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6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Caro[line],Chrys, Emma, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, MyrtilleD, Séverine, Violette.

 

Aporie

Tes souffrances commencent ici
Tu viens de franchir l'indomptable frontière
L'ultime barrière
Le point de non-retour

Te voilà donc cerné
De flammes dévorantes
De lames tranchantes
Et tes larmes acides
Te brûlent les joues
Et te creusent des rides

Tu chercheras parfois à te retourner
A revenir sur tes pas
A tout oublier
A rêver que tu rêves
Et que tu vas
Peut-être
Te réveiller

Tu chercheras aussi
Certains jours à t'enfuir
Mais ton malheur comme une ombre
Suivra chacun de tes pas

Tous tes espoirs
Mon petit
Se sont fait la malle
Il ne te reste
En vérité
Que ton mal
Qui te soit
Fidèlement
Attaché

 

Jacques Herman (1948- ). Source: Poésie.webnet.

 

 

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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 21:27

Holparan Killer

Lu par Elijange, La Puce 801, Montse, Totalybrune.

Le site de la romancière.

 

On prend les mêmes et on recommence: pour "Killer nostrum", son deuxième roman, l'écrivaine Jennifer Holparan convoque à nouveau Darcy, la policière punk, et Tim, le prêtre qui roule en Lamborghini, pour une nouvelle affaire policière du côté de Boston.

 

L'écriture est intelligente, complexe même pour un polar: le lecteur va se retrouver confronté très vite à une belle bande de policiers aux caractères bien dessinés, et aussi à une série de flash-back. C'est qu'il sera question ici, entre autres, de la jeunesse chargée de Darcy. Et de Tim, par incidence. Un petit effort sera donc nécessaire pour entrer dans "Killer nostrum".

 

Cela dit, on retrouve dans "Killer nostrum" ce qui a fait l'excellence de "Cadaver sancti": des personnages bien dessinés et lâchés dans des situations improbables, des titres de chapitre accrocheurs, des dialogues qui claquent, un rythme trépidant et un humour un brin ravageur. Cela, autour d'une église catholique aux multiples tourments.

 

Sur ce coup-ci, le point de départ paraît convenu, pour ne pas dire cliché: il sera question d'un prêtre pédophile. Mais c'est mal connaître l'auteur que de se dire qu'elle va bêtement lâcher les chiens sur ce personnage: Jennifer Holparan développe une intrigue captivante où celui qu'on croit coupable n'est pas vraiment coupable, et s'il l'est, ce n'est pas de ce que l'on croit... Vous me suivez, là? Retenons donc que "Killer nostrum" fait tomber les masques les uns après les autres.

 

Autre force de "Killer nostrum": ce deuxième roman explore le passé chargé de Darcy. Et la romancière confronte directement ce personnage à lui-même, ce qui lui permet de le pousser dans ses derniers retranchements. Du point de vue du réalisme, on pourrait se demander si Darcy n'aurait pas pu se récuser sur cette enquête, qui la porte à rechercher la vérité sur son propre père. D'un autre côté, c'est pour cela qu'elle est dans la police... et il lui est impossible de reculer face à une telle mission. En face, Tim a aussi un peu de mal à s'intégrer à sa nouvelle paroisse.

 

Obligeant le diable et le bon Dieu à collaborer, "Killer nostrum" ne manque pas de situations rocambolesques, et c'est ce qui fait le charme de ce livre. En particulier, le lecteur adorera la description de la prise d'otages, moment fort de ce polar: des enfants rassemblés dans un bus scolaire sont séquestrés par le chauffeur. Comment la police va-t-elle s'en sortir? Je vous laisse voir...

 

Tout démarre dans un cimetière, avec une bande de pré-retraités bizarres et pas innocents, découvrant de drôles de choses derrière une tombe. A partir de ce point de départ, la romancière réussit à développer une intrigue prenante, le plus souvent bien rythmée, agrémentée d'un soupçon d'humour et d'un sens certain de la formule et de l'intrigue.

 

Jennifer Holparan, Killer nostrum, Paris, Nouvelles plumes, 2015.

