31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 21:30

partage photo gratuitLu par Goliath, La Noiraude.
Défi
Rentrée littéraire 2014.

Le site de l'éditeur, que je remercie cordialement pour l'envoi.

 

Le cinéma, un sujet littéraire porteur? D'autres s'y sont essayés, avec un certain bonheur, à l'instar de Jean-Pierre Richard avec son fort beau recueil de nouvelles "La vieille dame qui avait trop dansé", qui fait fort bien le tour du sujet et de ses éléments les plus insoupçonnables. Certes, le cinéma est un fil rouge du recueil de nouvelles "Les vrais héros ne portent pas de slip rouge" d'Alex Sénéquier, mais il joue la carte de la prise de distance intelligente avec son sujet. Et il a un point commun avec le recueil de Jean-Pierre Richard: l'originalité des points de vue.

 

Certes, ceux-ci ne sont pas tous liés au cinéma, au sens le plus strict. Il sera question de théâtre ("La patience des tournesols"), de la seconde vie du membre d'un boy's band ("Me 4 You"), voire d'oeuvres d'art héritées ("La Biche"). A chaque fois, l'auteur offre un regard original, confirmé par des chutes impeccables. Cela, sans oublier la nouvelle éponyme: "Les vrais héros ne portent pas de slip rouge" relate l'ambiance qui peut régner dans une usine qui pourrait fermer. Il n'y est guère question de slip rouge, et si le personnage mis en scène est un héros des usines, ouvrier exemplaire, il n'a rien d'un Superman. Certes, la nouvelle, écrite dans une langue fluide, fonctionne à la perfection; mais on pourrait gloser, au moins un peu, sur la pertinence de son titre!

 

Côté cinéma, c'est dès le début du recueil que l'auteur démystifie la notion de héros, dans une nouvelle à chute et à suspens savoureuse qui fait la part belle aux acteurs de cinéma de sexe masculin pourvus de gros bras - Chuck Norris doit être présent, de même qu'un certain Sylvester Stallone ou quelques autres. Mis en scène dans une salle obscure, tout le récit se présente comme un hommage à ces acteurs de cinéma populaires; mais la chute éclaire brusquement tout le reste d'une manière inattendue et rappelle, avec La Rochefoucauld, qu'il n'y a pas de bonté gratuite.

 

Le cinéma peut être un élément du réel, et la confusion du réel et de ce qui se passe sur la toile est très bien peinte dans "Le rôle d'une vie". Un lecteur distrait verra ici, sans peine, l'histoire d'un looser et de sa copine qui a eu le tort de croire en lui. Dans le contexte cinématographique que l'auteur installe, ledit looser est porté au statut de type littéraire: l'auteur a créé un personnage qui, au sens le plus littéral, "se fait un film". Cela se concrétise par la teneur des Mémoires que le narrateur se propose de rédiger, autant que par les rêves de carrière. Le monde du cinéma est celui des illusions; dès le côté tragique de la fin s'avère inéluctable. Et si le personnage principal masculin de la nouvelle "Le rôle d'une vie" fait figure d'homme immature piégé par ses illusions de carrière et finalement largué par une copine plus pragmatique que lui, celui-ci fait écho à William, prêt à tourner la page d'une jeunesse consacrée au boy's band, ce qui fait de lui un jeune homme mûr, capable de faire face au changement - et de retenir ses conquêtes féminines.

 

Certaines nouvelles du recueil "Les vrais héros ne portent pas de slip rouge" sont loin de la question du cinéma. Elles interrogent le lecteur sur ce qu'est la société où il vit, de manière classique. On se retrouve donc avec une psychanalyse ratée parce que réussie ("Fin de thérapie"), ou à face à une nouvelle qui interpelle au sujet des vertus d'une bonne fessée: celle-ci peut-elle résoudre un conflit social? La mise en perspective d'une méthode corrective éminemment privée et d'un mode d'action typiquement public (le conflit social) suggère que l'auteur sait faire le grand écart quand il le faut.

 

Les nouvelles du recueil "Les vrais héros ne portent pas de slip rouge" ne se distinguent pas par un style frappant dès les premières lignes. Moderne sans prendre la tête, la manière d'écrire de l'auteur se caractérise cependant par une vivacité et une fluidité indéniables, parfaitement dans le ton de ce qui est raconté page après page. Elle est irriguée par la culture cinématographique de l'auteur, qui offre à chacun le plaisir de retrouver les références, qu'elles proviennent ou non du cinéma.

