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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Caro[line],Chrys, Emma, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, MyrtilleD, Séverine, Violette.

 

Le silence dans une église


Au levant de la nef, penchant son humide urne,
La nuit laisse tomber l'ombre triste du soir ;
Chasse insensiblement l'humble clarté diurne ;
Et la voûte s'endort sur le pilier tout noir ;


Le silence entre seul sous l'arceau taciturne,
L'ogive aux vitraux bruns ne se laisse plus voir ;
L'autel froid se revêt de sa robe nocturne ;
L'orgue s'éteint ; tout dort dans le sacré dortoir !


Dans le silence, un pas résonne sur la dalle ;
Tout s'éveille, et le son élargit sa spirale,
L'orgue gémit, l'autel tressaille de ce bruit ;

 

Le pilier le répète en sa cavité sombre ;
La voûte le redit, et s'agite dans l'ombre...
Puis tout s'éteint, tout meurt, et retombe en la nuit !

 

Jules Verne (1828-1905). Source: Poésie.Webnet.

Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 20:06

Est-ce que j'arrive trop tard? Ce serait dommage: j'ai pensé toute l'année à ce que je pourrais proposer à la "radio d'été des blogueurs", rituel estival du blogueur Lolobobo. Merci à lui de perpétuer cette tradition, à laquelle vous êtes aussi invités à prendre part, avec vos chansons favorites! Trop tard ou non, voici mes propositions. Ce sont deux reprises, dans des styles fort divers... découvertes en cours d'année, et à partager à présent qu'il fait presque chaud. Bonne écoute!

 

 

 

1. "Bohemian Rhapsody" de Queen, bien connu... mais par un orchestre symphonique! Arrangement Nicholas Hersh, direction Sam Silver, alto Sarah Harball.

2. "Barbie Girl", tube non moins considérable... par le Postmodern Jukebox.

Pour rappel à celles et ceux qui veulent jouer à la radio, voici les règles (coquilles incluses, j'ai repris chez Lolobobo...).

Je te redonne les règles :

  • La vidéo Youtube (ou un lien vers la vidéo youtube) de ta chanson de l'été
  • Si tu veux (c'est mieux) tu raconte pourquoi c'est ta chanson de l'été, tu peux parler de la chanson partager un anecdote qui fait le lien entre toi et la chanson.
  • Tu désigne 1 ou deux blogueuses ou blogueurs (ou plus ou moins, c'est toi qui vois) que tu voudrais voir prendre ta suite dans la chaine.de blogueur
  • Tu rappelle cette règle
  • et tu fais un lien sur ce billet.

 

Publié par Daniel Fattore - dans Air du temps Musique
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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 21:20

Jaquet PlacardDéfi Premier roman.

 

On dirait que le thème des immigrés et saisonniers italiens du milieu du vingtième siècle inspire les écrivains romands ces temps-ci! Le thème est présent dans "Dans l'ombre de l'absente" d'Olivier Pitteloud. On le trouve aussi dans "Une maison jaune" d'Abigaïl Seran, et Joseph Incardona lui donne toute sa place, avec un regard intérieur travaillé, dans "Permis C".

 

"L'Enfant du placard", premier roman de l'écrivaine vaudoise Tiffany Jaquet, aborde aussi cette période particulière de l'histoire suisse, où se croisent l'intérêt d'Italiens venus travailler et chercher une vie meilleure en Suisse et un pays qui a besoin de main-d'oeuvre étrangère mais se trouve tiraillé entre intérêt bien compris et xénophobie - avec, comme passage obligé, l'initiative Schwarzenbach de 1970.

 

L'auteure de "L'Enfant du placard" choisit une approche à double point de vue, effectuant des allers et retours entre l'époque actuelle, vue à travers les yeux de Claire Dumaurier (un nom qui rappelle celui de Daphné du Maurier, sans que le lien soit évident), et les années 1965-1970, vécues par un couple de saisonniers italiens venus travailler en Suisse. Du côté de Claire Dumaurier, on comprend vite qu'il y a un souci: tout commence par un cauchemar, montrant au lecteur que quelque chose ne tourne pas rond. C'est de là que démarre une quête, celle des origines. Selon la formule consacrée, la surprise sera considérable...

