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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 21:00

Horn RougeLu par Francis Richard,

Défis rentrée littéraire 2015 et Thrillers et polars.

Le site de l'éditeur - merci pour l'envoi! Et le site de l'auteur.

 

Tout commence dans le monde reclus d'un hôpital psychiatrique situé vers Lausanne. Des personnes détenues à la suite de condamnations pénales y marinent. Quelques collaborateurs leur administrent leurs pastilles et lisent le journal, lucarne ouverte sur l'actualité. C'est pourtant dans le monde clos de l'hôpital, protégé a priori, que l'actualité va soudain déferler, suivie de la police. Neuf ans après "La Piqûre", premier roman remarqué, Marie-Christine Horn (qui signait alors Marie-Christine Buffat) confie une nouvelle mission à Charles Rouzier, son policier. Et force est de constater que "Tout ce qui est rouge" est un roman qui sonne vrai et ne prend pas de détours pour toucher à l'essentiel.

 

Certes longs, les deux premiers chapitres sont pour l'auteur le moment de planter le décor, patiemment et avec minutie. Le lecteur comprend comment fonctionne un lieu d'incarcération psychiatrique, mais découvre aussi ses contraintes et servitudes, y compris en matière de ressources humaines: les gens sont là, motivés, mais derrière, il y a une part de bricolage, budgets et contraintes organisationnelles obligent. Le lecteur peut avoir l'impression, par moments, qu'on se perd dans des détails; mais ceux-ci seront utiles plus tard. Et il faut relever qu'on ne s'ennuie pas. Cela, d'autant moins qu'on a envie de voir apparaître le fameux Charles Rouzier...

 

... c'est qu'à l'instar d'un Molière qui ne fait entrer en scène son très attendu Tartufe qu'à l'acte 3 de la pièce éponyme, l'auteure sait faire attendre les lecteurs qui connaissent le bonhomme - cet homme vieillissant, friand de barres de céréales et admirateur de sa secrétaire. Et dès lors qu'il est là (au chapitre 3, tiens!), l'enquête policière proprement dite commence... et le rythme de "Tout ce qui est rouge" s'accélère. Si les habitués de Marie-Christine Buffat retrouvent avec bonheur la figure de Charles Rouzier, les autres suivront avec tout autant de plaisir le personnage de Nicolas, jeune homme attachant au coeur d'artichaut, devenu chef un peu trop vite, et que tout accable: un suspect trop idéal pour qu'on le croie vraiment coupable... mais enfin, rien n'est exclu!

 

L'auteure choisit d'explorer le monde de l'art brut, ce qui confère à "Tout ce qui est rouge" son indéniable originalité. Le lecteur intéressé retrouvera au fil des pages certains artistes connus du genre; il sera invité à revisiter le Musée de l'art brut de Lausanne... et à voir quelques cadavres qui ressemblent aux oeuvres qui y sont exposées. C'est que l'écrivaine fribourgeoise construit un profil de coupable pour le moins singulier!

 

Il y a enfin, à chaque phrase, à chaque chapitre, une volonté d'aller rapidement au fond des choses, et à le faire sentir au lecteur. Cela passe par un style extrêmement direct, qui évite cependant l'écueil du voyeurisme ou de la vulgarité gratuite, et par des descriptions sans fard de ce qui se passe - quitte à bousculer, à choquer. D'une manière générale, du reste, l'auteure adopte une voix naturelle, cash et sans détour, qui s'avère accrocheuse: il est permis ici de dire "franc-parler".

 

On pourra certes reprocher à l'éditeur d'avoir laissé passer des coquilles et impropriétés, mais c'est secondaire pour qui - et ça ne manquera pas - se laisse prendre par l'histoire. En définitive, et c'est cela qui compte, "Tout ce qui est rouge" est un roman puissant, troublant comme une toile peinte au sang menstruel, solide et captivant comme tout polar classique, haletant, où le lecteur tient à tout prix à deviner qui est le coupable - et aime se faire balader d'un suspect à l'autre au fil des pistes plus ou moins fausses avant qu'on ne lui révèle enfin la vraie.

 

Marie-Christine Horn, Tout ce qui est rouge, Lausanne, L'Age d'Homme, 2015.

