21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 20:27

hebergeur imageLe blog de l'auteur: Mélanie Richoz.

Lu dans le cadre du défi "Premier roman".

 

L'écrivaine Mélanie Richoz lira "Tourterelle" le vendredi 7 juin à 20 heures au centre "Le Phénix" de Fribourg (rue des Alpes), dans le cadre des lectures de la Société fribourgeoise des écrivains. La guitariste Emilie Zoé assurera les intermèdes musicaux.

 

Il est des histoires d'amour qui sont brèves, intenses, et denses par conséquent, dès lors qu'on les jette sur le papier. Elles font vibrer les personnes qui les vivent, et celles et ceux qui les lisent. Et lorsque l'histoire est perçue du point de vue féminin, cela donne "Tourterelle", qui est le premier roman de l'auteure fribourgeoise Mélanie Richoz.

 

Tout commence avec la force du premier mot: une deuxième personne du singulier qui interpelle, certes, mais rappelle aussi qu'en amour, l'autre est tout. Le premier paragraphe est du reste entièrement consacré à décrire l'être qui va être aimé, la première personne du singulier, le "je" de la narration, n'apparaissant qu'au deuxième paragraphe alors que c'est de son point de vue que le lecteur va vivre l'expérience littéraire de "Tourterelle". Le lecteur devine ainsi, dès le départ, que "Tourterelle" est une longue lettre d'amour déguisée en roman.

 

Si le "tu" est omniprésent, le "je" lui fait réponse, la narratrice exposant ses propres sentiments à l'égard d'un destinataire auquel elle ne donne jamais directement la parole, préférant dévoiler elle-même quelques traits de sa personnalité - entre autres une accoutumance précoce à l'alcool et un goût pour la musique. Donner la voix à la narratrice pour qu'elle se décrive constitue une option nécessaire pour emporter l'attachement du lecteur, qui découvre ainsi une personne attachante, qui paraît vivre son éducation sentimentale à trente-neuf ans avec un jeune homme de vingt ans, après un mariage présenté comme insipide. Le lecteur appréciera cependant le fait que le récit n'a jamais le temps ni l'occasion de basculer dans un narcissisme stérile.

 

Au-delà d'un profil strictement descriptif (la narratrice est humblement active dans les soins médicaux, âgée de 39 ans, physiquement plutôt sèche), l'auteure creuse la personnalité de la narratrice en mettant l'accent sur la vie des sens. Le corps apprend aussi, et en prenant des rondeurs, il fait figure d'écho concret à une véritable étape dans la vie intérieure soudain riche de la narratrice: "J'ai pris des hanches. Mes seins se sont arrondis. Ils sont jolis. Mes mamelons extraordinairement érectiles. Hypersensibles. Je pourrais jouir par simple effleurement des tétons. Le caractère anguleux, que la maigreur infligeait à ma silhouette il y a encore quelques mois, s'estompe. [...]" (p. 78).

 

Exprimée sans détours, cette sensualité exacerbée constitue l'apex d'un récit tout en gradation, empreint de poésie et d'une musique amoureuse. Suggérée de manière concrète par quelques titres fameux ("La Vie en rose", "La Javanaise"), cette musicalité est reflétée par la prosodie qui imprègne un récit rythmé par des chapitre si courts qu'ils font parfois figure de poèmes, et par des retours à la ligne inattendus qui mettent certains mots en évidence.

 

Sous des dehors poétiques parfois envoûtants, ce récit recherche aussi la précision. Les incises, composées entre deux barres obliques dans une typographie distincte du reste du texte, en sont l'exemple le plus frappant pour le lecteur. Prenant son lecteur par la main, l'auteur glisse ainsi des précisions sur son récit, indiquant les sous-entendus qu'il faut comprendre au détour de telle ou telle phrase, ou précisant un mot glissé dans une phrase. Elle paraît suggérer ainsi qu'il suffit de prononcer un mot de deux manières différentes pour qu'il prenne un autre sens - et cela semble marcher, pour peu qu'on prenne la peine de lire les phrases concernées à haute voix.

