Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

Saint Etienne

 

Face d'ange par l'ovale levé

Et ce regard de feu bleu qui tisonne

Etienne qu'on lapide prie et donne

Son sang béni que des pleurs vont laver.

 

O beau mourir! Calme de qui s'endort

Sous des pierres, martyr! O saint murmure

De joie qui brûle et monte, ramure

Vers Dieu levée! ô palme, haute mort!

 

Juillet 1941.

 

Edmond-Henri Crisinel (1897-1948), Oeuvres, Lausanne, Plaisir de lire, 1980.

Partager cet article

Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
commenter cet article
24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 21:55

hebergement d'image"Le Canal": un titre sobre, idéal pour un roman court. Après son premier roman "Le Canular divin", l'écrivaine vaudoise Valérie Gilliard plonge dans les eaux noires, au calme trompeur, du canal de la Thièle, où une enfant disparaît brusquement. Ce faisant, elle témoigne d'un très beau travail sur la langue, qui confine à la poésie la plus pure l'espace d'un intermède.

 

L'intrigue tient en peu de mots, c'est vrai: tout tourne autour d'une fillette qui disparaît soudain dans le canal. Le prologue du "Canal" fonctionne comme une scène d'exposition. Sous des airs froidement factuels, mine de rien, il installe les personnages appelés à jouer un rôle dans le roman. Surtout, il s'avère elliptique à la fin, comme si l'auteur, au fil de la plume, souhaitait garder un maximum de portes ouvertes. Dès lors, le lecteur s'interroge: la fillette est-elle morte noyée, ou y a-t-il un espoir? Et hop, le voilà embarqué.

 

L'ouvrage donne dès lors la parole aux protagonistes dont le lecteur a découvert les silhouettes dans le prologue: la mère de la noyée, un pêcheur, une vieille dame, un jeune gars qui cherche à se profiler à l'UDC, etc. Quitte à risquer un certain manichéisme (les Suisses paraissent d'emblée suspicieux face aux étrangers, alors que les étrangers semblent forcément devoir susciter l'empathie), l'auteure construit des personnages intéressants, rien qu'en les laissant parler. Leurs voix sonnent juste et sont recréées avec finesse. On apprécie ces Yougoslaves qui ont appris le français tel qu'on le parle en Suisse et évoquent leur Natel, on aime les helvétismes et les tours typiques qui émaillent le discours du pêcheur. Le jeune UDC lui-même fait l'objet d'un travail de fond, et fait apparaître avec pertinence le type du jeune con que l'âge seul saura rendre sage. Et tous ces points de vue, parfois contradictoires, parfois concomitants, auxquels il faut ajouter ceux de la presse, constituent autant de regards sur un fait divers.

 

La langue de l'auteure est, sans complexe, le français tel qu'on le parle en Suisse. Un choix évident pour un récit profondément ancré dans son terroir: tout se passe dans la petite ville vaudoise d'Yverdon-les-Bains. L'auteure utilise des procédés classiques pour rappeler les lieux: désignation de lieux-dits, évocation de rues et d'éléments remarquables comme la Maison d'Ailleurs, haut lieu de la science-fiction. Cela, sans oublier des lieux populaires et familiers comme les centres commerciaux: "la" Migros a sa place ici. Et puis il y a l'Orbe, et le canal... Sans s'imposer comme un personnage à part entière, le décor s'avère travaillé, réaliste et crédible.

 

Enfin, l'auteure a l'élégance de faire bref. Chaque personnage s'exprime deux fois; cela suffit pour faire le tour d'un événement presque banal, pour en dire la douleur qu'il peut générer chez les principaux intéressés. A la manière d'une ouverture sur le monde, "Le Canal" va jusqu'à esquisser avec justesse (il n'en faut pas plus) les conflits survenus en Yougoslavie dans les années 1990, et leurs retombées sur des civils dont la seule aspiration est de vivre normalement et dont l'existence a vite basculé. L'auteure offre ici quelques flash-back porteurs de sens, dans la mesure où ils éclairent aussi la situation présente:

 

Avec "Le Canal", Valérie Gilliard confirme un talent romanesque certain, et une véritable virtuosité dans l'art de recréer des voix d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. Elle offre un roman qui sonne juste et résonne suisse, jusqu'aux accents et aux mots, mais qui ouvre aussi les portes d'autres univers.

