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22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 20:15

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Deux nouvelles participations au Défi Premier roman, rien de moins! Annathèque et PatiVore s'y sont mises. Je vous invite à découvrir leurs billets - c'est ici:

 

Frédéric Beigbeder, Mémoires d'un jeune homme dérangé.

Timothée Gaget, Les bonnes moeurs.

 

Merci pour ces deux participations!

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 21:11

Egloff Enquete

Lu par Andrée, Pascal Ordonneau, Pierre Ahnne, Yspaddaden.

 

Tels sont les hasards du calendrier: alors que "J'enquête", dernier roman de Joël Egloff, a paru vers Pâques 2016, l'écrivain installe son récit durant les fêtes de Noël. Rapprocher Noël et Pâques, serait-ce l'art narquois de l'éditeur? Toujours est-il que c'est sous la neige que le narrateur de "J'enquête" part sur les traces de celui qui a volé le petit Jésus.

 

L'histoire est vite résumée: un détective privé peu expérimenté est chargé par une paroisse de retrouver le voleur du Jésus mis en place dans une crèche disposée sur la place de l'église d'un patelin français, peut-être en Alsace ou en Lorraine. Personne ne remplit sa part du contrat; mais le lecteur, adoptant le point de vue du détective narrateur, l'observe s'enliser, avec la certitude tranquille de ceux qui vont dans le mur et ne s'en aperçoivent pas.

 

Il est aisé de voir dans "J'enquête" une jouissive subversion des codes du roman policier. On ne retrouvera pas le petit Jésus, ni le coupable (on s'en doute assez vite). Le lecteur s'amusera à découvrir les fausses pistes qui s'accumulent et trompent un détective qui se complaît dans l'erreur: la démarche de l'écrivain s'avère déceptive tous azimuts. Il est permis de se demander qui, dans ce récit, est vraiment coupable: le détective qui se prévaut d'un savoir-faire qu'il n'a pas, ou le prêtre qui l'engage et ne lui paie pas l'avance convenue. De ce point de vue, le voleur du petit Jésus paraît bien innocent.

 

Intéressante confrontation, du reste, en parlant du petit Jésus, entre deux regards portés sur cette figurine de crèche: si le détective observe sa disparition comme un vol, de manière rationnelle, ses commanditaires, des religieux, y voient un enlèvement, comme si ce personnage de terre cuite était vivant. Idolâtrie mal placée de la part de catholiques? On peut le voir ainsi, les mots ont leur importance.

 

Cette non-enquête s'installe dans une localité, ni ville ni village, qu'on imagine volontiers comme l'une de ces localités de "La France de Raymond Depardon". L'auteur cible quelques points clés que toute ville de province possède: une église et un presbytère, un ou deux commerces, un hôtel approximatif mais familial, un restaurant chic et un kebab. En faisant de son narrateur un habitué du kebab, trop pauvre pour se payer le restaurant chic, l'auteur parachève son aura de loser pas même capable de pécho la patronne de l'hôtel qui pourtant n'attend que ça. Quant à l'ambiance dans les rues, elle est à l'avenant: les gens sont rares, les contacts amicaux encore plus, si ce n'est celui, un peu lourd, du poivrot de service.

 

Quant à la crèche, scène du crime dérisoire par excellence, sa disparition au terme de la trêve des confiseurs représente un drame pour le narrateur. Tournant du récit, ce démontage est accompagné d'un changement de météo: la neige cède la place à la pluie, la joie des fêtes se retire pour rendre ses droits à la grisaille du quotidien: pour le détective, c'est la fin de l'état de grâce. "J'enquête" offre une porte de sortie honorable à son narrateur, par le biais des commanditaires, mielleux et roublards mais pas chiens quand même; mais en une ultime pirouette, l'auteur termine son roman sur la phrase "Tout ne faisait que commencer". Au terme d'un roman drôle, poétique et absurde, belle antiphrase pour dire l'entêtement, pour ne pas dire la foi, même face à l'échec...

 

Joël Egloff, J'enquête, Paris, Buchet-Chastel, 2016.

