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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

D'avoir voulu trop voir

tu auras les yeux crevés

d'avoir voulu trop entendre

les oreilles coupées

d'avoir voulu trop marcher

tu auras les jambes brisées

d'avoir voulu trop dire

la langue arrachée

d'avoir voulu trop inventer

le cerveau noyé

d'avoir voulu trop regarder

au-delà des nuages

tu auras les orbites enfoncées

d'avoir voulu trop raisonner

tu auras le crâne plombé

d'avoir voulu trop enseigner

tu auras les lèvres scellées

et les bras cloués

d'avoir voulu trop donner

tu auras le coeur percé

d'avoir voulu trop rêver

tu auras la tête tranchée

et tu seras parmi les ombres

hallucinées l'ombre d'un fantôme

décapité.

 

Giacinto Scelsi (1905-1988), L'homme du Son, Arles, Actes Sud, 2006.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 21:35

hebergement d'imageLu par Auryn, Jacques, Nanne, Pampoune.

Défis Thrillers et polars et Premier roman.

Le site de l'auteur.

 

"Cadaver Sancti", c'est le Diable et le Bon Dieu réunis en osmose dans un thriller. Son auteure, la romancière française Jennifer Holparan, compose en effet un duo de choc constitué d'un prêtre propre sur lui et d'une policière, euh, atypique. Et avec un tel premier roman, aussi astucieux et accrocheur, elle donne envie d'en lire plus!

 

Le Diable et le Bon Dieu, c'est un tandem qui fonctionne un peu à la manière de Don Camillo et de Peppone: les accrochages sont légion, mais l'un ne saurait vivre sans l'autre. Le fait que l'agente de police soit une femme ajoute l'élément sentimental au duo mis en scène par l'auteur de "Cadaver Sancti", ce qui ne manque pas de piment: à plus d'une reprise, le lecteur sera amené à se demander si Tim, le prêtre qui roule en Lamborghini, va succomber au jeu taquin de la tentation que joue Darcy, la femme de police. Reste que le tandem fonctionne aussi sur les complémentaires: à plus d'une reprise, la représentation des interrogatoires reproduit le schéma "bon flic, mauvais flic" bien connu des lecteurs de romans policiers.

 

Un catholicisme dévoyé

L'univers que l'auteur dépeint est atypique aussi, puisque tout tourne autour d'un criminel qui pratique le catholicisme de façon dévoyée et sans recul, ce qui l'amène à tuer avec art. Caricature? On le croit volontiers, d'autant plus que l'humour et l'outrance ne sont jamais loin. Cependant, l'action se tient à Boston, aux Etats-Unis, où certaines manifestations religieuses profondes peuvent laisser songeur un lecteur catholique qui pratique sa religion en gardant la tête sur les épaules.

 

Si la caricature est appuyée, reste que l'auteur connaît certains aspects mal connus du catholicisme, et en particulier de la vie des saints - source principale de l'originalité pointue de ce livre où les crimes évoquent la fin de certaines saintes à la fois vierges et martyres. Le lecteur verra donc passer l'ombre de Sainte Dorothée de Césarée, de Sainte Catherine de Sienne ou encore de Sainte Gemma Galgani. De manière plus ou moins appuyée, mine de rien, ou rien qu'en titillant la curiosité du lecteur à leur sujet, l'auteure suggère le caractère pas toujours très sain de telles figures érigées en exemples.

 

Reste que "Cadaver Sancti" ne montre à aucun moment un exemple de pratique saine et équilibrée du catholicisme. Choix délibéré de l'auteur, ou simple soumission à une situation créée par une brochette de personnages bien campés? Le débat est ouvert...

 

Un style accrocheur

"Dieu est humour", a-t-on envie de dire malgré tout en lisant "Cadaver Sancti". Certes, un athée dira qu'il laisse ses ouailles s'entretuer, et attendra une réponse - on lui répondra qu'après tout, l'homme a su conquérir sa liberté, et que la Bible en fait état. Et puis, "Cadaver Sancti" ne naît pas de l'action divine, mais trouve sa source d'une exquise blague potache citée en exergue (non, je ne la dévoilerai pas!).

 

D'un point de vue littéraire, le lecteur goûtera un esprit certain. Celui-ci éclate au détour de telle ou telle image ou formule bien tournée, ou trouve sa place dans un certain humour de situation - il suffit de penser à la scène où le prêtre se retrouve dans une boîte de strip-tease et où l'agente de police doit s'effeuiller sur scène.