 

Valérie Gilliard, Le Canal, Vevey, Editions de l'Aire, 2014.

Partager cet article

23 avril 2015 4 23 /04 /avril /2015 20:55

hebergement d'imageChacun a une chanson qu'il préfère, qu'il est même prêt à défendre les armes à la main s'il le faut: "Et il y a plusieurs chansons sur lesquelles il ne faut pas venir nous chercher...", résument les préfaciers. Partant de cette idée, le journaliste Eric Bulliard et l'écrivain Michaël Perruchoud ont eu, autour d'une bonne bière, l'idée d'inviter tout un chacun à défendre sa chanson en quelques phrases, sous la forme de billets de blog. Ainsi est né un blog, à l'enseigne de "Je ne laisserai jamais dire que ce n'est pas la plus belle chanson du monde". Face au succès, les instigateurs de ce projet ont décidé de faire un livre qui recueille certains de ces hymnes à des chansons. Collectif et portant le même titre que le blog, le bouquin vient de paraître aux éditions Cousu Mouche - que je remercie pour l'envoi.

 

Léo Ferré en couverture: c'est déjà tout un programme. Et l'intérieur ne le trahit pas: le plus souvent, les intervenants évoquent des interprètes qu'on connaît en général par le disque, souvent d'une production "mainstream" qui se positionne comme (faussement) indépendante et s'adresse à un public intello. Les chouchous? Ce sont Hubert-Félix Thiéfaine, Jacques Brel, Georges Brassens. Certains intervenants évoquent leurs coups de coeur de la chanson anglophone. Enfin, un ou deux francs-tireurs, trop rares, osent sortir des chansons attendues pour évoquer le traditionnel "A la claire fontaine", ou "Pandi-Panda" de Chantal Goya. Sur le blog, il y a même un témoignage autour d'un chant de Taizé...

 

Le lecteur note rapidement deux tendances dans ces textes. Il y a d'une part les textes qui expliquent pourquoi telle chanson est la plus belle du monde. C'est l'occasion de croiser des auteurs mélomanes attentifs à ce qu'ils écoutent, et capables de mettre en mots des émotions exactes et, parfois, des aspects techniques. Même si la plume sait se montrer alerte, l'exercice trouve ici une limite: le lecteur est invité à écouter ces mélomanes crier au génie de façon un peu abstraite, convaincue à défaut d'être convaincante - surtout s'il ne connaît pas la chanson dont il est question.

 

Il y a de quoi vibrer bien davantage lorsque l'auteur choisit une chanson rattachée à un vécu intime, éventuellement puisé dans sa jeunesse. La présence de "Pandi-Panda" dans un tel recueil, par exemple, pourra paraître incongrue; mais n'importe quel parent vibrera à la lecture de cette histoire, racontée avec esprit, d'un enfant qu'on endort enfin avec cette chanson, après avoir tout essayé. Enfin, les auteurs parviennent le plus souvent à développer, en quelques phrases, une véritable poésie qui permet à l'exercice d'éviter l'écueil ultime: ressembler à une dissertation scolaire.

 

Si chaque auteur a bien sa chanson préférée, plus d'un détourne la contrainte de l'exercice en en évoquant d'autres, comme par effraction. Le témoignage sur "Syracuse" de Henri Salvador est à ce titre extraordinaire: abreuvé de côtes-du-Rhône ("je ne laisserai jamais dire que ce n'est pas le plus beau vin du monde"), l'auteur évoque toute une galerie de chansons qui auraient pu prétendre au titre... celles-ci vont résonner dans la tête du lecteur, et créer un sacré juke-box dans sa tête. Certains auteurs glissent discrètement des citations de chansons dans leurs textes. Une manière de donner une présence de l'ombre à ces musiciens qu'on n'a pas pu retenir.