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 21:42

Pirzad Jour

Lu par Clarabel, Ecriturbulente, Lecturissime, Littexpress, Pages à pages, Sylvie, Villa Voice.

 

"La maison de mon enfance était mitoyenne avec l'église et l'école": voilà un incipit qui annonce clairement la couleur. C'est celui de "Un jour avant Pâques", roman de Zoyâ Pirzâd, dont ce blog avait déjà évoqué le recueil de nouvelles "Le goût âpre des kakis". Quelques lieux simples, une langue clairement rendue dans la traduction de Christophe Balaÿ, tout est là. Et le lecteur familier de cette écrivaine arménienne d'Iran retrouvera avec plaisir les ambiances du recueil de nouvelles.

 

Loin d'encombrer son propos, la romancière a l'élégance d'aller à l'essentiel et de s'intéresser aux choses simples. "Un jour avant Pâques" retrace avec délicatesse trois moments de la vie d'Edmond, correspondant aux trois parties de ce court ouvrage: enfance, âge adulte, vieillesse. Le lecteur retient plus d'une belle image, comme celle de cette coccinelle qu'Edmond, enfant, place dans une boîte qu'il oublie de percer afin qu'elle respire...

 

Toute une société évolue autour d'Edmond, à l'exemple de l'école - évoquée avec pertinence dès la première phrase du roman. L'enseignant sait être sévère, Edmond connaît les interdits et l'autorité qui fait peur, celle du directeur de l'école, avant de devenir lui-même directeur. La religion est là aussi, de même que les membres de la famille, nettement dessinés.

 

Cela, sans oublier la patronne du café, qui est la seule Arménienne du lieu à avoir connu l'Arménie. En effet, c'est sur la communauté arménienne que se concentre "Un jour avant Pâques", une communauté minoritaire qui entend préserver ses us et coutumes en Iran et se souvient du génocide arménien. A travers entre autres le personnage de Tahereh, le contact avec les autres groupes de population du pays est également évoqué.

 

Les périodes d'avant-Pâques structurent le récit, on s'en doute. Et puis, l'auteure a l'habileté de susciter l'adhésion du lecteur en donnant directement la parole à Edmond. Ses mots reflètent au plus juste les ressentis d'un personnage lors de trois époques d'une vie, entre la naïveté fraîche de l'enfance, les soucis de l'âge adulte et la solitude du grand âge, quand l'épouse est partie pour un monde meilleur. Et c'est sur le lendemain de Pâques que s'achève "Un jour avant Pâques". Comme si une page s'était tournée...

 

Zoyâ Pirzâd, Un jour avant Pâques, Paris, Zulma, 2008, traduction du persan (Iran) par Christophe Balaÿ.

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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Caro[line],Chrys, Emma, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, MyrtilleD, Séverine, Violette.

 

Petites hirondelles

 

Hélas! bientôt la triste et froide neige

Viendra couvrir nos jardins d'un manteau;

Voici l'hiver au lugubre cortège,

Et c'est la mort pour le petit oiseau!

 

Allez, partez, mes chères hirondelles,

Vous qui savez trouver un ciel plus doux!

J'ai bon espoir que vous serez fidèles,

Quand le printemps refleurira pour nous.

 

Magdeleine Andurand-Badon, dans Moniteur du Caveau stéphanois, Saint-Etienne, numéro 132/octobre 1984.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Caro[line],Chrys, Emma, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, MyrtilleD, Séverine, Violette.

 

Élégie

 

Automne aux voiles bleus qui rêves sous les hêtres,

les mains pleines déjà de feuilles pourpre et or,

dans tes brouillards légers je sens fondre mon être,

et je me sens mourir, automne, de ta mort.

 

Les vergers, au soleil, sont roses de colchiques,

où tu fais mollement tomber les lourds fruits mûrs,

et saigne en moi mon coeur, mon coeur mélancolique,

de voir les cerisiers tout rouges dans l'azur.

 

Mon coeur rempli d'amour, que nul passant ne cueille,

tombe avec les fruits mûrs dans le gazon mouillé;

un désir sans espoir tombe avec chaque feuille,

- et je serai bientôt un arbre dépouillé.