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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 21:12

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Un premier roman à moustaches: voici ce que propose Itzamna pour sa nouvelle participation au Défi Premier roman. Elle parle en effet de "La malédiction du bandit moustachu" d'Irina Teodorescu. Voici où se trouve son billet, que je vous invite à découvrir:

 

Irina Teodorescu, La malédiction du bandit moustachu.

 

Merci pour cette participation!

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Caro[line],Chrys, Emma, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, MyrtilleD, Séverine, Violette.

 

Epoque perpétuelle

 

Inscriptions cunéiformes,
Vous conteniez la vérité ;
On se promenait sous des ormes,
En riant aux parfums d'été ;

Sardanapale avait d'énormes
Richesses, un peuple dompté,
Des femmes aux plus belles formes,
Et son empire est emporté !

Emporté par le vent vulgaire
Qu'amenaient pourvoyeurs, marchands,
Pour trouver de l'or à la guerre.

La gloire en or ne dure guère ;
Le poète sème des chants
Qui renaîtront toujours sur terre.

 

Charles Cros (1842-1888), Le Collier de griffes. Source: Poésie.webnet.

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29 octobre 2016 6 29 /10 /octobre /2016 20:24

Zufferey Pupille

Site de l'éditeur.

 

Et de trois! L'écrivaine suisse Rachel Zufferey termine avec "L'Héritière de la Pupille" le troisième et dernier tome de sa "Trilogie de Sutherland", historique et écossaise. Ce nouvel opus est étroitement associé aux précédents, à telle enseigne qu'il est bon d'avoir encore en mémoire les enjeux de "La Pupille de Sutherland" et "Le Fils du Highlander". Dernier retour dans les Highlands au tournant du XVIIe siècle, donc...

 

La romancière reprend son récit là où il en était resté, avec l'exil de Kirsty et Hamish Ross - plus précisément avec leur décès. Et comme dans tout récit long, celui-ci repart avec un personnage de la famille, en l'occurrence Bonnie, dernière-née des Ross. Les circonstances l'amènent dans un lieu nommé Balquhidder, où elle devra se faire accepter tout en essayant de trouver ce qu'on vécu ses parents durant les dix ans pendant lesquels elle a été séparée d'eux. Quête des origines, recherche du pourquoi...

 

"L'Héritière de la Pupille" est construit à la manière d'une romance, cherchant à rapprocher deux personnages que tout semble éloigner. Nous connaissons Bonnie: va-t-elle finir dans les bras de Sorley? Ou de quelqu'un d'autre, par exemple le gentil palefrenier? Ou, Bonnie n'étant guère attirée par les hommes, pourrait-elle s'avouer lesbienne? Autant de fausses questions: Sorley sera son homme, on le comprend vite. Il a du caractère, et un statut social digne de ce nom. Reste à savoir comment... et "L'Héritière de la Pupille" est le récit d'un improbable rapprochement.

 

La figure de Sorley, en effet, est attachante: on se retrouve ici avec le parfait archétype du dur au coeur tendre. De même que Bonnie, le lecteur devra l'apprivoiser: c'est un personnage sauvage, bourru, et c'est aussi, paradoxalement, un homme qui prend, baise et jette les femmes. Il est surprenant de le voir, plus tard dans le roman, ouvrir soudain son coeur à Bonnie, qu'il traite comme une servante. Reste qu'entre ces deux personnages, naît une relation sentimentale hors norme, profonde.

 

On peut se demander qui est vraiment Bonnie. Femme de tête, elle ne l'est certainement pas. On se retrouve plutôt en présence d'une jeune femme difficile à cerner, qui n'a rien fait de ses dix doigts à seize ans, finalement peu douée pour la vie, et que les circonstances, plus que l'action personnelle (elle n'est guère rouée, et suit ses sentiments), vont amener à épouser un seigneur. Est-ce crédible dans les années 1599, en un temps rude où il y a du travail pour toutes et tous? L'auteure évite une longue introspection par le biais d'une ellipse: on ne saura pas grand-chose des dix ans qu'elle a vécus chez son frère déjà adulte.