 

Axel Sénéquier, Les vrais héros ne portent pas de slip rouge, Louvain-la-Neuve, Quatrature, 2014.

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 21:25

hebergement d'imageSharon participe à nouveau au Défi Premier roman avec deux ouvrages qui ont trait aux loups-garous - un thème qui lui est cher. Il s'agit de "Hemlock, tome 1" de Kathleen Peacock et de "Femmes de l'Autremonde, tome 1" de Kelley Armstrong. Voici les liens vers les billets:

 

Kathleen Peacock, Hemlock, tome 1

Kelley Armstrong, Femmes de l'Autremonde, tome 1

 

Merci pour ces deux participations! Et à vous de jouer, chères visiteuses, chers visiteurs!

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 20:57

partage photo gratuitDéfis Rentrée littéraire 2014 et Premier roman.

Le site de l'éditeur.

 

Un ouvrage aux allures atypiques: "47° 9' S 126° 43' W", beau roman de Chrystel Duchamp, se présente en un format A4 imposant, revêtu d'une noble jaquette aux allures rétro où dominent les tons verts. En ouvrant ce livre pour la première fois, on découvre les dessins d'Eric Barge, créés à la manière de certaines bandes dessinées à l'ancienne, en un noir et blanc brut et détaillé à la fois, qui rappelle par certains aspects les gravures sur bois. Et puis, il y a une page de journal, dûment pliée en quatre, en couleurs: on est dans le futur!

 

Certes, il s'agit d'un roman d'anticipation présenté sous la forme d'un journal. Mais sa narration rappelle les maîtres du roman d'aventures d'autrefois, tel un certain Jules Verne - ou, mieux encore, un non moins certain Howard P. Lovecraft. Cela, avec un clin d'oeil à William Shakespeare: l'un des personnages de "47° 9' S 126° 43' W" porte le nom de Lewis Theobald Jr., ce qui rappelle l'un des éditeurs du dramaturge anglais.

 

Le lecteur est invité à se mettre dans la peau de David Wayland, journaliste et homme de l'écrit, chargé de relater l'épopée d'un navire qui va accomplir une mission d'exploration au "Point Nemo", point le plus éloigné de toute terre émergée du globe, dont les coordonnées sont à peu près le titre du livre: celui-ci en réalité l'emplacement exact de la cité de R'Lyeh, théâtre de la nouvelle "L'Appel de Cthulhu" de Howard P. Lovecraft. Mais c'est tout près...

 

Un troisième élément permet à l'auteur de faire démarrer son récit: le bloop, un son mystérieux de fréquence très grave enregistré dans ces régions du globe en 1997. L'auteure profite du format de journal qu'elle a choisi pour développer les hypothèses que la science a émises pour concevoir l'origine de ce son - et privilégier, en fin de compte, celle qui lui paraît la plus porteuse du point de vue romanesque, plutôt que celle, considérée comme plus vraisemblable, d'un "tremblement de glace". Il n'en faut pas moins pour faire un bon roman d'aventures...

 

Plutôt que de camper d'innombrables péripéties, l'auteur se concentre sur les états d'âme de son narrateur, David Wayland. Celui-ci rappelle à maints égards les héros romantiques ou, plus largement, "dix-neuviémistes". Il y a d'abord une certaine ambition, et la volonté de dépasser un statut d'écrivain contrarié. Plus concrètement, l'homme est maladif, comme l'ont été d'autres personnages littéraires - et la maladie qu'il décrit pourrait être due à un être mystérieux et ectoplasmique plutôt qu'à un microbe, ce qui évoque "Le Horla" de Guy de Maupassant.

 

Cette maladie confine à la folie, ce que suggère la chute de ce roman. En préservant une once de mystère, celle-ci inscrit "47° 9' S 126° 43' W" dans le genre fantastique. Reste que David Wayland, père attaché à sa fille, intéressé aux échographies réalisées durant la grossesse de sa conjointe, est aussi un bonhomme bien de son temps: certes, il part à l'assaut des mers, mais il a aussi quelques traits de caractère du papa moderne.