 

La raison plutôt que le romanesque

La quête des origines se double d'une tentative de romance. Claire est en effet divorcée, mère de deux filles jumelles, désireuse de refaire sa vie avec un homme qui ne soit pas comme le précédent. La romancière en place deux sur son chemin, Daniel l'avocat et Martin le bibliothécaire. On regrette que Daniel, l'avocat, soit trop rapidement expédié. D'une part, il s'avère trop caricatural pour être vraiment crédible, parvenant en deux répliques à dire que la culpabilité est une chose complexe puis à traiter facilement les immigrants de coupables par principe. N'a-t-il vraiment que des défauts? Est-il possible de se contredire de la sorte?

 

Ce qui ouvre un boulevard au personnage de Martin, intéressant au demeurant, mais un peu trop pétri de qualités, et finalement bien sage. Certes, ne recherche-t-on pas tous une stabilité dans la vie, fût-elle prosaïque? L'auteure a choisi cette voie réaliste et prosaïque, plutôt que de céder à l'audace du romanesque, ce qui est cohérent avec le personnage de Claire, qui sort d'un divorce avec un Patrick plutôt artiste et immature. Cela dit, le lecteur sent trop vite venir entre quels bras Claire va gentiment finir le roman, alors qu'une valse-hésitation émue et prolongée ("entre les deux mon coeur balance") aurait apporté un surcroît de piment au récit.

 

Lecture des années James Schwarzenbach

Je l'ai dit, il n'est pas possible d'aborder la question de l'immigration italienne en Suisse sans évoquer l'initiative Schwarzenbach de 1970 et le statut des saisonniers. La romancière a l'intelligence de ne pas peindre totalement en noir ce statut, en dessinant de façon équilibrée une existence certes difficile, parfois ubuesque, mais allégée voire illuminée par certaines circonstances: des patrons qui respectent l'immigré, voire le soutiennent - on pense au personnage de Marie Gerbault, patronne d'auberge.

 

L'auteure rappelle la montée de la xénophobie en Suisse, à la fin des années 1960, en mettant par exemple en scène un douanier qui sort de son devoir de réserve pour insulter les saisonniers que la romancière met en scène. Elle dessine aussi le mode de vie des immigrés saisonniers, vivant entre eux dans des hébergements aux allures de provisoire qui dure, dans des situations qui ne favorisent pas l'intégration. Un statut délicat: qu'un enfant naisse et tout est à revoir, la question du regroupement familial n'étant pas à l'ordre du jour.

 

Certes, "L'Enfant du placard" n'évoque pas suffisamment les arguments en faveur de l'initiative Schwarzenbach, les réduisant à une xénophobie inacceptable - alors qu'ils ont rallié une très forte minorité de votants - ce qui donne à ce regard un côté manichéen un peu facile: si les effets de la xénophobie ambiante sont bien décrits, le lecteur de "L'Enfant du placard" ne sait pas ce qui l'a fait émerger.

 

A cette réserve près, la peinture des années 1960/1970 apparaît crédible, avec ses coups de traître, ses aspects insoupçonnés ("L'Enfant du placard", comme son titre l'indique, approche le destin atypique d'un enfant né de parents saisonniers) et ses soutiens inattendus.

 

Le jeu des noms

La romancière joue volontiers avec les noms, et c'est pour le lecteur un joli jeu de piste. Il lui sera par exemple facile de rapprocher Marie Gerbault et Maria, la fille du couple d'immigrants - cette quasi-homonymie crée une parenté de fait entre ces deux personnages. Du coup, le fait même qu'un personnage s'appelle Mario suggère qu'il sera utile à l'intrigue. Cette parenté entre prénoms fait écho à celle installée entre Claire, nouveau prénom de Maria (par une péripétie que je ne dévoilerai pas ici), et sa version française, Soeur Clara: ce personnage joue aussi son rôle dans le récit...

