est certain, s'accommodent tout à fait, voire assument telle ou telle incohérence. C'est humain, après tout!

 

Il est possible de voir dans "Incohérences" un pendant au "Bienvenue au Paradis" de la journaliste française Marie Maurisse, que l'excellente blogueuse Kantu (de "Y'a pas le feu au lac") a évoqué de la belle manière. Si le regard de Marie Maurisse est celui, extérieur, d'une expatriée, celui de José Seydoux vient de l'intérieur. José Seydoux offre un essai intéressant, même si on l'aurait aimé parfois plus fouillé, ou - pourquoi pas - plus distant par rapport à des idées qu'on a beaucoup vues. Le lecteur aimera réfléchir avec ou contre l'auteur, cependant, en vue de se forger sa propre idée en fonction de ce qu'il a lui-même vécu ou connu. Rédigé d'une plume alerte dans la ligne de "Souriez... on vous ressuscite!", construit comme la vision à la fois argumentée et personnelle d'un Suisse sur la Suisse, "Incohérences" s'avère une séduisante invitation au dialogue.

 

José Seydoux, Incohérences, Hauterive, Nouvelles éditions, 2016.

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Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais
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21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 21:02

LuneLu par Cachou, Marine, Mikaël Demets, Pages à pages, Valérie Devilain-Denize, Yan.

 

Sur le prospectus, tout à l'air nickel. Mais la description va-t-elle passer l'épreuve du réel avec succès? Quelques personnages vont vivre dans le lotissement "Les Conviviales", un ensemble de villas construit spécialement pour accueillir des seniors. Résultat? L'ensemble ne tient pas ses promesses et ceux qui sont venus s'y loger se sentent pris au piège. "Lune captive dans un oeil mort", un roman signé Pascal Garnier, se construit autour de l'interaction faussement calme qui se met en place entre quelques personnages que rien ne devrait rapprocher.

 

Certes, tout commence tranquillement, et "Lune captive dans un oeil mort" fait partie de ces romans qui prennent leur temps pour s'installer avant d'exploser tout à coup. Le premier chapitre, cela dit, constitue une très bonne exposition. Sa construction fait alterner les mots jetés sur le papier glacé d'un prospectus et la réalité vécue d'un homme qui s'est installé là, parmi les premiers, avec son épouse. Le ton est donné: il y a un peu de désillusion face un ensemble de logements qui ne tient pas toutes ses promesses et ne trouve pas ses habitants. Du lotissement, l'auteur dit: "Vu d'avion, cela devait ressembler à une sorte d'arête de poisson", manière de montrer que les lieux sont mortels, en dépit de leur ambition d'être, justement, un lieu de vie.

 

On pourrait presque voir "Lune captive dans un oeil mort" comme un huis clos, en ce sens que ce roman rassemble une demi-douzaine de gens logés à la même enseigne, dans un "locus amoenus" en carton-pâte. L'auteur utilise l'idée du huis clos pour créer une tension, en insistant sur le fait que chacun est là, pratiquement coincé, parce qu'il ne peut faire autrement, que ce soit par choix (qu'on ne saurait révoquer sous peine de déchoir) ou à l'issue d'un concours de circonstances. Tout commence avec la courtoisie bienveillante que les personnages peuvent vivre entre inconnus - et avec les impressions peu avouables que l'on s'échange dès que les dos sont tournés. L'auteur prend soin de donner quelques caractéristiques à ses personnages: celui qui a un sourire immense qui sonne faux, la lesbienne supposée, l'animatrice qui fume des joints. Moins typées, les femmes trouvent tout à fait leur place dans le récit, ne serait-ce que parce qu'elles savent organiser ou parler. En somme, l'auteur sait orchestrer, sur 157 pages, la tranche de vie de quelques personnages.

 

Et si, à l'instar de la qualité des logements et de la sécurité, "Les Conviviales" ne sont pas à la hauteur des espérances de ceux qui ambitionnent d'y vivre, c'est un circonstances particulier qui finit par mettre le feu aux poudres. Il faut un long temps, en effet, pour que cela s'installe. L'auteur prend son temps pour installer un dispositif tendu où tout peut mettre le feu aux poudres. Au hasard, ce sont donc des gitans, pourtant intègres, qui vont jouer le rôle de catalyseurs. C'est l'occasion, pour l'auteur, de placer quelques préjugés dans la bouche de certains de ses personnages. Faciles, les préjugés, comme peuvent l'être ceux que le Français moyen peut avoir à l'encontre des gens du voyage... la caricature, ici, est vigoureuse et fait mouche.