 

En revanche, le lecteur appréciera les retours sur Kirsty et Hamish Ross, qui sont des flash-back récurrents représentant une agréable rupture de rythme dans le récit. Celui-ci est d'ailleurs mené d'une plume généralement fluide, où on regrette certains tics de langage trop présents: des tours comme "mettre fin au baiser", "approfondir le baiser", "répondre au baiser" paraissent raides s'ils sont souvent répétés, rendant lesdits baisers peu désirables. On préfère retenir la modernité du ton adopté, en particulier lorsqu'il s'agit de faire parler les personnages. Une modernité qui tranche avec les temps anciens mis en scène et rappelle que les sentiments amoureux sont intemporels.

 

Rachel Zufferey, L'Héritière de la Pupille, Lausanne, Plaisir de lire, 2016.

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29 octobre 2016 6 29 /10 /octobre /2016 20:01

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Encore une participation au Défi Premier roman: PatiVore évoque "Monsieur Origami", premier roman de l'écrivain belge Jean-Marc Ceci. C'est ici que se trouve son billet:

 

Jean-Marc Ceci, Monsieur Origami.

 

Merci pour cette nouvelle participation, et à bientôt!

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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 20:26

Bohler Neuroland

Lu par Bortzmeyer, Marylin.

 

Il y a des livres qu'on ne peut pas lâcher, qu'on reprend dès que l'on a deux minutes en se disant: "allez, juste une petite page!" et qu'on termine dans un élan durant lequel il est hors de question qu'on vienne vous déranger. "Neuroland", de Sébastien Bohler", est de ceux-là: un page-turner à la française, qui captive le lecteur - au sens le plus fort du mot.

 

Paru le 19 mars 2015, "Neuroland" se souvient des attentats de Charlie Hebdo, mais aussi d'autres événements terroristes mortels survenus en milieu urbain: on pense à Londres (2005) ou à Madrid (2004). Tout s'ouvre en effet sur un triple attentat d'essence terroriste et djihadiste, survenu à Paris: 53 morts entre la station de métro Châtelet, les Champs-Elysées et la gare de Lyon. Quel puissant détonateur! Quels lieux symboliques!

 

Question, dès lors: face au terrorisme, si révoltant qu'il soit, tous les coups sont-ils permis? En début de roman, l'auteur prend bien garde de trancher: il instaure une forme de débat tragique, suggérant la possibilité d'une alternative technologique à la torture, permettant de faire parler les prévenus sans recourir à des moyens contraires aux droits de l'homme ou à la contrainte. Que vaut, en somme, une troisième voie technologique entre une lecture paralysante des droits de l'homme, angélique peut-être, et une violence qui pourrait être celle de Guantanamo?

 

C'est lorsque le méchant arrive que tout bascule. Franck Corsa incarne le diable - au sens étymologique du terme: il détruit et divise, et l'auteur prend soin de le parer de nombreuses qualités. Ainsi, on le perçoit intelligent, beau parleur, doté d'un tempérament de leader et surtout fin psychologue. Et surtout, pour arriver à des fins de contrôle totalitaire, il recourt aux bonnes causes: en l'espèce, la lutte contre la maladie d'Alzheimer. Le lecteur observera, fasciné, sa progression dans un système complexe où la politique et la science entrent en collision. Trop facile! Une telle figure de méchant, susceptible de récupérer la technologie à ses propres fins, rappelle que cette dernière peut être nuisible, même si l'on se réclame des meilleures causes.

 

L'écrivain excelle à mettre en scène les questions scientifiques. Habile vulgarisateur, il fait passer quelques aspects d'une actualité insoupçonnée dans des dialogues où émerge le personnage attachant de Vincent Carat: il est question ici de lecture de pensées, rien de moins! En laissant entendre qu'une telle possibilité est à portée de la recherche scientifique, pour le meilleur (confondre le terroriste) et pour le pire (instaurer une dictature à pensée unique), l'auteur inquiète et pose la question du caractère ambivalent, éthique, de tout fruit de la recherche actuelle.