 

Bien de son temps, ai-je dit? L'anticipation n'est certes pas spectaculaire, et l'auteure aime se complaire dans des éléments du passé, à l'instar de la description du château où vit Lewis Theobald Jr. Le navire de l'expédition a lui-même une forme familière; ce qu'il a de novateur est indéniable, mais ne se voit pas. Et si les petits sous-marins "Sub-ward" embarqués rappellent les engins utilisés par Spirou dans "Le Repaire de la Murène", le mode de propulsion du bateau, "dihydrogène-dioxygène", renvoie à la très actuelle pile à combustible. Une énergie propre...

 

Avec "47° 9' S 126° 43' W", l'auteure réussit donc le grand écart entre une approche gentiment futuriste (on est en 2025) et le salut aux anciens. Et c'est avec délices que le lecteur se plonge dans les eaux pas toujours hospitalières de ce roman voyageur à l'écriture efficace et fluide.

 

Chrystel Duchamp, 47° 9' S 126° 43' W, Saint-Etienne, Le Miroir aux nouvelles, 2014. Desins d'Eric Barge.

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26 octobre 2014 7 26 /10 /octobre /2014 20:09

partage photo gratuitLu par Alex, Céline72, Gambadou, Jostein, Keisha, Laurent Bayart, Leo, L'Irrégulière, Luxiotte, Oksambre,

Défi Rentrée littéraire 2014.

Le site de l'auteur et le site de l'éditeur, que je remercie pour l'envoi.

 

Les tribulations d'un écrivain, ses errements, ses doutes et hésitations, sa phobie de la page blanche... ce sont des thèmes classiques, pour ne pas dire rebattus, que l'écrivain lorrain Olivier Larizza agite dans son dernier ouvrage, "Le Best-seller de la rentrée littéraire". A la tête d'une oeuvre déjà considérable et ecléctique, l'auteur choisit l'humour pour décrypter, au-travers de quelques péripéties, la vie de l'écrivain d'aujourd'hui. Et c'est bien là le premier de ses mérites!

 

Le lecteur sera étonné par la forme choisie par l'auteur. Celle-ci se trouve en effet entre le roman et la nouvelle: certes, le personnage principal est toujours le même, mais les péripéties successives ont l'allure de nouvelles, parfaitement autonomes. Celles-ci sont cependant liées par des introductions de quelques lignes, suggérant l'aspect que l'auteur s'apprête à brocarder dans le chapitre suivant.

 

Nouvelle? Force est de constater que les épisodes ne brillent pas toujours par leur force narrative: il arrive plus d'une fois que le lecteur reste sur sa faim à la fin d'un épisode, ou s'impatiente face à certaines longueurs, telles que l'histoire complète de l'inventeur du "plateau" dans "Le petit marchand de prose".

 

Cela, d'autant plus que les idées de départ sont bonnes: on aimera par exemple l'utilisation d'une fable de La Fontaine comme leitmotiv pour décrire tel personnage du premier chapitre. Et puis, il y a l'humour, point fort de ce livre... c'est sa grande force.

 

Celui-ci tient certes aux situations, qui mettent à nu, avec le sourire, des situations que tous les écrivains ont sans doute vécues - on pense à la description d'un salon du livre, qui m'a rappelé la Fête du Livre de Saint-Etienne. L'angoisse de la page blanche, quant à elle, constitue un fil rouge annoncé dès le départ. Le lecteur se délectera par ailleurs à reconnaître les écrivains et les acteurs éditoriaux fameux qui se cachent derrière les faux noms et les faux nez: ils retrouveront des personnes comme Max Milo ou Gordon Zola, pour n'en citer que deux. Enfin, les jeux de mots sont omniprésents: les retournements de situation sont le plus souvent verbaux, ce qui est du meilleur comique. Tout commence par les titres des chapitres/nouvelles... Le tout dénote une connaissance approfondie des lettres d'hier d'aujourd'hui.

