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Lundi 12 mai 2008

Rade terminusMadagascar, le bout du monde, vraiment? En quatrième de couverture de son roman "Rade Terminus", Nicolas Fargues rappelle que si son roman a un but, c'est biend e faire comprendre au lecteur occidental que, considéré depuis tous les "bouts du monde" de la planète, l'occident, c'est le bout du monde. A chacun son point de vue; mais l'écrivain, qui a lui-même travaillé à Diégo-Suarez (Madagascar), défend bien le sien.

"Rade Terminus" présente en effet une belle brochette de personnages débarqués à Madagascar pour les motifs les plus divers. Leur point commun? Ils ne fichent pas grand-chose sur place, même ceux qui sont en mission pour une ONG. Cela renvoie à l'impuissance foncière du monde occidental à agir; Hervé, le seul personnage qu'on attrape à faire quelque chose de concret (construire un chemin pour sa secrétaire) se fait blâmer pour concussion.

Tous ces points de vue, tous ces regards permettent au romancier d'exposer une vision nuancée du pays, qui oscille en permanence entre mépris et fascination, avec un juste milieu peut-être exprimé par le personnage de Mathilde, en voyage de tourisme: "c'est beau, mais pas comme je l'imaginais", dit-elle en substance dans son journal. Quant au mépris, il s'exprime même, et très fort, à travers la bouche des locaux - à l'instar d'un Noir du cru, qui semble un original un peu escroc sur les bords.

Le jeu des personnages donne au lecteur, en principe occidental, l'occasion de réfléchir sur la vanité de l'Occident, à tout ce à quoi il tient alors que cela n'a qu'une valeur toute relative - les psys, par exemple. A ce titre, justement, le dialogue entre Mathilde et un chauffeur de taxi est emblématique: une tentative d'échange entre deux systèmes de valeurs qui fonctionnent... mais sont totalement différents. Celui du taxi semble, à bien des égards, plus sain... Réciproquement, l'épisode de Grégorien, fraîchement débarqué en France pour y mener des études, constitue également un point fort du roman. Le gaillard reste poli en permanence, face à un peuple de nantis qui le déconcerte par ses réponses peu amènes. Du grand cinéma!

C'est que Nicolas Fargues excelle également dans les scènes très visuelles, très cinématographiques. L'épisode de Grégorien mériterait d'être adapté à l'écran, mais aussi celui où l'on voit le jeune assistant Amaury se colleter avec une piqûre de moustique et de l'eau non potable dans sa chambre d'hôtel, avec pétage de plombs magistral à la clé.

Les départs et points de départ de ce roman sont en effet nombreux, mais n'aboutissent pas forcément, à l'instar de projets humanitaires auxquels même leurs responsables ne croient plus. On finit par avoir, au final, l'impression pas forcément déplaisante qu'il ne se passe rien dans ce roman. Pas grave: le résultat constitue un roman profondément original, tout en nuances et petites touches, peignant un pays oscillant entre l'amertume de l'Occidental et la vie quand même, sans doute plus intense à Madagascar qu'en Occident. "Rade Terminus" est par ailleurs pétri de paradoxes et d'éléments étranges, tels ceux exposés au chapitre 48, et renvoie effectivement l'Occidental blanc, lecteur de Fargues, à ses propres contradictions. Plus profond qu'il n'y paraît...

Nicolas Fargues, Rade Terminus, Paris. POL, 2004/Folio, 2005.

par Daniel Fattore publié dans : Livres
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Samedi 10 mai 2008

... on revient par la fenêtre. C'est un peu l'impression que j'ai quand je me rappelle les vicissitudes de la "réforme" orthographique lancée en 1990 par l'Académie française, Maurice Druon en tête. Qu'en dit actuellement l'institution du Quai de Conti? Avant tout qu'elle ne contient aucune disposition de caractère obligatoire; il s'agit donc plutôt de "recommandations". "Elle estime qu’il y a avantage à ce que lesdites recommandations ne soient pas mises en application par voie impérative et notamment par circulaire ministérielle", ajoute le site Internet de l'Académie française (déclaration du 17 janvier 1991).

