Mercredi 11 novembre 2009

Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit... sont servis le mercredi sur ce blog. Du moins à en croire le recueil de nouvelles "Les Croissants du dimanche" d'Annie Saumont, paru en 2008 et que je viens d'achever après l'avoir repêché au fond d'une pile de livres à lire.

Annie Saumont, rappelons-le, est devenue, au fil des recueils, une spécialiste reconnue du genre de la nouvelle. Parmi ses qualités, on compte l'efficacité, le sens de la formule et l'art de raconter en trois pages une histoire complète qui fait mouche. Je dois avouer qu'une première tentative, avec "C'est rien, ça va passer", m'avait laissé assez froid: du fait même de sa force, d'un ensemble de traits caractéristiques qu'on reconnaît partout, le style m'avait semblé toujours pareil, maniéré même.

Et curieusement, sur ce deuxième recueil lu, l'impression a été bien plus positive. L'ouvrage est-il moins abrupt? Etais-je dans de meilleures dispositions pour lire "Les Croissants du dimanche"? En tout cas, ils sont passés tout seuls, sans beurre ni confiture (ce n'est pas le genre de la maison), mais avec plaisir et respect envers l'auteur.

On l'a compris, Annie Saumont est un écrivain efficace et ce, à tous les étages, sachant parfaitement comment faire court et dense. Le lecteur qui se plonge dans ses textes va d'abord être surpris par la manière dont elle malmène la ponctuation afin de la rendre plus directe: une majuscule après une virgule pour envoyer une réplique, des virgules qui sautent dans les énumérations. Pourquoi faire lourd quand on peut faire léger? La respiration de la phrase prend ainsi, par ailleurs, un rythme très personnel.

Et puis, dans une optique d'efficacité, pourquoi finir des phrases qui se terminent par quelque chose qu'on sait déjà? Annie Saumont introduit donc sa subordonnée... et plante là le lecteur, qui reconstruit ce qui manque d'après les informations dont il dispose déjà.

L'onomastique et la géographie sont aussi souvent réduites à l'essentiel: des prénoms, rarement des noms, et des lieux mal localisés: si l'histoire se passe dans le Nord, elle pourrait aussi bien se dérouler à l'autre bout de la France, voire en Nouvelle-Zélande, où le recueil "Les Croissants du dimanche" a été composé. Tout cela donne à ces histoires d'humains si ordinaires, si sombres parfois, une aura d'universalité.

Face à un tel dépouillement, naturellement, le moindre effet de style relevant a priori du superflu prend un relief insoupçonné - on pense à la répétition de l'idée que le brocoli est une cruciféracée dans la nouvelle "Brocolis".

Au final, le lecteur se trouve face à des textes très directs, volontiers abrupts ou âpres, qui font parfois sourire, qui grincent souvent. "Les Croissants du dimanche" s'imposeront donc comme une lecture très instructive pour celui ou celle qui écrit des nouvelles: on peut ne pas aimer, mais il est précieux d'avoir assisté à la leçon, si j'ose ainsi m'exprimer.

On en parle chez
Clarabel, Marianne.  

Annie Saumont, Les Croissants du dimanche, Paris, Julliard, 2008.

Par Daniel Fattore - Publié dans : Livres - Communauté : Suisse Romande
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Mardi 10 novembre 2009

Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuitIl y a quelques jours, je vous parlais des vicissitudes du lecteur de fond, celui qui s'attaque à des ouvrages de longue haleine dépassant allègrement les mille pages. A présent, j'ai envie d'évoquer l'extrême inverse, à savoir les ouvrages particulièrement brefs - pour être plus précis, ceux dont l'épaisseur se situe en dessous de la barre psychologique des 200 pages. Et de partager ce que je ressens par rapport à eux. L'enjeu n'est pas nul, alors qu'un challenge "Folio 2 euros", lancé par l'excellente Cynthia, fait actuellement un tabac...

De mon côté, j'ai une position ambivalente vis-à-vis de tels ouvrages - que je vous expose ici.

On est en effet tenté, et je le suis aussi, de se dire qu'un tout petit livre, ce sera vite lu et permettra de découvrir à bon compte la prose d'un nouvel écrivain. Deux euros, dans un cas extrême (celui de la collection citée), c'est peu de chose: certes, cela ne suffit plus à payer un café en Suisse, mais l'ouvrage acheté à ce prix dure plus longtemps. Cela implique donc une profusion de tels ouvrages dans une PAL: on se dit que ce sera vite lu, et que l'"objectif PAL" sera vite atteint. Et puis, découvrir un auteur, quoi de plus louable? La tentation est donc grande de s'en procurer dès que possible: si en plus la découverte ne coûte pas cher... Cela, d'autant plus qu'au moment de l'achat ou de la lecture, les tout petits livres prennent peu de place dans un sac, voire dans une poche - et qu'on ne regrette pas, ou si peu, l'argent ou le temps investi si d'aventure il déplaît.