 

Enfin, l'auteur assume un tropisme alsacien en citant des lieux strasbourgeois. La présence du chef-lieu du Bas-Rhin est certes discrète, et ne s'impose jamais, laissant à l'ouvrage un parfum d'universalité, du moins à l'échelon francophone. Mais elle est suffisamment prégnante pour donner à ce livre un ancrage local - celui de l'auteur, citoyen de Strasbourg autant que de la Martinique, dont le narrateur du "Best-seller de la rentrée littéraire", Octave Carezza, fait figure d'alter ego, avec ses initiales et ses deux Z.

 

Le lecteur du "Best-seller de la rentrée littéraire" a donc en main un ouvrage qui hésite entre recueil de nouvelles et roman et fait figure de florilège de sketches sur les névroses de la littérature française d'aujourd'hui. Si la narration peut laisser insatisfait un lecteur exigeant, celui-ci sera comblé par les assauts d'humour dont l'auteur fait preuve. On s'amuse à chaque page, d'une manière à chaque fois différente, tantôt bien gauloise (la gaudriole est omniprésente), tantôt un brin anglaise, à la manière d'un certain Jeeves.

 

Olivier Larizza, Le Best-seller de la rentrée littéraire, Paris, Andersen, 2014.

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24 octobre 2014 5 24 /10 /octobre /2014 21:05

partage photo gratuitLu par Claire Casedas, Latitude France, Mourad Haddak, Pierre Haski.

 

"Enquête sur cette culture qui plaît à tout le monde": voilà un sous-titre qui annonce clairement ce dont il sera question. "Mainstream", livre de Frédéric Martel, se présente comme une puissante somme consacrée aux grands mécanismes qui propulsent les tendances lourdes des cultures et contenus qui s'adressent aux masses, dans le monde entier.

 

Attention! L'auteur ne prétend jamais porter un jugement de valeur sur les contenus véhiculés eux-mêmes: ceux qui aiment casser du Walt Disney sont invités à passer leur chemin. Au contraire, le propos consiste à essayer de cerner quels sont les moyens mis en oeuvre pour qu'un certain type de produit culturel plaise au grand public, tout au long du processus de production. Ainsi expose-t-il en détail le fonctionnement des studios de Hollywood, où les indépendants ne le sont pas tant que cela, ou les ambitions de la chaîne d'information Al-Jazeera.

 

Le choix de l'enquête

Pour étayer son propos, l'auteur choisit la forme journalistique de l'enquête, nourrie d'innombrables entretiens menés aux quatre coins du monde. Parlant à la première personne, l'auteur ne masque pas ses réjouissances et lâche un mot d'esprit à l'occasion. Il avoue aussi les obstacles et limites qu'il a pu rencontrer: un interlocuteur qui ment manifestement, un autre qui manie la langue de bois à merveille, un autre qui refuse de le recevoir.

 

A la manière d'un reportage, l'auteur n'hésite jamais à planter le décor, qu'il s'agisse d'un bureau anonyme aux Etats-Unis ou l'hôtel japonais où se déroule une partie du film "Lost In Translation". Il lui arrive aussi de brosser le portrait de ses interlocuteurs et interlocutrices, qu'il s'agisse de richissimes patrons des médias ou d'agents artistiques qui jouent un rôle discret d'intermédiaire. Cela peut paraître répétitif; mais force est de constater que certaines de ces descriptions sont aussi porteuses de sens, à l'instar de celles, révélatrices, de la tenue vestimentaire de certains magnats arabes des médias et de leur entourage - femmes et hommes.

 

Cinq continents

La structure de "Mainstream" pourra paraître déséquilibrée au lecteur: le modèle américain du mainstream occupe environ 40% de l'ouvrage à lui seul. C'est que l'auteur a choisi d'utiliser les États-Unis comme modèle, un modèle qui s'avère exemplaire et va irriguer tout l'ouvrage. La première partie recèle donc les analyses les plus fouillées de ce livre captivant. L'auteur convoque des éléments sociologiques aussi divers que le melting-pot américain, l'évolution de l'urbanisme, l'émergence des multiplexes, etc. pour expliquer la montée en puissance des États-Unis dans le domaine de la culture de masse. Ainsi redécouvre-t-on que c'est grâce au pop-corn que les cinémas américains ont survécu à la crise de 1929...