 

En face, le monde politique semble largué - donnant raison à un Luc Ferry qui n'a de cesse de dénoncer le retard des élites politiques en matière de connaissances technologiques et de transhumanisme. Selon l'auteur, cette situation est aggravée par la corruption des élites. Il prend soin de lui donner des formes diverses: au fond, il suffit de donner ce qu'ils veulent aux décideurs! Cela dit, à travers le personnage de l'incorruptible eurodéputé Boesmans, l'écrivain suggère que la résistance par l'intégrité, héroïque ou dérisoire peut-être, coûteuse à tous les coups, reste possible.

 

Et en troisième point de tension, l'aspect humain n'est jamais oublié, et constitue un levier narratif puissant. Ainsi Vincent Carat est-il motivé à travailler à Neuroland, centre de recherche en pointe sur les questions de neurosciences situé à Saclay (Essonne, France), pour soigner sa mère atteinte d'Alzheimer - et dessinée avec tendresse par l'écrivain. Quant à l'amour, aux sentiments réels ou supposés, ils jouent leur rôle à fond, entre autres à travers la personne de Maria Svetkova, fugitive condamnée par le milieu criminel russe, source d'empathie de par son statut irrégulier en France contrebalancé par un talent certain qui lui donne de la valeur. Et pour bien indiquer qu'elle fait partie des gentils, l'auteur va jusqu'à lui attribuer un physique très avantageux...

 

Porté par un solide bagage scientifique, "Neuroland" captive aussi et surtout par la profondeur des types humains qu'il donne à voir, et qui interagissent avec un naturel confondant, en un stupéfiant ballet où les masques tombent... ou pas. Bien costaud, sous-tendu par des ficelles plus ou moins fines, le propos est enfin porté par un style d'une efficacité systématique, fait de chapitres courts et incisifs, où aucun mot, aucune description n'est de trop. Résultat: le lecteur se retrouve happé par les arcanes de la recherche, les faux-fuyants du monde politique et les errances de l'humain. Autant d'éléments étroitement imbriqués pour créer un thriller captivant et parfaitement mis en musique, qu'on quitte presque à regret.

 

Sébastien Bohler, Neuroland, Paris, Robert Laffont, 2015.

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24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 19:33

Swann Amour

Lu par Alice, Anne Sophie, BDA, Jane Austen And Her World, Cloclo, Florence Chevalier, Lexie, Lily Martinez, Lune et plume, Miss Maureen, Sans grand intérêt, Thychat et Cloclochette, Tiphaine, Zakath Nath.

Le site de l'auteure.

Défi Premier roman.

 

C'est un roman qui oscille entre Jane Austen, "La Dame aux Camélias" et "Les Feux de l'amour"... et assume l'équilibre périlleux de cette triple filiation. Avec "Amour, orgueil et préjugés", Jess Swann a fait en 2013 son entrée dans le monde des lettres et de la romance, avec une adaptation moderne du célèbre "Orgueil et préjugés" de Jane Austen. Celle-ci pose avec acuité la question des forces et des limites d'une telle démarche.

 

Rappelons brièvement l'intrigue: il y a quatre filles à marier chez les Nothfield, domiciliés à Limerick en Ecosse, et justement, une entreprise s'installe près de chez elles. Du coup, les intrigues marchent à cent à l'heure en vue d'obtenir la meilleure union pour (presque) tout le monde, y compris les copines. C'est parfois un peu arrangé, certes, et le hasard joue son rôle...

 

La force de "Amour, orgueil et préjugés" est sans doute d'avoir mis en évidence, au gré de quatre unions, les différentes motivations qui peuvent conduire au mariage, en un dosage varié de raison et de passion. Cela dit, la romancière indique, au terme d'un crescendo des unions, que c'est bien l'amour passion qui est préférable: c'est celui-ci, au travers du personnage de Cassandra, qui est décrit avec le plus de détails - et le seul qui mérite, dans un roman presque sage par ailleurs, l'honneur d'une scène d'amour physique passionnée, explicite alors que les autres descriptions sont elliptiques, décrite d'une manière particulièrement réussie, et montrée comme une apothéose. Naturellement, c'est Cassandra, la narratrice, celle à laquelle le lecteur s'attache le plus, qui le vit! On est bien loin de l'union fort raisonnable entre l'obséquieux (et je pèse mes mots) Stanley et Emily, ou de l'union de Nikki avec l'interlope mais responsable Matthew, provoquée par une grossesse non souhaitée.

