14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 19:49

hebergeur d'imageLu par Francis Richard.

Défis Premier roman et Rentrée littéraire.

Le site de l'éditeur.

 

"La face obscure des découvreurs de monde": tel est le sous-titre de "Black Whidah", premier roman du poète suisse Jack Küpfer. Paru aux jeunes éditions Olivier Morattel, cet ouvrage se présente comme le premier d'une série d'ores et déjà intitulée "Les vies d'azur". Tout un programme; mais dans "Black Whidah", c'est plutôt dans ce que l'humanité peut avoir de plus sombre que l'auteur décide d'immerger son lectorat. Pour ce faire, il choisit la forme du roman d'aventures et relate un épisode du triste épisode de l'esclavagisme. Nous sommes en 1808, et tout se passe entre le Brésil et l'Afrique subsaharienne - des terres nommées alors "Nigritie", aux mains des puissances coloniales européennes d'alors.

 

L'aspect sinistre de l'esclavage est bien mis en évidence, par contraste. L'auteur met en scène, en effet, un aventurier nommé Gordon, certes loin d'être parfait, qui se pique d'avoir un soupçon d'honneur et n'a aucun penchant favorable au trafic d'êtres humains. Mais il s'y trouvera pris, malgré lui... En face, au fort de Whidah, les négriers vont développer, l'un après l'autre, les arguments favorables à leur activité: sauver les personnes concernées d'une mort certaine, leur offrir le christianisme sur un plateau... L'auteur excelle à montrer l'horreur quasi émétique de leur brutale mentalité; il se montre également bien renseigné sur les pratiques du "métier". Le dégoût que Gordon ressent n'en paraît que plus compréhensible.

 

Roman d'aventures, ai-je dit: le narrateur, en effet, va voir du pays. Il y a des décors bien rendus, telle la forêt vierge de nuit. Les péripéties sont présentes, bien sûr, et quelques classiques du genre sont bien là - à l'instar des plaies d'argent qui mènent aux extrêmes, de la jeune et jolie Portugaise dont le narrateur va tomber amoureux ou de la tempête en mer. Scènes d'émotion, aussi, autour de telle fillette retrouvée dans la jungle et qui va devoir partir vers l'Amérique à bord du bateau des négriers. Comme future esclave, bien sûr. Par moments, toutefois, le lecteur regrettera la lenteur de la narration, due à l'intégration de passages où le narrateur parle de lui - et pense à lui. C'est que par moments, le roman d'aventures cède au ton de la confession.

 

"Black Whidah" est un roman d'ambiances aussi, et celles-ci sont fortes. Les discours des négriers suggèrent un vaste débat sur les superstitions africaines, qui ont fini par les contaminer. De la part de l'auteur, il est aisé de jouer sur les illusions nées de ces croyances: joueurs de tam-tam qu'on ne voit jamais, esprits, zombies, bruits effrayants, etc. Certains épisodes se passent de nuit, ce qui ajoute au mystère et rapproche ce roman du genre fantastique.

 

"Black Whidah" est porté par une écriture qui reproduit de manière crédible la langue française du temps du narrateur. Précieuse, elle va jusqu'à faire un usage régulier du subjonctif imparfait et se fait constamment lyrique ou poétique. Ce qui n'interdit pas l'ironie à l'occasion, soulignant ainsi le détachement de l'auteur face aux propos des négriers qu'il met en scène. Il n'en faut pas moins pour créer un roman bien captivant, fluide, et qui donne à réfléchir sur un sujet difficile, encore actuel aujourd'hui, et peu fréquemment évoqué.

 

Jack Küpfer, Black Whidah, La Chaux-de-Fonds, Morattel, 2014.

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14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin.

 

Le promoteur

 

Je n'ai pas d'aventure triste à raconter

                                                       sur le coeur des villes

je ne dépassais jamais les banlieues

 

là où les rues deviennent routes

la campagne décorée s'y réfugie dans des cafés à platanes

- ici Monsieur il y a dix ans des vaches paissaient

aujourd'hui le mètre vaut deux cents francs -

une fois un promoteur s'est assis à ma table

il lorgnait mes vêtements fatigués

                                                     mais de bonne coupe

 

et ma montre suisse

il a sorti des plans

il a parlé chiffres

j'ai changé de table

d'anciens paysans qui buvaient leurs terres

                                                                m'ont invité

j'ai bu jusqu'au matin

quand je suis sorti je ne reconnaissais plus rien

en une nuit tout avait poussé

                                           comme des champignons

en face il y avait un attroupement

on m'a demandé mes papiers

j'ai écarté les gens pour voir

on avait assassiné le promoteur

 

Michel Viala (1933- ), Poésie choisie, Orbe, Campiche/CamPoche, 2009.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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13 septembre 2014 6 13 /09 /septembre /2014 18:51

Boulanger Frontalières photo BoulangerFrontalieres_zps2e2603a6.jpgLu par Francis Richard, Jean-Michel Olivier.

