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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 21:13

hebergement d'imageC'est un premier roman bien connu, presque un classique, qu'Alphonsine commente dans le cadre du Défi Premier roman: il s'agit de "Neige" de Maxence Fermine. Voici le lien vers son billet, que je relaie volontiers comme d'habitude:

 

Maxence Fermine, Neige.

 

Merci pour cette participation, à bientôt... et à qui le tour?! Pour les règles du jeu, cliquez sur le logo...

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 21:10

Kapllani PageLu par Téri Trisolini, Yv.

Le blog de l'auteur, le site de l'éditeur.

 

"La dernière page", roman de l'écrivain albanais d'expression grecque Gazmend Kapllani, est un ouvrage inscrit entre deux pays, pour ne pas dire plus: d'un côté la Grèce, qu'il a fallu quitter, et de l'autre l'Albanie, patrie d'adoption. Mais ces deux pays existent-ils vraiment? Et dès lors, quelle culture adopter? De manière évidente, le lecteur se dira que "La dernière page", c'est la dernière page de l'existence du père de Melsi, page énigmatique puisque celui-ci est mort à Shanghaï et a laissé un roman inédit qui ressemble étrangement à une autobiographie. Naturellement, en jouant le jeu du roman enchâssé dans un autre roman, l'auteur entretient le doute, mais si peu...

 

"Des cultures qui n'existent pas": en effet, l'auteur interroge les bases culturelles de deux Etats. Il y a d'abord la Grèce qui, au temps du fascisme, n'offrait plus de protection satisfaisante à ses citoyens juifs. Quelle est donc cette indigne patrie? La question traverse le roman inédit laissé par le père de Melsi: avec sa famille, le personnage du fils a dû adopter un nouveau prénom (d'Albert, il devient Isa), une nouvelle foi (de juif, il devient musulman, et même communiste convaincu) et un nouveau lieu de vie: de Thessalonique, ils passent à une petite ville d'Albanie, Kavaya. Et Isa le musulman devient "le crypto-juif".

 

Albanie, justement... l'auteur revient régulièrement sur l'idée que l'Albanie est un pays qui n'aurait pas dû exister. Inexistence soulignée par le rappel des peuples qui ont successivement occupé son territoire, et aussi par la volonté du régime d'Enver Hoxha d'éliminer certains héritages du passé: en voulant créer "le premier état athée au monde", rappelle l'écrivain, le chef d'Etat a invité les citoyens albanais à créer des prénoms sans racines religieuses. Vrai, faux? Mes lecteurs albanais pourront le confirmer, mais l'auteur indique que le prénom "Melsi" a été créé à partir des noms de Marx, d'Engels et de Staline. Par contraste, l'auteur souligne avec force l'origine de certains objets, tel le frigidaire Obodin fabriqué en Yougoslavie - encore un pays qui n'existe plus! Pour reprendre les mots de l'auteur, "Balkan hesapi!": va-t'en donc comprendre quelque chose aux Balkans!

 

Dernière page donc, dernière page écrite de la vie d'un homme qui a lui-même consacré son existence à la chose écrite, comme archiviste, et qui a donné le jour à un traducteur, donc à un passeur. A travers la destinée de l'archiviste, l'écrivain recrée de manière précise la progression et la chute d'un citoyen albanais présenté comme normal: dans le cadre d'un régime contraignant, il suffit d'une liaison non agréée par le régime pour tomber bien bas. Il souligne ainsi la fragilité de tout statut social, en Albanie mais aussi ailleurs: le moindre faux pas compte, et l'arbitraire d'un système politique peut en amplifier l'importance. L'auteur a du reste l'adresse de mêler à ce faux pas des considérations individuelles, à travers la figure de Akil O., sorte de trait d'union entre les deux récits menés en parallèle dans "La dernière page": l'autofiction paternelle et la narration de l'existence actuelle d'un fils venu de Grèce en Albanie pour organiser les funérailles de son père.