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24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 21:40

hebergement d'image... complètement à l'Ouest? C'est en tout cas avec "Vers l'ouest" de Xavier Jaillard que Philisine Cave revient pour le Défi Premier roman. Je vous invite à découvrir son billet ici:

 

Xavier Jaillard, Vers l'ouest

 

Merci pour cette contribution et à bientôt! La rentrée littéraire devrait receler quelques jolies découvertes en matière de premier roman; à vous (et à moi, aussi...) de jouer!

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

Je suis une fille de passage,

Une fille pas sage.

Mais qui déjà à son âge

A parcouru un bon bout de chemin.

J'aimerais que l'on s'aime d'un amour serein,

C'est tout ce dont je rêve et cela n'est pas vain.

Même si je t'ai causé quelques souffrances,

Ce sont mes propres blessures que je panse,

Et c'est toujours à toi que je pense.

J'ai cru voir une lueur d'espoir,

M'est-il encore permis d'y croire?

Tu sais la nuit, le soleil n'est pas noir...

 

Caroline Berthet (1974- ), Comme un miroir en mille morceaux, Paris, Les Editions du Panthéon, 2002.

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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20 août 2015 4 20 /08 /août /2015 21:41

Sauvignon CoinsinsLe marché de Noël de Moudon réserve quelques bonnes surprises, y compris en matière de vins. Je me souviens entre autres d'avoir eu un coup de coeur en dégustant, sur place, le sauvignon de Coinsins 2012 proposé par le vigneron-encaveur suisse Gilbert Fischer et sa jeune équipe - des gens installés à l'enseigne du Domaine des Papillons (le site du producteur, d'où vient la photo) à Belmont-sur-Lausanne - c'est sur la côte vaudoise, AOC de rigueur, même si le cépage est atypique dans la région, traditionnellement attachée au chasselas.

 

Quelques mois ont passé...

 

... et l'émerveillement est resté. Au regard, ce vin offre une robe jaune paille, et le bouquet s'avère discret, frais et volatil. C'est au goût que ce blanc révèle ce qu'il a dans le coffre, flatteur, explosif même: on pense ananas ou fruit de la passion, on songe gewurztraminer, on se dit que c'est onctueux. Et dans le prolongement d'une puissance certaine, on apprécie la longueur en bouche de ce très beau vin vaudois. On aimera le déguster en prenant son temps, aussi avec un repas en bonne et due forme: poissons, fromage, etc.

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Publié par Daniel Fattore - dans Plaisirs de bouche vin
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16 août 2015 7 16 /08 /août /2015 21:07

Schwartz ReservationLu par Amanda Meyre.

Le site de l'auteur.

Le site de l'auteur de la belle image de couverture.

Défi Thrillers et polars.

 

L'idée de "Reservation Road" est stupéfiante, tragique et accrocheuse: en déplacement un soir, une famille s'arrête pour faire le plein. Josh, le fils, s'aventure sur la route, il se fait shooter, il meurt sur le coup. Le conducteur indélicat poursuit sa route. Face à un tel tableau, la police ne peut pas grand-chose. A partir de là, l'écrivain américain John Burnham Schwartz signe un polar atypique qui met en avant la psychologie plutôt que l'enquête.

 

Du coup, il va de soi que le lecteur qui recherche un roman policier classique, avec un flic qui mène l'enquête et finit par faire régner la justice, trouvera sa lecture difficile, pour ne pas dire ennuyeuse! Notons-le d'emblée, la police n'a pas le beau rôle dans "Reservation Road", et l'auteur en renvoie une image où l'arrogance le dispute à l'impuissance: peut-on faire confiance à l'agent Burke, figure éminemment formaliste, inhumaine même, qui se cache en permanence derrière les procédures et le règlement lorsqu'il s'agit de mener l'enquête? Pour un peu, le lecteur préférerait que les intéressés fassent justice eux-mêmes.