 

Automne qui t'en vas incliné vers la terre,

comme si tu marchais au milieu des tombeaux,

ton visage pour nous est toujours un mystère,

mais je sais qu'il est triste et je sais qu'il est beau.

 

Automne aux voiles bleus qui fuis dans la vêprée,

fantôme du printemps - mais l'hiver va venir, -

défends-moi de l'hiver, automne aux mains sacrées:

tu donnes tant de grâce à ce qui doit mourir!

 

Gonzague de Reynold (1880-1970), Conquête du Nord, Paris, Gallimard, 1931.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Caro[line],Chrys, Emma, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, MyrtilleD, Séverine, Violette.

 

La balade du 11 octobre

 

On a marché sur un sentier de terre battue.

On a enjambé des ponts de bois au-dessus d'une eau irrésolue.

On a gravi des escaliers irréguliers à l'ombre de grands pans de molasse.

On s'est arrêté en bordure d'un étalement de petits lacs et de mousses.

 

          Il est des paysages dont on ne se lasse pas.

 

On a respiré la brise à travers des mains abandonnées.

On a humé un feu sucré sur des lèvres étonnées.

On a capté le soleil sur des fronts dégagés.

On s'est absorbé dans l'onde des chevelures bleutées.

 

          Il est des paysages où l'on se laisse enlacer.

 

Marie Brulhart (1955- ), Douze poèmes pour ma mère, Fribourg, Adamas, 2011/2014.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 18:56

Blanc OpérasArts et amitié: ceux qui affectionnent ces thèmes seront servis avec "Des opéras de lumière", très beau roman historique de Jean-Noël Blanc. Publié par les éditions du Réalgar, il met en scène deux personnalités historiques qu'on a un peu oubliées aujourd'hui: François Auguste Ravier, le peintre, et Félix Thiollier, le passementier photographe. Deux êtres du dix-neuvième siècle, que tout éloigne, y compris leur caractère un peu ours et la différence d'âge. Deux êtres aussi qu'une chose importante rapproche pourtant: le goût du paysage.

 

L'auteur a eu la possibilité de se documenter pour rédiger son roman, y compris chez des héritiers des personnages. On pense entre autres à la correspondance entre les deux hommes, généreusement citée. "Des opéras de lumière" sonne donc vrai; l'auteur avoue cependant, en postface, avoir pris quelques libertés avec le réel afin de souligner un effet, de trouver une solution plus porteuse d'un point de vue romanesque. Et surtout, il considère que le roman est mieux à même de porter son propos, autour du mystère d'une amitié, qu'une (double) biographie.

 

Cela sonne vrai aussi, justement, dans cette amitié dessinée, touchante: deux hommes qui se respectent, s'apprécient, n'ont pas forcément besoin de se parler. Thiollier veut à tout prix faire connaître Ravier? Preuve d'amitié parmi d'autres. Cohérent, Ravier se méfie quant à lui de tout compliment fait à son oeuvre. Et s'ils ne se parlent pas toujours, ils s'écrivent beaucoup, vivant loin l'un de l'autre, entre Saint-Etienne, dans la Loire, et Morestel, dans l'Isère.

 

Le temps passe, bien sûr, et l'auteur a le chic pour le montrer. Loin des grands événements du dix-neuvième siècle (qui n'en manque pourtant pas!), l'auteur choisit de montrer cette évolution des beaux-arts qui passent de l'artifice académique (peintures mythologiques léchées où abondent les nus, jusqu'à la nausée) à la peinture du paysage comme un but en soi, de plus en plus réalisée en extérieur. Cette évolution des beaux-arts fait écho, dans "Des opéras de lumière", à l'inlassable recherche d'une perfection par François Auguste Ravier, notamment dans le rendu des lumières du jour. Et en pointillé, on voit aussi la technique et l'art de photographe de Félix Thiollier évoluer, et devenir précieux. A leur manière, Thiollier comme Ravier sont des pionniers.

 

Et on est saisi par le rendu des gestes de l'artiste-peintre à l'écrit: exactitude dans la manière de dire le geste, rythme des mots pour dire la vitesse ou la lenteur du travail. Cette exactitude apparaît en d'autres endroits du roman, par exemple dans certaines descriptions particulièrement minutieuses du logement bourgeois qu'habite la famille de François Auguste Ravier lorsque celui-ci était enfant.