 

La romancière fait le grand écart entre le temps de Jane Austen et notre siècle. C'est patent dès le début, par le biais d'une écriture globalement très écrite, avec des dialogues très sages et soignés pour tous, qu'ils soient riches ou juste normaux. Le lecteur regrette ici un tel choix, fait au détriment du naturel et de la justesse de l'expression. Les rapports entre personnages, aussi, laissent l'impression curieuse de moeurs d'hier transposées avec une adaptation minimale à notre époque. Doralee, la mère de Cassandra, s'avère ainsi une manipulatrice, désireuse d'un beau mariage pour Cassandra, qu'on adorera certes détester. L'auteure justifie cela par l'obsession des feuilletons télévisés; est-ce suffisant? La télévision peut-elle tourner à ce point la tête à une personne? En face, cela dit, le père de Cassandra, professeur retraité, fait figure d'homme qui garde la tête sur les épaules, et c'est reposant, même si cette voix raisonnable peine à se faire entendre.

 

Les personnages de "Amour, orgueil et préjugés" manquent parfois de souffle ou de cohérence pour tenir sur un peu plus de 400 pages. Axés sur les questions amoureuses, ils en oublient parfois d'être eux-mêmes. On appréciera certes le caractère odieux et ombrageux de Damon Drayton, homme d'une richesse caricaturale (jet privé, club de golf, logis à Londres, etc.) mais l'auteure semble oublier que c'est aussi un manager soucieux de son entreprise: si elle suggère quelques pistes en début de roman, envisageant des difficultés pour l'entreprise dont il est responsable avec Matthew Lorley, elle ne les exploite pas plus loin. Matthew Lorley et Damon Drayton semblent des cadres dirigeants bien désoeuvrés et insouciants!

 

Dans la même idée, les décors restent bien à leur place de décors: les relations amoureuses étant au premier plan (encore et toujours!), le lecteur ne verra pas grand-chose de Limerick ou de Londres dans "Amour, orgueil et préjugés", et ne rêvera guère face au pittoresque de ces lieux, qu'il soit réel ou révélé par l'art de l'écrivain.

 

Alors certes, l'histoire fonctionne si l'on s'en tient aux sentiments amoureux. L'auteure en dégage les ressorts avec justesse, en mettant l'accent sur quelques rituels obligés comme la danse (salsa: il faut être de son temps) ou la conversation intellectuelle sur les classiques de la littérature - qui, soit dit en passant, aurait même mérité d'être plus pointue. Mais une telle démarche est-elle encore praticable après "Belle du Seigneur" d'Albert Cohen, qui a su démystifier un à un les passages obligés du roman sentimental? "Amour, orgueil et préjugés" joue à fond la cartes des sentiments, certes. Mais il met aussi en évidence, de manière parfois crue l'impossibilité, ou du moins la difficulté, de transposer certaines situations, à deux siècles de distance. Ce roman pose en somme la grave question: "Orgueil et préjugés" serait-il possible aujourd'hui, quasiment tel quel? Au lecteur de répondre...

 

Jess Swann, Amour, orgueil et préjugés, Semsales, Les Roses Bleues, 2013.

 

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Publié par Daniel Fattore
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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 20:21

Desgouilles Douche

Lu par Alain Delannoy, Alexandre Thomas, Arnoud, Denis Arnoud (interview), Jacques Sapir.

Défi Premier roman.

 

Dominique Strauss-Kahn président! Le premier roman du journaliste français David Desgouilles, "Le bruit de la douche", développe l'idée que l'ancien patron du Fonds monétaire international accède à la présidence de la république française en 2012, conformément à ce que les sondages prévoyaient avant l'affaire du Sofitel de New York.