 

"Reservation Road" se concentre dès lors sur trois de ses personnages principaux. L'auteur se montre habile ici, en choisissant une narration à plusieurs voix. Dans des chapitres qui leur sont consacrés, les deux pères parlent à la première personne, alors qu'il est question de Grace, mère de la victime, à la troisième personne. Faire parler les pères à la première personne du singulier est un coup de maître de la part de l'écrivain, qui force ainsi le lecteur à prendre position face à ces personnages, qu'il installe au tout premier plan, comme pour un duel: sympa, pas sympa? Sachant que l'un des pères est le chauffard qui a tué le fils de l'autre... Son métier d'avocat l'amène à trouver des arrangements avec la réalité, en bon casuiste, ce qui peut le rendre détestable à force de lâcheté.

 

La figure de Grace est un cas à part, et peut-être que sa présentation incarne la faiblesse majeure de la narration. L'auteur choisit d'en parler à la troisième personne du singulier, afin sans doute de montrer qu'elle est indirectement concernée (quoique touchée, bien sûr) par l'accident qui a tué Josh. Certes, l'auteur excelle à montrer la dérive dépressive de cette femme suite au décès de son fils; mais en choisissant de mettre cet aspect en avant, l'auteur s'éloigne du projet proposé d'intrigue policière en se montrant introspectif, et s'autorise le luxe de lenteurs difficiles à vivre.

 

Cela dit, il convient de saluer le talent avec lequel l'auteur installe une situation terrible qui pourrait arriver à tout un chacun - et suffit, à ce titre, à créer l'adhésion. Le lecteur se révoltera sans doute face à l'impuissance d'une police présentée comme fort procédurière, dépourvue de tout héroïsme. Il appréciera aussi la finesse de la description des âmes: les personnages sont bien Américains, ils aiment le base-ball et les fêtes foraines et, pour certains d'entre eux, vivent toute la rigueur du divorce, mais leurs ressentis, leurs comportements sont universels. Dès lors, même s'il se présente comme un roman policier, "Reservation Road" sera mieux apprécié si l'on comprend sans tarder qu'il s'agit d'un roman sur les âmes humaines, mettant des enfants victimes en scène et utilisant certains codes du polar pour intéresser son lectorat.

 

John Burnham Schwartz, Reservation Road, Paris, Albin Michel, 2008, traduction de Johan-Frédérik Hel Guedj.

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16 août 2015 7 16 /08 /août /2015 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

CCXL

 

Les poissons escaillez aiment les moites eaus,

Les fleuves et les lacs: les animaux sauvages

Aiment les bois touffus, les creus et les boccages.

Et l'air dous et serain est aimé des oiseaux:

 

Les grillons babillars aiment l'email des preaus

S'esgayant au Prin-tems parmi le verd herbage,

Leslesars et serpens envenimez de rage

Aiment des murs rompus les humides caveaux.

 

Bref naturellement chacun aime et desire

Le lieu originel d'où sa naissance il tire

Auquel mesmes il doit resider longuement:

 

L'homme seul derivant comme plante divine

Du ciel spirituel sa feconde origine,

Prefere à sa patrie un long bannissement.

 

Jean-Baptiste Chassignet (1571-1635), dans Poètes du XVIe siècle, Paris, Gallimard/La Pléiade, 1953/1991.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 19:51

Nicholson ExtramurosLu par Aurore, Bookseverywhere, Cledesol59, Missbouquinaix, Mots insatiables, Natacha, Nymeria, Totalybrune.

Défi Thrillers et polars.

 

Le futur, ce n'est pas si loin... et c'est très inquiétant! "Extramuros" est un roman d'anticipation signé Philippe Nicholson. C'est un écrivain français qui a touché à pas mal de métiers avant de venir au roman. Et avec "Extramuros", paru chez Kero, il imagine un monde pas très attrayant... d'une manière crédible qui fait froid dans le dos.

 

On peut, en préambule, se demander si l'on a vraiment affaire à un "polar politique", comme le suggère la quatrième page de couverture. Ce n'est guère un policier au sens classique, dans la mesure où le lecteur n'est pas en présence d'un personnage chargé de mener l'enquête pour trouver un coupable. D'une manière générale, d'ailleurs, la police est assez absente ici, si ce n'est sous forme de service de sécurité. On préférera donc voir dans "Extramuros" un de ces romans-catastrophes d'anticipation qui appellent une mise à l'écran, et saura captiver à l'écran, au moins autant que sous forme de livre.

 

Les thèmes d'actualité imprègnent "Extramuros". De manière convenue, il sera question du creusement des inégalités sociales, concrétisé par l'instauration de "zones" où vivent les personnes disposant d'un emploi suffisamment stable et rémunérateur et chargées de "faire des affaires". En sont exclus les gens qui, sous-qualifiés, idéalistes ou créatifs, n'entrent pas dans ce moule. Le clivage paraît comme la caricature de certaines "villes privées" comme on en voit en Amérique. Les zones sont délimitées par des murs électroniques. Comment ne pas y voir les successeurs d'autres, murs, bien historiques voire actuels, tel - entre autres - le mur de Berlin?

 

Autre aspect bien d'actualité, les dérives d'une société privatisée, aux mains de grandes entreprises - et aujourd'hui déjà, on peut concevoir que certaines multinationales ont le pouvoir financier et l'influence politique de réaliser le scénario d'"Extramuros". L'auteur s'avère roublard: du côté des puissants, à savoir ces patrons qui veulent avoir un pays à eux et s'arrogent l'Espagne, il place l'argument écologique, synonyme de progrès. Cela lui ouvre la porte d'une critique de certaines tendances actuelles: couvrir le désert de panneaux solaires, est-ce aussi bien que ça en a l'air?

 

L'auteur dépeint de façon solide et crédible deux camps qui s'affrontent en haut lieu: celui d'entreprises avides de pouvoir et celui d'un pouvoir politique certes soucieux d'équilibre, mais assez démuni face à des arguments strictement économiques qui s'avèrent écrasants. De part et d'autres, il y a des êtres humains. Les puissants le sont: l'auteur évite habilement l'écueil des personnages sans âme, et c'est à porter à son actif! On appréciera ainsi la figure de Susan Kraft, femme politique américaine de haut vol, même si l'on ne saura rien du mystère de son inamovible permanente. Mais c'est du côté des contestataires que l'auteur place sont point de vue, suggérant au lecteur de ne pas accepter un ordre nouveau imposé hors des processus démocratiques. Le romancier l'a compris: la focalisation crée l'empathie...

 

... et le lecteur se retrouve à apprécier le parcours de Max, ce gamin de bonne famille embarqué à l'insu de son plein gré dans une vague contestataire mondiale, et à qui son père, pour le dire simplement, dit de rentrer chez lui parce que la soupe est sur la table, même si la minute de téléphone coûte cinquante dollars. Accepter ce point de vue, c'est accepter aussi d'être dans le camp de Flynn, figure de terroriste jusqu'au-boutiste avant tout fidèle à ses idées. En introduisant un tel personnage dans un camp présenté comme foncièrement bon, l'auteur évite un manichéisme trop facile, même si l'astuce est attendue.

 

"Extramuros" est donc construit comme un roman à l'américaine, dont le terrain de jeu est le monde, de Marseille à Washington en passant par l'Afrique. Il n'y a rien de trop dans ces pages, l'économie du récit est optimale et l'on croit volontiers aux personnages mis en scène, si secondaires qu'ils soient: chacun a sa part d'humanité, sombre ou lumineuse. La brièveté des chapitres elle-même concourt à une lecture rapide de ce roman au style efficace, écrit pour subjuguer le lecteur en l'invitant à lire toujours plus loin.

 

Philippe Nicholson, Extramuros, Paris, Kero, 2015.

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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 17:36

Ristic AffaireImaginez une certaine Nadja. Comme sa grande soeur d'André Breton, elle a un petit côté décalé que son tempérament d'artiste ne saurait entièrement justifier. Cette Nadja, c'est le personnage principal du dernier roman de la femme de théâtre Sonia Ristic. Paru chez Intervalles (merci pour l'envoi!), "La belle affaire" relate le destin de cette femme, construisant un flash-back ponctuel à partir d'un événement déclencheur précis: une nuit d'amour que Nadja passe avec Patrick dans le Vermont, loin de sa famille, qu'elle a tendance à oublier.

 

Pour dessiner le portrait complet d'une personne, la construction de "La belle affaire" suit deux pistes parallèles: la vie d'une femme d'aujourd'hui, Nadja, 40 ans, devenue enseignante ayant un passé d'écrivaine, et celle de la même femme, au cours des décennies écoulées, de l'enfance à l'âge adulte. Au fil des ans, c'est le récit d'une réappropriation d'un corps qui s'installe - symbolisée par la mise au monde de deux jumeaux, Marie et Jo, alors que la mère a été déclarée stérile par les médecins.

 

Saisi dans cette démarche binaire, le lecteur sera surpris par des éléments parfois anecdotiques, peu parlants: une manière de marcher, des relations. C'est que l'auteure sait ménager une gradation, un crescendo dans son récit. Si le début s'avère peu accrocheur, il évoque déjà, en germe et à mots couverts, des éléments capitaux qui, comme il se doit, seront explicités en fin de roman seulement. Parmi ceux-ci, la relation avec un certain Amadou, homme qui compte dans la vie de Nadja, et surtout acteur d'une possible trahison, sur fond de guerre imminente en Afrique.

 

C'est que tout trouve sa racine en Afrique, continent où Nadja, fille d'un diplomate et d'une mère intrusive, passe les années décisives de sa vie, celles où elle devient une femme après avoir été une fillette. Tout le reste, dès lors, se présente comme les jalons d'une histoire sentimentale en trois étapes: Amadou l'initiateur, Paul le mari, Patrick l'amant. Cela, sans compter les autres, ceux qui "trouvent le chemin de la chambre d'hôtel" de Nadja et ne comptent guère, si ce n'est pour donner de Nadja une certaine image, celle d'une femme aspirant à une certaine liberté. Ne serait-ce que face à une famille difficile à vivre - l'auteure, de ce point de vue, ne se gêne pas pour charger le trait, notamment du côté maternel.

 

La narration adopte un style classique, limpide. Il en résulte l'impression d'un récit mené avec une grande pudeur, tempérée par quelques éclats de rire bienvenus. Il aura fallu, enfin, l'intervention d'un amant côtoyé au loin pour qu'enfin, Nadja puisse écarter les démons qui hantent sa vie depuis son adolescence et connaisse une forme de recommencement.

 

Et l'amour dans tout ça? "La belle affaire!..."

 

Sonia Ristic, La belle affaire, Paris, Intervalles, 2015.

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 21:32

Vallotton JournalLu par Amandine Glévarec, Francis Richard.

Le blog de l'auteur, le site de l'éditeur (merci pour l'envoi!).

 

"J'ai laissé quelque chose à Vienne, quelque chose de précieux qui m'avait été offert à Berlin." Un incipit qui est tout un programme, celui des pages qui composent le "Journal de la haine et autres douleurs". Un programme, pour ne pas dire un leitmotiv, puisque le huitième livre de Frédéric Vallotton partage avec son lectorat une blessure sentimentale et quelques fureurs et humeurs qui, rapidement, évoquent par moments le poète latin Horace: "Odi vulgum pecus et arceo". Ce "Journal" est suivi de "Musique dans la Karl Johan Strasse".

 

Misanthropie, misogynie? Ou simple dégoût des foules? Dans ce livre aux apparences de journal extime rédigé en 2008, l'auteur relève ce que la fréquentation de ses semblables, dans certaines circonstances, peut avoir d'odieux pour lui. Celui qui se définit comme un "auteur germanique de langue française" se sent certes à l'aise dans les villes de Berlin ou de Vienne, mais ne l'est guère du côté de Lausanne et de l'Arc lémanique.

 

S'il se livre à coeur ouvert, avec une cordiale sincérité, l'auteur ne manque pas de céder à une esthétique du leitmotiv à la Richard Wagner, pour mettre des mots, des éléments de phrase récurrents, sur la haine - et tourner autour d'elle comme l'on tourne à l'occasion d'une valse viennoise, d'une manière structurée, pour ainsi dire géométrique. Les références littéraires sont présentes aussi; et si Mauriac affleure, c'est surtout les auteurs germaniques, Thomas Mann en tête, qui occupent le terrain. On pourrait enfin rapprocher le souci d'esthétique littéraire de l'auteur d'un souci à maintes reprises évoqué de maintien du corps à travers les ans, assuré à coups de séances de fitness.

 

"Musique dans la Karl Johan Strasse" occupe la deuxième partie du livre. Débarrassé de ce système de leitmotiv, ce second journal, rédigé en 2014, apparaît plus souple et organique. Le titre fait référence à une oeuvre d'Edvard Munch, et s'avère programmatique: les jalons de cette séquence sont des expositions d'art visitées çà et là. Prolongeant les thèmes abordés dans le "Journal de la haine et autres douleurs", le diariste, en vagabond improbable ("Wanderer"), y explore différentes facettes de son identité, telle l'homosexualité, les sentiments perdus et retrouvés (figure de Cy.), mais aussi le mal de vivre, tiraillé entre des lieux chéris mais lointains. Et aussi le fait de n'être plus jeune, sans être franchement vieux: juste entre deux âges.

 

Les pages du huitième livre de Frédéric Vallotton mettent à nu une personnalité tourmentée, digne dans sa haine. Elle apparaît avec une franchise et une sincérité que le souci esthétique n'altère pas et qui, du coup, saura interpeller le lecteur, le faire sortir de sa zone de confort en l'interpellant, et ne saurait donc le laisser indifférent.

 

Frédéric Vallotton, Journal de la haine et autres douleurs, Lausanne/La Chaux-de-Fonds, Olivier Morattel Editeur, 2015.

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3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 20:57

Girandon CordeMaude et Jean vivent ensemble. S'aiment-ils encore? Troisième livre de Thierry Girandon, premier paru chez Utopia Editions, "La corde ou la cagoule" s'ouvre sur une scène qui les montre au lit. Et le lecteur comprend assez vite que quelque chose ne va pas. Du coup, il va accrocher à ce roman qui emprunte quelques éléments au polar mais est aussi et surtout la peinture de quelques personnages humbles mais désireux de changer un sort terne. Le tout, nimbé d'un joli soupçon de rêve qui fait lorgner "La corde ou la cagoule" vers le conte.

 

Le lecteur sera avant tout frappé par l'attention portée aux corps, à leurs parties, à leurs interactions - un aspect déjà très présent dans "Amuse-bec", recueil de nouvelles précédemment paru. C'est souvent par le fonctionnement des corps que l'auteur montre les réactions de ses personnages: jouissance, peur, etc. Cela, avec justesse, mais je n'en dirai pas plus - si ce n'est que ces évocations sont crues, cash et sans concession.

 

Il y a par ailleurs un grain de folie dans les dialogues, composés de répliques délirantes qui claquent et montrent un sens certain du non-sens et invitent le lecteur à regarder le monde autrement. Ce regard différent est celui de l'auteur, un point de vue original sur la société dans laquelle nous vivons, et en particulier sur les gens: toute l'intrigue tourne autour d'un hypermarché tout neuf - et une tentative brindezingue d'enlèvement du patron de ce temple de la consommation en est le moteur.

 

Le lecteur goûtera en outre avec délice quelques moments en décalage total avec une narration réaliste: tel personnage dévisse sa tête et la pose sur sa table de nuit, par exemple. L'exemple le plus frappant est la figure du Premier Ministre d'un improbable Président de la République: le Ministre est au format de poche, suggérant de façon transparente la figure du petit exécutant face au grand décideur. Ce rapport hiérarchique implacable, au plus haut niveau, semble faire écho aux relations hiérarchiques qui régissent le fonctionnement d'un hypermarché.

 

Enfin, l'auteur trouve la bonne distance en matière de localisation, en suggérant que son intrigue se tient à Saint-Etienne mais sans jamais nommer franchement la cité ligérienne: noms de rues suggestifs, mention de la Loire, rappel de ce qui a fait le passé de Saint-Etienne. Reste que la géographie du roman entretient un flou digne de certains beaux contes.

 

Ainsi, entre décalages suggestifs et flous artistiques maîtrisés, l'écrivain ligérien offre un roman tout à fait dans la lignée de ses précédents ouvrages, dont on goûtera les éclats, la truculence et le sens de la formule, mais aussi la tendresse du regard que l'auteur porte sur ses personnages, avec une prédilection pour les plus anonymes.

 

Thierry Girandon, La corde ou la cagoule, Lyon, Utopia Editions, 2015.

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