 

En définitive, le lecteur a, avec "Cadaver Sancti", un roman alerte et dynamique, rythmé par des chapitres courts aux titres allusifs. Plaisantes, imaginatives ou tendues, les situations séduisent le lecteur parce qu'elles tombent bien et, marquées par ce que le catholicisme peut avoir de détestable s'il est pratiqué sans intelligence, recèlent une originalité certaine et interrogent les textes sacrés et les usages chrétiens, mine de rien. On se laisse facilement prendre par ce roman policier bien troussé qui sait par où prendre son lectorat, sans pour autant tomber dans le piège facile consistant à flatter bassement une certaine cathophobie: croyant ou non, chacun y trouvera son compte... pourvu qu'il ait le sens de l'humour.

 

Jennifer Holparan, Cadaver Sancti, Paris, Nouvelles Plumes, 2013.

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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 21:31

hebergement d'image"Travail soigné" est le titre du premier roman de Pierre Lemaître, devenu prix Goncourt depuis... Philisine Cave en parle dans le cadre du Défi Premier roman; merci pour cette nouvelle participation! Son billet se trouve ici:

 

Pierre Lemaître, Travail soigné

 

A titre personnel, j'ajoute que je devrais lire davantage Pierre Lemaître - je garde un bon souvenir de son roman "Cadres noirs", mais il faudra que je renouvelle l'expérience.

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 23:27

hebergement d'imageQue voilà un petit livre atypique: "Cadavres" est l'oeuvre conjointe de l'écrivain vaudois Pierre-Yves Lador et du dessinateur Nicolas Sjöstedt. Sobre, prosaïque, le titre annonce la couleur sans lyrisme déplacé: il sera question de morts, auxquels il est rendu un double hommage, celui du dessin et celui de la poésie. Cela, avec un bonheur indéniable.

 

Pierre-Yves Lador a mis des mots sur une série de dessins qui sont autant d'études d'un champ de bataille, destinées à un récit sur le faux-monnayeur Farinet. Ce sont des civils, et le lecteur leur trouvera volontiers une histoire plus large que l'idée de départ. C'est peut-être la Commune de Paris, ou telle autre guerre civile, comme il y en a trop dans notre monde. Le coup de crayon de Nicolas Sjöstedt offre à ces défunts croqués une nouvelle vie, une nouvelle identité: à plus d'une reprise, le lecteur va se demander s'il est vraiment en présence du dessin d'un cadavre. Mais oui: chaque page de "Cadavres" est illustrée... d'un dessin de cadavre.

 

Ces potentialités, cette envie de voir autre chose qu'un cadavre dans chaque dessin, d'interpeller aussi, le poète Pierre-Yves Lador les explore. Son regard a la force de l'évidence: tel personnage recroquevillé ressemble à un foetus ou à un bébé qui suce son pouce, tel autre paraît prier. Et les mots pour le dire arrivent, riches. Ce ne sont que quelques phrases, quelques vers; parfois, l'auteur s'approche du haïku, court, dense et fulgurant.

 

Dense, oui. Parce que l'auteur va aussi chercher les petits mots qui sont dans les grands afin d'ébaucher ses histoires, de suggérer ou de conjurer la mort. Les glissements sémantiques sont légion aussi, comme si le poète avait choisi de surfer sur la langue française pour lui faire rendre toute sa sève. Le lecteur est frappé par le côté pertinent, sans cesse changeant, de chaque morceau de texte, taillé sur mesure pour chaque dessin. Les références littéraires sont présentes aussi: on entendra résonner "Nous partîmes cinq cents..." à un coin de page, et l'ombre du Dormeur du Val se profile aussi. Celui qui le voudra, enfin, percevra quelques allusions historiques.

 

A quatre mains, Nicolas Sjöstedt et Pierre-Yves Lador ont concocté avec "Cadavres" un livre dense et épatant, où se mêlent la poésie des crayons et celle de la plume. Une plume qui évoque la mort avec esprit, sans doute pour conjurer l'inquiétude qui peut naître en chacun de nous à l'idée de l'inéluctable.

 

Nicolas Sjöstedt et Pierre-Yves Lador, Cadavres, Vevey, Hélice Hélas, 2014.

Le site de l'éditeur.

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24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 22:45

DutilleuxSerais-je un séditieux? Je me réécoute ce soir "L'Arbre des Songes", une pièce d'Henri Dutilleux (source de la photo).

 

Et l'envoûtement reste intact. Il y a là de l'élégance. Et toute la finesse du jeu d'Isaac Stern, le violoniste, mis au service du génie du compositeur. L'auditeur est bercé, ballotté dans un monde inquiet et onirique. Cela me rappelle l'univers unique et particulier, généreux s'il est est, de ses "Métaboles", écoutées à plus d'une reprise du temps de mes études de musicologie. Franchement branché sur les aspects les plus divers de la musique contemporaine (je reste un fervent d'Edison Denisov comme de Francis Poulenc, et reconnais avoir découvert la création musicale du vingtième siècle d'une manière aussi chaotique qu'enthousiaste et ouverte), la musique de Dutilleux ne pouvait que me parler, au moins autant que celles de figures comme Frank Martin ou Arthur Honegger. Ai-je entendu l'une de ses oeuvres en concert? Ce n'est pas impossible: il se passe plein de trucs autour de chez moi...

 

Et il y a quelque temps, j'apprends qu'Henri Dutilleux s'est éteint. C'était peu de temps avant le chanteur Georges Moustaki, je m'en souviens, et quelques mois après cette autre génie de la musique classique, Marie-Claire Alain, que j'ai eu la rare chance de rencontrer à Villars-sur-Glâne au terme d'un concert - face à cette petite femme qui parlait tout doucement, j'avoue m'être senti maladroit... Autant dire que Georges Moustaki, figure populaire s'il en est, a pris sur lui toute la lumière en ce début 2013: peu après le décès d'Henri Dutilleux, à la répétition du choeur-mixte de Morlon, la seule allusion a été pour Georges Moustaki. Seul l'ami Didier Goux, blogueur distingué, a, à ma connaissance, évoqué le décès de Marie-Claire Alain. Et sans doute Henri Dutilleux n'a-t-il pas eu de funérailles à la mesure de son génie. Variétés, votre gloire est acquise; classiques, encore un effort...

 

Autant dire que le procès posthume qu'on mène à présent à coups d'apophtegmes contre Henri Dutilleux, compositeur français de renommée mondiale, me paraît détestable: on veut apposer une plaque à son honneur à Paris, et la mairie temporise et tergiverse. Il a collaboré avec l'ennemi nazi, dit-on? La composition d'une musique est finalement peu de chose, d'autant plus qu'on devrait plutôt retenir l'engagement concret, dit-on, d'Henri Dutilleux dans la Résistance - qui lui a valu plus d'une décoration. Et puis, Henri Dutilleux fait partie des compositeurs les plus joués dans le monde au vingtième siècle. Il fait figure d'autorité, pour ne pas dire de génie d'envergure mondiale.

 

Faut-il dès lors vouer Henri Dutilleux aux gémonies? Des élus parisiens remettent en question sa contribution au rayonnement de la France, au nom de finalement pas grand-chose. Le report de la pose de la plaque commémorative à Henri Dutilleux répond selon eux à des questions sécuritaires - leurs arguments ne me convainquent guère, et m'étonnent de la part d'élus d'une ville qui, aujourd'hui encore, fait rêver tant de gens dans le monde.

 

Ce billet est fort long, certes... Sans doute qu'Henri Dutilleux aurait été assez indifférent à la pose d'une plaque commémorative à son nom à Paris. Ce rejet blesse surtout les auditeurs, zélés ou occasionnels, de sa musique, partout dans le monde. Elle blesse aussi les musiciens qui, à l'instar d'Etienne Kippelen, se sentent héritiers d'Henri Dutilleux, suffisament pour qu'ils lancent une pétition. Aurions-nous été les auditeurs passionnés d'un collabo, comme le suggère, finalement, je ne sais qui? Question stérile, en définitive. Aujourd'hui, aux oreilles des mélomanes, seul demeure le génie du musicien. Dès lors, plus que jamais, il est donc temps d'écouter et de réécouter Henri Dutilleux.

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Publié par Daniel Fattore - dans Musique Henri Dutilleux
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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 22:35

hebergement d'imageDust, personnage assoiffé de liberté, est le grain de poussière qui vient s'immiscer dans le roman éponyme de Gwénaëlle Kempter - j'en parlais ici. Ce personnage est si riche qu'il a permis à l'auteure valaisanne d'écrire un deuxième roman à son sujet, sobrement intitulé "Dust Tome II". Le lecteur y retrouvera avec délices ce qui fait la beauté de "Dust".

 

Beauté d'une nature qui n'est jamais lointaine, d'abord, même si l'on se trouve en des lieux où vit l'humain: autour du ranch, on devine une petite ville du Montana, avec ses bagarres, son shérif Spike qui essaie de régler les choses à l'amiable. La nature, ce sont avant tout les animaux, fussent-ils domestiqués. Les chevaux continuent de garder le beau rôle, et l'auteure excelle à recréer la complexité admirable liens que l'humain tisse avec eux, ce qui leur donne une impressionnante humanité. C'est de manière plus joueuse que l'auteure évoque les deux pitbulls, Nayi et Nagi, ou parle des chats: ceux-ci portent facilement, en guise de noms, des adjectifs évocateurs, et le lecteur peut s'essayer à deviner leur caractère. Cela devient presque un rituel, un jeu: dès que lecteur voit un adjectif anglais avec une majuscule, il devine qu'il est question d'un chat. Sans qu'il soit nécessaire de le préciser d'emblée.