 

Si le début de "Lune captive dans un oeil mort" captive, ce roman a quelques lenteurs plus tard, gage de tension. Roman lent, "Lune captive dans un oeil mort" choisit de monter très graduellement en puissance et montre çà et là une folie inattendue, mais pourtant évidente, quand on y pense, lorsqu'il est question de vivre dans un lotissement qui n'est fait pour personne. Il est permis de penser ici à "Super-Cannes" de James Graham Ballard lorsqu'on lit "Lune captive dans un oeil mort", pour deux raisons au moins: d'une part, on réunit des personnages qui n'ont pas grand-chose à faire ensemble... et d'autre part, on s'attend à un clash en fin de roman. A cela, l'auteur de "Lune captive dans un oeil mort" ajoute une intimité non voulue, une proximité pas désirable , mais propice à toutes les tensions.

 

Pascal Garnier, Lune captive dans un oeil mort, Paris, Zulma, 2008.

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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 19:12

Geinoz ExilsDéfi Premier roman.

 

Exils intérieurs et extérieurs, remises en question au fil des ans: "Exils" est le premier roman d'Annick Geinoz. Riche de personnages profondément humains, il l'est aussi en raison des thèmes abordés, dans le contexte particulier de la paysannerie fribourgeoise au tournant du siècle. Et à sa parution aux éditions de L'Hèbe en 2009, ce livre proche de son lectorat a connu un succès certain.

 

Le monde agricole fribourgeois et suisse sert en effet de toile de fond à "Exils". Quitte à paraître didactique par moments, l'auteure n'hésite pas à décrire les enjeux liés à l'agriculture suisse à la fin des années 1990. Elle creuse profond, témoignant de la précarité de tout un monde qui, pourtant, se démène et connaît un désarroi certain. Cela va jusqu'à la description de manifestations paysannes ayant réellement eu lieu dans les années 1995 à la suite de la réduction du prix du lait. Teintée d'empathie, la précision du regard porté sur ce monde est rare dans le monde des lettres, ce qui, d'ores et déjà, fait d'"Exils" un roman important dans le monde littéraire romand.

 

Mais un tel sujet serait pauvre s'il n'y avait pas les humains pour le faire vivre et aller plus loin. La romancière fribourgeoise donne à voir des personnages bien dessinés. Le lecteur goûtera ainsi pleinement le caractère impulsif de Jacques Guérin, agriculteur dur à la tâche. Il fera aussi connaissance de son épouse, Sarah: son vécu n'est pas évident à porter (perte de jumeaux, stérilité avant l'âge en raison d'une hystérectomie). Cela débouche sur le dessin d'une personnalité complexe, cordiale et active certes, capable de créer de belles complicités, mais qui a ses zones d'ombre à gérer. Cela, face à Romane...

 

... qui va jouer un rôle clé dans "Exils". Ainsi, "Exils" n'est pas tant un roman sur deux paysans fribourgeois qui vont vivre au Canada parce que c'est mieux (même s'il y a de ça) que le récit de la reconstruction de Romane. En effet, lorsque cette jeune fille fait irruption dans le couple Guérin, c'est une jeune anorexique gâtée, fâchée avec tout le monde, qui a besoin d'être soutenue et de se reconstruire - ce que l'auteure montre avec délicatesse, en mettant en évidence un point de départ pas facile et en soulignant que créer du lien n'est pas toujours évident. Reste que la durée d'un roman, soit quelques années, suffira pour que Romane, bien entourée par un couple que l'adversité n'a pourtant jamais épargnée, devienne pleinement une femme. Une forme d'exil intérieur, de renonciation, qui fait écho au départ des Guérin de Sorens vers le Canada - ce qui ne va pas sans nostalgie ni regrets.

 

Si elle se laisse aller parfois à un brin d'ironie, l'écriture de la romancière s'avère sobre, sans recherche gratuite de style. Il est permis de se demander si l'amitié qui lie Romane et Sarah est aussi indéfectible que ce qui est annoncé en page 55, et d'où vient le pack de bière mentionné en page 131 et qui déclenche un virage crucial dans "Exils". Il est permis de tiquer; mais on préfèrera garder de ce premier roman le souvenir d'une histoire qui place les relations humaines en son centre, avec beaucoup de sensibilité, et fait - comme plus d'un agriculteur fribourgeois - le grand écart entre une Suisse romande devenue trop petite et un Canada un brin rêvé, aux grands espaces pleins de promesses pour celle ou celui qui veut travailler.

 

Annick Geinoz, Exils, Charmey, L'Hèbe, 2009.

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