 

Si la musique des notes n'est présente qu'en pointillés dans "Des opéras de lumière" (entre autres par la présence de Charles Gounod, qui joue sur le piano des Thiollier), c'est bien à une musique des lumières et des mots, choisis en toute liberté et sans dissonance, que l'écrivain invite son lecteur. Celui-ci pourra en outre, au début de chaque chapitre, apprécier une reproduction d'un détail d'une oeuvre de François Auguste Ravier ou de Félix Thiollier.

 

Jean-Noël Blanc, Des opéras de lumière, Saint-Etienne, Editions du Réalgar, 2016.

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3 octobre 2016 1 03 /10 /octobre /2016 20:49

Flaten ArgentLu par Charybde 7, Tulisquoi.

 

L'argent? Un thème qui concerne tout le monde, assurément. Et aussi sur lequel plus d'un écrivain s'est penché. Isabelle Flaten signe avec "Chagrins d'argent" son troisième livre aux éditions du Réalgar, et ce court roman s'organise autour d'une poignée de personnages familiers, presque ordinaires, illustrant tous un rapport à l'argent. Le lecteur s'y reconnaîtra à coup sûr.

 

D'emblée, le malaise s'installe avec la mise en scène de cette femme qui se sent obligée de donner chaque jour une pièce de deux euros au mendiant qui se trouve sur son chemin vers la boulangerie. Malaise, culpabilité qui asservit celui qui donne: et l'auteure ne manque pas de rappeler que la culpabilité paraît plus forte encore si l'on omet de donner un jour, malgré l'impression de libération qui accompagne le fait de ne pas avoir cédé.

 

Les chapitres de "Chagrins d'argent" sont courts, mais denses aussi. On y sourit devant les excès liés à l'argent, même s'il y a quelque chose de grave dans leur description: un jeune homme amoureux dépensier, une femme qui se prostitue pour s'offrir le superflu, et la dame de la banque qui, indiscrète, a l'oeil sur les dépenses excessives des clients - un regard voyeur, alors que souvent, l'argent est une affaire discrète, voire secrète.

 

Les drames sont là, minuscules: la possibilité d'un divorce, les amitiés qui fluctuent au gré des revers de fortune, le mépris aussi. Et ils se succèdent, juxtaposés. Chaque chapitre est en effet centré sur un personnage. Ceux-ci reviennent, une ou deux fois, après s'être présentés, parfois d'un autre point de vue. Le regard de l'auteur circule ainsi de l'un à l'autre, à la manière d'une pièce de monnaie qui passe d'une main à l'autre.

 

Fluide, "Chagrins d'argent" est le roman d'une écrivaine au regard affûté, qui sait se montrer ironique et pose à chacun la question de cet argent qui est bon serviteur et mauvais maître. En définitive, la frontière entre l'argent qui asservit et l'argent qui sert est ténue...

 

Isabelle Flaten, Chagrins d'argent, Saint-Etienne, Le Réalgar, 2016.

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2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Caro[line],Chrys, Emma, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, MyrtilleD, Séverine, Violette.

 

Le jour se lève

 

Au retour de la gent ailée

Virevolte un bouquet de sons

Entre l'azur et les buissons,

Sur le brin d'herbe, une eau perlée.

 

Le jour caresse une envolée

D'hirondelles et gais pinsons.

Au retour de la gent ailée

Virevolte un bouquet de sons.

 

La froidure à peine exilée,

Ce n'est plus les mêmes frissons

Qu'éprouvent filles et garçons!

Leur âme est-elle ensorcelée

Au retour de la gent ailée?

 

Denis-Pierre Meyer, dans Mélodies, Petit-Lancy, Cercle romand de poésie classique, 2002.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 23:11

Scavo Pape"Les ennemis du Pape" commence sur une scène forte: François échappe de justesse à un attentat fomenté par des islamistes aux Philippines. En bon journaliste, Nello Scavo embarque ainsi son lecteur directement dans l'action. Ce vaticaniste italien propose, dans un ouvrage solidement construit, un aperçu de celles et ceux qui ont des raisons d'en vouloir au pape François, alias Jorge Maria Bergoglio.

 

Pour ce faire, l'auteur agence son propos de manière concentrique: il part de ce qui est apparemment loin du pape et s'en rapproche progressivement, au fil des chapitres. Il est piquant de constater, dès les premières pages, que la CIA et ses "007" observent le pape François de très près, et pas d'un oeil amène, avant même son élection à la tête de l'Eglise catholique. Révélant force documents, l'auteur montre l'acuité des services secrets américains.

 

Les Etats-Unis sont du reste une constante du livre "Les ennemis du Pape", et il est par exemple intéressant d'observer les volte-face du parti républicain: face à François, il oscille entre le nécessaire soutien à l'industrie des armements, opposée au Pape, et la popularité de ce dernier.

 

Plus généralement, le lecteur voit les Etats-Unis comme des maîtres du monde prêts à faire taire ce qui peut s'opposer à eux et, en particulier, à leur puissance militaire. Pape de la paix, en effet, François se positionne sans ambages contre la lucrative industrie des armements. Et ses propos sonnent comme des déclarations de guerre que l'auteur analyse de près, parfois mot par mot.

 

Le lecteur des "Ennemis du Pape" devra passer par des parties complexes où l'auteur dépeint les rapports de force géopolitiques. Le Pape semble bien loin; mais c'est pour mieux s'en rapprocher, à l'occasion de cas spécifiques tels que le rapprochement entre les Etats-Unis et Cuba, où François a joué un rôle de facilitateur. L'auteur rappelle aussi le passage du Pape face au Parlement européen, émouvant, et en profite pour épingler les (rares) critiques de cette démarche, tel un certain Jean-Luc Mélenchon.

 

La parole du Pape porte, et comme François est parfois d'une inconscience assumée, il n'hésite pas à dénoncer des maux d'aujourd'hui. L'auteur analyse entre autres le versant écologiste du Pape qui, s'il s'articule assez naturellement avec le message du Christ, fait grincer quelques dents - aux Etats-Unis entre autres! Les multinationales telles que Monsanto sont ici citées comme adversaires de François, qui en dénonce les dérives qui répandent la misère pour le profit de quelques-uns.

 

Enfin, la dernière partie se concentre sur les ennemis proches du premier pape argentin. On se retrouve donc en Italie, où François ne s'est pas gêné pour excommunier des mafieux et ne s'est pas fait que des amis lorsqu'il a entrepris de faire le ménage dans les institutions bancaires du Vatican. Observant les coulisses de ce petit pays, l'auteur met en évidence un entourage ecclésiastique parfois bassement matériel (chipotant par exemple sur la taille d'un logement de fonction) ou accroché à des honneurs et prérogatives peu en phase avec le message de dépouillement de l'Eglise. Enfin, le journaliste n'oublie pas de citer les menées de l'ultra-gauche italienne, fort marrie de se faire doubler sur son propre terrain: la défense des pauvres. Mais dans cette démarche, l'ultra-gauche est-elle elle-même sincère?

 

Nourri d'informations émanant d'agents secrets anonymes dont les conversations allusives sont retranscrites, rehaussé de documents et de sources écrites italiennes ou américaines entre autres, Nello Scavo met en évidence un pape François politique, écouté et pris au sérieux, qui a compris que pour promouvoir la paix dans le monde, il faut savoir monter sur le ring et se battre. Impossible de ne pas repenser à "Le pape François, un combat pour la joie" de Jean-Louis de la Vaissière, qui dessinait le portrait d'un pape éminemment aimable. Nello Scavo dessine quant à lui un pape qui a le courage de déplaire - et pourtant, c'est la même personne: un homme qui aspire plus que tout à la paix et à la fin de la misère dans le monde, et qui est prêt à se battre jusqu'au bout pour ces causes.

 

Nello Scavo, Les ennemis du Pape, Paris, Bayard, 2016, traduction de Geneviève Lambert.

 

Merci à Babelio et aux Editions Bayard pour l'envoi.

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Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais Nello Scavo
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