 

Cela, toutes choses étant égales par ailleurs, autant que possible. Seul l'épisode de l'hôtel new-yorkais est revu: dans "Le bruit de la douche", Nafissatou Diallo renonce à entrer dans la chambre de DSK pour y faire le ménage parce que, ayant ôté de ses oreilles les écouteurs de son lecteur MP3, elle a entendu que quelqu'un était encore là en train de prendre une douche. A quoi ça tient, hein...!

 

Rédigé dans un style journalistique et efficace, observé au plus près du réel, "Le bruit de la douche" ne masque pas les noms des personnages qui s'y côtoient. Le lecteur y croisera donc toutes les personnalités politiques qui ont fait l'actualité politique avant et après 2012, tant à gauche qu'à droite. Certaines sont ébauchées, d'autres plus approfondies, à l'instar d'un Nicolas Sarkozy qui, résigné à la défaite dans les urnes, se montre soucieux d'une sortie honorable. Eric Zemmour fait des apparitions et joue son rôle; son portrait en demi-teinte montre un journaliste minutieux dont le travers est de tout idéologiser autour de verres consommés dans un bar du boulevard Haussmann. Roman de connivence, "Le bruit de la douche" parle particulièrement à celles et ceux qui suivent de près l'actualité politique française.

 

Le déroulement de l'intrigue du "Bruit de la douche" est globalement sans surprise: elle déploie l'accès pratiquement sans obstacle d'un homme à la présidence d'un pays, puis ses premiers mois de gouvernement. Le lecteur appréciera la présence captivante d'une conseillère belle et intelligente, Anne-Sophie Myotte, et la relation particulière qui s'installe entre elle et Dominique Strauss-Kahn. Particulière, le mot est juste: il ne sera pas question de sexe ici, mais uniquement d'un lien professionnel fructueux qui suscite rumeurs et jalousies. Anne-Sophie Myotte résiste, travaille, aime un homme de droite, tient tête aux puissants tels que Pierre Moscovici: elle donne un supplément d'humanité à ce roman.

 

Un roman qui, par ailleurs, excelle à décrire minutieusement les jeux d'appareil qui prévalent au sein du Parti socialiste français et ailleurs: amitiés et inimitiés, susceptibilités à ménager, trahisons. Cela, quitte à paraître didactique par moments. Il décrit en outre, de façon apparemment surprenante, ce qu'aurait pu être une présidence par Dominique Strauss-Kahn: soutien aux produits du terroir, affaire du mariage pour tous réglée par négociation sans grandes manifestations, etc. Côté européen, l'auteur va jusqu'à imaginer une France à la manoeuvre, négociant ferme avec Angela Merkel en vue d'une sortie ordonnée de l'euro.

 

Avec "Le bruit de la douche", David Desgouilles vient ajouter son roman à ceux déjà parus autour du personnage de Dominique Strauss-Kahn. Ce livre de politique-fiction colle autant que possible au réel; il est rédigé dans une langue sans fioritures, nette et fluide, qui appelle une lecture rapide. Il fait découvrir les coulisses proprement romanesques de l'univers politique, décrites avec la plus grande finesse.

 

David Desgouilles, Le bruit de la douche, Paris, Michalon, 2015.

 

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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Caro[line],Chrys, Emma, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, MyrtilleD, Séverine, Violette.

 

La prière du mort

Arrête ! Ecoute-moi, voyageur. Si tes pas
Te portent vers Cypsèle et les rives de l'Hèbre,
Cherche le vieil Hyllos et dis-lui qu'il célèbre
Un long deuil pour le fils qu'il ne reverra pas.

Ma chair assassinée a servi de repas
Aux loups. Le reste gît en ce hallier funèbre.
Et l'Ombre errante aux bords que l'Érèbe enténèbre
S'indigne et pleure. Nul n'a vengé mon trépas.

Pars donc. Et si jamais, à l'heure où le jour tombe,
Tu rencontres au pied d'un tertre ou d'une tombe
Une femme au front blanc que voile un noir lambeau ;

Approche-toi, ne crains ni la nuit ni les charmes ;
C'est ma mère, Étranger, qui sur un vain tombeau
Embrasse une urne vide et l'emplit de ses larmes.

 

José Maria de Heredia (1842-1905). Source: Poésie.webnet.

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