23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

Jour de marché

 

Aujourd'hui c'est jour de marché!

On étale vieilleries et fromages

Les brocanteurs et maraîchers

Accostent les gens au passage

 

Qui veut des pommes à la criée!

Chacun espère faire des affaires

Chacun du regard va fouiner

Très bien acheter, c'est bien payer

 

Et sous la chaleur du soleil,

On se prélasse, on s'émerveille

Des bibelots à quatre sous

Que l'on vend pour pas un clou

 

Et puis, sur le coup des treize heures

Les gens s'en font vers d'autres bonheurs,

Cueillir le fruit de leurs amours

Une tarte aux pommes bien chaude du four.

 

1er septembre 2008

 

Raphaël Meneghelli, Pèlerinage de vie, Fribourg, 2012.

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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21 novembre 2014 5 21 /11 /novembre /2014 21:25

partage photo gratuitUn Salon du Livre Romand? C'est ce qui va se passer dès demain 9h00/9h30 à Espace Gruyère à Bulle. C'est à l'écrivaine et éditrice Marilyn Stellini que nous devons cette heureuse initiative, qui vient combler une lacune: mis à part les grand-messes de Genève, de Morges et du Locle (voire Gruyères, dans un registre différent), et quelques événements prometteurs et neufs tels que le Salon d'Auvernier (organisé par l'AENJ) et celui du Grand-Saconnex, consacré à la petite édition, les salons du livre sont relativement peu nombreux en Suisse romande.

 

Qu'en est-il? Le Salon du livre romand accueille, samedi et dimanche 22 et 23 novembre 2014, plus de 65 écrivains sur une bonne dizaine de stands tenus par des éditeurs et des associations d'écrivains (SFE, AVE), voire des auteurs individuels tels que Pierrick Destraz, fils de Henri Dès. L'événement prévoit aussi des lectures et causeries sans interruption. Tout est prévu pour discuter avec les auteurs, même des chaises...

 

La Société fribourgeoise des écrivains sera présente en force, avec plus d'une quinzaine de ses membres. Ceux-ci dédicaceront leurs oeuvres sur leur stand, à gauche en entrant (vous ne pourrez pas nous louper! Notre programme détaillé est ici). En outre, Marie-Christine Buffat, Claude Maier, Alain-Jacques Tornare et François Gachoud auront des animations à eux: lectures, causeries, chasse au trésor. Enfin, c'est Tiffany Schneuwly qui s'occupe du Speed Booking - une formule qui permet de rapprocher auteurs et éditeurs à la manière d'un Speed Dating. Enfin, Votre serviteur hantera également les lieux... bienvenue, venez nombreux!

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Publié par Daniel Fattore - dans Littératures
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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 20:47

partage photo gratuitLu par Francis Richard, Jean-Louis Kuffer.

Le blog de l'auteur.

 

Une femme, un quartier, un écrivain. Et plusieurs enfantements. Tels sont les ingrédients du roman "Notre Dame du Fort-Barreau" de Jean-Michel Olivier. Publié pour la première fois en 2008, ce roman en forme de portrait et d'hommage vient d'être réédité dans la collection "Poche Suisse".

 

Les enfantements d'un roman

Plusieurs enfantements... Les allusions au processus de mise au monde sont nombreuses, et paraissent d'autant plus denses qu'elles s'accumulent au début de ce court roman (cent pages). De la manière la plus générale, l'auteur fixe l'époque de sa narration aux années 1970, ainsi décrites: "Tandis que la France sommeille sous Giscard, un nouveau monde est en gésine."

 

De manière plus précise, l'auteur rapproche le ventre fécond de la femme et les murs de la pièce où il va écrire ses premiers ouvrages - la création prenant des allures de procréation. Dans une telle optique, Théa, qui a trouvé un logement à l'auteur, fait figure d'accoucheuse d'une oeuvre littéraire qui, soit dit en pasant, va mener Jean-Michel Olivier au prix Interallié.

 

Théa... il est intéressant de noter que Théa, que les médecins ont crue stérile, devient mère assez vite - alors que Jeanne, la propriétaire, n'a pas d'enfant, si ce n'est les locataires des deux immeubles qu'elle possède dans le quartier genevois des Grottes.

 

Un portrait saisissant...

Jeanne, justement... elle est le coeur de ce roman. L'auteur en dresse un portrait saisissant, tissé de paradoxes. Il y a les côtés pittoresques, les coups de sonnette donnés du bout du pied, les loyers modiques encaissés de la main à la main, les oeuvres d'art inestimables données ou perdues, la tenue vestimentaire misérable d'une dame excentrique, millionnaire aux allures de clocharde.

 

L'auteur évoque avec émotion ses relations avec cette dame, et se dévoile jusqu'au bout de son manque de courage, à l'occasion d'un passage dans une boulangerie. Sensible, il évoque de premiers ouvrages lus par elle. Mais ce n'est qu'après son décès qu'il découvre le secret étonnant qui relie Jeanne et l'oeuvre de l'écrivain.

 

La modestie, enfin, caractérise Jeanne, et l'auteur fait de ce trait de caractère une constante - qu'il attribue à une certaine culture protestante. Quelle profondeur dans ce portrait littéraire, construit à partir de souvenirs et d'éléments épars!

 

... un quartier et une histoire

L'auteur ancre son récit dans une époque et dans un lieu, conscient qu'ils sont indissociables de la personne de Jeanne. C'est que les immeubles dont elle est propriétaire ont été construits par le père de Jeanne, dans le but avoué d'abriter des personnes modestes.