 

L'exercice joue parfois la mauvaise foi calculée ("Je ne parle même pas de ceux qui écoutaient Foreigner ou A-ha. À l'époque déjà, je ne leur parlais pas", lâche un auteur) qui, espérons-le, tient davantage de la posture théâtrale que de la conviction intime. Il est certain, par ailleurs, que l'une ou l'autre prise de position pourra faire débat, passionnément. Faut-il s'en plaindre? Nenni: toute plaidoirie a ses outrances, et le deuxième degré est admis, voire encouragé: après tout, c'est ce qu'on aime dans ce genre d'exercice!

 

Le lecteur attentif au monde des lettres et de la musique romands reconnaîtra les noms des auteurs du recueil. Sans doute connaîtra-t-il quelqu'un: on y retrouve l'écurie des écrivains de Cousu Mouche en force, mais aussi quelques journalistes romands, des musiciens et même des illustrateurs, qui ont osé créer des images franches et directes à partir d'une chanson. Le livre "Je ne laisserai jamais dire que ce n'est pas la plus belle chanson du monde..." reprend des billets de blog - et comme le blog est toujours ouvert, chacune et chacun d'entre vous est invité à participer à votre tour, peut-être en élargissant le terrain de jeu. Les initiateurs du projet laissent du reste entendre qu'il y aura d'autres publications du même genre.

 

Il faudra que je m'y mette...

 

Collectif, Je ne laisserai jamais dire que ce n'est pas la plus belle chanson du monde..., Genève, Cousu Mouche, 2015. Préface d'Eric Bulliard, Michaël Perruchoud et Sébastien G. Couture.

Partager cet article

20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 21:39

hebergement d'imageLu par Aline, Angélita, Anne-Sophie, Argali, Canel, Céline, Danièle et Muriel, Gaby, Isa, June, La Fée, Léo, Lewerentz, Livres et compagnie, Lizouzou, Luocine, Marguerite, Marie-Claude Rioux, Sophie, Suzanne, Valériane.

Défis Thrillers et polars et Rentrée littéraire 2014.

 

Secret et psychologie: tels sont les ingrédients majeurs du dernier roman de Tom Rob Smith, "La Ferme". Traduit en français par Elisabeth Peellaert, cet ouvrage propose une lecture fluide, grâce à un style sans aspérités. C'est que l'histoire, présentée comme partiellement inspirée du vécu de l'auteur, en compte bien assez...

 

"Ta mère... elle ne va pas bien. Elle s'imagine des choses...": dès les premières lignes, le décor est planté, la tension s'installe: Daniel, fils unique demeurant en Angleterre, est pris en tenaille par deux parents qu'il n'a plus guère revus depuis leur installation en Suède, et qu'il ne reconnaît plus: leur métamorphose psychologique est reflétée fort à propos par une transformation physique. Et comme c'est la mère qui va retrouver son fils en premier, c'est elle qui va tout raconter.

 

L'auteur tient son lectorat en haleine grâce à un truc qui sous-tend tout le long récit de la mère: de bout en bout, le lecteur va se demander si elle est mythomane et paranoïaque sur les bords, ou si elle dit la vérité. La réponse viendra... patience! La narration est rythmée par la longueur variable des chapitres et par les changements de point de vue: si la mère, Tilde, raconte son histoire, le lecteur a droit au point de vue de Daniel, narré à la première personne du singulier.

 

C'est un monde lourd de secrets que l'auteur installe, tendant à démontrer qu'en famille, on ne se connaît pas. Les parents de Daniel ont pris l'habitude de cacher toute contrariété à leur fils unique afin d'éviter qu'il soit traumatisé; dès lors, certaines vérités seront pénibles à entendre lorsqu'elles sortent. Le réflexe du secret serait-il un atavisme? Daniel, en tout cas, n'a pas osé annoncer à ses parents qu'il était homosexuel. Le lecteur a droit ici à un soupçon de suspens supplémentaire: comment la mère va-t-elle réagir lorsque - et c'est inévitable - elle fera la connaissance de l'ami de Daniel?