 

Il n'est guère besoin de présenter Mousse Boulanger, poétesse, écrivaine et comédienne bien présente depuis toujours (ou presque) sur la scène littéraire suisse romande. A titre personnel, je garde deux souvenirs d'elle. Lorsque j'étais à l'école secondaire, j'ai eu la chance d'assister à une animation théâtrale qu'elle a donnée. Et beaucoup plus tard, en 2012, elle m'a fait l'honneur de lire en public - et, ce faisant, de magnifier ô combien! - ma nouvelle "Cou lisse", troisième prix d'un concours organisé par l'Association vaudoise des écrivains. Dès lors, il était grand temps que je découvre ce qu'elle a écrit - et son court roman "Les frontalières" m'en a donné l'occasion ces derniers jours - avec la complicité de Christiane Bonder pour les dessins du livre.

 

On l'a compris, Mousse Boulanger, c'est une voix autant qu'une écrivaine - voire plus. Dans "Les frontalières", elle se glisse avec succès dans la peau d'une fillette dont l'enfance s'achève peu à peu. La parole donnée à cette fille est d'un grand naturel: on croirait l'entendre parler. Sans lourdeur, elle dessine la relation fille-mère, observée du point de vue de la fille. C'est avec tout autant de naturel que des mots typiquement suisses, voire jurassiens, parfois rares (qui sont les cavolants?), s'intègrent au discours de la fillette. La recréation s'avère crédible et aisée.

 

"Les frontalières": le titre lui-même est tout un programme, à l'heure où la libre circulation des personnes d'un pays à l'autre de l'Union européenne - et de quelques pays partenaires - est devenue la règle. Force est de constater que les personnages du roman de Mousse Boulanger n'ont pas attendu l'intégration européenne pour vivre à leur manière la liberté de franchir les frontières - en l'espèce celle qui sépare le Jura suisse et le Jura français. Ainsi se rend-on à Delle à bicyclette pour acheter un chapeau ou se faire une permanente... Naturellement, les douaniers veillent; mais quelques subterfuges tout simples suffisent à les faire regarder ailleurs: la traque du tourisme d'achats ne paraît pas être leur priorité.

 

C'est que ce roman, on l'apprend vite, se déroule en 1938. Le point de vue est celui d'une famille suisse. Dès lors, il y a certes la vente d'une ferme par des Suisses installés en France et qui, sentant venir le vent, souhaitent revenir au pays. Pour le reste, cependant, la lecture laisse l'impression d'une Suisse préservée, où les bruits de bottes arrivent par le biais de la radio ou de la presse - protestante ou catholique, c'est selon - et où l'on se soucie, c'est une chance, d'aller cueillir des framboises ou d'acheter de nouvelles chaussures. Le seul problème étant leur prix, même du côté français de la frontière... mais il n'est jamais insurmontable. L'impression est encore renforcée par la proximité de la nature et du monde rural, lieu de vie des personnages.

 

Par-delà la description d'une vie demeurée proche des bonheurs simples, l'essentiel est, au fil des pages, la complicité entre une mère présentée comme fantasque dans le prière d'insérer (mais j'ai plutôt eu l'impression qu'elle savait très bien ce qu'elle faisait) et une fille qu'on appelle, pour la première fois, "Mademoiselle" - signe qu'elle grandit. Et là, ce n'est pas le moindre mérite de l'auteure que d'avoir saisi, par quelques observations, l'imminence du point de bascule de l'enfance vers l'adolescence, voire vers l'âge adulte.

 

Mousse Boulanger, Les frontalières, Lausanne, L'Age d'Homme, 2013

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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 20:04

hebergeur imageDéfis Thrillers et polars et Rentrée littéraire 2014.

Le site de l'auteur.