 

Se construire une identité, se repenser sans relâche: voilà à quoi sont contraints les personnages principaux de "La dernière page", et voilà à quoi ils s'emploient avec ardeur, sans relâche. Les aléas de l'histoire et de la vie en général les ballottent de manière extrême, et du coup, le lecteur les trouvera attachants et intrigants: au fond, qui sont-ils? Qui est Isa, ce juif devenu musulman de papier, et qui est Melsi, qui porte un prénom bricolé de toutes pièces? Tout en interrogeant le lecteur sur la notion d'identité, vue comme un palimpseste volontaire ou contraint, "La dernière page" invite à un double voyage plus dense qu'il n'y paraît à travers l'histoire et le présent d'une Europe orientale en mouvement permanent.

 

Gazmend Kapllani, La dernière page, Paris, Intervalles, 2015. Traduction du grec par Françoise Bienfait et Jérôme Giovendo.

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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

L'amant

 

Le soleil pointe enfin ses premiers rayons

Que la nuit a été longue

Désormais tournons-nous vers l'avenir

et chérissons-le

en défiant le présent

en aimant l'autre

en amant de la vie

 

18 octobre 90

 

Yvan Perrenoud, Diable Temps, Yvan Perrenoud, 1991.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 20:58

Talvaz SommesLu par Ronald Klapka.

 

Avec Laurent Binet et "HHhH", Reinhard Heydrich a son roman depuis 2010. Plus discrètement, l'écrivaine d'origine belge Anne Talvaz s'est intéressée à la figure de l'épouse de la "bête blonde", Lina Heydrich. Cela donne "Ce que nous sommes", un court récit où l'expérience de l'auteure se mêle à la vie recréée du couple Heydrich. Cela, dans l'idée d'une impossible empathie, énoncée d'emblée en italiques au début de l'ouvrage: "Mais quelque chose nous sépare pour de bon. Entre nous, il y a une différence d'âge de plus de cinquante ans, lourde de conséquences dans la région du monde que nous avons habitée. Lina a participé à la grande Histoire, et joué un rôle dans la création du lieu qu'en touriste je suis sur le point de visiter."

 

Ce lieu, c'est le camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau. L'auteure décrit son expérience de touriste, une expérience marquée par une distance qui peut mettre le lecteur mal à l'aise: faut-il tout visiter, tout regarder? Comment approcher ce lieu chargé d'histoire? Cela, d'autant plus que le visiteur est seul à devoir chercher une réponse à cette question. Ce que suggère une mise en scène qui écarte progressivement les gens et laisse la narratrice seule, désenchantée aussi, alors qu'elle était plutôt entourée au début: une rencontre dans le train, des routards sac au dos, etc.

 

Suit une étonnante évocation de la vie quotidienne du couple, entre 1925 et 1945. L'auteure parvient à faire oublier, au gré d'anecdotes banales, voire cocasses (l'épisode des allumettes explosives), à qui l'on a affaire. Malaise encore... et exploration de la face humaine de Heydrich, épuisé par un travail dont il ne peut guère parler - ce qui installe un espace de non-dit entre lui et son épouse, présentée comme une femme qui, jeune et avec ses propres outils, a su tracer sa voie et s'imposer et, surtout, qui endure.

 

Heydrich? Le nom n'est indiqué qu'une fois dans "Ce que nous sommes", Lina et Reinhard étant le plus souvent désignés par leurs prénoms et éventuellement l'initiale de leur nom, comme la plupart des figures historiques qui les entourent. Est-ce une manière de les déshumaniser, ou au contraire de leur donner une aura qui dépasse la tragédie du régime nazi et tend vers l'universalité? Lina, c'est sans doute la femme qui vit avec un mari déclaré criminel, mort innocent en 1942: elle doit gérer l'encombrant héritage de celui qui pensa la "Solution finale", dont - et l'aura de secret qui nimbe "Ce que nous sommes le confirme" - elle n'a pas su grand-chose: "Lina H. a survécu, vécu, vit et vivra peut-être encore, comme nous tous; comme une innocente", interpelle la fin de "Ce que nous sommes".