 

Le secret s'immisce aussi dans la campagne suédoise où les parents de Daniel coulent leur retraite. Sont-ils acceptés par la population locale? L'auteur excelle à décrire les relations qui s'installent, les tensions exacerbées, la haine et le dégoût même - mais aussi les liens cordiaux qui se mettent en place, par exemple entre Tilde et Mia, fille adoptée, donc un peu à la recherche de sa place dans une société rurale éloignée du côté "bon élève" qu'on met souvent en avant dès qu'il est question de la Suède. Et puis, il y a l'utilisation des langues anglaise et suédoise, régulièrement indiquée: là-dessous, l'auteur installe un jeu subtil de pouvoir et d'appartenance/exclusion entre certains personnages.

 

Les secrets tombent, révélant les épisodes traumatisants de quelques vies: homicides non élucidés, fugues, incendies criminels, vols. Le tout est aménagé en un crescendo, comme il se doit. Et les psychologies se frottent, pour le bonheur d'un lectorat qui goûte les récits faussement lents, aux allures trompeuses d'eaux dormantes.

 

Tom Rob Smith, La Ferme, Paris, Belfond, 2014, traduit de l'anglais par Elisabeth Peellaert.

Partager cet article

20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 21:30

hebergement d'imageNouvelle participation au Défi Premier roman de la part de Philisine Cave! Il y est question d'un ouvrage au titre étonnant... le voici:

 

L. C. Tyler, Étrange suicide dans une Fiat rouge à faible kilométrage

 

Merci pour cette nouvelle participation et pour la fidélité témoignée!

Partager cet article

Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
commenter cet article
19 avril 2015 7 19 /04 /avril /2015 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

Genève

 

La nuit chauve-souris

volette dans ma ville morte

elle s'exhale de la bouche des mannequins androgynes

papillons noirs aux lèvres bleues

aux paupières de toile cirée

 

On la voit s'échapper des vitrines-théâtre-grévin

 

La nuit chauve-souris

perce d'une aiguille

les cris des fleurs artificielles

 

Ma ville est dans le noir

iceberg cireux qui dérive

île froide

guichet sinistre

 

Je marche glacé

dans les couloirs de Nobrium

mon vin est solide

 

Soudain une femme-morphine

qui se dissout

son blanc visage

reflète la nuit d'opale

 

Ma ville s'habille de nuit

dans les coffres l'argent s'est assoupi

il baigne dans son sang

La statue de la Liberté projette jusqu'ici

son regard de laser

vert comme un dollar

(il peut percer les meilleurs blindages-maffia)

 

L'air vibre

le sol tremble

il tripe à dissoudre la femme

La nuit chauve-souris charrie

les odeurs de pavots-Laos-C.S.-Ciba

 

Mais voilà le gibet

 

Les adolescents tournoient

on voit sur leur face grise

se peindre des crapauds-varans-dragons

on voit sur les bras gris

leurs veines se tordre jusqu'au nez

 

Un monôme de pharmaciens s'effiloche

 

Ma ville est draguée

à tous les égouts les bouches lèchent les commissures

 

Un monôme de chimistes

s'approche

masqué

 

La brigade anti-émeute

arrose les pendus

d'un liquide acide

 

Ma ville est tranquillisée

 

Michel Viala (1933-2013), Poésie choisie, Orbe, Campiche/CamPoche, 2009.

Partager cet article

Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
commenter cet article
16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 22:35

hebergement d'imageSharon revient avec un roman qu'elle apprécie particulièrement: "Vers l'ouest" de Xavier Jaillard. Sa chronique est ici:

 

Xavier Jaillard, Vers l'ouest.

 

Merci pour cette participation!

Partager cet article

Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
commenter cet article
14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 19:35

Ravera XLu par CrazyCat, Deirdre, Euphemia.

Défi Thrillers et polars.

Le site de l'auteure.

 

Saviez-vous que si les glaçons ordinaires flottent dans votre Laphroaigh 20 ans d'âge, ceux faits à partir d'eau lourde vont couler? Et saviez-vous qu'aujourd'hui encore, on s'intéresse au deutérium, entre autres dans le secteur de la recherche nucléaire? Et que tout ça peut vous exposer à des enlèvements? En tout cas, l'eau lourde est l'ingrédient de base de "A l'X, le bicorne est incontournable", deuxième roman de Kylie Ravera et deuxième épisode de son vaste cycle "La Tentation de la pseudo-réciproque".

 

C'est avec un plaisir certain que le lecteur redécouvre l'univers des prépas tel qu'il se présente à Pépin-le-Bref. Originale et personnelle, pleine d'un humour ironique ou pétillant, la vision de ce monde fait mouche. Et ici, plus précisément, c'est un travail d'étude portant sur l'eau lourde qui, si l'on peut le dire ainsi, va mettre le feu aux poudres.

 

Sans se montrer lourde un seul instant (si j'ose cette manière cavalière de dire les choses...), l'auteure transcrit, saisissant le prétexte d'un dialogue entre ses attachants personnages Peter Agor et Eléanore Marolex, l'importance de l'enjeu - elle se livre avec bonheur à un décryptage en règle d'un sujet qui, a priori, pourrait paraître rebutant: "Protocole de synthèse d'eau deutérée par une variante auto-entretenue du procédé au sulfure d'hydrogène de Girdler." On avouera que comme début de polar, un tel énoncé a de quoi défriser les moustaches d'un chat (le chat Perlipopette, par exemple). Mais que diable: nous sommes dans le monde des prépas, l'ambition et l'exigence suintent de partout... et l'auteure ne recule pas devant les allusions scientifiques de haut vol pour faire avancer son intrigue.

 

Autour des personnages précités, gravitent des figures secondaires. Celles-ci sont parfois décrites un peu trop par les mots, et pas toujours assez par leur action, surtout au début: la description de stratégies de taupin (étudiant luttant pour passer ses années de classes préparatoires) peut paraître un peu longue. Mais ces personnages fonctionnent parfaitement, en phase avec les règles ainsi établies: il y a celui qui accepte un échec afin de se ménager un peu de temps pour la pratique du rock, celui qui redouble pour être major de sa volée, etc.

 

Certains personnages sont nouveaux, d'autres familiers; et comme il s'agit d'un "épisode" d'une série de romans difficiles à dénombrer, certaines références et subtilités manqueront sans doute au lecteur qui prend le train en marche. Le lecteur familier, en revanche, va se délecter - et retrouver le système de jeux de mots impossibles qui fait la fortune des noms des personnages, même s'il trouve parfois ses limites. Pas évident, en effet, de trouver systématiquement un deuxième prénom, par exemple celui d'une soeur, lorsqu'on a un nom de famille improbable: si l'on comprend vite l'astuce sur "Max Hillaire", celle sur "Alex Hillaire" est moins évidente. Du côté des Takès père et fils, en revanche, ça roule, si j'ose dire!

 

"A l'X, le bicorne est incontournable" recèle quelques éléments bien observés, par exemple cette pizzeria atypique nommée "Le Bambou parfumé", qui tourne en dérision les travers d'une certaine "World Food" exagérément cosmopolite et onéreuse. L'auteure sait par ailleurs faire usage des ressorts du rythme de narration, en particulier lorsqu'il s'agit d'entretenir un petit suspens autour des résultats de ses personnages aux concours. Cela, sans compter l'exploitation d'un "running gag" sur les penchants homosexuels supposés de certains de ses personnages.

 

L'auteure, enfin, fait montre d'un talent certain pour entremêler les multiples facettes de la vie de ses personnages. Il y a bien sûr l'enquête, quasi policière, avec les moyens dont on peut disposer quand on furète en amateur: elle utilise des ressorts parfois inédits qui sont autant de trouvailles. Là-dessus vient se greffer l'ébauche d'éducations sentimentales, celle de Peter Agor en tête, nourrie de l'expérience qui repose sur des erreurs, mais aussi sur la sagesse de ceux qui sont passés par là ou font comme si (à l'exemple de Jaffadin, un bonhomme aux allures de sage bien dessiné). Cela, sans oublier la pression des prépas et des concours, que l'auteur sait rendre omniprésente. En courant autant d'aspects à la fois, l'auteure ne perd rien de sa vis comica, et ne se perd pas non plus elle-même. Au contraire, elle donne à "A l'X, le bicorne est incontournable" une indéniable et exquise profondeur.

 

Kylie Ravera, A l'X, le bicorne est incontournable, Lulu.com, s. d.

Pour commander: A l'X, le bicorne est incontournable.

Partager cet article

9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 19:00

hebergement d'imageJe visite régulièrement les viticulteurs Véronique et Claude Burket, installés à Saint-Pierre-de-Clages, en Valais, lorsque je participe aux finales du championnat suisse d'orthographe. Chaque année donc, c'est un peu un passage obligé. L'accueil est cordial, nos conversations roulent sur les mots, les livres et la vigne. Et lors de mon premier passage à leur enseigne, "la Cave du Liquidambar", j'ai eu un coup de foudre pour leur assemblage "Bar Rouge", un vin épatant. Rouge, bien sûr. Je leur en ai acheté une bouteille, c'était il y a quelques années. Quels cépages? Je ne sais plus, mais peu importe.

 

Depuis, le vin a évolué: le flacon était de 2009. Dégusté il y a quelques jours, il émerveille différemment, quelques années après sa mise en bouteille, mais n'a rien perdu de son caractère singulier. A l'oeil, la robe revêt une couleur flatteuse, d'un rouge sombre et soutenu.

 

Le bouquet, quant à lui, s'avère complexe et ondoyant. Le parfum de mûres s'impose, le nez révèle du fruit et c'est agréable, ample aussi. On se laissera surprendre aussi par des notes de vanille ou, de façon évanescente, de caramel.

 

Et au goût, la rondeur est au rendez-vous - les quelques années de cave ont suffi, sans doute, à arrondir les tannins. On déguste ainsi un vin au remarquable équilibre, relevé d'une petite acidité discrète - il y a un peu de réglisse ici, mais aussi des airs de chocolat, soutenues sans être amères comme un chocolat noir, qui finissent par dominer. L'ensemble s'avère doux, onctueux, couronné d'une agréable fraîcheur qui persiste en bouche.

 

Dégustation? A 14,5%, c'est un vin costaud, un peu lourd à boire seul. Il accompagnera en revanche à merveille de bons plats de viande rouge, voire - j'en suis sûr - un bon menu de chasse. A goûter sur un lièvre à la royale? Certains restaurateurs devraient y songer...

 

Coordonnées:

Cave du Liquidambar

Véronique et Claude Burket

Rue de l'Eglise 32bis

1955 Saint-Pierre-de-Clages

liquidambar@vtxnet.ch

Partager cet article

Publié par Daniel Fattore - dans Plaisirs de bouche
commenter cet article
7 avril 2015 2 07 /04 /avril /2015 19:44

hebergement d'imageLu par Carozine, Goliath, Littérature maçonnique.

Le site de l'éditeur, que je remercie pour l'envoi.

 

Cathédrales, lumières, femmes: dans le désordre, voilà le tiercé gagnant du roman "Le Nombre de Dieu", de l'écrivain et médiéviste espagnol José Luis Corral - un roman qui a été mon compagnon durant le week-end pascal. L'auteur propose un regard lumineux et original sur le XIIIe siècle, une période contrastée, allant d'une certaine renaissance, symbolisée entre autres par le renouveau gothique, à un obscurantisme non moins certain. L'auteur a le chic pour recréer toute cette ère méconnue, ainsi que les êtres porteurs d'idées qui y vivent - cathares, catholiques, musulmans, juifs - de façon précise et nuancée.

 

Le substrat historique est bien présent dans "Le Nombre de Dieu", en effet, et l'auteur consacre un certain nombre de pages, disséminées au fil du roman, à l'installer. Cela peut paraître un brin ennuyeux, surtout au début, alors que le lecteur est impatient d'entrer dans le vif du sujet. Mais c'est toujours instructif: l'époque requiert aujourd'hui un minimum d'explications. L'auteur, en particulier, place au coeur de sonroman l'enjeu majeur de l'art gothique: après le style roman, sombre, c'est un art de la lumière qui voit le jour. Dès lors, il y a une transition, pour ne pas parler de révolution: peinture, sculpture ou vitrail? L'auteur confronte quelques hérauts de ces positions: les Rendol, père et fille, tenants de la peinture, et les de Rouen, maîtres d'oeuvre, chefs de projets de cathédrales à Chartres, Burgos, León.

 

Art de la lumière, ai-je dit. Plus concrètement, et le titre de ce roman le suggère, c'est une approche rationnelle, géométrique de l'architecture qui se met en place. Entre symboles et vocabulaire (on pense à la hiérarchie des artisans des cathédrales et à leurs attributs), l'auteur installe quelque chose d'important dans son récit: les racines de la franc-maçonnerie. Par sa liberté et un positionnement qui se veut progressiste et pensé, celle-ci se positionne parfois aujourd'hui à l'opposé de l'église catholique, comme celle-ci rejette la démarche maçonnique pour des raisons qui lui appartiennent. L'auteur a beau jeu, ici, de rappeler qu'il y a d'anciennes racines communes.

 

L'auteur dégage aussi l'essence moderne d'une époque singulière qui, dit-il, fait sa place au statut des femmes - qui, dit-il, "pour une fois, juste pour une fois dans l'histoire antérieure au XXe siècle, sont parvenues à atteindre, par elles-mêmes, un statut presque équivalent à celui de l'homme." A ce titre, le personnage de Teresa Rendol, maîtresse en son art de peintre, est fascinant: hérétique, sachant user du secret pour rester fidèle à ses principes, elle traverse le XIIIe siècle en se faisant respecter par la force de son génie. Mais en un temps où les principes ne sont pas loin et où il reste difficile au commun des mortel-le-s de tracer sa route en toute liberté, cela a un prix...

 

Enfin, comme fil rouge, il y a la construction de la cathédrale de Burgos. Celle-ci est décrite avec un certain suspens pour qui ne connaît pas l'histoire de cet édifice: en viendra-t-on à bout? L'adversité ne prend pas les traits d'un méchant bien défini: un évêque mal disposé, une conjoncture morose, un air du temps moins libéral, les épidémies, les croisades... quel sera l'adversaire suivant? Autour de Teresa Rendol et d'Henri de Rouen, l'auteur sait manoeuvrer le danger de manière à ce que le lecteur ne sache jamais d'où le coup suivant doit venir.

 

On le voit, José Luis Corral offre à son lectorat un roman d'une grande richesse. L'éditeur français le présente comme "le destin d'une femme libre au temps des cathédrales". C'est vrai, et l'auteur assume l'idée d'avoir mis en avant un personnage de fiction féminin qui - surprise! - pourrait être réel. Mais c'est aussi réducteur: de France en Espagne, de Paris à Burgos, "Le Nombre de Dieu" est un roman captivant qui brosse avec brio une parenthèse enchantée dans une période, le Moyen Âge, méconnue et victime de préjugés négatifs. C'est un roman à recommander, surtout, à celles et ceux qui ont goûté "Le roi disait que j'étais diable" de Clara Dupont-Monod: chez elle comme chez José Luis Corral, quoique de manière fort différente, plane l'ombre de la figure atypique et fascinante d'Aliénor d'Aquitaine.

 

José Luis Corral, Le Nombre de Dieu, Paris, HC Editions, 2015.

Partager cet article

Présentation

  • : Le blog de Daniel Fattore
  • Le blog de Daniel Fattore
  • : Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
  • Contact

Les lectures maison

Pour commander mon recueil de nouvelles "Le Noeud de l'intrigue", cliquer sur la couverture ci-dessous:

partage photo gratuit

Pour commander mon mémoire de mastère en administration publique "Minorités linguistiques, où êtes-vous?", cliquer ici.

 

Recherche

Vers la gloire!

Wikio - Top des blogs
Wikio - Top des blogs - Divers 
 

 

 

"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit."

Marc BONNANT.