 

C'est le livre dont on parle dans la rentrée littéraire romande 2014: avec "L'assassinat de Rudolf Schumacher", Bastien Fournier propose un roman policier qui met en scène l'assassinat d'un homme politique nommé Rudolf Schumacher. Comme son petit livre a tout d'un roman à clés, forcément, il fait jaser. Et pour qui suit l'oeuvre de son auteur, force est de constater qu'il a quitté, l'espace d'un opus, son écriture exigeante et poétique (on pense au Cri de Riehmers Hofgarten, à Pholoé ou à La Fugue) afin d'aborder d'autres rivages littéraires, plus factuels, proches de l'action.

 

Les personnages derrière les personnages

challenge rl jeunesse

Roman à clés, ai-je dit. On a beaucoup dit que Rudolf Schumacher est l'avatar littéraire d'un certain Oskar Freysinger, personnalité politique suisse de droite dure (UDC, pour Union démocratique du centre) bien connue en Suisse romande, voire au-delà. L'auteur sait trouver les éléments frappants de cette figure pour la caricaturer avec vigueur: le personnage a un catogan, il a des ambitions littéraires, il a fait ses premières armes en politique au sein d'un parti suisse conservateur et traditionnellement confessionnel.

 

On bascule dans la caricature, par exemple, lorsque l'auteur suggère que son personnage a publié ses oeuvres littéraires à compte d'auteur: est-ce vraiment le cas? Oskar Freysinger est-il par ailleurs le seul modèle ayant servi à construire Rudolf Schumacher? Certains éléments donnent à penser que Christoph Blocher, autre figure politique suisse de droite dure, a également contribué au personnage. Sans parler du machisme supposé du bonhomme, étranger peut-être à la seule figure du modèle d'Oskar Freysinger: lorsqu'on parle de fricoter avec une secrétaire, on pense plutôt à un autre politicien devenu personnage de roman: Dominique Strauss-Kahn.

 

hebergeur image

Ceci est passé plus inaperçu: l'auteur s'amuse, à notre avis, à caricaturer une autre forte tête de l'UDC valaisanne, juvénile cette fois: Grégory Logean. Comment ne pas penser à lui lorsque l'on voit évoluer le personnage de Thomas Laurent, si fier de lui lorsqu'il porte une cravate rouge à croix blanche? La proximité phonétique des noms de famille achève de mettre le lecteur sur la piste.

 

Comme de bien entendu, tout commence par la rituelle phrase: "Toute ressemblance etc."; l'auteur entretient donc le doute d'emblée.

 

Un polar... ou autre chose?

Il est indéniable que plus d'un Suisse aurait envie d'être à la place de l'assassin de Rudolf Schumacher - dont l'auteur dessine parfaitement, jusqu'à l'excès, le côté clivant. Son adresse d'écrivain va jusqu'à suggérer deux coupables, l'officiel et le véritable: le Valais, théâtre de l'action (jamais nommé mais toujours deviné, un peu comme dans l'excellent "On dirait toi" de Sonia Baechler), a ses lois, pas toujours soucieuses de la vérité, résultant d'un certain recul face au monde.

 

Cela dit, l'intrigue policière, telle qu'elle est présentée, laissera les aficionados du genre sur leur faim: un peu d'enquête menée sans détermination, un inspecteur rapidement mis sur la touche, des chapitres brefs et courts en bouche... la police fait figure d'absente dans ce roman. La police? Certes. Mais pas Armand Fauchère.

 

C'est que ce personnage d'inspecteur a une faille: c'est un veuf inconsolable. A travers l'appât de la figure populaire de "Freysinger-dit-Schumacher", c'est cette faille que l'auteur veut faire explorer au lecteur. L'approche est simple et solide, mais elle a sa finesse. Dès le chapitre 2, on voit le policier fréquenter mollement une certaine Victoire - victoire qu'il n'aura jamais, comme si face à la mort, il n'était aucune victoire d'accessible. Plus loin, tous les symptômes du processus de deuil apparaissent: l'inspecteur croit reconnaître l'être aimé et défunt, il pense à la défunte à tout bout de champ, se souvient avec des sentiments mêlés de la seule fois où il l'a trompée - avec une collègue. Et puis, le ménage du veuf va à vau-l'eau: au fond, le lecteur peut être amené à se demander si Armand Fauchère, pourtant un bon professionnel de la police, n'a pas perdu le goût de vivre - ce qui amoindrit ses qualités de policier.