 

Enfin, que penser du titre? Il peut étonner, mais constitue l'élément le plus riche et le plus poétique de ce bref ouvrage. C'est un patient italien âgé que la narratrice soigne qui sert de trait d'union, et c'est là que, dans le corps du récit, apparaît l'image de la tourterelle - qui roule les R comme un Italien qui parle avec l'accent. Mais c'est bien, en dernier ressort, la narratrice qui joue le rôle de la tourterelle, et la structure de l'ouvrage le dit bien: rédigée en italiques en ouverture de récit, la liste des tourterelles existantes suggère l'arc-en-ciel des sentiments qui est celui des amoureux. Et en fin de roman, même si elle se retrouve isolée, la narratrice prend son envol, certes avec la complicité d'un avion, pour un lieu qu'elle aime. Seule. Et, héritière de l'épisode sentimental relaté par "Tourterelle", libre de grandir et de passer à autre chose.

 

Mélanie Richoz, Tourterelle, Genève, Slatkine, 2012.

 

Partager cet article

Publié par Daniel Fattore
commenter cet article
20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 19:38

hebergeur imageLu par Café Powell, Choupynette, Clara, Cultur'elle, Cunéipage, Elodie, Enlivrons-nous, La Pause Librairie, La Ruelle bleue, Reading In The Rain.

Billet écrit en partenariat avec les éditions Rue Fromentin, que je remercie pour l'envoi.

Le site de l'auteur: J. Courtney Sullivan.

 

"Après tout, elle venait d'une famille d'ivrognes, de handicapés émotionnels, aigris par la rancune.": glanée à la page 238 de "Maine", cette phrase résume à merveille les 454 pages de ce roman, le deuxième de l'écrivaine américaine Julie Courtney Sullivan, qui vient de paraître aux éditions Rue Fromentin dans une traduction en français signée Camille Lavacourt. Ce long voyage dans le Maine est aussi la peinture des relations houleuses qu'entretiennent quatre femmes, de trois générations, liées entre elles par les liens familiaux. Cyclique, le roman change de point de vue à chaque chapitre, dans un ordre immuable.

 

Il me faut relever avant tout, non sans les nuancer, les qualités de ce roman, pour commencer. C'est en effet un vrai tour de force romanesque que de créer des personnages aussi finement creusés et observés, et d'observer les caractères qui se frottent et les vannes qui fusent, autour d'une maison qui finit par constituer une pomme de discorde parmi d'autres. D'une manière générale, du reste, la force de ce roman réside dans l'observation des êtres humains, et en particulier des personnages féminins, les hommes étant relégués dans des rôles périphériques par forcément valorisants: un futur père immature, un hippie vieillissant, un jeune homme bon à rien... Cette attention sur les personnages fait aussi passer le décor au second plan, alors que le titre du roman suggère que l'auteur va aussi offrir une vision du Maine, cet Etat américain rendu célèbre par Stephen King. On retiendra toutefois la saisissante description du dramatique incendie du Cocoanut Grove, une boîte de nuit de Boston: c'est réellement arrivé (pour en savoir plus, c'est ici). Et dans le roman, cet épisode fait figure d'instant clé.

 

Pourtant, il n'est pas évident d'intéresser son lectorat à un tel sujet, et le récit n'y parvient pas tout à fait. C'est peut-être dû à une mise en place assez longue (une centaine de pages pour le premier cycle de quatre chapitres), où le lecteur pourra avoir l'impression, plus d'une fois, d'assister aux petits soucis de riches, d'un intérêt contestable, d'une grande famille dans laquelle on peut facilement se perdre. Si le sujet de l'alcool est traité tout en nuances et fortement exploité, l'idée de la création de maisons de poupées paraît plutôt futile. Par ailleurs, le fait d'avoir gagné la maison dans un pari et l'idée du métier de l'élevage de vers (avec une description complaisant de leurs précieuses déjections, vendues comme engrais) tenu par l'une des femmes mises en scène et par son mari m'ont paru un poil "too much". Cela, à moins que l'auteur ne souhaite prêter à sourire.