 

Là-dedans, Dust revient, toujours en prise à ses anciens démons. Deux deuils l'accompagnent. Il y a celui de Healer le cheval, d'abord, amené dès le début du roman, en des lignes où chaque détail contribue à une ambiance poignante: un oiseau qui chante, le soleil dans les crins du cheval mort. Et puis il y a le décès d'Enrique, compagnon et amant de Dust - c'est que Dust est attiré tant par les hommes que par les femmes. Une information du shérif va raviver cette plaie... parallèlement, la soif de liberté de Dust sera remise en cause par une information importante: une femme du ranch est enceinte de ses oeuvres.

 

Autant dire que les caractères vont se frotter à l'envi. Il y a quelques scènes de western éclatantes dans "Dust Tome II", à l'instar de la vengeance de Dust à l'encontre de ceux qui ont tué Enrique: Dust fait justice lui-même là où Spike se montre réticent à intervenir. Le plus souvent, toutefois, l'auteur privilégie une peinture sensible et nuancée des relations entre les personnes. Elle a le chic pour trouver un geste, une attitude qui trahissent une émotion, une colère, une passion violente. Et face à tout cela, Dust devra préserver un équilibre, avec le soutien d'un entourage bien présent tout au long du laps de temps décrit dans "Dust Tome II". Le grain de poussière va-t-il reprendre la route, quitter le ranch où les siens l'accueillent?...

 

Gwénaëlle Kempter, Dust Tome II, publié en autoédition. Pour passer commande, sur Lulu.com.

 

Merci à Gwénaëlle Kempter de m'avoir fait parvenir "Dust Tome II", ainsi que "De la Brûlure à la Lumière", que je me réjouis de découvrir.

 

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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 22:25

hebergement d'imageLe Défi des Mille n'est pas mort, et Frankie revient avec une imposante participation: l'intégrale 5 du Trône de Fer, soit 1051 pages hors annexes. Je vous invite à découvrir son billet, ici:

 

George R. R. Martin, A Dance With Dragons.

 

Merci à Frankie d'avoir joué le jeu une fois de plus!

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi des Mille
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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

L'Île

 

J'eusse aimé tenir salon dans l'île Saint-Pierre

ali-as de la Motte incrustée dans le lac

aux rives romantiques protégées du CAC

40 par les eaux du temps dont la rivière

 

se noie sans cesse en elle-même et que les cac-

tus de la société bordent en vain repaire

où Jean-Jacques connut le bonheur plus prospère

qu'on goûte qu'en prison qu'enseigne pas la fac

 

cette bouquinerie sans saveur et sans sève

si sûrement fatale aux élans du désir

son île sur le lac enfant au ventre d'Ève

beau bassin presque rond là qu'on voudra gésir

 

clos asile où se lovent rêveries lesbiennes

cache mon pouce et moi dans le giron de Bienne

 

Laurent Fourcaut (1950- ), dans Dans les pas de Walser, sur les traces de Rousseau... Cippe à Bienne, Bienne, ACEL, 2015.

Pour en savoir plus sur ce recueil collectif, c'est ici.

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 07:30

hebergement d'imageC'est un ouvrage atypique que le linguiste Camille Martinez propose à ses lecteurs, et il est tout indiqué d'en parler aujourd'hui, en cette journée mondiale de la francophonie. Son titre? "Petit dico des changements orthographiques récents". L'auteur part d'un constat: si les dictionnaires communiquent volontiers sur les nouveaux mots qu'ils intègrent, ils sont plus discrets sur les retouches et changements apportés à des articles de leur corpus. Dès lors, l'auteur est allé y voir de près... cela lui a permis de rédiger une thèse de doctorat, de partager ses recherches en ligne et enfin d'offrir ce court "Petit dico" paru aux éditions Zeugmo - proches du site Orthodidacte.

 

Le résultat est étonnant, puisqu'il compile plus de 4500 changements. L'auteur classe ceux-ci en quatre catégories majeures: disparition de traits d'union (entre-temps ou entretemps?), francisation de mots étrangers (pizzeria ou pizzéria?), féminisations (auteur, auteure, autrice?), ponctuation des sigles. Suivant la tendance des dictionnaires qui se sont mis à les intégrer ces dernières années, ce petit dictionnaire recense aussi les avatars des Rectifications orthographiques de 1990, les signalant comme tels. C'est que l'auteur a mis au point un système signalétique simple et astucieux pour noter, au fil de son travail, certaines caractéristiques des évolutions inventoriées.