 

Cette base vaste et complète permet de s'immerger dans le jeu mondial que l'auteur met en scène. L'auteur démontre avec intelligence quelles sont les limites et les forces de certains courants mainstream: pourquoi tel type de série télévisée, par exemple la telenovela, va-t-elle s'exporter plus facilement dans tel pays qu'ailleurs? Quelles sont les valeurs véhiculées par les séries "Mousalsalet" destinées aux musulmans qui observent le ramadan, et celles-ci sont-elles exportables? Qu'en est-il de Bollywood, voire de Nollywood? Et quel est le rôle de la radio, de la télévision? Enfin, les questions de piratage affleurent à plus d'une reprise: celui-ci peut être vu comme un manque à gagner commercial, mais aussi comme une manière de faire connaître certains contenus.

 

L'Europe, constat en demi-teinte

Et que fait l'Europe, là-dedans? L'auteur dresse ici un court tableau en demi-teinte, qui aurait mérité d'être plus développé. Selon lui, le vieux continent se présente comme un ensemble monté en ordre dispersé, incapable d'offrir un mainstream susceptible de s'opposer aux grands pôles du monde d'aujourd'hui (Chine, Inde, Etats-Unis, Brésil, Japon), à quelques exceptions près. Tout au plus se présente-t-il comme le relais d'artistes africains, chanteurs ou autres, qui, compte tenu de certaines circonstances, sont obligés de passer par Paris ou par Londres pour s'imposer.

 

En creux, l'auteur montre aussi une Europe héritière du lourd passé d'une culture volontiers élitiste, certes autrefois dominante, que la critique autorisée relaie encore. Il place celle-ci en opposition avec des personnalités américaines d'audience internationale telles qu'Oprah Winfrey (chapitre 7).

 

Une géostratégie des contenus

On aurait certes pu attendre quelques pages supplémentaires sur le domaine littéraire, peu abordé (mais on se référera, à cet effet, à "Une histoire des best-sellers" de Frédéric Rouvillois), ainsi qu'une ouverture vers d'autres domaines tentés par le mainstream (le vin ou la gastronomie, par exemple).

 

Cela dit, l'enquête offerte par Frédéric Martel s'avère convaincante, et passionnante à lire. Elle brosse le portrait d'une véritable géostratégie des contenus culturels, support à une guerre de positions entre différents courants culturels, à l'échelon planétaire, avec pour armes les nouveaux médias, l'internet et l'équilibre sans cesse réinventé entre identité nationale et désir de séduire (et faire payer) un public aussi large que possible par la création, dans un contexte mondialisé.

 

Frédéric Martel, Mainstream, Paris, Flammarion, 2010.

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 20:55

partage photo gratuitLu par Books Bunny.

Le site de l'éditeur.

 

Après un premier roman intitulé "Les Faux cils et le marteau", dont il a été question par ici, l'écrivain stéphanois Thierry Girandon régale son lectorat avec un recueil de nouvelles. On retrouve dans "Amuse-Bec" le sens de l'image et de la poésie qui caractérisent "Les Faux cils et le marteau", de même qu'une approche sociale attentive aux petites gens, aux anonymes, aux personnes en difficulté ou en panne dans leur vie. Et si ces personnages sont dessinés de façon rapide, brièveté du genre de la nouvelle oblige, force est de constater que ceux-ci sonnent toujours juste.

 

Quelques constantes traversent "Amuse-Bec", la plus frappante étant la peinture des vicissitudes du corps. Celui-ci est volontiers malmené, et à ce titre, la nouvelle "Adieu", un brin étrange et kafkaïenne, s'avère exemplaire puisqu'elle met en scène un enfant qui se dématérialise peu à peu sous les yeux de ses parents impuissants. L'auteur va jusqu'à éclater les corps, d'une manière volontiers brute de décoffrage, à l'instar de la peinture d'une décollation impromptue dans "La Marotte", ou à les montrer de près, sans reculer devant la nudité.

 

Autre constante, stylistique celle-ci: l'auteur a le souci constant de recréer la voix qui convient à la situation et aux personnages, et de construire un rythme pertinent, entre autres à travers des dialogues crédibles. Les phrases de l'auteur sont souvent brutes de décoffrage, crues; elles n'excluent cependant pas une tendresse indéniable, par exemple dans le portrait de la vieille dame du "Dernier sou". Un brin surréaliste, l'ambiance de "Bleu" a quant à elle quelque chose de la bluette cruelle.

 

Il parvient aussi à trouver les bonnes images, avec une prédilection pour les écrans, qui peuvent servir de paravents ou de boucliers. Nouvelle onirique s'il en est, "Le Rêve de l'autre" oscille entre le fantasme d'un somptueux moment de sensualité avec Hélène et le quotidien difficile du personnage principal, un clochard. L'onirisme est encore accentué par la localisation erratique: certes, on se trouve au bord d'un fleuve, mais est-ce le Rhône, le Prout, la Seine...? Enfin, l'auteur se livre à un beau moment de poésie autour des déchets, qui deviennent de belles choses avec un peu d'imagination.

 

L'obsession de l'éclairage artificiel est présente dès la première nouvelle du recueil, "Il n'y a plus beaucoup d'enfants qui viennent", qui se passe dans un bar - et dans ses environs, ce qui permet à l'auteur d'éclabousser son récit au moyen des lumières crues des vitrines. Cette obsession est aussi le signe le plus voyant d'une attention constante aux décors, toujours soignés dans le recueil, dans l'optique de créer des ambiances.

 

Attention à des personnages contemporains anonymes, musique des mots: les constantes d'"Amuse-bec" en font un recueil de nouvelles cohérent, parfois sombre, parfois lumineux - que ce soit grâce à l'éclairage au néon ou à la lumière d'une poésie de tous les instants.

 

Thierry Girandon, Amuse-Bec, Lyon, Crispation Editions, 2014.

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 20:46

hebergement d'imageItzamna revient avec une nouvelle participation au Défi Premier roman. Son billet évoque en termes mitigés le roman "L'Oubli" de Frederika Amalia Finkelstein. Voici le lien vers son article:

 

Frederika Amalia Finkelstein, L'Oubli.

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin.

 

Chanson du jargon des vignerons

 

Comme de grands savants

ont aussi leur langage,

les vegnolans, les vignerons,

comme de grands savants

sont fiers de leur jargon:

 

"Rebioler", "reterser",

"débourrage", "palissage",

... à n'y rien comprendre!

Mais parce que c'est tout un art,

habiles doivent être,

non pas fêtards,

non pas fêtards!

 

Comme de grands savants

ont aussi leur langage,

les vegnolans, les vignerons,

comme de grands savants

sont fiers de leur jargon:

 

"Nouaison", "véraison",

"bouturage", "marcottage",

... à n'y rien comprendre!

Mais parce que c'est tout un art,

un peu romands doivent être,

non pas picards,

non pas picards!

 

Comme de grands savants,

se penchent sur leur patient,

les vegnolans, les vignerons,

comme de grands savants

sont fiers de leur jargon:

 

"acariose", "excoriose",

"défonçage", "écimage",

... à n'y rien comprendre!

Mais parce que c'est tout un art,

modernes doivent être,

non pas ringards,

non pas ringards!

 

François Debluë (1950- ), Les Saisons d'Arlevin, Lausanne, Empreintes, 1999.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 20:26

hebergement d'imageLe Défi Premier roman a un nouveau participant: Passion Culture! Sa première participation porte sur le roman "La malédiction du bandit moustachu" de l'écrivaine roumaine Irina Teodorescu. Merci pour ce partage! Je le relaie ici:

 

Irina Teodorescu, La malédiction du bandit moustachu

 

Selon la formule consacrée, à qui le tour?

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin.

 

La mort à vivre

 

"Nous subissons la chose la plus insupportable qui soit. On cherche à nous couvrir de poux, de larves, de chenilles. On a peuplé l'air de microbes (Pasteur). Il y a maintenant dans l'eau pure à boire et à manger.

 

L'imprimé se multiplie. Et il y a des gens qui trouvent que tout cela ne grouille pas assez, qui font des vers, de la poésie, de la surréalité, qui en rajoutent.

 

Les rêves (il paraît que les rêves méritent d'entrer en danse, qu'il vaut mieux ne pas les oublier). Les réincarnations, les paradis, les enfers, enfin quoi: après la vie, la mort encore à vivre!"

 

1926.

 

Francis Ponge (1899-1988), "Proèmes", dans Le parti pris des choses, Paris, Poésie/Gallimard, 1995.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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