 

Et c'est sans doute son intention, tant il est vrai que certaines scènes et trouvailles de ce roman, sans être hilarantes, ne sont pas dépourvues d'humour. Cet humour paraît toutefois assez paradoxal dans ce roman, qui se présente plutôt comme un drame familial. Peut-être est-il le résultat d'une volonté, de la part de l'auteur, d'alléger des ambiances volontiers lourdes et tendues, dans lesquelles l'alcool joue facilement un rôle catalyseur.

 

Il me faut donc bien reconnaître que je suis passé à côté de ce long roman, même si j'en reconnais les qualités littéraires... Sans doute attendais-je autre chose.

 

J. Courtney Sullivan, Maine, Paris, Rue Fromentin, 2013, traduction de Camille Lavacourt.

Partager cet article

Publié par Daniel Fattore
commenter cet article
19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

À Madame ***

 

Comme Dieu dans le sein des mers mystérieuses
A dérobé la perle aux yeux des matelots,
J’ai, dans mon âme, loin des foules curieuses,
Enfoui mon amour et caché mes sanglots.

Oh ! de mon cœur blessé le douloureux mystère,
Madame, à vos regards restera toujours clos ;
La fleur de mon amour s’éteindra, solitaire,
Beau lis que le soleil n’aura jamais éclos. —


Votre doux nom, madame, embaumera ma lyre,
Le reflet de vos yeux éclairera ma nuit,
Et si vos lèvres d’or me donnaient leur sourire,
Je comprendrais le ciel. — mais j’apprendrais l’ennui !

 

Etienne Eggis (1830-1867), Voyages au pays du coeur.

 

 

 

 

 

Partager cet article

Publié par Daniel Fattore
commenter cet article
18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 14:06

hebergeur imageLes vins, c'est tout un univers, et l'amateur de bons breuvages devrait se souvenir que la Géorgie est le berceau mondial de la viticulture. Et qu'aujourd'hui encore, ce pays produit d'excellents vins qui gagneraient à être connus. La maison Badagoni a par exemple, dans ses chais, un petit Tsinandali fort agréable - et c'est bien le moins que l'on puisse dire. C'est un vin rare sous nos latitudes: je l'ai trouvé l'autre jour dans un magasin de spécialités russes situé à Berne.

 

Le producteur promet que ce vin est sec (en russe: сухое), et la promesse est tenue à cent pour cent. Bien frais, ce vin révèle ainsi des impressions qui ne sont pas sans rappeler, paradoxalement, certains chasselas suisses: aromatiques au nez, d'une grande retenue en bouche. Dès lors, on aurait envie de le préconiser en apéritif, frappé, tout seul, ou alors avec de petits feuilletés.

 

Et puis, peu à peu, ce Tsinandali complexe, millésime 2010, se révèle. Comme constante, il a le tranchant requis pour passer avec un plat de poissons, assorti d'une bonne pointe d'amertume. Il offre aussi des arômes qui, de manière étonnante, oscillent entre la pomme telle qu'elle est lorsqu'on mord dedans et l'ananas comme on l'aime, avec une véritable chaleur qui flatte le palais. Progressivement, ces arômes s'imposent avec une vigueur à la fois prévisible (ils sont portés par un taux d'alcool de 13%, quand même) et inattendue.

 

La contre-étiquette suggère un vin presque jaune paille; j'irais jusqu'à gommer l'adverbe "presque", tant il est vrai que la pâleur de ce blanc rappelle la teinte des blés. Elle promet par ailleurs un vin d'une grande élégance. Pas faux; j'ai plutôt envie de dire, après dégustation, que ce vin tout en paradoxes a la finesse d'une aiguille qui pique spontanément au bon endroit, là où ça fait du bien et où ça sait surprendre.

Partager cet article

Publié par Daniel Fattore - dans vin Plaisirs de bouche Georgie
commenter cet article
15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 19:26

hebergeur imageJ'en avais parlé ici il y a quelque temps: l'artiste fribourgeois Jean-Pierre Humbert a lancé l'an dernier un concours d'écriture littéraire dont les sujets étaient deux de ses oeuvres. Les lauréats sont à présent connus:

 

1er prix: Ivan Sigg, pour son haïku.

2e prix: Pierre Lalanne, pour "Journal improbable".

3e prix: Aliette Somot, pour son poème aux lectures multiples.