 

"Petit dico des changements orthographiques récents" recèle des choses insoupçonnées qui pourraient bien titiller la curiosité des auteurs de dictées désireux de bien caler leurs textes. Les définitions sont rares dans cet ouvrage pointu, certes, même si elles ne sont pas totalement absentes - ne serait-ce que pour rappeler le sens de mots un peu oubliés. Faut-il le regretter? Certes non: si l'auteur recense des évolutions, il invite aussi ses lecteurs à renouer avec le vrai bonheur des dictionnaires: "Les dictionnaires sont un beau terrain d'investigation. Surtout quand on ne sait pas ce qu'on va y trouver!"

 

Et vous, savez-vous quelles surprises vos dictionnaires vous réservent?

 

Camille Martinez, Petit dico des changements orthographiques récents, Meylan, Zeugmo, 2015.

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16 mars 2015 1 16 /03 /mars /2015 23:01

hebergement d'imageLu par Philippe Chapleau.

 

Cet ouvrage aurait pu s'appeler "Le Jardin des Anges". Le titre retenu est plus sévère, moins lyrique mais aussi plus directement parlant: "Diplomate en guerre à Kaboul". C'est que tout n'est pas que jardins fleuris dans l'ouvrage que le diplomate français Jean d'Amécourt (avec la collaboration du jeune consultant et politologue Romain Poirot-Lellig) consacre à ses trois années vécues en Afghanistan en qualité d'ambassadeur, entre 2008 et 2011. Et au-delà de la peinture de son métier, l'auteur recrée volontiers la passion sincère qu'il éprouve pour un pays qui l'a séduit, en dépit de ses indéniables difficultés.

 

C'est que les dossiers de l'époque n'étaient pas des plus attrayants: il y avait une guerre à gérer. L'auteur excelle à montrer les enjeux et les forces en présence, laisse transparaître l'évolution entre une administration Bush aux attentes irréalistes en matière de reconstruction et une administration Obama peut-être plus réaliste. Les liens avec les militaires français sont également décrits, sans oublier les rapports pas toujours évidents avec le ministère des affaires étrangères (c'était du temps de Bernard Kouchner) et Paris. La guerre, élément marqueur du séjour de l'auteur, est aussi une part importante de "Diplomate en guerre à Kaboul".

 

Ce faisant, il présente aussi les modalités de coopération entre les diplomates en présence, qu'elles soient formelles ou non: l'auteur ne recule pas devant l'anecdote, le détail sympathique ou piquant. Au détour des pages de ce livre, quelques portraits d'ambassadeurs valent le coup d'oeil! L'auteur signale encore les enjeux liés à l'évolution démocratique d'un pays aux moeurs parfois aux antipodes de celles de l'Occident (un chapitre est consacré au déroulement d'élections, qui ne manqueront pas de nous paraître surréalistes), et les réticences d'un Hamid Karzaï dont il brosse un portrait nuancé mais sans concession.

 

Il sera aussi question d'insécurité, de prises d'otages, de condition féminine, de corruption... Entre diplomatie et combats, d'autres aspects plus agréables sont aussi abordés. L'auteur se plaît à rappeler les réalisations de la France en Afghanistan, à l'instar de l'hôpital de la mère et de l'enfant, à Kaboul. Par ailleurs, c'est avec beaucoup d'émotion que le diplomate, qui tient à sortir du pré carré de son ambassade quitte à prendre quelques risques, se souvient aussi de paysages qui l'ont marqué, ainsi que de la beauté des jardins. Enfin, il rend hommage au soutien de son épouse, restée en France, et de ses enfants, jeunes adultes expatriés.

 

S'ouvrant de façon saisissante sur le rappel de l'embuscade tragique d'Uzbin et des mesures prises rapidement à sa suite par le président Nicolas Sarkozy, "Diplomate en guerre à Kaboul" est un ouvrage copieux, qui s'efforce de donner à voir tous les aspects de l'engagement de la France en Afghanistan durant une période clé. C'est aussi le livre d'un auteur généreux, qui a le goût du détail précis et sait se montrer exigeant avec le lecteur, sans pour autant se perdre dans des descriptifs trop techniques. Entre grand échiquier et petites histoires de la grande Histoire en terres lointaines, c'est un témoignage à découvrir.

 

Jean d'Amécourt, avec Romain Poirot-Lellig, Diplomate en guerre à Kaboul, Paris, Robert Laffont, 2013.

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