 

L'auteur aurait certes pu aller plus loin encore dans l'analyse de ce deuil, le travailler plus en profondeur. Mais ce qu'il en montre suffit à dire que le véritable intérêt de "L'assassinat de Rudolf Schumacher" réside ailleurs que dans l'intrigue policière. Ce roman offre certes une belle galerie de portraits, des extrémistes de gauche au rabais façon bande à Baader aux femmes qui entourent le fameux Schumacher (y compris son épouse, Wanda, qui pour le coup a marié un fameux poisson... et a d'irrésistibles appas); mais c'est en définitive Armand Fauchère qui, parce qu'il porte une fêlure, demeure le plus attachant et le plus mémorable d'entre eux.

 

Bastien Fournier, L'assassinat de Rudolf Schumacher, Vevey, L'Aire, 2014.

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10 septembre 2014 3 10 /09 /septembre /2014 20:29

hebergeur imageLu par Anne, Bouquinovore, Cafards At Home, Dandelion, Eveyeshe, Léa TouchBook, Lystig, Mimi, Pierre Darracq, Romane Lafore, Shangri-La 62, Shereads, Tamara,

Défi Rentrée littéraire 2014.

 

Coupable d'avoir eu des rapports sexuels entre adultes consentants. C'est l'épreuve scandaleuse qui survient à Deborah Aunus, mère de trois enfants et professeur de mathématiques dans un lycée du Texas. Un Etat où les enseignants n'ont pas le droit d'avoir des rapports sexuels avec leurs étudiants, fussent-ils majeurs. A travers cette problématique, l'écrivaine française Oriane Jeancourt Galignani met à nu l'hypocrisie d'un système judiciaire qui nous paraît étranger: si les lois bizarres de certains Etats américains font parfois sourire, leurs implications ne peuvent que choquer dans le cas dépeint par l'auteur de "L'Audience".

 

challenge rl jeunesse"Ils sont douze à être convoqués ce matin": telle est la phrase qui ouvre "L'Audience", confirmant dans l'esprit de tout le monde qu'il sera question de tribunal, de jugement. Un raccourci saisissant: il n'en faut pas plus pour planter le décor. En contrepoint, le premier chapitre évoque la thématique de la télévision, qu'il faut regarder ou non. Lucarne sur le monde, mais aussi sur le procès - ce qui peut surprendre un monde européen habitué à moins de publicité à ce sujet. Dès lors, et du fait que l'auteur suggère que regarder la télévision peut être interdit (aux enfants de la prévenue, en l'occurrence), le lecteur est amené à se sentir voyeur. Il va être servi.

 

De manière scrupuleuse, le récit suit deux pistes agencées de manière distincte. Il y a d'un côté la description du procès de Deborah Aunus, froide et implacable - ce que souligne encore la chronologie strictement linéaire de cet aspect de la narration. L'ambiance rappelle celle d'une partie d'échecs, l'auteur s'infiltrant dans l'esprit des acteurs pour les observer réfléchir, peser leurs mots et leurs gestes. La dynamique qui prévaut chez le douze jurés est disséquée elle aussi. Ce côté implacable, cette observation fine, n'interdit pas la poésie, au contraire. Loin de toute mièvrerie, chaque effet d'image contribue à décrire et à amplifier la difficulté qu'il peut y avoir à vivre un procès, pour tous les personnages concernées (qui adoptent chacun sa stratégie pour réagir, par exemple en se réfugiant dans la religion comme c'est le cas pour Chris, le mari de Deborah), et en particulier pour la prévenue.

 

L'autre versant est celui du flash-back. L'auteure exploite la voie du crescendo dans des comportements qui peuvent scandaliser: tromper son mari parti à la guerre, avec un, deux, trois, quatre jeunes hommes... Il y a là de quoi choquer un tribunal; l'auteure, toutefois, n'impose pas son jugement au lecteur, se contente de lui donner à voir des faits - crûment, c'est vrai, et sans fard. Cela entre en résonance avec la mise à nu que peut représenter un procès - et donne chair à celui-ci.