 

On trouve un autre parallélisme dans les noms de lieux. Ainsi, Armadio, lieu d'origine des parents de Maria, semble un village italien imaginaire près de Pérouse; ce nom, signifiant "Armoire" en italien, rappelle forcément le titre du roman, "L'Enfant du placard", et fait écho à l'enfance clandestine de Maria. Toujours dans le domaine des noms de localités, on admettra que le choix d'écrire constamment le nom de Brigue à l'allemande (Brig) reflète le regard de migrants peu coutumiers du fait de traduire les noms de localités suisses.

 

Le lecteur pourra être surpris, enfin, par la description finalement brève de la scène de naissance de Marie, qui en affaiblit le caractère d'exception, ainsi que par la relative rapidité avec laquelle Claire digère ce qu'elle a appris au terme d'une quête qui la balade entre Lausanne et Pérouse: il y a quand même de quoi changer le regard qu'elle porte sur sa vie! Reste que l'auteure sait ménager des moments d'émotion, discrètement: ceux-ci naissent par des larmes ou des rires, ou par la description de complicités - on pense à celle qui croît entre Claire et Martin, et à laquelle la romancière attache, on le sent, une importance particulière.

 

Et en définitive, le lecteur appréciera dans "L'Enfant du placard" la peinture de quelques vies ordinaires, sans paroxysmes mais non sans surprises, rendue par une écriture soignée et fluide, où quelques agréables clins d'oeil au genre de la romance apparaissent, trahissant l'envie qu'a l'auteure de s'amuser, malgré la gravité, bien rendue au demeurant, d'un sujet générationnel.

 

Tiffany Jaquet, L'Enfant du placard, Lausanne, Plaisir de lire, 2016.

22 juin 2016 3 22 /06 /juin /2016 22:36

Gaillard Chemins"Chemins de traverse": le titre de ce recueil de contes et de nouvelles peut paraître convenu. Catherine Gaillard-Sarron, son auteur, lui donne tout son sens. Avec ce nouveau livre, l'écrivaine choisit d'explorer de nouvelles possibilités offertes par le genre de la nouvelle, après avoir offert plus d'un recueil, d'inspiration fantastique ou quotidienne.

 

Chemins, donc. Ceux-ci sont une constante dans ce recueil, au sens propre comme au sens figuré, l'un n'allant le plus souvent pas sans l'autre. Ce thème classique est annoncé dès la première nouvelle, "Le chemin", qui a des allures de prose poétique, décrivant les beautés d'un paysage. De manière évidente, il adopte une forme cyclique, annoncée dès ses premières phrases: "Il n'a pas de début et pas de fin non plus" - une idée reprise à la fin: "Car mon chemin n'a pas de début et pas de fin non plus." Phrase reprise, à peine modifiée - une modification qui porte tout le sens de l'enrichissement du chemin parcouru, même si les points de départ et d'arrivée se confondent.

 

Le ton est ainsi donné: plutôt que de l'action, il y aura de la réflexion et de la poésie dans les pages de "Chemins de traverse". Plus d'une nouvelle utilise les versions modernes du chemin que les humains parcourent comme prétexte à des moments de réflexion, la pensée cheminant au fil du parcours. Cela peut être un parcours en voiture ("Musicomane"), une randonnée où l'on cause ("Les marcheurs") ou même un voyage attendu mais jamais effectué ("Terminus...", beau moment de réflexion immobile de la part d'un homme mangé par son travail).

 

L'auteure partage au fil des pages une vision du monde personnelle et aborde des questions que tout un chacun se pose: la mort qui peut frapper un couple, et alors, vaut-il mieux partir le premier? ("Les marcheurs"), les distractions du quotidien qui éloignent de l'essentiel qui se trouve au fond de chacun de nous ("Le visiteur", avec son personnage d'ado bloqué dans une chambre avec l'interdiction de bouger à la suite d'un accident). Si les sujets sont graves et touchent à l'essentiel, ils n'excluent pas un certain sourire, ni les clins d'oeil au lecteur astucieux: si le nom de Crassote, sage du socratique "Dialogue sur la solitude", prête à sourire, on se souviendra qu'il rappelle aussi le mot russe qui signifie beauté (красота).

 

Ces nouvelles invitent chacune et chacun à réfléchir en douceur aux grandes questions de la vie. Le lecteur pourra dès lors être surpris par le côté péremptoire de "Le Grand Rêve", long dialogue entre une grand-mère et sa petite-fille autour des hommes et des femmes, marqué par un secret aux allures de complot féminin et installant un manichéisme primaire entre les hommes, présentés comme dominateurs et égoïstes (même s'ils ne le sont pas en apparence), et les femmes, sensibles et pleines d'amour, et en définitive supérieures aux hommes. L'auteure oppose ici l'image d'un spermatozoïde, viril et conquérant, et celle d'un ovule, aimable et rond. Ce texte détonne ici: une vision aussi clivée a-t-elle sa place ici?

 

"Le Grand Rêve" suggère, cela dit, l'idée païenne de la possibilité d'un dieu femme. C'est que l'auteure tourne autour de l'idée de la divinité au fil des pages, acceptant volontiers, de manière presque évidente, la possibilité d'une transcendance. Dieu des chrétiens ou autre chose? La question est ouverte; l'auteure va jusqu'à intituler une de ses nouvelles "Le Grand Horloger", ce qui est la traduction d'une certaine vision d'un principe qui dépasse l'humain et organise l'univers dans ses rouages. Cela, sans exclure que c'est peut-être en nous que se trouve ce principe transcendant - une sorte de "δαίμων" socratique. Socrate, encore lui...

 

Provocants ou méditatifs, les textes de "Chemins de traverse" s'avèrent de bons points de départ pour des réflexions personnelles, tournant autour de thèmes qui concernent chaque lecteur. L'auteure offre ses pistes de réflexion, ses éléments de réponse, dans une écriture abordable qui ne perd pas le contact avec le concret, puisqu'il met à chaque fois en scène des personnages humains ordinaires comme point de départ. Cela, au gré d'un recueil bien construit: si la dernière nouvelle s'intitule "Le bout du chemin" et suggère la fin de vie, ce n'est pas tout à fait un hasard...

.

Catherine Gaillard-Sarron, Chemins de traverse, Chambon, Catherine Gaillard-Sarron, 2016.

20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 20:05

Pitteloud AbsenteLu par Alain Bagnoud, Amandine Glévarec, Francis Richard.

Défi Premier roman.

 

Il y a de ces écritures qui savent s'entourer, dès le départ, d'une aura de mystère. De ces romans où le lecteur, curieux, attend, tout en se délectant d'un style léché et obsédant, qu'advienne l'action. C'est ce que l'on peut ressentir en tournant les premières pages de "Dans l'ombre de l'absente", premier roman de l'écrivain valaisan Olivier Pitteloud, actuellement enseignant à Fribourg. L'argument est vite dit: il y a une poignée de lustres, une jeune fille, Marysa, se fait violer lors d'une fête de jeunesse organisée sur l'alpage - "la dernière" - puis elle disparaît. Et trois hommes concernés se souviennent.

 

L'auteur ne manque pas d'évoquer les thèmes les plus évidents, à fond. Il y a en particulier cette jeunesse qui déborde, qui fête et se monte du col, ces adolescents qui ne savent pas, qui se la jouent dans les bals en apprenant l'abécédaire des sentiments et de la drague. Ceux qui y étaient reconnaîtront sans doute l'un ou l'autre aspect: les filles, l'alcool, la musique, les garçons qui se croient modernes parce qu'ils portent une chemise à carreaux, le caractère indécrottablement rural de tels événements, opposé à "la ville" - mais laquelle? N'est-elle pas simplement un lieu moins rural que le village de montagne où se noue le drame?

 

Trois regards donc. Certes, le premier n'est pas le plus aisé à saisir: c'est celui d'un jeune homme qui n'ose pas. L'auteur l'aborde d'ailleurs de manière détournée, en ouvrant son roman par l'évocation d'une "vieille femme [qui] fend une bûche sur un billot.". Approche qui désarçonne, mais montre aussi la voix du gars timide qui n'ose pas aborder les choses directement. L'écrivain invite donc son lecteur à approcher le sujet par la bande, le basculement intervenant presque sans qu'on n'y prenne garde, sur quelques mots: "Marysa.", puis "Il la revoit." (p. 13). La première citation du prénom de Marysa, personnage clé du roman, occupe d'ailleurs toute une phrase. C'est dire l'importance que l'auteur lui confère, et qu'il entend bien communiquer au lecteur.

 

Si le romancier propose à son lectorat un texte très littéraire, comme on dit, riche mais pas forcément facile à approcher, il sait donner à chacun des hommes qui considèrent les événements du passé un regard clairement personnel. Le premier observateur offre un portrait de cette Marysa fille d'immigrés italiens, jamais tout à fait à sa place dans les montagnes. Ferdi, dont le regard occupe la deuxième partie du roman, s'avère actif et dominateur, stratège même en la matière. Violeur impuni mais porteur de ce lourd secret, c'est son corps qui le culpabilise sans relâche: cauchemars, acouphènes, obsessions. Une obsession que l'auteur retranscrit, par exemple, en faisant résonner le "non" multiple, défensif ou résigné, de Marysa. Quant au regard du père de Marysa, Italien venu construire un barrage comme tant d'autres, il s'ouvre sur le pays où il vit en déraciné, confirmant le décor valaisan de ce roman.

 

Même disparue, Marysa hante les pages de "Dans l'ombre de l'absente". Sa disparition et les secrets qui l'entourent suscitent cris et chuchotements, dans le cadre d'un roman exigeant, dense et envoûtant qui, par flash-back, révèle la part d'ombre tragique d'une certaine jeunesse.

 

Olivier Pitteloud, Dans l'ombre de l'absente, Lausanne, L'Age d'Homme, 2016.

19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Caro[line],Chrys, Emma, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, MyrtilleD, Séverine, Violette.

 

Puisque tout passe...

 

Puisque tout passe, faisons
la mélodie passagère;
celle qui nous désaltère,
aura de nous raison.

 

Chantons ce qui nous quitte
avec amour et art;
soyons plus vite
que le rapide départ.

 

Rainer Maria Rilke (1875-1926). Source: Poésie.Webnet.

Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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18 juin 2016 6 18 /06 /juin /2016 22:21

Dupuis SeulsLu par Ecri'Turbulente, Goliath.

 

"Enfin seuls!": avec un point d'exclamation, c'est l'expression cliché des jeunes mariés enfin laissés à leur intimité au terme de la noce. Qu'on y mette un point d'interrogation et tout change: la solitude est-elle si aimable? Ou si détestable? Et n'est-elle pas le lieu troublant de tous les possibles? L'écrivain belge Patrick Dupuis, spécialiste de la nouvelle et créateur des éditions Quadrature, l'a fait. Son dernier recueil, "Enfin seuls?", explore les différentes facettes de la solitude, qu'elle soit vécue avec résignation ou ardemment désirée.

 

"Enfin seuls?" est un petit recueil de nouvelles très brèves. C'est sa force: à chaque fois, l'auteur parvient, en quelques mots, à installer la situation: un homme qui a la gueule de bois, une femme témoin de solitudes qui s'affrontent, des personnages suicidiares, etc. Le style s'avère sobre; l'écrivain sait cependant trouver, tout en délicatesse, la voix idoine. Un mot d'un registre familier ou populaire suffit, souvent, à créer l'univers d'un personnage. Que celui-ci s'exprime directement, ou que l'auteur lui donne vie avec le recul de la troisième personne du singulier.

 

L'auteur a aussi l'intelligence de ne pas faire de la solitude un état forcément rejeté. De ce point de vue, malgré une petite incohérence musicale, "Embouteillage" est une petite merveille, alliant l'humour vache et une manière inédite d'exploiter les bouchons prévisibles. Il y a aussi, de ce point de vue, "Retrouvailles", qui démystifie l'idée que des retrouvailles sont forcément agréables: celles-ci peuvent faire renaître des rancoeurs qu'on croirait éteintes, et l'auteur les illustre avec acuité, révélant au passage une certaine lâcheté humaine: celle de ne pas savoir dire "stop" au bon moment à l'autre, en lui faisant comprendre que la solitude est finalement préférable à une vie de couple mal assorti.

 

La solitude au sein de couples usés est aussi quelque chose de tentant, et l'écrivain s'y adonne à plus d'une reprise, tournant inlassablement autour de ce sujet au fil d'un certain nombre de nouvelles. Les personnages oseront-ils prendre une autre route? La nouvelle "Italie" le suggère ou pas, promettant à un homme en voiture un rayon de soleil d'Italie qui contraste avec l'atmosphère maussade des banlieues belges où vit une épouse à laquelle il n'a plus rien à dire. Cela, sans oublier ces histoires d'hommes qui épousent des femmes sans forcément le vouloir. Témoin des individualités d'aujourd'hui, l'écrivain bannit en effet tout romantisme de ses nouvelles. Ce qui lui permet de rappeler qu'un mariage, c'est parfois deux solitudes qui se côtoient sans se comprendre vraiment.

 

"Enfin seuls?" se compose de nouvelles qui, plutôt que de se construire sur des intrigues massives, se présentent comme des instantanés, de brèves tranches de vie. Parfois, il ne se passe rien, ou si peu de chose! Et si quelque chose advient quand même, l'auteur se montre délicat, allusif, et laisse au lecteur le soin de compléter ce qui manque. Ce n'est pas bien difficile, et crée un bel esprit de connivence entre l'écrivain et le lecteur, placé avec "Enfin seuls?" face à des personnages ordinaires, avec des qualités et des défauts assumés. Rapidement dessinés donc, certes, mais pleinement humains.

 

Patrick Dupuis, Enfin seuls?, Avin, Luce Wilquin, 2016.

17 juin 2016 5 17 /06 /juin /2016 20:23

Timmermans JeanneDéfi Premier roman.

 

Une jeune femme qui aime un prêtre: quel départ d'intrigue prometteur pour un premier roman! C'est celui de "Jeanne", premier roman de Véronique Timmermans, dernièrement paru aux éditions Plaisir de lire. Le propos couvre deux générations: l'auteure place en regard le vécu de la mère, Jeanne, rédigé en italique, et celui de la fille, et celui de Catherine. Et prend soin de les faire communiquer.

 

Le temps de Jeanne, c'est celui de l'immédiat après-guerre, où l'on vit modestement. C'est aussi le temps des familles où un paterfamilias tyrannique règne sans partage. C'est aussi celui des sentiments interdits par la société, sous peine d'opprobre. Quitte à ce que l'écriture paraisse un peu terne parfois, la romancière choisit de ne pas en rajouter dans le registre sulfureux, tentant dès lors qu'on raconte des amours interdites avec un prêtre catholique. Elle préfère peindre avec délicatesse les moments d'ambiances lourdes en famille, évoquer ces choix impossibles qu'on fait cependant avec la sûreté de soi que l'on peut avoir à vingt ans. Au fil des pages, se noue un destin en demi-teinte, qui a son lot de difficultés.

 

C'est tout naturellement que le point de vue de Catherine, la fille, entre en résonance avec celui de Jeanne. Femme d'aujourd'hui, Catherine mène une quête, celle de ses origines. Là aussi, elle se heurte au silence de sa mère, une artiste devenue âgée, dont les absences sont de plus en plus nombreuses. L'auteure sait disséminer de nombreux indices sur le chemin de Catherine: un journal, des lettres, des gens qui ont côtoyé Jeanne dans sa jeunesse. La bonne idée a été de mettre en scène le moment où l'on vide la maison de l'oncle maternel de Catherine, récemment décédé. Moment propice aux déballages: ceux des objets font écho à ceux des secrets.

 

Pour son entrée en littérature, Véronique Timmermans revisite à sa manière le thème porteur des secrets de famille. Elle offre un roman sage, pétri d'ambiances plutôt que d'éclats. Il s'achève d'une manière ouverte qui laisse l'impression que pour Catherine, quelque chose peut commencer après la dernière phrase.

 

Véronique Timmermans, Jeanne, Lausanne, Plaisir de lire, 2016.