Effet pervers: puisqu'on se dit que le "petit livre" sera vite lu, on s'efforce de faire en sorte de le lire en peu de temps. Dès lors, deux cas de figure, sachant qu'un livre réclame son dû en minutes: soit on lui consacre le temps qu'on souhaite, quitte à sacrifier d'autres choses et à lire à marches forcées pour l'avoir fini dans la journée même où on l'a commencé (belle victoire, allez!), soit on lit à son rythme... et on est frustré de ne pas l'avoir lu dans la journée, justement: après tout, un petit livre, ça se dévore en une bouchée, non? Et une bouchée qui dure trois jours, vous l'accorderez, c'est un peu indigeste.

Résultat de cet effet pervers: on se réserve les livres courts pour les périodes où on a vraiment du temps, genre deux ou trois heures devant soi pour ne se consacrer qu'au dernier Nothomb. Or, à une époque où le temps est un luxe plus précieux qu'une rivière de diamants, rares sont les heures qu'on peut ainsi aligner! Et ne venez pas me parler d'heures d'avion: si je pars en voyage, je préfère avoir un gros livre que plusieurs tout petits qui s'égaillent dans mes bagages. Sans compter qu'embarquer avec soi un tout petit livre (ou même plusieurs), c'est s'exposer à la panne sèche de lecture, douleur à nulle autre pareille pour le Lecteur Compulsif Anonyme. Quant à moi, j'aime avoir de la réserve, et je calcule large...

Du coup, ces ouvrages très courts finissent par prendre racine dans les piles à lire, faute d'avoir trois heures devant soi pour n'en faire qu'une bouchée... et quand il s'agit de déstocker (par exemple dans le cadre d'un challenge "Objectif PAL"), c'est fastidieux... à moins qu'on n'y prenne un plaisir incommensurable! Reste qu'on ne voit pas la pile diminuer...

... alors, êtes-vous plutôt du genre "Je prends un gros livre, ça fait plaisir et ça fait une monstre place sur la PAL" ou "Je trie le gravier à la main"? Cela, naturellement, sans jamais oublier la notion du plaisir de lecture...!

Par Daniel Fattore - Publié dans : Littératures - Communauté : Suisse Romande
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Lundi 9 novembre 2009

Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuitTelle pourrait être la question que pose, sans véritablement y répondre, le roman "Je suis une vieille coco!" de l'écrivain roumain Dan Lungu. Nostalgie ou bon débarras? Au soir de sa vie, une vieille Roumaine égrène ses souvenirs, pas toujours si mauvais ou si tristes, alors que sa fille s'est établie au Canada avec un mari employé de banque.

L'auteur dresse donc le portrait vivant et enjoué de Mica (qui reste vivant et enjoué après traduction, grâce au talent de Laure Hinckel), cette dame qui, issue de la campagne, s'est bien promis de ne jamais y remettre les pieds une fois qu'elle l'aura quittée et aura trouvé un emploi en ville. Faute de devenir ingénieur, elle s'est faite ouvrière dans une usine de conditionnement de tôles. Le choix d'un tel personnage est idéal: il permet à l'auteur de montrer des scènes de la vie de campagne, puis des éclats de la vie des ouvriers sous Ceausescu, et enfin des anecdotes de retraitée, vivant après la chute du Génie des Carpates.

C'est avec beaucoup de candeur que la narratrice se dit qu'au fond, l'époque communiste, ce n'était pas si mal, même si, lorsqu'elle y réfléchit, elle finit par se demander qui étaient alors les méchants - et par ne pas se décider au moment de glisser un bulletin de vote dans une urne, puisque dans la Roumanie moderne, on vote et on a le choix du candidat... Le lecteur se voit offrir beaucoup de bonne humeur datant de cette époque et faisant jouer de nombreuses ficelles de l'humour: gags visuels (tremper des lits métalliques dans des cuves de peinture improvisées pour les repeindre, plutôt que travailler au pinceau), humour de situation, vieilles blagues de derrière le rideau de fer. Le tout est cependant dépourvu du côté grinçant qui fait la spécificité d'auteurs russes tels que Ilf et Petrof ou Mikhail Veller, qui ont peint des personnages du même acabit que ceux de Dan Lungu.

Reste que ce relatif attachement au communisme d'antant s'oppose au libéralisme économique d'aujourd'hui, qui a apporté son lot de difficultés spécifiques et n'a pas tout résolu... mais quand même! D'où une manière de dialogue de sourds qui s'installe entre Mica, la mère, et Alice, la fille, dès qu'il s'agit de comparer les vertus respectives des deux systèmes. Avec un peu de débrouillardise, le communisme permettait d'assurer largement la vie matérielle; mais le système d'après la révolution offre davantage de liberté(s) - même si dans les faits, tout le monde ne peut pas vraiment en profiter.

Les anecdotes de ce petit roman sont toutes détaillées, jusqu'au plus... anecdotiques d'entre elles: la perte d'un chapeau que l'on retrouve presque miraculeusement devient ainsi une aventure, tout comme le foulage du tezic, fumier séché qu'on utilisait pour se chauffer à la campagne. Le tout est porté par une langue vivante, qui emprunte avec mesure quelques traits d'oralité pour faire plus vrai: on a clairement l'impression d'écouter parler une grand-mère qui se souvient, avec un certain sourire nimbé de nostalgie.

Dan Lungu, Je suis une vieille coco!, Jacqueline Chambon, 2008.
Le blog de la traductrice Laure Hinckel:
http://laurehinckel.over-blog.com/
L'avis de A Girl From Earth.

Par Daniel Fattore - Publié dans : Livres - Communauté : Suisse Romande
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Samedi 7 novembre 2009

Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuitLa phrase célébrissime de Rimbaud pourrait servir de sous-titre au roman "Eve de ses décombres", publié en 2006 par Ananda Devi. C'est en effet d'une adolescence mal dans sa peau, à la recherche de soi, vivant à Maurice comme elle pourrait vivre partout ailleurs dans le monde, que l'auteur mauricienne dépeint l'histoire, en un récit à quatre voix (voire cinq) qui a obtenu le Prix des Cinq continents de la Francophonie en 2006.

Recherche de soi, donc. Eve donne son titre au roman, et c'est à travers sa destinée que l'histoire est racontée: dès qu'elle sait que sa meilleure amie a été tuée, elle cherchera à se venger de celui qui a commis le meurtre. Femme vénale? On peut se poser la question. En tout état de cause, elle est le moteur du récit. Eve est une jeune femme libre en dépit des contingences de son existence, qui (se) donne pour obtenir ce dont elle a besoin. Ca commence en rythme: "un crayon, une bomme, une règle." (p. 18 ss.) Et toujours, elle revendique la maîtrise de son existence, se pose en jeune femme forte, dont la main ne tremble pas. Forte aussi parce que même si elle semble se donner, ce n'est jamais totalement.

Face à elle, se trouve Sadik, dit Sad - cruel ou triste, comme le relève l'auteur. Amoureux transi, c'est également le poète du récit - celui qui ambitionne de dire, de se dire. Bon élève, il lit Rimbaud, le fait même connaître à Eve, qui refuse qu'un homme se cache derrière les paroles d'un autre pour se dire. Il faudra bien qu'il utilise les siens propres s'il veut devenir poète... Et c'est ce qu'il ambitionne de manière enfin revendiquée, affirmée (p. 148, peu avant le dernier rapprochement avec Eve).

Et puis, il y a Clélio, le violent, celui que la police désigne comme le coupable avant même d'avoir enquêté, celui dont le frère Carlo vit en France, où il connaît un désarroi qu'il cache mal.

Troumaron, le théâtre de l'intrigue, est un lieu déshérité entre tous, terre d'exclus où sont relégués tous ceux qui ont tout perdu à la suite d'une catastrophe naturelle. Image des cités "sensibles" de France et d'ailleurs? On peut y penser, ce qui donne une certaine résonance, universelle, au récit - ce récit où tout le monde se tient les coudes face aux gendarmes, où chacun s'espionne également - et où les trois adolescents passent tous pour des suspects idéaux aux yeux de quelqu'un. La misère, la rareté des objets donc, permet à l'auteur de se concentrer sur ce que les personnages possèdent le plus sûrement: leur corps. La violence est donc là, donnée quand Clélio cogne, subie quand on pense à l'Eve fille battue par son père. Il y a aussi la sensualité, celle vécue entre Eve et sa meilleure amie Savita (qu'on entend parfois parler, qu'on devine le plus souvent à travers le regard porté sur elle par les autres, par Eve en particulier), toutes deux à la recherche d'elles-mêmes.