 

hebergeur image

Jean-Pierre Humbert informe qu'Ivan Sigg sera présent samedi 18 mai 2013 à 11 heures à l'Atelier Contraste, pour une remise des prix organisée en son honneur. Le lieu? C'est à Fribourg, à la Ruelle des Cordeliers 6.

 

Il est à noter que j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer Ivan Sigg, au sujet de ses romans: La Touffe sublime, L'Annonce faite à Joseph, L'Ile du Toupet. Ivan Sigg est également artiste (son site officiel est ici), et aussi blogueur.

 

 

Partager cet article

14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 22:28

Lu par hebergeur imageFragments du paradis, Goliath.

Lu dans le cadre des défis Littérature belge et Nouvelles.

 

Des vies. Et des fractures. Et pour finir, à chaque fois ou presque, une sortie par le haut. Telle est l'impression qui se dégage des dix-sept nouvelles du recueil "Cruise control", premier opus d'Aliénor Debrocq. Native de Mons, lauréate de concours de nouvelles tels que celui organisé par la police de Liège en 2012 (pour "Tambouille Tandem" - j'y avais participé avec succès en 2011, pour ma part), cette écrivain belge relate des destinées humaines, le plus souvent féminines, parfaitement actuelles, dans un style empreint de modernité, tant par la forme que les sujets abordés - entre autres celui du monde de l'entreprise ou, comme dans "Groopy", celui des consommateurs à l'affut des bonnes affaires.

 

Très vite, le lecteur va être frappé par un procédé constant, utilisé dans la plupart des nouvelles du recueil: la répétition de phrases et de groupes de phrases en vue de constituer un leitmotiv, perceptible pour le lecteur. Plutôt qu'une impression de déjà-lu, il verra ici un procédé du ressassement des idées fortes du texte, à partir desquelles l'auteur énonce des idées diverses.

 

Le penchant pour la phrase courte est l'autre caractéristique visible de l'auteur de "Cruise Control". En début de nouvelle, ce choix permet d'accrocher le lecteur en collant à son souffle, encore court en début de lecture. Cette brièveté des phrases peut, dans ce recueil, confiner à un style télégraphique ou à une certaine sécheresse, comme dans "Vierge Tagada", structuré en fonction d'un horaire. La sécheresse et la brièveté des phrases se justifient cependant ici par l'idée sous-jacente d'un licenciement signifié dans un délai extrêmement court.

 

Et puis, il y a cette idée de "s'en sortir par le haut", joliment illustrée par la nouvelle "Décloisonnée", qui relate la destinée d'une employée un peu plus modèle qu'il ne le faudrait. L'auteur parvient à décloisonner son personnage principal en le faisant passer d'un bureau paysager (décloisonné par excellence) à un bureau ordinaire (cloisonné car individuel). Paradoxal, le croisement finit par constituer un joli réseau de situations.

 

Il y a aussi, dans ce recueil, un goût pour le détail qui, petit à petit, fait avancer les personnages d'un état à l'autre. "Les douze volées", première nouvelle du recueil, fonctionne parfaitement ainsi, démontrant que c'est par de petites choses, parfois inattendues, qu'on peut faire son deuil - même en haut d'un grand immeuble.

 

On peut regretter quelques personnages convenus (on trouvera un curé paillard dans le recueil) et la relation finalement déjà vue de quelques réflexions misogynes; mais c'est assez peu de chose face à une écriture d'une personnalité certaine, dont on retiendra une certaine amertume, adoucie par des fins de récit qui, toujours, suggèrent une issue praticable et honorable à des situations sans issue a priori. La vie, après tout, ce sont des choix, suggère la nouvelle "Des choix déchus"; mais celle-ci souffle aussi qu'à certaines conditions, ces choix peuvent être remis en question: l'existence offre toujours une deuxième chance ou une échappatoire.

 

Aliénor Debrocq, Cruise control, Louvain-la-Neuve, Quadrature, 2013.

Partager cet article

12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 07:21

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

La capitale

 

L'énorme capitale est un fruit douloureux.
Son écorce effondrée et ses pulpes trop mûres
Teignent opulemment leurs riches pourritures
D'ors verts, de violets, et de roux phosphoreux.