Suite des événements en 1992: "
[...] nous n’avons inscrit à titre définitif que les modifications qui visaient principalement à harmoniser l’accentuation de certains mots, tels allègement, allègrement, etc., avec leur prononciation habituelle. Procédant aux rectifications de cet ordre nous avons indiqué, chaque fois que l’usage nous paraissait hésitant, l’existence ou la possibilité de deux graphies (évènement ou événement).", déclare Maurice Druon dans un "avertissement". 

Certaines graphies ont donc été intégrées au Dictionnaire de l'Académie française; les autres restent soumises à l'épreuve du temps, pour reprendre une expression chère aux Immortels, peu enclins à intégrer n'importe quel effet de mode à leur travail. On admet volontiers "chausse-trappe" ou "évènement", mais l'usage n'a pas encore renoncé à l'utilisation du circonflexe ou au changement de statut du tréma ("aigüe" plutôt que "aiguë").

Certaines graphies sont également reprises par les dictionnaires usuels à côté des orthographes qui nous sont familières, en particulier par le Robert, qui admet par exemple "platebande" à côté de "plate-bande". 

Alors, réforme? Si l'on oublie ce mot de "réforme" et son côté impératif, la chose devient franchement acceptable, et dans un tel esprit, nous intégrerons certains de ses éléments. Reste qu'il convient de ne pas être plus royaliste que le roi en tolérant "nénufar", par exemple, ou en reprenant les éléments les plus exotiques du document (qui écrit "vingt-et-un" pour 21, aujourd'hui? Cela est encore perçu comme fautif).

Sortie par la porte, rentrée par la fenêtre, donc? En tant que telles, les recommandations de 1990 ne sont pas admises en bloc dans les championnats d'orthographe. Seules comptent comme correctes les recommandations reprises par les dictionnaires usuels (en général Robert et Larousse). Je vous conseille de faire de même... cela choquera moins vos lecteurs.

par Daniel Fattore publié dans : Air du temps
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Samedi 10 mai 2008

... vous avez été 59, hier, à vous balader sur mon weblog pour en feuilleter les pages. Pour la première fois, la barre des cinquante visiteurs uniques a ainsi été franchie, et haut la main! Merci de vos passages, réguliers ou occasionnels. Vos visites et vos messages m'encouragent à continuer. A bientôt donc! 

par Daniel Fattore
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Vendredi 9 mai 2008

Napoléon III, ça vous dit sûrement quelque chose. Le coup d'Etat de 1851, aussi. Mais qu'est-ce que toute cette affaire peut bien nous raconter, à nous, hommes et femmes du vingt et unième siècle, alors que d'autres avant lui, Zola en tête, ont peint cette époque avec brio? On est en droit de se poser la question lorsqu'on ouvre l'ouvrage "Coup d'Etat", signé de l'Académicien français Pierre Moinot. Mais qu'on se rassure: l'Immortel sait très bien répondre à cette question.

J'ai évoqué Zola tout à l'heure, et il est vrai que c'est à cet écrivain que l'on pense dès qu'on évoque le Second Empire. Pierre Moinot est cependant trop astucieux pour s'en faire l'épigone servile. Son petit roman commence donc à la manière d'un récit picaresque, riche en rebondissements et en personnages pittoresques: on y trouve un traître nommé Dagon, un médecin nommé Depierris, des bateleurs, une scène de foire, un maquignon, et des scènes qui n'auraient pas dépareillé "Gil Blas de Santillane". Et ça marche! Tout cela permet cependant d'introduire une notion de duplicité du réel, manifeste dans la scène de la vente d'un cheval... et de ce qui s'ensuit. Méhus, personnage principal et vétérinaire de son état, achète en effet une monture, et tout lui semble clair, y compris le fait que le maquignon lui demande s'il peut regarder sa montre. Or, c'est celle-ci qui le trahit... puisque son attachement à la République, fatal dans le contexte de l'époque, y est marqué. Un geste innocent peut ainsi devenir la pire des trahisons.

Cet aspect aventureux s'interrompt brutalement avec l'épisode où Méhus se retrouve pris dans un guet-apens et, blessé, est contraint de se cacher chez des personnes de confiance. Petit à petit, Méhus réfléchit sur lui-même, et relativise son penchant pour les idées en privilégiant celui des humains. De soigneur, il devient soigné, dans le monde physique comme au niveau des idées, puisque le personnage évolue - d'une manière présentée comme incertaine (p. 220). Cela se traduit par l'oaristys qu'il connaît avec Madeleine, une idylle finalement très chaste puisqu'elle ne pourra pas se terminer - Madeleine faisant dès lors figure d'idéal inaccessible, de péché d'hybris même.

Cela se voit également dans un certain retour aux fondamentaux, à l'exemple du bonheur de la pêche ou des nourritures simples. Une approche très moderne de l'essentiel de la vie, d'autant plus que ce roman vient peu après des oeuvres artistiques mettant en exergue de tels petits plaisirs, à l'exemple de "La première gorgée de bière" de Philippe Delerm, ou du "Fabuleux destin d'Amélie Poulain", film de Jean-Pierre Jeunet. On est bien loin des grandes destinées des Rougon-Macquart!

Alors, que retenir de ce roman dont la première partie se déroule à l'extérieur, de manière active, et la seconde à l'intérieur, de façon plus personnelle? L'auteur montre toute l'affaire à travers les yeux de Méhus, républicain convaincu, qui fait figure de résistant au régime impérial qui se met en place et qui aura la légitimité du plébiscite, c'est-à-dire celle que confère le plus grand nombre. Face à lui, le pouvoir du Prince-Président est certes présenté comme lointain, mais aussi comme hostile et, surtout, illégitime: l'acte de déchirer la Constitution est, pour l'auteur, une forme de... coup d'Etat; Pierre Moinot, du reste, lâche en page 114 le terme de "dictateur" - une personne dont le pouvoir exclusif ne repose sur aucune légitimité, pas même celle de Dieu (qui est celle de la monarchie).

On pourrait voir dans ces actes, dans cette trame, une métaphore de la Résistance pendant la Seconde guerre mondiale; mais de manière plus intemporelle, j'aimerais y lire plutôt la résistance de toujours contre les idées reçues, contre le "mainstream" idéologique qu'on gobe sans esprit critique. Rappelons enfin que tout cela est fondé sur des personnages réels. Pierre Moinot parvient ainsi, et c'est l'une des portes d'entrée de l'art dans ce qu'il a de plus essentiel, à donner un sens au réel.

Pierre Moinot, Coup d'Etat, Paris, Gallimard/Folio, 2007.






par Daniel Fattore publié dans : Livres
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Jeudi 8 mai 2008

C'est pas tout de parler de poésie classique, s'agit de s'y mettre! Je crois m'en être relativement bien sorti pour ce truc-là. Bonne lecture!  

Internet


Internet est une aire où chacun tient salon.

Clavardage effronté, simple blog ou grand site,

Rapide est la parole, et les mots filent vite.

Petit rien, grand constat, tout propos semble bon.

 

On s’informe en tapant quelque lien d'air fripon ;

Un instant d’attention, puis l’on tient tout un mythe.

Ça paraît si sérieux que jamais l’on n’hésite :

Rien qu’un clic pour un scoop, tout cela tourne rond.

 

J’aimerais cependant ralentir mes idées,

Et calmer un moment ces broncas affolées.

Donnez-moi quelqu’instant, prêtez-moi rien qu’une heure

 

Pour chasser au galop l’univers virtuel.

Les écrans, les claviers, tout cela n’est que leurre ;
Le réel, je le sais, est bien plus naturel.

Daniel Fattore
Le 7 mai 2008

 

 

par Daniel Fattore publié dans : Textes originaux
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Mercredi 7 mai 2008

le petit robert"Le Petit Robert fait figure de gros bonnet", relevait une blogueuse, non sans esprit, il y a quelques jours. Mais si l'on fait entrer Larousse dans l'équation, si j'ose dire, et si l'on prolonge l'exercice par un périlleux triolisme intégrant Girodet, Grevisse ou n'importe lequel de ces allumés du verbe, on risque de trouver des trucs intéressants et surtout contradictoire, surtout si l'on farfouille dans les coins sombres.

Vous connaissez sans doute ces charmants petits insectes qu'on appelle "perce-oreilles". Les scientifiques les désignent par le terme de "forficule". Masculin ou féminin? Allez... les deux réponses sont bonnes: Robert le donne au masculin (parce qu'il a un prénom masculin!) et Larousse (comme Zora) au féminin, image en prime. Lors d'un championnat suisse d'orthographe organisé au début de ce siècle ou à la fin du précédent, les organisateurs ont dû se résoudre à tout accepter...

... naturellement, Robert colle plus souvent les mots composés, et admet "platebande" à côté de "plate-bande" - ce que Larousse ne fait pas, sans doute pour des raisons de place.

Et "thermos"? Grosse astuce, tombée dans un texte dicté par mes soins à Gruyères en 2006, mais écrit par quelqu'un d'autre qui l'utilisait au féminin. Pas faux... mais désormais, les dictionnaires acceptent le masculin. Allez, je viens de vous présenter un mot transsexuel. Il y en a d'autres: au Moyen Age, il paraît qu'on baptisait certains garçons du beau nom de Dorothée (qui rime fémininement avec Timothée, allez donc comprendre!).

Je viens par ailleurs d'effectuer un petit check dans le Larousse, au mot "table". Allez y voir: vous découvrirez qu'il y a une acception 1, une acception 2, une acception 4... et... QUI A PIQUE L'ACCEPTION 3? Un ami me l'avait signalé pour une ancienne édition (2006 ou 2007, sauf erreur), 2008 n'a pas corrigé ce monument taillé à ceux qui savent compter. 

Bernard PivoEt puis, le monde entier a entendu parler de Porto Alegre, et les plus finauds connaissent aussi Porto Velho. Où est le piège? Là, je pense, vous pouvez dire merci aux journalistes, qui ont parlé du forum social de Porto Alegre en l'amputant de son accent circonflexe sur son premier o (qui s'écrivait Pôrto). Et là, j'introduis un nouveau personnage: Bernard Pivot, grand dicteur devant l'Eternel, qui a dû être le dernier à piéger son monde avec ça: c'était en 1991, et le texte s'intitulait "La guerre des mots n'aura pas lieu". Depuis, le dicteur en chef s'est lui-même laissé avoir: alors que les dictionnaires ont rectifié la graphie de Porto Velho et de Porto Alegre en la rendant moins exotique, le recueil intégral des dictées de Bernard Pivot affirme de façon péremptoire que le circonflexe est bien là...

Quant à Girodet et à Larousse, leur mésentente est patente en ce qui concerne le pluriel des noms propres: l'un admet que les noms de lieux sont invariables au pluriel (les deux Allemagne), l'autre exige l'accord (les deux Allemagnes). Chouette, non? Ca va faire de la casse, et c'est le cas de le dire.

Enfin, dernier conseil, n'oubliez jamais l'accent aigu sur le i de Reykjavík! Il est requis... pour le moment.

Le blog de Clopine Trouillefou.

par Daniel Fattore publié dans : Air du temps
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Mercredi 7 mai 2008

... solution de la question de l'autre jour: la rhingrave est une sorte de haut-de-chausse à la mode au dix-septième siècle, avec des rubans. Ce vêtement tient son nom du rhingrave, qui est un dignitaire noble allemand.

M'en fous, j'aime mieux "rhynchote"...

par Daniel Fattore publié dans : Air du temps
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Mardi 6 mai 2008

plume d'oie #1L'auteur de textes en prose, ou de nouvelles, s'interroge volontiers sur le caractère fluide de son texte, mais aussi sur sa musicalité et sur son rythme. Pour ce faire, il recourt volontiers à une lecture à haute voix, gueuloir que Flaubert n'aurait pas renié. Mais pour développer une sensibilité musicale, a-t-il pensé à la poésie classique?