16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 21:13

Meaux GuillotineLu par Ghislaine de R., Isabelle Dauphin, Jacques Plaine, Nicole Grundlinger.

Défi Premier roman.

 

Tout commence un certain 10 août 1792 aux Tuileries, à Paris, et se poursuit dans le Forez. "Le Fleuve Guillotine", premier roman d'Antoine de Meaux, prix Claude Fauriel 2015, est absolument saisissant. Relatant les positions qui s'affrontent dans le contexte violent de la Révolution française à Paris et surtout à Lyon, l'auteur suggère que l'on a affaire au fleuve du sang de ceux qui sont soupçonnés de ne pas penser comme il faut, qui ne sont pas des "purs". Autour d'une poignée de personnages, hommes et femmes divers, l'auteur dessine le vaste et généreux tableau d'une période de troubles.

 

L'auteur a le goût des vastes tableaux d'ensemble, des grands mouvements de foule où se déchaîne une violence sauvage, presque insoutenable. La journée du 10 août aux Tuileries lui donne l'occasion de donner libre cours à ce penchant, sans pathos: dire les choses suffit à leur rendre leur poids. Le lecteur a l'impression d'un certain recul. Ce ressenti est contrebalancé par la mise en scène d'une poignée de personnages dessinés en plan rapproché, dont l'écrivain dessine les évolutions. On s'y attache, du coup, par exemple à ce gamin affamé qui dévore un poulet. Mais l'auteur n'épargne rien: tous ces personnages ne survivront pas à la première partie du roman. L'effet s'avère poignant, et les survivants porteront sur eux, tout au long du roman, le poids de la perte des autres, parfois des proches.

 

Par contraste, le début de la seconde partie calme le jeu et prend une teinte fraîche, quasi bucolique, avec ce voyage en voiture de poste et les allusions répétées (et attendues) à l'"Astrée" d'Honoré d'Urfé. L'auteur se fait proche des personnages installés dans la voiture, offre au lecteur l'opportunité de découvrir celles et ceux qui, demeurés vivants, hanteront les pages du roman. Il découvre aussi les rapports qui s'esquissent, notamment sentimentaux. C'est cependant bien sur une terrible exécution à la guillotine à Lyon, longuement décrite, que s'achève cette deuxième partie... Le Rhône et la Saône deviennent des fleuves de sang.

 

Le personnage du Chancru, artiste un peu original qui observe et dessine sans agir, paraît être le double visuel de l'écrivain, un personnage qui prolonge le regard de l'auteur. Avec le Chancru, l'occasion est belle de mettre en scène quelqu'un de pittoresque. D'autres personnages ont toute l'attention de l'écrivain: les figures politiques, mais aussi telle femme au beau corps, dénudée dans une rivière, ouvrant la porte à quelques pages sensuelles, parenthèses enchantées marquées par l'urgence dans un récit où aucune violence n'est épargnée au lecteur.

 

Cela, sur un ton qui rappelle immanquablement l'épopée, comme le suggère le titre de la troisième partie, "La nouvelle Troie", celle-ci étant Lyon. Il y a les héros, les téméraires, les alliés venus du voisinage qui s'engagent, les tactiques. L'histoire, la vraie, documentée, est bien là, comme le suggère l'interminable litanie des condamnés à mort, guillotinés, long hommage à des hommes et des femmes qui ont perdu la tête pour peu de chose au terme de procès sommaires. Et si la guillotine a connu des ratés pour l'exécution de Marie-Joseph Chalier en fin de deuxième partie, en fin de quatrième partie, celle-ci, en écho, fonctionne irréprochablement.

 

Tout est là, donc, et l'auteur a le souci de l'exactitude dans sa peinture d'une époque. Hanté par les violences et par l'ombre formidable et omniprésente de la guillotine, son premier roman a le souci de l'exactitude, et crée volontiers des tensions autour de l'histoire locale, qui pourra paraître presque dérisoire par moments face aux événements clés de la grande histoire, tels que l'assassinat de Marat. Enfin, le titre annonce la couleur: "Le Fleuve guillotine" est un roman qui a la lenteur implacable implacable d'un fleuve qui emporte tout sur son passage, comme l'a fait la Révolution française.