 

Lâchant un jus épais, douceâtre et cancéreux,
Ses spongieuses chairs fondent sous les morsures,
Et ses poisons pensifs font germer les luxures
Et les péchés malsains dans les cerveaux fiévreux.

 

Tel est son goût exquis, tel son piment bizarre,
- Gingembre macéré dans un élixir rare, -
Que j'y plongeai mes dents avec avidité.

 

J'ai mangé du vertige et bu de la folie.
Et c'est pourquoi je traîne un corps débilité
Où ma jeunesse meurt dans ma force abolie.

 

Iwan Gilkin (1858-1924). Source.

Partager cet article

Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques Iwan Gilkin
commenter cet article
11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 16:48

Dans le sillage du centenaire de la naissance de Corinna Bille, les éditions InFolio ont eu la bonne idée de publier l'an passé, dans leur collection "Le Cippe" (dirigée par le poète suisse Patrick Amstutz), deux petits ouvrages de littérature secondaire portant sur Corinna Bille et son oeuvre. Le premier est une étude consacrée à "Théoda", premier roman de l'auteur, et le deuxième est un hommage collectif.

 

hebergeur imageSignée Pierre-François Mettan, l'étude "Théoda de S. Corinna Bille" aborde l'oeuvre sous ses divers aspects. Une mise en contexte en constitue le début, avec entre autres les liens qui rattachent l'auteure valaisanne à Charles-Ferdinand Ramuz - ainsi que ce qui éloigne les deux écrivains, à savoir, pour Corinna Bille, le rejet de la "langue-geste" et du roman parlant typiques de Ramuz. Il y est également question de la manière dont Corinna Bille a exploité sa vie personnelle pour en tirer "Théoda" - sans parler, bien sûr, du fait divers qui en constitue le socle. En conclusion enfin, et c'est une partie fort instructive, l'auteur évoque d'autres oeuvres de l'auteur, entre autres "La Fraise noire", et met en évidence leurs liens avec "Théoda". Cet ouvrage pourra paraître un peu théorique au lecteur qui n'a pas lu "Théoda"; mais il saura aussi l'inciter à s'y plonger. Et il sera fort utile à toute personne désireuse d'approfondir sa lecture du premier roman de Corinna Bille.

 

hebergeur imageGénéraliste, le petit livre "Cippe à Corinna Bille, un recueil d'hommages" se caractérise par la diversité de voix et des regards portés sur l'écrivain: trente-cinq auteurs et quinze artistes y ont contribué, sous les formes les plus diverses. Leurs profils sont en effet variables: chercheurs, artistes, personnes ayant côtoyé l'écrivain, poètes, témoins, personnalités politiques même (avec la députée Géraldine Savary). Le lecteur relèvera ici, par exemple, le témoignage de l'écrivain Blaise Hofmann qui, en sa qualité d'enseignant, a abordé "Théoda" en cours avec des lycéens. Ou le portrait de femme que Florence Heiniger, journaliste littéraire, brosse du personnage de Théoda. Certains textes pointent des aspects de la vie de l'auteur, par exemple la contribution de Gilberte Favre, biographe, qui rappelle que Corinna Bille reste fort populaire au Liban. Enfin, les contributions artistiques constituent un intéressant contrepoint visuel au propos. Au terme de sa lecture, le lecteur aura ainsi eu l'impression de parcourir une mosaïque recréant un portrait vivant et détaillé de l'écrivaine valaisanne.

 

Pierre-François Mettan, Théoda de S. Corinna Bille, Gollion, InFolio/Le Cippe, 2012.

Collectif, Cippe à Corinna Bille, un recueil d'hommages, Gollion, InFolio/Le Cippe, 2012.

Partager cet article

10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 06:53

hebergeur imageLu dans le cadre du défi "Nouvelles".