 

Cette phrase termine le dernier chapitre de ce récit, un chapitre qui lui donne une allure cyclique: si "Ce que nous sommes" commence sur la narration d'un voyage de l'auteure, il s'achève de la même manière, sur les traces des personnages mis en scène. "Ce que nous sommes" est un ouvrage qui, de façon sobre, offre des regards multiples sur une femme plongée malgré elle dans l'Histoire. Ce petit livre dérange le lecteur et l'invite, mine de rien, à "chercher l'homme" comme, en d'autres circonstances, on serait invité à "chercher la femme".

 

Anne Talvaz, Ce que nous sommes, Chambéry, L'Act Mem, 2009.

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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

Ce que je n'ose

 

Ce que je n'ose te dire,

j'ose te l'écrire

Car quand tu recevras

ces quelques mots là.

Je ne serai pas là

pour savoir si

tu en ris.

ou si tu en pleures...?

Alors, ceci

encourage mon coeur

$ t'écrire

ce que je n'ose te dire.

 

Messaoud Gadi, À travers les mots, Dom Editions, 2014.

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 20:00

hebergement d'imageUn chien comme narrateur: l'expérience a déjà été tentée. En 2004, avec "Os", l'écrivain Louis Lerne baladait son canidé, Liebe, dans un monde d'épicuriens, observés avec un regard distancié, nourri de références antiques. Avant lui, en 2000, Annick Mahaim lâchait son chien, Léon, dans une enquête en Chine: c'était "Zhong". C'est dans cette tradition que s'inscrit le deuxième roman de Pierre De Grandi, "Le tour du quartier" - qui donne lui aussi la parole à un chien.

 

Le lecteur est vite mis au parfum. Le chien mis en scène par Pierre De Grandi n'a pas de nom - on le désigne de manière fluctuante, de manière dérisoire: c'est "le chien", "Duchien", etc. dans toutes les variantes possibles, comme si l'auteur suggérait que personne, pas même sa maîtresse, ne connaît vraiment l'animal. Reste que la bête a du flair. Dès lors, les références à l'odorat deviennent une constante du roman "Le tour du quartier". Et l'auteur parvient à se mettre dans la peau du chien, avec succès: les odeurs qui paraissent agréables à l'homme ne le sont pas forcément pour l'animal. De même, les messages odorants laissés çà et là sous forme d'urine jouent leur rôle dans ce petit livre.

 

Loin d'être cabotin, le chien que l'auteur met en scène est philosophe. Cela vaut au lecteur quelques réflexions fort savantes, fort humaines au fond, sur le monde, et des digressions sur la psychologie canine. La technicité de certains passages trahit le métier de médecin de l'auteur, au moins autant que le goût du chien pour les belles théories - celles qui comparent l'humain et le chien. Ces comparaisons ont l'intelligence de ne pas affirmer de manière péremptoire la supériorité de l'animal sur l'humain: le propos mise sur la complémentarité et sur un jeu habile de concessions entre l'animal et un maître reconnu et accepté comme tel.

 

Voilà pour le personnage éminemment sympathique que l'auteur met en scène! Reste que "Le tour du quartier" peine à lui donner un rôle à sa mesure. Le lecteur regrette en particulier l'absence de tension, due avant tout à l'absence de véritable antagoniste: il n'y a pas de méchant dans "Le tour du quartier", ce qui laisse l'impression d'un simple roman des bons sentiments, un poil court en bouche après "Yxsos", premier roman très fort de l'auteur. Quant au rythme du récit, il paraît uniforme et un peu lent, ennuyeux parfois, comme si le chien s'écoutait parler. Enfin, il aurait été appréciable, savoureux même, que certaines péripéties soient exploitées plus avant, par exemple l'incursion du chien dans une cage à poules.

 

Qu'y a-t-il à croquer dans "Le tour du quartier", alors? En plus de côtoyer un personnage de chien réussi bien que sous-employé, les amateurs de beau langage seront servis: l'auteur fait usage d'une langue poétique et opulente à souhait, qui exploite avec pertinence tous les registres de langage, sans craindre de s'encanailler. Cela réserve quelques belles pages de description qui donnent au lecteur le goût sensuel, sucré et insouciant des régions ensoleillées du sud. Comme quoi le tour du quartier peut mener loin, pour peu qu'on prenne le bus... ou qu'on s'intéresse aux autres, ce qui vaut bien un bon voyage.

 

Pierre De Grandi, Le tour du quartier, Lausanne, Plaisir de lire, 2015.

Le site de l'éditeur.

 

Les ouvrages cités:

Annick Mahaim, Zhong, Vevey, Editions de l'Aire, 2000.

Louis Lerne, Os, Paris, La Différence, 2004.

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8 mai 2015 5 08 /05 /mai /2015 20:09

hebergement d'imageCe billet arrive un peu après l'heure vespérale où l'on se met à table. Peu importe: j'ai envie de partager avec vous quelques impressions récentes et anciennes sur ce que le mot latin "mensa" a offert à la langue française.

 

Mensa... Les étudiants de l'université de Fribourg utilisent ce mot latin tel quel pour désigner leur cantine - et sans doute ne sont-ils pas les seuls. Le mot latin "Mensa" signifiant entre autres "table", l'évolution est évidente: dans ces cantines, chaque étudiant est certain de trouver un plat apprêté, à déguster sur une table. Quitte à faire la queue pendant un certain temps, debout, puisque la "Mensa" de l'université de Fribourg (photo - source) est un self-service.

 

Le même mot, "mensa", désigne aussi une association internationale qui, fondée en 1946, regroupe les personnes qui ont un quotient intellectuel supérieur à 130 - un score susceptible d'évoluer. L'association a choisi ce mot latin pour évoquer la table autour de laquelle on s'installe pour parler. Gageons que les conversations qui naissent entre membres de cette association ont le parfum d'émulation qui peut naître entre commensaux affines.

 

Commensaux? Là encore, dans ce mot à l'étymologie savante, on retrouve le mot latin de "mensa", assorti du préfixe "cum" bien connu, qui signifie qu'on se met ensemble. Dès lors, il est facile de comprendre qu'un commensal est une personne avec qui l'on partage une table, l'espace au moins d'un repas. Et puis si entente, naturellement!

 

Alors certes, le français a préféré l'étymon "tabula" pour parler de ce qui se passe à table et évoquer ce qui se mange, voire ce qui peut se passer sur une zone plane. Du coup, il est question de tables à tout propos en français: tables de multiplication, tables de la loi, etc. L'étymon "tabula" aura donc connu une meilleure fortune que l'étymon "mensa" en français.

 

Cela dit, c'est tout dernièrement que j'ai découvert que si "mensa" a donné au français quelques mots de formation étymologique savante, il a aussi donné au moins un mot de formation étymologique populaire. Mon professeur de philologique, qui aimait à dire, hilare, que la Mensa n'est pas "la moise", accent médiéval à l'appui ("la mwèse"), sera en effet surpris, peut-être, de savoir qu'une moise, en français, ce n'est pas rien: ce mot désigne certaines pièces importantes de charpente. Tout cela, parce qu'après tout, le mot latin "mensa" signifie aussi "planche" - une planche sur laquelle on se réunit pour poser de quoi manger, entre autres...

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Publié par Daniel Fattore - dans Langue française
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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 20:37

Feissli EauDéfi Thrillers et polars.

Le site de l'éditeur.

 

"Ca étonne souvent, mais oui, il y a bien une marine en Suisse. Depuis la deuxième guerre mondiale pour être exact. Et pour répondre à votre question, nous ne naviguons pas sur le Léman, mais sur tous les océans. Nous transportons des marchandises de port en port." En quelques mots, l'écrivain suisse Fabien Feissli rappelle une vérité méconnue: loin d'être une tarte à la crème, la marine suisse existe vraiment. Il en a fait le sujet original de son deuxième roman, "En eau salée", qui fait suite à un premier opus, "Séance fatale", dont il a été question sur ce blog il y a quelque temps.

 

Avec "En eau salée", le lecteur se trouve en présence d'un huis clos habile et aéré. Aéré parce que si l'ensemble de l'intrigue policière proprement dite se déroule dans l'espace confiné d'un porte-conteneurs qui sillonne l'Océanie (Australie, Nouvelle-Zélande, Indonésie...), l'auteur concède aussi des bouffées d'oxygène en évoquant le passé de certains personnages: une attaque par des pirates qui donne à "En eau salée" les accents aventureux d'une robinsonnade, et une soirée de beuverie qui finit mal à Leysin, avec une morte: Fanny. Victime de Florent, soudain accusé de meurtre et de viol? Jusqu'au bout, l'auteur entretient le doute...

 

L'auteur, justement, se livre à un bel exercice d'équilibriste pour balader les soupçons sur certains de ses personnages. Personne ne veut croire à la culpabilité de Florent, mais les apparences sont contre lui; dès lors, le lecteur va douter durant toute sa lecture, jusqu'à l'issue, complexe mais claire et difficilement attaquable, comme il se doit.

 

Fabien Feissli ne s'attarde guère sur la description réaliste et précise du porte-conteneurs où se passe son intrigue. Le lecteur se contentera d'infographies (signées Ricardo Moreira) pour se repérer. L'auteur se concentre sur certains aspects parfois insoupçonnés du mode de vie à bord: repeindre sans cesse le bateau pour qu'il ne rouille pas, jouer avec les fuseaux horaires jusqu'à ce que cela devienne une seconde nature, gérer les tensions entre personnes tout en vivant des liens particuliers dans un contexte international, jouer au poker et se raconter des histoires pour tromper l'ennui. Cela, sans oublier les longs mois d'absence et les proches qui attendent, anxieux, sur la terre ferme - un classique lorsqu'on évoque la navigation. L'auteur recrée de manière crédible la vie à bord du porte-conteneurs, en se concentrant sur les interactions entre de nombreux personnages bien dessinés.

 

Et si ce roman emmène ses lecteurs en haute mer, la petite Suisse est présente - et en particulier Lausanne. Cela passe par le nom du bateau où tout se passe (SO Lausanne), mais aussi par l'évocation de la police chargée d'enquêter. Celle-ci est dépeinte avec ses limites: si Florent échappe à la prison au terme d'un procès médiatisé aux couleurs américaines ("Objection!", entend-on crier à plus d'une reprise dans ce tribunal vaudois...), c'est parce que l'enquête paraît avoir été bâclée - et plus tard, les policiers dépêchés sur le "SO Lausanne" paraissent longtemps piétiner. Enfin, j'ai le vague souvenir d'avoir vu passer discrètement, dans "En eau salée", un policier nommé Dardet; ainsi s'établit le lien avec "Séance fatale", où cet agent apparaît déjà.

 

Fabien Feissli confirme avec "En eau salée" qu'il est un écrivain qui sait écrire une histoire policière solide. Il s'avère également capable, avec une économie certaine de moyens, de recréer un monde à la manière d'un reporter, en faisant usage d'un style sobre qui donne toute la place à certaines choses bien observées, qui suffisent à recréer un monde original: à ma connaissance, c'est la première fois qu'on écrit un polar sur la marine suisse. Embarquez...

 

Fabien Feissli, En eau salée, Genève, Cousu Mouche, 2015.

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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 21:21

hebergement d'imageLu par 25e heure, Chroniques assidues, Clara, Eva Sherlev, Eveyeshe, Mailys, Margotte, Mes miscellanées, Nanou, Rouge Velours.

 

"Je m'installe en elle, comme je m'installe dans des appartements que l'on me prête ces jours-ci. Emprunter des chaussures à mon amie Catherine. M'asperger du parfum d'Esther dans sa salle de bains. Enfiler la pensée de Françoise Sagan comme des bas de soie - me revêtir de sa vie pour oublier la mienne." Quel programme dans ce paragraphe! Il résume à la perfection l'état d'esprit de l'écrivaine française Anne Berest lorsqu'elle se lance, sur suggestion des ayants droit, dans la rédaction de "Sagan 1954". L'idée? Etre un peu moins soi pour faire toute la place au sujet de ce roman: Françoise Sagan. Plus particulièrement, le dernier roman d'Anne Berest aborde les premiers mois de l'année 1954, celle qui a vu paraître "Bonjour tristesse".

 

Trois axes marquent ce petit livre: c'est à la fois un roman, une biographie et une autofiction. Roman parce qu'à tant d'années de distance, l'auteure est obligée de combler certaines lacunes et de recréer certaines anecdotes. Ainsi l'écrivaine utilise-t-elle le mouvement de solidarité lancé par l'Abbé Pierre pour illustrer un trait de caractère de Françoise Sagan. Lui a-t-elle apporté des vêtements pour secourir les plus démunis? L'auteure l'ignore et assume cette ignorance, mais considère que cela colle avec sa vision du caractère de Françoise Sagan - si ce n'est pas vrai, ça aurait pu l'être. C'est ainsi, sur la base d'aspects porteurs et évocateurs, que naît la force de "Sagan 1954".

 

Biographie? L'auteure ne fait pas qu'inventer! Le lecteur découvre aussi les premiers mois de l'année 1954, ceux qui ont scellé le destin de Françoise Sagan à partir de la publication de "Bonjour tristesse". L'auteure retrace avec exactitude ce que tout le monde sait, allant jusqu'à ébaucher quelques aspects de ce qu'était la condition féminine en 1954. Le lecteur retrouve avec plaisir la posture de Françoise Sagan face à l'écriture, les anecdotes qui entourent l'édition de son premier roman, et son penchant pour une vie vécue à cent à l'heure, éventuellement au volant d'une bagnole. Recréant ce que l'on sait de Françoise Sagan, bouchant les taches aveugles de sa biographie par les mots et par l'image, l'auteure reconstruit de manière crédible un personnage de roman qui aurait, c'est sûr, pu être Françoise Sagan. Elle va jusqu'à donner envie de lire ses ouvrages - et de se (re)plonger dans "Bonjour tristesse".

 

Enfin, se faisant autofictive, l'auteure choisit de montrer la manière dont son ouvrage a été rédigé, entre interrogations et questionnements, et de se dévoiler à son tour, mêlant son destin à celui de Françoise Sagan - comme la couleur noire des vêtements de Françoise Sagan et d'Anne Berest se mêlent sur le dessin de Stéphane Manel qui orne le bandeau du livre. Cela, jusqu'à trouver des résonances entre leurs deux vies... désireuse de se rapprocher de son sujet, l'auteure met ses pas dans ceux de Françoise Sagan, en faisant par exemple l'expérience de l'ivresse du casino, en compagnie d'un jeune homme. Dès lors, si les ambiances parisiennes d'époque sont recréées avec justesse, il sera aussi question, au fil des pages de "Sagan 1954", du Saint-Tropez et du Deauville d'aujourd'hui. Enfin, l'auteure de "Sagan 1954" se penchera sur l'éternelle question de savoir pourquoi l'on écrit.

 

"Sagan 1954" est un roman succinct qui se présente comme un journal, le journal d'une redécouverte de soi autant que de Françoise Sagan. Variant les points de vue et les focales afin de créer un rythme, la romancière choisit pertinemment une approche diversifiée, tous azimuts, qui lui permet de donner chair à son sujet et, ce faisant, d'attirer son lectorat, même s'il n'est pas familier de Françoise Sagan.

 

Anne Berest, Sagan 1954, Paris, Stock, 2014.

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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 21:04

hebergement d'imageDéfi des Mille et Défi Premier roman: Lili Galipette et Alphonsine ne chôment pas! Elles proposent des billets sur ces sujets. Lili Galipette évoque les romans de Jasper Fforde, alors qu'Alphonsine évoque "La piscine-bibliothèque" d'Alan Hollinghurst. Voici les liens directs:

 

hebergement d'image

Jasper Fforde, Les aventures de Thursday Next (défi des Mille - billets séparés).

Alan Hollinghurst, La Piscine-bibliothèque (défi Premier roman).

 

Merci pour ces deux participations remarquables!

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