Et à travers tout le récit, enfin, intervient une voix dont les mots sont transcrits en italiques - la voix de l'auteur qui parle à ses personnages, explicitant ce qu'ils vivent, offrant un regard extérieur au discours très personnel, intime même, de chacun. Roman éminemment poétique, aux phrases parfois stupéfiantes, aux mots parfois ludiques ou dansants, "Eve de ses décombres" (décombres du corps et du mental humains, faisant écho aux décombre des cités mauriciennes détruites) présente certes "l'autre île Maurice du XXIe siècle, celle que n'ignorent pas seulement les dépliants touristiques", comme le dit le prière d'insérer. Mais aussi, mais surtout, son propos touche à l'universel, en rappelant au lecteur d'ici ou d'ailleurs que certains événements relatés, certaines sensations perçues sont de toujours et de partout.

Ananda Devi, Eve de ses décombres, Paris, Gallimard, 2006.

On en parle chez SibyllineEphémerveille, La Plume francophone et d'autres que je vous laisse trouver...

Par Daniel Fattore - Publié dans : Livres - Communauté : Suisse Romande
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Mercredi 4 novembre 2009

Hebergement gratuit d image et photoRien que ça! Le programme du roman "Les six rendez-vous d'Owen Saïd Markko" de Michaël Perruchoud, auteur genevois, est ambitieux. Reste que sur un format plutôt ramassé (177 pages), l'auteur fait voyager ses lecteurs, de ville en ville et de bar en bar, donnant à l'alcool le pouvoir équivoque d'exalter les conversations (ce qu'on voit dès la sixième et première rencontre, avec Isalia Rodriguez) et d'ouvrir les volets d'une autre perception possible.

C'est que sous des dehors bonhommes, volontiers hâbleurs, le narrateur est plus profond qu'il n'y paraît. Au fil des six conversations d'ivresse relatées, c'est en effet une vision du monde qui transparaît - avec l'idée, peut-être, d'un meilleur monde possible. Lequel? Difficile de savoir pour qui le narrateur, voire l'auteur, roulent, tant les idéologies de tous bords sont perçues avec pragmatisme. Le faux apôtre du nucléaire de Bruxelles pourrait par exemple, d'un chapitre à l'autre, donner la réplique à la vieille écologiste humaniste de Berlin.

Et si le narrateur se prend un peu trop la tête, si celui-ci part dans des envolées lyriques qu'on pourrait croire dues aux vapeurs du vin rouge ou de la bière, celui-ci a sa bonne conscience, son "Jiminy Cricket", prénommé Charly - on peut y deviner la figure de l'éditeur Charly Veuthey, sans que ce lien soit explicite. Plus qu'un personnage, Charly est une voix qui s'incarne dans des objets divers en fonction des lieux où l'action s'installe, et joue le rôle de fou du roi en balançant à Owen Saïd Markko quelques vérités pas évidentes à entendre ou en démontant certains de ses actes ou tours de phrase, les ramenant à plus de modestie: "Charly me dit tout, mais uniquement quand je ne veux pas le savoir", dit Owen Saïd Markko (p. 81).

Modestie oui, parce qu'Owen Saïd Markko, collectionneur de conversations autoproclamé, est volontiers hâbleur et adopte facilement la posture du philosophe de brasserie. Mais aussi celle du charlatan, du séducteur... alors, aurions-nous ici un beau roman sur le mensonge qui peut rendre la vie belle? Nous l'avons signalé, cela peut se traduire par la vente d'énergie nucléaire aux décideurs alors qu'on n'en croit pas un mot soi-même; mais il peut s'agir aussi du jeu de la séduction, ou de celui de la multitude d'identités qu'Owen Saïd Markko adopte (il a un stock de cartes d'identité), voire de fonctions plus ou moins farfelues (consultant en théâtre à Beyrouth, par exemple - un consultant qui pourrait s'appeler Ostap Bender, comme dans Ilf et Petrof et comme dans "
Le Martyre du Pape Kevin") qu'il endosse pour assurer la matérielle et vivre mille vies au lieu de celle, morne, de son travail d'origine - qui apparaît en fin de récit. 

Une fin intéressante puisqu'elle constitue en fait le point de départ d'un roman raconté à rebours. Celui qui le voudra pourra lire ici, en touche finale, une belle déclaration d'amour à trente-trois rues de Genève, voire trouver l'idée qu'on est bien chez soi... à condition d'en sortir.  

Quelques anecdotes en marge de ce roman dense et vagabond au goût âpre et savoureux de vin et de départ: je me demande, d'une part, si la scène de Beyrouth n'a pas un rapport avec la participation de l'auteur aux Jeux de la Francophonie, qui se sont précisément tenus là-bas cette année. Et d'autre part, cet ouvrage a été sélectionné en vue du
Prix du Roman des romands.

Michaël Perruchoud, Les six rendez-vous d'Owen Saïd Markko, Faim de Siècle/Cousu Mouche, 2008.

Par Daniel Fattore - Publié dans : Livres - Communauté : Suisse Romande
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