 

L'écrivaine suisse Corinna Bille aurait eu cent ans l'an dernier. Il était donc grand temps que je m'y remette, et l'occasion m'en a été donnée ce printemps, lorsqu'on m'a prié d'animer dans le cadre du Salon du Livre de Genève, une table ronde sur celle qui, en 1975, obtint la bourse Goncourt de la nouvelle. En plus de deux excellents ouvrages de littérature secondaire, un supplément de chance a mis entre mes mains "La Fraise noire", recueil de nouvelles publié pour la première fois par la Guilde du Livre, un éditeur suisse, en 1968, et réédité en 1976 et en 1999 par Gallimard.

 

"Pourvu qu'une histoire ne me vienne pas en ce moment!", craignait l'auteur lorsqu'elle s'affairait aux tâches du ménage, tant il est vrai que sans cesse, elle ressentait l'irrésistible besoin d'écrire. Cette aisance transparaît dans les textes recueillis dans "La Fraise noire". Classique, leur style est empreint d'une grande simplicité et d'une spontanéité indéniable, loin des "alambics" que l'auteur disait détester. Ce qui n'empêche pas le soin apporté à la musicalité du texte et au travail de la parole des personnages. Ni l'amour du détail, d'ailleurs: si l'issue de "Ma forêt, mon fleuve" est un peu attendue, cette nouvelle doit sa richesse à l'observation fine de la maturation sentimentale de la narratrice - adroitement structurée sous la forme d'un journal. Et sans insister lourdement sur la peinture de la région où ses récits se déroulent, l'auteur n'hésite pas à utiliser, à l'occasion, un mot rare et précieux pour désigner un élément naturel avec exactitude.

 

Cette fraîcheur est mise au service d'une certaine vision du Valais du vingtième siècle. Une vision sans fausse nostalgie, sans recherche d'esthétisme controuvé, qui consacrerait une époque aussi belle que révolue et imaginaire. Au contraire, l'auteur ne recule pas devant la confrontation entre un Valais ancestral et l'irruption de la modernité. Si la nouvelle "La Fraise noire" prend des allures de vendetta corse, "Toute la vie devant moi" met en scène la diaspora des ouvriers italiens installés en Suisse, avec leur propre mentalité. Le surnom du personnage principal masculin de cette nouvelle est "Tête-de-mort", suggérant le caractère mortel de toute vie, en contrepoint à ce que suggère le titre.

 

Il y a aussi, chez Corinna Bille, le goût des personnages qui se détachent de leur entourage, qui jurent, que ce soit par les couleurs, par leur attitude, par leur histoire en un mot. La femme qui évolue dans "La Fraise noire" a donc deux hommes dans sa vie, en plus de son mari, une situation atypique. On se souviendra d'ailleurs que cette nouvelle constitue le développement d'un épisode originellement prévu pour "Théoda", premier roman de l'écrivain, abandonné en cours de route - puis repris sous une forme nouvelle. Et Dieu sait que Théoda, femme venue d'ailleurs et installée en Valais au côté de son mari, jamais totalement acceptée par son entourage, dépeinte comme trop belle, trop colorée, représente l'archétype de la figure qui se détache du décor.

 

Simplicité, modernité, soin du détail: pour ces raisons, il faut lire ou relire Corinna Bille, qui a su saisir une époque et sait observer avec finesse les âmes humaines de ses personnages, avec une prédilection pour celles des fous, des ivrognes et de celles et ceux qui sortent de l'ordinaire par un trait de leur existence.

 

Corinna Bille, La Fraise noire, Paris, Gallimard, 1999, préface de Dominique Aury.

Partager cet article

7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 20:34

hebergeur imageL'exquise blogueuse Liliba me décerne le Liebster Award - Gloire! Et merci à elle!

 

A tout honneur répond une contrainte... ici, il me faut répondre à 11 questions concoctées par Liliba et en inventer onze autres à l'adresse des personnes que je vais récompenser à mon tour. Donc, go!

 

Avant tout, je tague Madimado, L'Amiral, Lystig, Alex, Natiora, Gangoueus, Missycornish, Cécile, Skandal, Falconhill, Mélusine. Et naturellement, je vous décerne, à toutes et à tous, le fameux Liebster Award!

 

Votre mandat: répondre aux onze questions recensées sous B. Puis taguer onze de vos amis à vous, en leur posant à votre tour onze questions de votre cru. Sans oublier un petit lien vers celui qui vous tague, à votre bon coeur!...