 

Antoine de Meaux, Le Fleuve guillotine, Paris, Phébus, 2015.

14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 19:59

Chapuis NageLu par Francis Richard, Ivana, Marie-Sophie Péclard.

 

Il paraît qu'il existe des gens qui aspirent à vivre comme des chiens. Gageons que le syndrome de Balthasar, inventé par l'écrivain Olivier Chapuis, président de l'Association vaudoise des écrivains, leur irait comme un gant! Cela dit, le personnage principal de "Nage libre" n'est pas de ceux-là: jeune homme tout à fait ordinaire, voilà qu'on lui diagnostique une maladie improbable qui le fait devenir un animal, un chien en l'occurrence. Ce qui ne lui plaît guère...

 

Deuxième roman de l'écrivain après le réussi "Le Parc", "Nage libre" interroge la frontière entre animalité et humanité, voire la notion d'identité. Et aussi, c'est évident, il approche la question des maladies orphelines, trop rares pour être solidement définies. Que le lecteur se rassure: l'auteur a le chic, et c'est sa force, de faire passer ces thématiques graves avec un bel humour.

 

Le syndrome de Balthasar est-il réel? Une recherche sur Google permettra de répondre aisément à cette question. Mais pour donner une illusion de réalité à son récit, l'auteur revient à un procédé que n'auraient pas reniés les romanciers du XVIIIe siècle: son livre prétend transcrire le journal d'un malade, retrouvé dans le cadre d'une piscine découverte qu'on imagine au bord du Léman. Journal présenté comme véridique, suffisamment sérieux pour intéresser la police. Bel argument d'autorité!

 

Et ce syndrome de Balthasar? L'auteur intrigue son lectorat en mettant en scène, dès le début, la scène étonnante d'un personnage, le narrateur, qui lape le lait répandu d'une bouteille cassée, dans un supermarché. Etonnamment, autour de lui, peu de monde s'en étonne. L'auteur présente ce syndrome comme une évolution intérieure de l'homme vers l'animal, le patient conservant son enveloppe humaine. On peut imaginer que certains vont se laisser aller sans même s'en rendre compte à leurs instincts animaux, à l'instar de ce personnage, également atteint, qui meurt d'une chute parce qu'il croyait pouvoir voler comme un cygne. Chez le personnage mis en scène par l'écrivain, cependant, l'humain entend bien dominer. Il en découle une manière de vivre très planifiée: le narrateur s'installe à la piscine, écrit un journal et décide de se suicider après trente jours de maladie, avant que l'animalité ne prenne irrémédiablement pas sur l'humanité. Le syndrome s'avère épisodique, et s'exprime par crises. Du coup, l'auteur n'épargne pas au lecteurs certains comportements attendus, comme le pipi contre l'arbre, patte levée...

 

La piscine est un lieu privilégié d'observation, et l'auteur se délecte de la mise en scène des corps nus, des personnages qui se laissent enfermer dans la piscine pour des pique-nique et des bains de minuit interlopes. Désireux de paternité, par ailleurs, le narrateur s'avère piètre et attendrissant dragueur. Ce qui ne l'empêche pas de développer avec justesse une relation originale, rocailleuse, avec une autre habituée de la piscine. Qui n'est pas une beauté classique, c'est le moins qu'on puisse dire: les fantasmes, ça va un moment.

 

Derrière le recul et l'ironie, derrière les dialogues un brin décalés qui font sourire, l'écrivain vaudois s'avère réfléchi, profond même face à des thèmes graves. C'est avec justesse qu'il met en scène un personnage atteint d'un mal incurable et méconnu (on ignore même si c'est contagieux) et sa lutte, nécessairement personnelle. La forme du journal, prétendu authentique, et la rédaction à la première personne sont des procédés qui suscitent l'empathie du lecteur. Un lecteur qui va immanquablement s'interroger, au fil des pages, sur sa propre part d'animalité.

 

Olivier Chapuis, Nage libre, Genève, Encre fraîche, 2016.

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