 

Le tribunal est le lieu où se réunissent les personnages du roman - on y trouve les classiques de la littérature, parfois de manière travestie: qui est vraiment victime, ici? La justice texane, telle qu'elle est présentée ici, voudrait que ce soient les quatre jeunes hommes, mais le lecteur ne peut s'empêcher de penser que c'est Deborah qui est victime d'une justice née d'une députée ambitieuse, viciée et hypocrite, dont l'auteure, critique, fait le procès. Il y a aussi la figure du traître, peut-être la mère de Deborah? Ou celle de ce personnage mal cerné, voyeur sans être acteur, qui s'appelle Verrater ("traître" en allemand)? Que penser, par ailleurs, d'un personnage nommé "Smilevski" - est-il particulièrement souriant? Et que dire de la juge, qui montre bien qu'elle a choisi son camp et bafoue, sans en avoir l'air, son devoir d'impartialité? La journaliste ambitieuse, enfin, paraît admirablement croquée - son attitude est certes odieuse, mais le personnage a une saisissante épaisseur. Stylisée par la procédure, la violence n'en est pas moins omniprésente ici.

 

"L'Audience" plonge le lecteur d'Europe occidentale dans un système judiciaire éloigné de celui auquel il est coutumier. Ce voyage critique, vu à travers le regard extérieur d'une auteure française, est aussi une plongée dans l'héritage des années George W. Bush. Il est porté par une écriture puissante, où la poésie amplifie tout ce que le propos, inspiré d'un fait divers réel, peut avoir de choquant, de révoltant même: "summum jus, summa injuria", a-t-on envie de dire lorsqu'on referme "L'Audience".

 

Oriane Jeancourt Galignani, L'Audience, Paris, Albin Michel, 2014.

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10 septembre 2014 3 10 /09 /septembre /2014 20:22

hebergeur imageSharon, fidèle entre les fidèles, revient avec une participation au Défi Premier roman. Il s'agit cette fois d'une chronique de "Budapest la noire" de Vilmos Kondor. Merci pour cette nouvelle intervention! Vous pouvez la découvrir ici:

 

Vilmos Kondor, Budapest la noire

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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7 septembre 2014 7 07 /09 /septembre /2014 19:01

hebergeur imageLu par Carnets du Chili, Jacqueline Mallette.

Défi Les anciens sont de sortie.

 

Il s'appelle Domingo Zárate Vega, mais tout le monde le connaît sous le nom de Christ d'Elqui. Sa carrière, il l'accomplit à la manière de Jésus-Christ, allant et venant tout le long du Chili. Dans "L'Art de la résurrection", l'écrivain chilien Hernán Rivera Letelier met en scène les tribulations de ce prédicateur extravagant qui se considère comme la réincarnation de Jésus-Christ. Il en résulte un ouvrage un peu fou, drôle par moments - mais de manière retenue et distante, volontiers ironique. Grâce au travail de l'éditeur Métailié et de la traductrice Bertille Hausberg, cet ouvrage, qui a obtenu en Espagne le prix Alfaguara 2010, est accessible au lectorat francophone depuis la rentrée littéraire d'automne 2012.

 

Des prédicateurs, l'Amérique du Sud en regorge apparemment, un peu comme les rives du Jourdain au temps de Jésus. Dès lors, l'auteur a beau jeu de créer un personnage de ce genre. Celui-ci se distingue par certains paradoxes: doté d'un magnétisme certain, il aime se présenter comme un bonhomme plutôt humble, refusant les cadeaux précieux. Sa morale n'est cependant pas dépourvue d'élasticité.

 

Le désert d'Atacama constitue un décor privilégié pour une histoire de Christ réincarné: cela rappelle immanquablement l'épisode de la tentation du Christ, retiré dans le désert selon les Evangiles. Avantage pour un écrivain: le désert est un lieu qui oblige à aller à l'essentiel. L'auteur de "L'Art de la résurrection" se concentre donc sur ses personnages et leurs interactions, dans un esprit picaresque qui n'exclut pas (il faut quand même respirer) les récits enchâssés.

 

Qui dit roman picaresque dit aussi péripéties, à partir d'un personnage un peu bon à rien donc bon à tout. Ici, le personnage principal, le Christ d'Elqui, parle beaucoup et avec aisance aux mineurs (il a toujours un aphorisme à la bouche, c'est bien trouvé de la part de l'auteur!), mais n'agit guère - et trouve toujours une manière valable d'excuser ses échecs en matière de miracles ou de résurrections: en gros, c'est la faute à Dieu. Ses miracles prêtent donc à rire - ce que l'on apprend dès le début, avec la complicité de quelques ivrognes et de disciples peu fidèles.