Avant tout, que les choses soient claires: le français n'a pas la musicalité de l'italien, de l'espagnol, ni même de l'allemand. Il lui faut donc trouver d'autres ressources. Pourtant, le génie francophone est parvenu, depuis longtemps, à créer des rythmes poétiques sur d'autres bases que les principes toniques - qui ne sont pourtant pas reniés. Et peu à peu, les règles de la poésie française se sont mises en place. Une harmonie solide, qu'on peut transgresser mais qui joue pour le poète le rôle des cours d'harmonie pour le compositeur: une base incontournable, un pied-à-terre où l'on revient.

Cette base est faite de formes fixes, de contraintes, de longueurs de vers précises, de rythmes mis en place au moyen d'hémistiches et de césures reproduisant la pulsion de la respiration humaine. Un carcan, une contrainte insoutenable? Que nenni, puisque de grands génies ont démontré l'étendue de leur talent en s'accommodant fort bien de tout cela. J'y vois plutôt un stimulant qui permet à l'auteur de dire ce qu'il veut avec d'autres mots, et de chercher plus profond, en lui-même, ce qu'il veut vraiment dire. Le tout, en musique... puisque la musique d'un alexandrin bien balancé est inimitable, et que le bannissement du hiatus garantit un bon équilibre entre voyelles et consonnes.

Pourtant, m'a dit un ami, la poésie classique est désertée par les jeunes, plus attirés par le style libre, en apparence plus facile. Plus facile, vraiment? Il n'est pas compliqué de poser quelques mots sur la feuille, et de dire: "C'est mon poème", sans même oser y toucher, de peur de trahir le caractère primesautier de ce qu'on exprime. A ce régime, pourquoi ne pas aller pousser un cri dans la rue? La bonne poésie libre est également musicale; quand au vers classique, son rythme double en quelque sorte le sens des mots, permettant à ceux-ci de mieux atteindre le coeur du lecteur, s'ils sont bien choisis. Peut-être l'auteur perd-t-il en profondeur; mais il gagne sans doute en puissance, à la manière d'une chanson.

Il y a plus préoccupant: les règles sont tombées dans l'oubli, ce qui fait que n'importe qui se sent suffisamment en forme pour monter un sonnet: quatorze vers, les doigts dans le nez! Or, du point de vue technique, sans être impossible, l'exercice nécessite de se souvenir de quelques canons. Ceux-ci ne sont pas là pour brider l'inspiration, mais bien pour la canaliser afin qu'elle jaillisse, plus ciblée donc plus forte.

Tout cela est profitable à l'écriture de romans, voire de nouvelles, car cela contraint à chercher en soi une manière moins banale, plus personnelle, de dire ce que l'on a à dire. Et, sans cesse, de faire en sorte que le texte se distingue du bottin téléphonique ou de la rubrique des faits divers de votre journal préféré.

Alors... à quand un bel et bon sonnet?

Pour en savoir plus: http://www.poete.ch.

par Daniel Fattore publié dans : Air du temps
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Dimanche 4 mai 2008

.Things I can't live without, N°5.. viandé dans les grandes largeurs, le matin, à la demi-finale des championnats suisses d'orthographe (je faisais pourtant partie de ceux qui râlaient le plus fort après la dictée!), je me suis vengé sur le stand de la Tribune de Genève, en début d'après-midi, en réalisant un sans-faute qui va nous valoir six mois d'abonnement à la Julie. La personne qui a donné la dictée m'a même invité à lui faire part des coquilles qui traînent dans ce journal, jour après jour, histoire de me faire des copains à la rédaction.

Quelques mots sur les deux épreuves... écrite par Francis Klotz, grand dicteur devant l'Eternel, la dictée du matin faisait la part belle au site de Trianon et à Marie-Antoinette. Autant d'occasions de piéger les candidats sur des questions de majuscules que je m'en vais potasser immédiatement - tout en restant conscient qu'au fond, la problématique des majuscules en français constitue une belle bouteille à l'encre. Et puis, une colle à tous ceux qui passent par là: qu'est-ce qu'une rhingrave? Là au moins, j'avais juste (sur la manière d'écrire le mot) - les huit fautes que je me suis compté se sont réparties ailleurs: accord litigieux d'un participe, majuscules, etc. Certes, la qualification pour la finale ne saurait faire un pli malgré ce nombre relativement important d'erreurs; mais à Chamoson, le 30 août, il faudra faire mieux pour décrocher un vol vers la Dictée des Amériques!

L'épreuve de l'après-midi avait son charme également, son côté intimiste: la TdG a mis en place une série de bancs où les candidats étaient serrés comme des écoliers d'antan. Relativement simple, le texte évoquait les vicissitudes du chat d'Evelyne Jaques, un animal nommé Attila (un prénom hunnique, comme chacun le sait!), qui a ses préférences en matière de crevettes: seules lui conviennent celles issues des mers froides. Quel pénible animal! Le caractère hunnique de l'animal ayant déjà fait des ravages dans d'autres textes du même auteur, j'avais gardé ce gag à l'esprit.

Bref, c'est tout ou rien! Merci à tous ceux qui m'ont souhaité bonne chance. Les deux Trianons (avec S) se trouveront dans quelque temps sur le site 
http://www.orthosuisse.ch - gardez les yeux ouverts.
 

par Daniel Fattore publié dans : Air du temps
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Vendredi 2 mai 2008

Le rubisJ'ai terminé hier le roman "Le Rubis", de Marie-Pierre de Cossé Brisac... et tout au long de ma lecture, j'ai voulu vous en parler et ce, pour plusieurs raisons.

La première qui m'est venue à l'esprit est que l'ouvrage évoque la haute noblesse française, dans ses grandeurs et ses travers. "Le Rubis" démarre donc en plantant le décor et, comme souvent, en explorant le passé des personnages et, surtout, du château de Loisans - qui joue là-dedans un rôle essentiel, au moins autant que le rubis éponyme. Une fois de plus donc, on a, au début de sa lecture, l'image d'une noblesse qui s'accroche à son passé, qui le contemple longuement. Dans le genre, on peut penser au très ludique "Casimir mène la grande vie" de Jean d'Ormesson.

Et comme dans ce dernier roman, "Le Rubis" est également très ancré dans l'époque qu'il peint, à savoir la période comprise entre 1940 et 1946. Les Allemands n'y sont pas envahissants, quoiqu'occupants: une excellente chose. L'auteur semble mettre en scène une province relativement coupée de son temps, où les militaires occupants se contentent de faire des visites touristiques au château de temps à autre. D'autre part, l'auteur peint le portrait d'une classe sociale déclassée par la Révolution française, mais qui a gardé ses habitudes (ne pas "déroger", ne pas travailler donc!) et son art de vivre, se présente comme un cercle très fermé, mais dont les valeurs parlent encore au lectorat du XXIe siècle - en particulier les valeurs chrétiennes, par rapport auxquelles les personnages tendent à se situer tout au long d'un récit qui leur fait la part belle, entre plein mysticisme (Zélie) et pratique extérieure.

Et qu'en est-il du roman lui-même? L'auteur arbore fièrement sa particule; on peut donc concevoir que certains des éléments de ce récit ont été vécus. L'ouvrage est à cent lieues de toute tentative expérimentale ou novatrice. Au lecteur, il donne donc l'impression d'une valeur sûre, d'un roman dont l'ambition première reste de raconter une histoire, avec un soupçon de fantastique distillé par la présence récurrente d'un rubis auquel on prête des pouvoirs protecteurs. Une saine lecture donc... avec peu de surprises, mais beaucoup d'agrément quand même.

Marie-Pierre de Cossé Brissac, Le Rubis, Paris, De Fallois, 2005.  

par Daniel Fattore publié dans : Livres
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