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26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 20:21

hebergement d'imagePoète et romancier à la fois suisse, français et canadien, Jacques-Pierre Amée s'avère un écrivain complet, touchant à la poésie comme au roman, et lorgnant vers le théâtre. C'est en tout cas ce que suggère "Comme homme", son troisième roman (qui a son site). Un ouvrage surprenant.

 

La surprise est formelle, d'abord, et belle. "Comme homme" est en effet un ouvrage à l'écriture extrêmement travaillée. Elle est poésie et musique, nourrie parfois de jeux sur les mots et les polices de caractère, afin de montrer les écrits qui parsèment le récit tels qu'ils ont été produits par les personnages, ou presque. Le style est exigeant pour le lecteur; l'auteur a le bon sens d'éviter la lourdeur en proposant des chapitres courts. Ceux-ci n'enlèvent cependant pas une impression diffuse de lenteur, suscitée sans doute par la volonté de l'auteur de tout montrer de très près au fil des phrases, jusqu'aux moindres détails. Tout cela, quitte à tenter de faire croire que le style se suffit à lui-même.

 

C'est que le lecteur sera davantage déconcerté par l'intrigue qui se met en place dans "Comme homme". Facilement allusif, porté sur le détail, l'auteur oublie parfois de dire l'essentiel, ou au moins de le montrer. On ne comprend pas tout de suite, par exemple, ce qui attache Zo et Zach, ni qui sont, vraiment, les personnages qui gravitent autour d'eux: une fille morte dont l'auteur montre les photos curieusement dénudées sur la route en Haïti, un Jeff haut en couleur, traducteur à la petite semaine et humaniste à sa manière, dont la saveur ne se révèle pleinement qu'en fin de roman.

 

On s'étonne également de la proposition faite à Zach de devenir clown dans une pièce de théâtre: cet élément est posé assez vite dans "Comme homme", mais ne revient que de manière sporadique plus loin, dans le cadre plus large d'une pièce de théâtre qui se prépare en arrière-plan.

 

Si le regard de l'auteur goûte le détail, il aime aussi le flou artistique. On ne sait pas vraiment où se passe ce roman dont les noms de localités sont inventés, suggérant des lieux sauvages et campagnards. L'auteur donne cependant une piste en citant "Blur", un générateur de nuages éphémère créé pour l'exposition nationale suisse organisée en 2002 dans la région des Trois-Lacs. Des allusions au Valais suggèrent que le coeur de l'intrigue est en Suisse, mais en définitive, cela pourrait être tout ailleurs... De Haïti, l'auteur retient entre autres les terribles séismes, qui ont des conséquences concrètes sur le roman: lors d'un tremblement de terre survenu dans son enfance, Zo a perdu sa main droite.

 

Alors certes, l'histoire est déroutante, difficile à saisir si ce n'est en disant que "Comme homme" est le tableau d'un couple qui hante une cabane en un lieu sauvage mais qui reste connecté au monde. Plutôt qu'une intrigue solide et suivie, le lecteur goûtera donc dans "Comme homme" la saveur sans cesse renouvelée des mots précieux, du vocabulaire recherché, des sonorités et des rythmes. Et peut-être découvrira-t-il, au détour d'un code QR, ce qu'est vraiment la pièce de théâtre "Comme homme".

 

Jacques-Pierre Amée, Comme homme, Gollion, Infolio, 2016.

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