 

Plus largement, le Christ d'Elqui fonctionne comme un Christ contemporain à deux francs. Les connaisseurs reconnaîtront, travestis, certains épisodes bibliques tels que la multiplication des pains. L'auteur ose mettre en scène quelques moqueurs, que le Christ d'autrefois a dû connaître mais que la tradition a occultés. Enfin, on trouvera aussi une colline; l'auteur la recycle de manière saisissante, signalant que c'est sur une hauteur que Jésus-Christ a prononcé ses Béatitudes - et que c'est aussi sur une hauteur qu'il a été crucifié.

 

Face à lui, se trouve une réincarnation de Marie-Madeleine, Magalena Mercado. Son nom de famille dit tout, et l'auteur le souligne: c'est une prostituée. Mais elle a la foi du charbonnier, et fait avec un certain succès le grand écart entre la Sainte Vierge et le péché de la chair. Le grand écart n'a rien d'évident; l'auteur réussit cependant à créer un personnage paradoxal mais crédible, qui suscite l'empathie et, à l'intérieur du roman, génère quelques épisodes cocasses. Naturellement, le lecteur n'échappera pas à une vision revisitée des rituels d'ablution... malin, dans une région désertique où l'eau est rare!

 

En lisant ce roman croustillant qui est aussi le portrait d'un être profondément humain quoique christique, j'ai pensé à "Et jusqu'à la fin des temps..." de Vincent Baudry et à "Les maux du prophète" de Mark Levental. Ces deux auteurs ont mis en scène un personnage christique. Dans un registre délicatement humoristique, cocasse mais respectueux, Hernán Rivera Letelier apporte à son tour sa contribution, pertinente pour le coup, à une idée littéraire un brin iconoclaste.

 

Hernán Rivera Letelier, L'art de la résurrection, Paris, Métailié, 2012, traduction de Bertille Hausberg.

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7 septembre 2014 7 07 /09 /septembre /2014 15:54

hebergeur imageSharon revient et capitalise: ce ne sont pas moins de cinq premiers romans qu'elle a commentés dernièrement sur son blog. C'est un tir groupé! En voici les titres, ainsi que les liens vers les billets:

 

Marco Malvadi, La Briscola à cinq

Marc Pondruel, Le Voltigeur

Pascal Rutter, Le coeur en braille

Sasa Stanisic, Le soldat et le gramophone

Gonzague Tosseri, Le bal des hommes

 

Merci pour toutes ces participations et à bientôt! - Et à vous de jouer: le Défi Premier roman reste ouvert...

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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7 septembre 2014 7 07 /09 /septembre /2014 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin.

 

Nuit et soleil

S'entremêlent aux battements de la vie.

 

L'obscurité

Entrouvre la porte

D'un matin de juin

Alourdi par l'absence.

 

Sous un ciel désentoilé

Comme une certitude

Le vent

Dissipe mes tourments

En volutes poétiques.

 

Là-bas au fond du jardin

Ces pierres usées

Ne sont-elles pas l'étendard

                                             De vos paysages blancs?

 

Comme une première fois

L'oiseau libre

M'a offert

Un autre regard

                           Sur les rivages de l'enfance.

Nuit et soleil.

 

Danielle Risse (1951- ), Enfance volée, Vevey, L'Aire, 2013.

 

La poétesse Danielle Risse présentera son recueil "Enfance volée" à l'occasion d'une soirée lecture et musique organisée par la Société fribourgeoise des écrivains. Cette manifestation aura lieu le 16 septembre 2014 à 20 heures au Centre le Phénix à Fribourg. Bienvenue à toutes et à tous!

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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5 septembre 2014 5 05 /09 /septembre /2014 19:45

hebergeur imageLu par Clarice Darling, Gilles Pudlowski, Marie-Antoinette,

Défi Rentrée littéraire 2014.

Le blog de l'auteur.

 

Viande, viande... humaine surtout, animale parfois. Avec "La Dévoration", Nicolas d'Estienne d'Orves régale ses lecteurs en leur offrant un roman saignant, carnassier s'il en est. Généreux, écrit de manière friande, il se dévore toutes dents dehors - ce qui n'est que justice.