 

A. Les questions de Liliba.

 

  1. Bloguer, c’est bien. Mais quelle place votre blog tient-il dans votre vie? Une place essentiellement vespérale pour ce qui est de l'activité proprement dite. Sinon, des réflexions souvent existentielles durant la journée. Par exemple des idées de questions et de réponses à ce tag.
  2. Citez une ou plusieurs choses qui vous rendent folle (fou) de rage. Euh, à part les produits Star destinés aux traducteurs, et qui n'ont probablement pas été développés par des personnes qui connaissent les besoins desdits traducteurs, peu de chose.
  3. Et quelque chose qui vous fait fondre instantanément de plaisir ou bien de bonheur. Euh... essayez!
  4. Quel personnage auriez-vous aimé être, et pourquoi? (d’autrefois ou de maintenant, de l’histoire, du show-bizz ou du monde politique…). Il y en a tant... et pourquoi ne deviendrais-je pas, à mon tour, un personnage historique? Par exemple en écrivant un beau roman qui marquera les âmes et les coeurs?
  5. Qu’est-ce que la folie pour vous? Peu de chose, et beaucoup à la fois: trois mois à Paris, un billet gagnant au Tribolo, un rêve réalisé, une soirée entre amis...
  6. Un gros regret dans votre vie? Ne pas avoir étudié le latin à l'université. Ne pas être devenu diplomate. J'ai fait mon deuil de devenir chef d'orchestre; j'espère être au moins un écrivain pas trop raté et un blogueur correct. Au boulot, comme qui dirait!
  7. Demain on rase gratis… qu’est-ce que vous remettez toujours au lendemain ? Etes-vous adepte de la procrastination? Procrastination? Terrible! Notamment pour le courrier...
  8. Vous a-t-on déjà fait une surprise, une vraie? bonne ou mauvaise? Est-ce que vous aimez ça? Oui et non... c'est plus agréable quand la surprise est bonne, bien sûr. Sinon, c'est juste une catastrophe du quotidien à gérer en plus.
  9. Demain, vous n’avez plus besoin de gagner votre vie. Comment occupez-vous votre temps? A écrire des nouvelles, des romans, des poèmes, tout le bazar. Et à passer du temps en famille.
  10. Un rêve fou? Voir question 9. Avec un ajout: bloquer un peu de temps pour recevoir le Prix Nobel de littérature. Tant qu'à faire un rêve fou...
  11. Dites-vous facilement aux gens qui vous tiennent à cœur que vous les aimez? Non. Même si je le ressens très fort.

 

B. Celles que je pose aux personnes taguées.

 

1. Si vous étiez un arbre, lequel seriez-vous?

2. Quelle chanson avez-vous spontanément eue à l'esprit sous la douche ce matin?

3. Quel est votre arrondissement parisien préféré?

4. Qui aimeriez-vous tuer, ici et maintenant?

5. Et qui aimeriez-vous embrasser éperdument, ici et maintenant?

6. Quel est votre animal fétiche?

7. S'il ne vous restait qu'un seul appel téléphonique, à qui le passeriez-vous?

8. Quel est le dernier livre que vous avez lu?

9. Indiquez votre couleur préférée, et dites pourquoi vous l'appréciez.

10. Que ressentez-vous face à une feuille blanche?

11. Votre verre de bière (de vin, de cocktail...) est vide. Comment réagissez-vous?

 

Partager cet article

Publié par Daniel Fattore - dans Tags
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Daniel Fattore
  • Le blog de Daniel Fattore
  • : Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
  • Contact

"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit."

Marc BONNANT.

Recherche

Vers la gloire

Ils parlent de nous...

Lisabuzz.com parle de Fattorius :

"Tantôt drôles, tantôt émouvants, toujours enrichissants, les posts écrits par Daniel Fattore font du blog
Fattorius un grand espoir du web de demain. Il s agit, parait-il, du blog dont les lecteurs disposent du QI le plus élevé. Cela ne m'étonnerait pas. Pourvu que Daniel Fattore ne s'arrête jamais de nous régaler ! signé http://blog.lisabuzz.com"

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -
Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest