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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

Prestige du Rhône, I

 

Privilège d'un nom, d'une haute naissance,

Noblesse de l'histoire attachée à son cours,

Grandeur des horizon d'Helvétie et de France

Où sans cesse il refait le cycle de ses jours;

Nostalgie et beauté, l'alpe et la mer immense,

Le rêve de la vague et la peine du flot,

Ses colères parfois, sinon sa turbulence

Dans l'éternel conflit de la terre et de l'eau!

Du Gothard à la mer: la Gaule, un fleuve, une âme,

Triade symbolique en sa diversité;

Au Pater Rhodanus, au peuple qui l'acclame,

Soit hommage et respect, salut fidélité!

 

Alphonse Mex (1888-1980), Contemplations. Cité dans Renouveau, revue du Cercle romand de poésie classique, numéro 23/novembre 2000.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 21:09

hebergement d'imageEncore des participations au Défi Premier roman! Itzamna revient avec une nouvelle chronique et Sharon nous en annonce d'autres, plus anciennes. Je vous invite à les découvrir:

 

James Scott, Retour à Watersbridge (chez Itzamna)

Cindy Van Wilder, Les Outrepasseurs tome 1 (chez Sharon)

Angelika Klussendorf, La Fille sans nom (chez Sharon)

 

Merci pour ces participations, merci de faire vivre le Défi Premier roman!

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 20:25

Ganneval SOS.Lu par Lorraine, Métaphore, Miss Bouquin Aix, Yv.

Défi Premier roman.

Le blog de l'auteur.

 

C'est au moment de sa parution que j'ai entendu parler de "SOS Flemmards", premier roman de Sandra Ganneval: c'était sur le regretté site des "Agents littéraires", me semble-t-il. Mon exemplaire papier m'est parvenu en même temps qu'une commande de mon "Noeud de l'intrigue". Il a eu le temps de découvrir, depuis, l'ambiance morne et attentiste de ma pile à lire. Et enfin, je l'ai lu... chouette découverte en vérité! Une de celles sur lesquelles il y a quelque chose à raconter.

 

Paru d'emblée en un format de poche commode à transporter mais aux marges trop petites, "SOS Flemmards" invite le lecteur à plonger dans les tribulations de deux amis noirs qui cherchent leur place dans la société parisienne de leur temps - qui est aussi le nôtre. Il est donc question des études, du premier emploi qui dure, des amitiés, des amours même. Bref, de l'insertion sociale de deux gars rigolos, pas forcément ambitieux, charriés par la vie. On pourrait même se reconnaître en eux, tiens!

hebergement d'image

Côté emploi, le lecteur retient la qualité de l'observation du fonctionnement d'une agence de Pôle Emploi. Le regard de l'auteur embrasse tous les points de vue. L'un de ses personnages y travaille comme conseiller, ce qui permet de donner un aperçu finement observé du désarroi lié à cette fonction - cela, sans pathos. Il n'est pas non plus question de tirer des larmes faciles au lecteur lorsqu'il faut esquisser le portrait de certains utilisateurs de ce service d'Etat français. A la caricature de certains cas sociaux qui hantent les bureaux de Pôle Emploi sans véritable volonté de trouver un travail, se mêle même une certaine tendresse. Sans esquisser de solution miraculeuse à ce problématique face-à-face, l'auteure met ainsi en présence l'impuissance des agents et le vécu des usagers. Elle met aussi en regard, mine de rien, la stabilité morne de la fonction publique et les boulots plus ou moins petits et limités dans le secteur privé. Et quid du titre du livre, enfin? Celui-ci fait référence à un épisode peu exploité du roman. Dommage: "SOS Flemmards", c'est accrocheur, mais pas idéal pour les personnages mis en scène, pleins de bonne volonté, ou en tout cas près jouer le jeu des adultes, serait-ce à leur manière.

 

Les amours? Le lecteur se souvient avant tout du lien peu évident qui unit Mélanie et Joseph. L'auteure aborde le thème rare de la manière dont on se sent, déstabilisante, dès lors qu'on se met en ménage, et la subtilité qu'elle y met fait mouche: une fille qui veut et fait le premier pas pour se mettre en ménage, un gars qui n'est pas prêt à cela mais accepte finalement de jouer le jeu, et puis la recherche de la bonne distance, de la bonne proximité... Dessinées de manière réussie, cette thématique occupe les dernières dizaines de pages de "SOS Flemmards".

 

Face à l'amour, il y a l'amitié... et celle-ci est le véritable moteur, la constante, du premier roman de Sandra Ganneval. L'auteur fait fonctionner le tandem d'amis pas toujours très matures qui fonctionne sur le mode de la complémentarité, quitte à oser mettre en évidence deux personnages fort différents, mais bien construits: un dragueur aux allures de sérieux, et un gars cool en ce qui concerne le métier. C'est dans ce contexte que l'auteure dévoile une force majeure: sa qualité à créer des dialogues alertes, drôles ou taquins, qui claquent quand il faut et savent ralentir le récit lorsque c'est nécessaire. Ce rythme tranche avec des descriptions qui, parfois, s'étalent en paragraphes longs qui, sans être difficiles, ralentissent un peu la lecture.

 

Enfin, la question du statut du Noir à Paris est présente, même si l'auteur ne l'impose jamais. Rien de lourd, en effet: le plus souvent, cet aspect est regardé d'une manière distante, gage d'humour de mots ou de situation. Pour l'auteure, c'est aussi l'occasion de dépeindre, par-ci, par-là, des aperçus de la mentalité et du mode de ville antillais: cuisine, relations familiales, etc.

 

Et s'il peut regretter certains paragraphes un peu longs, le lecteur goûtera, d'une manière générale, l'esprit léger, jeune et frais de "SOS Flemmards". Et sans doute qu'il aura, à la fin de sa lecture, le sourire du bonhomme qui illustre la page de couverture...

 

Sandra Ganneval, SOS Flemmards, Sandra Ganneval Editions, 2011.

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28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 20:06

hebergement d'imageIl y a chez Sharon une nouvelle participation au Défi Premier roman. Cette fois, c'est d'"Indiana" de George Sand qu'il s'agit - un avis de lectrice que vous laisse découvrir ici:

 

George Sand, Indiana

 

Merci pour cette participation!
 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

Trou de serrure

 

Un monde grince dans un trou de serrure.

On le verrouille à double tour, longe le

palier, tourne à gauche, contre un mur

crayeux, descend quatre sales marches,

vers la cage de l'ascenseur.

 

Derrière les épaules se découpent un

post-it rose avec le numéro du relevé

la plaquette de la porte, sans patronyme.

Désormais tu es personne ou rien que

l'ancien locataire, celui des souris, de

l'infiltration d'eau, sa facture à payer

au lieu des lettres et du cyclope.

 

Un monde grince dans un trou de serrure.

On évite de se retourner.

 

Derrière une autre porte, une voix hurle que

Cuche a fait le meilleur temps de course.

 

Silvia Härri (1975- ), Mention fragile, Genève, Samizdat, 2013.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 20:23

Lador ChevauxLu par Francis Richard.

Le site de l'éditeur.

 

Qu'il est mystérieux et curieux, l'univers mythologique installé par Pierre Yves Lador pour son dernier recueil de nouvelles, "Les Chevaux sauveurs"! Dix nouvelles sont réunies ici, reliés par l'action de chevaux condamnés, pour leur rédemption, à sauver un millier d'humains. Un mythe, dix légendes...

 

Ce n'est pas un ouvrage répétitif, comme on pourrait le craindre. Certes, les chevaux sauveurs jouent leur rôle dans chaque récit. Mais c'est peu de chose: l'auteur montre vite que l'essentiel est ailleurs. Le lecteur va donc se retrouver face à dix textes d'une grande inventivité narrative, qui jouent avec le très ordinaire, le terre-à-terre (un alpiniste a perdu sa banane, dans "La sacoche perdue") ou flirtent avec la philosophie et ses éthers - le banal allant du reste souvent de pair avec l'exceptionnel. Superbe est par exemple l'évocation de Lausanne, archétype du vide, dans "Lausanne ville évidante".

 

Cela ne serait rien encore si l'auteur n'était d'une inventivité verbale hors pair, qui fait de lui une voix bien identifiée, unique, dans le milieu des lettres romandes. "Les Chevaux sauveurs" se caractérise par une opulence verbale rare. Il y a d'abord la richesse du vocabulaire. Celle-ci est encore démultipliée par le jeu des échos et sonorités qui naît naturellement entre les mots, et que l'auteur prend un malin plaisir à renforcer, quitte à surprendre, à intriguer. Et tant qu'à faire, il va jusqu'à utiliser le lexique du terroir: les helvétismes, voire les vaudoisismes, sont présents et s'intègrent sans complexe dans le riche tissu du langage de l'auteur.

 

Les tours typiquement romands ont du reste tout à fait leur place dans un récit qui assume son ancrage local. Les mystérieux chevaux viennent du Pays d'Enhaut et plus d'un lieu romand, voire vaudois, est évoqué - comme si l'activité de ces chevaux sauveurs se limitait à un terroir, malgré la possibilité offerte d'aller plus loin (les trous dans la roche, qui débouchent sur quelques contrées lointaines: "L'Aéroport inutile" se joue à Ifriqiya, "J'ai épousé une spirochète" évoque l'îlot polynésien de Tikopia). Oscillant entre l'ici et l'ailleurs,, l'auteur n'hésite pas à évoquer les Alpes, avec ce qu'elles peuvent receler d'inquiétant ("Vêle de nuit bénévole", où tout se noue dans une télécabine en panne).

 

Signant avec "Les Chevaux sauveurs" un recueil dont chaque texte a des allures de conte moderne, Pierre Yves Lador ne renie nullement sa fringale de jouer avec les mots afin d'en épuiser le sens, le suc et les sonorités. On reconnaît sa plume dans certaines phrases longues, aux longues énumérations. Une fois de plus, l'écrivain vaudois cherche à embrasser l'univers en une poignée de mots. L'auteur ne recherche pas les voix de ses personnages (sont-ils l'auteur, d'ailleurs?), et les dialogues sont presque absents de ce livre, mais qu'importe! Cela donne une écriture dense, juteuse, qu'on prend le temps de savourer avec bonheur et de sucer jusqu'à en goûter la quintessence.

 

Pierre Yves Lador, Les Chevaux sauveurs, Vevey, Hélice Hélas, 2015. Illustrations d'Adrien Chevalley, postface d'Alexandre Grandjean.

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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 21:04

Hirsch LibertaliaLe site de l'auteur.

 

Le Second Empire s'effondre, la Commune est réprimée. C'est dans le contexte de la fin du XIXe siècle que Mikaël Hirsch a choisi d'installer son dernier roman. Il y est question de deux jeunes gens qui se construisent au fil des ans, dans une France et une Europe soudain changeantes. Chacun a ses convictions: l'un est juif, l'autre est nourri d'idées libertaires, et l'utopie de Libertalia les fait rêver et avancer. Quittant une Alsace passée sous le joug allemand, tous deux entendent monter à Paris. Et alors que Bartholdi l'Alsacien construit sa Statue de la Liberté, ces deux personnages, Baruch dit Bernard et Alphonse dit Fons, cherchent et trouvent leur place dans la société.

 

La question des fluctuations d'identité est centrale dans "Libertalia". Celle-ci est portée en particulier par le personnage de Baruch. L'auteur expose avec précision la tension que peut ressentir un jeune homme à la fois juif et alsacien: pour au moins l'un de ces traits, la société de son temps va le rejeter - et la superposition de ces deux caractères s'avère douloureuse, à moins d'en masquer une. Ce que souligne le changement de prénom. L'auteur suggère que le nom de famille pourrait aussi évoluer, de "Lehmann" en "Léman", du fond de l'Alsace à Paris.

 

Moins centrée sur elle-même, la figure de Fons n'en est pas moins captivante aussi: elle suit les idéologies de son époque. On verra ainsi passer les frères Reclus, ainsi que quelques idées de liberté bien dans l'air du temps. Libertalia, utopie ancienne instaurée à Madagascar et dont il ne reste rien, fait ainsi figure de mythe, de terre promise mythique qui fait avancer le bonhomme. Cela, non sans la possibilité d'une désillusion, illustrée de manière tranchante par la scène où Fons est initié aux mystères de la franc-maçonnerie.

 

La soif de liberté, l'ambition d'échapper à un déterminisme social pour être enfin soi-même irrigue ce roman, qui met en scène un voyage fluvial qui a tout d'une exploration. L'auteur la relate du reste dans le cadre d'un chapitre intitulé "Mississipi", comme si ce voyage sur la Marne, de l'Alsace à Paris, était une expédition dans le Nouveau monde. Echappe-t-on à ce déterminisme social? Pas sûr, si l'on en croit les vicissitudes sentimentales de Bernard, obligé de redevenir Baruch à certaines occasions. Et l'amertume n'épargne pas Fons, embarqué dans des aventures hasardeuses par-delà les océans, à l'instar du percement du canal de Panama: la liberté, le détachement, n'est-ce que cela?

 

Le sujet abordé par l'auteur est important, et celui-ci apprécie de le développer en des paragraphes compacts qui demandent au lecteur d'avoir du souffle. Il l'aide cependant en évoquant des éléments historiques détaillés et pas forcément connus, parfaitement intégrés à un propos qui dépasse la petite personne de ses personnages. "Libertalia", cette contrée rêvée et lointaine, c'est la métaphore d'un tournant historique, marquée par l'aspiration à une liberté qui paraît encore possible. Mais, conçue par un certain Bartholdi pour porter son flambeau bien haut, cette liberté n'est-elle pas déjà un leurre, un objet creux? En montrant les visiteurs payants du chantier de la Statue de la Liberté, idole monstrueuse, l'auteur de "Libertalia" le suggère...

 

Mikaël Hirsch, Libertalia, Paris, Intervalles, 2015.

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21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

Ma plage lumineuse

 

Ma plage lumineuse à la trop blanche écume,

Plage brûlée d'embruns, tu fus mon avenir,

Toi, mon port, écrin d'or, mon joyau dans la brume,

Emportée en mon coeur pour ne plus revenir.

 

Moi, l'enfant de la mer, dans mon automne rousse,

Aux flots infatigables, immortels sous la lune,

Mon vacarme de l'âme et ma danse si douce,

Derrière mes silences, enfouit mon infortune.

 

J'entends encor l'écho des cris des hirondelles,

Doux vacarme en ma tête au concert de l'ivresse;

Et narguant ma jeunesse et mon destin rebelle,

Mes songes flottent sur l'eau et hantent ma détresse.

 

Ma plage lumineuse, ma lumière, mon soleil,

Ma blancheur éclatante, enfance éblouissante

Restent collées à moi, ma mémoire vermeille,

Je garde ta clarté en folle effervescence.

 

Nelly Chamard, dans "Le Moniteur du Caveau stéphanois" n° 35, Saint-Etienne, octobre 2014.

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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20 juin 2015 6 20 /06 /juin /2015 20:40

hebergement d'imagePhilisine Cave propose une nouvelle participation au Défi Premier roman. Merci à elle! Il y est question du roman "Les Arpenteurs" de Kim Zupan. Et on dirait que c'est du tout bon! Je vous invite à découvrir son billet ici:

 

Kim Zupan, Les Arpenteurs.

 

A bientôt pour de nouvelles aventures!

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 19:16

Cordonier BleuLa recherche de l'or bleu, quasi alchimique, est-elle soluble dans les relations d'un homme avec ses semblables? Et réciproquement? Jusqu'où la confiance doit-elle aller? L'écrivain valaisan signe avec "Le bleu de l'or" un roman solide et passionnant, lancé sur un ton sensuel et porté, sur la distance, par un certain suspens et une analyse fine et approfondie des âmes et de la psychologie.

 

Le ton est donné dès le premier paragraphe: la vie des sens, lieu d'extases, constitue une constante de "Le bleu de l'or". Tout commence avec les premiers émois du narrateur, adolescent, face à une page de calendrier. Pour bien ferrer son lecteur, l'auteur, astucieux, monte cette scène initiale de manière à ce que le lecteur ne comprenne que progressivement de quoi il retourne. A cela vient s'ajouter un parfum de culpabilité et de secret... De ce point de départ, l'auteur va dériver vers les érotismes classiques et ceux qui le sont moins, allant jusqu'à plonger dans le monde des donjons SM et des "dominae".

 

Tout cela ne serait rien si ce n'était sous-tendu par une fine observation des âmes, réalisée avec succès par un auteur lui-même psychologue. Les dialogues sonnent vrai, les personnages interagissent de façon crédible. Le choix d'une narration à la première personne, qui donne la parole à un joaillier genevois en perte de vitesse, est en outre propice à l'introspection: Thomas, puisque c'est de lui qu'il s'agit, ne manque jamais de s'interroger sur sa vie, sur ce qui va advenir, sur la vérité enfin: ce qui lui arrive, chantage, ruine, vol, deuil, a tout l'air d'un complot. Et si Thomas, en définitive, n'était la victime que... de lui-même?

 

Cela va très loin, quitte à flirter avec certains méandres méconnus des neurosciences, en particulier la neurothéologie, qui permet à l'auteur de faire dériver son roman vers un mysticisme débridé... mais parfaitement explicable d'un point de vue scientifique, certaines extases étant par exemple liées à des formes d'épilepsie. Cela fait écho aux théories de Carl Gustav Jung, qui irriguent ce roman. Complexe? Non: l'auteur, passionné de vulgarisation scientifique, excelle à amener ces aspects sans jamais se perdre ni jargonner. Et en fin de roman, il propose quelques explications sur ses fondements théoriques.

 

Quant aux lieux, la Suisse romande est le terrain de jeu des personnages. Genève se présente comme un port d'attache. Le Valais, où réside un vigneron, fait figure de pôle des plaisirs de bouche, alors que Fribourg apparaît comme un pôle spirituel, dans la mesure où c'est là que vit le frère de Thomas, prêtre à l'âme tourmentée. Les lieux sont décrits de manière plus ou moins précise, et ne quittent jamais un léger flou artistique: certes, l'auteur sait décrire des lieux connus comme le Pérolles, fameux restaurant de Fribourg qui existe vraiment, mais le couvent Saint-Antonin, dans la même ville, paraît être une invention.

 

Nourri d'un suspens qui n'a rien à envier à celui d'un thriller, "Le bleu de l'or" est, enfin, un beau roman sur la confiance en soi, pas toujours évidente à conserver face aux épreuves. Des épreuves qui naissent des nécessaires rencontres. Lesquelles sont hostiles, lesquelles sont bienveillantes? L'auteur organise un tourbillon captivant au coeur duquel Thomas, le joaillier, devra apprendre à mieux se connaître et retrouver ses marques, entre faux semblants, jeux de masques et d'apparences menés de main de maître.

 

Daniel Cordonier, Le bleu de l'or, Lausanne, Favre, 2015.

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