 

Tout commence par un largage en règle: l'écrivain Nicolas plaque son amie Aurore, un soir où elle lui a préparé un petit dîner romantique. Naturellement, nous ne saurons rien de ce qu'il y a dans l'assiette: ultime attache avant un nouveau départ, la trop évanescente Aurore (on ne saura pas grand-chose d'elle) doit être écartée. Plus intrigant, l'auteur n'indique pas pourquoi Nicolas quitte Aurore. Quelque chose paraît ne pas coller; le lecteur sent d'emblée une affaire à suivre de près. Le largage d'Aurore survient après une soirée à l'opéra. Soirée où "un chef suédois avait massacré une Carmen, qu'il dirigeait comme du beurre fondu.": manger, déjà...

 

challenge rl jeunesseLe thème de la chair arrive de manière brutale avec le récit de Rogis, boucher devenu bourreau par une grâce épiscopale et premier homme d'une longue dynastie de bourreaux. Ce récit constitue une sorte de feuilleton à l'intérieur du roman. Quel lien? Patience, lecteur... mais quelques indices sont présents: l'éditrice de Nicolas lui demande de se dévoiler, et d'arrêter d'écrire des histoires sanguinolentes aux titres explicites ("Le Culte du sang", pour n'en citer qu'un) derrière lesquelles se cache, selon elle, la personnalité de Nicolas. Le sang, de part et d'autre...

 

Dûment documentée, l'évolution du métier de bourreau au travers d'une dynastie exemplaire est un contrepoint captivant et rondement mené, où la cruauté apparaît, brute ou par contraste, page après page. Il y a cette condamnée qui croit voir un ange en voyant le fils du bourreau. Il y a ce bourreau qui, troublé par la beauté de telle autre condamnée, la massacre. Le caractère cru, explicite, de certaines pages a de quoi impressionner, pour le moins.

 

Historique toujours, le récit des tribulations du Japonais cannibale Morimoto, largement inspiré de l'histoire vraie de l'étudiant Sagawa, va encore plus loin dans l'horreur. L'auteur trouve le meilleur moyen de déranger en se mettant dans la peau du cannibale et en montrant toute la sensualité qu'on peut trouver à tuer une collègue d'études, Renée, puis à en déguster les meilleurs morceaux, crus ou cuits, après les avoir découpés comme le ferait un boucher (comme l'ancêtre Rogis, donc): "J'ai ensuite mis une noisette de beurre dans la poêle, allumé le gaz et coupé ton sein gauche. Posant la lame à plat, au ras du corps, je l'ai scié à l'horizontale. La chair était beaucoup plus facile à trancher que la fesse ou la cuisse. Normal, me suis-je dit en retournant le sein dans ma main, il n'y a que de la graisse."

 

L'auteur, enfin, étonne en décrivant le personnage de Sagawa: qui eût cru qu'un tel monstre prenne les traits d'un gars affable et chétif, mesurant 1,55 mètre et pesant 35 kilos? Est-ce bien lui qui ose dire: "Quand je rencontre des femmes, j'ai toujours faim..."? Le lecteur sensible pourrait même trouver un brin de lyrisme dans le verbe de ce personnage.

 

De même que le fait qu'on les retrouve dans un seul livre, quelques échos suggèrent que ces épisodes, si hétéroclites qu'ils soient, finiront par trouver un lien. Celui-ci est habile, de la part de l'auteur, et renvoie directement à un autre élément: Nicolas et la constellation de personnages qui l'entourent, famille ou amis. La métaphore sanguine ou carnée n'est jamais loin: on voit des personnages aux allures de vampires, des bouches sanguinolentes, et il arrive que l'auteur utilise directement le terme de viande pour parler de la chair d'un personnage.

 

"La Dévoration" fait partie de ces romans qui vous prennent à la gorge, aux tripes. Au-delà de son titre aux allures de néologisme brutal, ce livre prend le goût d'une viande sauvage, ou bien rouge, ou faisandée à l'occasion, et va loin dans le traitement de ses sujets - quitte à atteindre les confins de l'insoutenable. La force de l'écriture transcende le côté gore du propos pour donner un ouvrage intelligent et fougueux, au souffle puissant et profond.

 

Nicolas d'Estienne d'Orves, La dévoration, Paris, Albin Michel, 2014.

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Lisabuzz.com parle de Fattorius :

"Tantôt drôles, tantôt émouvants, toujours enrichissants, les posts écrits par Daniel Fattore font du blog
Fattorius un grand espoir du web de demain. Il s agit, parait-il, du blog dont les lecteurs disposent du QI le plus élevé. Cela ne m'étonnerait pas. Pourvu que Daniel Fattore ne s'arrête jamais de nous régaler ! signé http://blog.lisabuzz.com"

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