 

Dès lors, l'auteur dépeint brièvement l'histoire d'un quartier populaire de Genève, menacé par des projets pharaoniques de développement, puis sauvé. Rapide et efficace, le romancier sait s'arrêter avant de devenir didactique en ces pages. Reste que le lecteur d'aujourd'hui, pour peu qu'il lise les choses dans le désordre, pensera sans doute au tout récent "33, rue des Grottes" de Lolvé Tillmanns, que ce soit en raison des lieux décrits ou, dans une certaine mesure, des personnages évoqués. A moins qu'avec le Léon Savary du "Cordon d'argent", il ne reconnaisse, au détour d'une page, la brasserie Landolt, où Lénine aurait eu ses habitudes jadis.

 

Ce bref ouvrage est donc l'hommage d'un écrivain à sa propriétaire, à celle qui lui a offert, à un prix modique, un ventre pour la gestation de se premiers romans. L'auteur n'hésite pas à présenter Jeanne comme la mère des artistes et autres personnes interlopes qui ont vécu dans ses deux immeubles. Dès lors, "Notre Dame du Fort Barreau" prend les allures émouvantes d'un hommage filial.

 

Jean-Michel Olivier, Notre Dame du Fort-Barreau, L'Age d'Homme/Poche Suisse, 2014.

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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

Si tu veux

 

Si tu veux chanter plus que l'hirondelle,

Si tu veux clamer ton espoir aux cieux,

En fuyant les murs de la citadelle

Et tous les décors qu'ignoraient tes yeux,

Ne dédaigne pas ce qui fait le monde

Et rend quelquefois l'amour emprunté!

Quelqu'un te fera place dans la ronde

Si tu veux chanter!

 

Si tu veux rêver ton rêve impossible,

Si tu veux garder l'espoir en demain,

Atteindre ce port presque inaccessible

Où la vague fuit au creux de ta main,

Ne regarde pas la route derrière

Ni le souvenir qui veut t'éprouver!

A ton coeur ne mets aucune barrière

Si tu veux rêver!

 

Si tu veux aimer avec ton envie,

Si tu veux partir en restant au port,

Sans jamais quitter la route suivie,

Parce que partir c'est un peu la mort,

Ne lésine pas avec la tendresse

Et prends quelque temps pour la bien semer!

Tu sauras goûter la joie et l'ivresse

Si tu veux aimer!

 

Edouard Piolet, dans Moniteur du Caveau stéphanois, Saint-Etienne, octobre 1984.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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14 novembre 2014 5 14 /11 /novembre /2014 21:08

partage photo gratuitDéfi Vivent nos régions.

 

"Il y a, tu sais, dans l'Ecclésiaste, vers la fin, un très beau passage, qui dit à peu près ceci: ..."avant que se rompe le cordon d'argent, que se brise l'ampoule d'or...". Ce cordon d'argent, c'est la vie qui s'en va; mais c'est aussi l'amitié, notre amitié qui reste." Vers le milieu du roman, ces quelques mots tirés de l'Ancien Testament donnent tout son sens au superbe et mystérieux titre du roman "Le Cordon d'argent", auquel l'écrivain romand Léon Savary (1895-1968), journaliste et figure marquante de la littérature suisse d'expression française, a mis un point final à Berne en 1940.

 

L'auteur construit son ouvrage à la manière d'un opéra qui s'ouvre sur un choeur où tous les acteurs interviennent de concert en une belle scène d'exposition avant de se poursuivre sur des ensembles moins nombreux (les duos prenant la forme de dialogues, les grands airs étant représentés par des portraits littéraires aussi exacts que celui de Rouvet) et de s'achever sur une nouvelle prise de distance chorale: tout commence au sein de la société académique des Belles-Lettres, et tout s'y achève, dans un bel ensemble, d'abord total, puis fragmenté et lourd de tensions, et enfin reformé en une totalité plus saine.

 

Et si l'auteur excelle à dépeindre les événements de groupe, il est aussi habile à camper des lieux (on est à Genève, pas de doute possible, des lieux sont cités) et des personnages, voire des types, qui sauront fasciner. La figure du traître, évidemment, captive avant tout: le lettreux anarchiste Simon Rouvet est complexe, et l'auteur va jusqu'à creuser ses antécédents familiaux les plus concrets pour lui donner toute son épaisseur d'être manipulateur et odieux, mais qui cache une blessure, et amener le lecteur à y croire. Ses cheveux roux même le distinguent des autres...

 

Face à lui, Manou est la figure populaire par excellence, et l'auteur flirte avec la caricature en développant ce personnage paré de toutes les qualités. Prenant souvent la forme de dialogues aux répliques longues, les tensions s'installent aussi à l'occasion de vieux débats tels que l'opposition catholique/protestant - que l'auteur résout en un second temps en rapprochant, dans un esprit oecuménique, les deux amis qui aimaient à confronter leurs pratiques religieuses. Et si l'un prie pour l'autre dans la religion de l'autre, la réciproque est aussi vraie - et l'auteur ne manque pas de l'indiquer.

 

L'auteur offre donc un très beau roman sur l'amitié entre jeunes gens, rédigée dans un style classique qui, s'il n'a rien à faire avec une quelconque avant-garde romande, conserve toute son acuité. L'amitié se décline dans ses forces et ses vicissitudes, et l'auteur a l'habileté de planter dès le début, dans le premier chapitre, quelques fausses notes qui vont intriguer: René veut parler à tout prix à Manou, d'une manière peu naturelle entre amis, dès le début, mais on ne sait guère de quoi. Dissonance d'amitié qui installe un suspens accrocheur et rappelle les sonorités boiteuses du piano du local où se retrouvent les bellettriens. Et dissonance qu'on retrouve, d'un point de vue formel, dans l'apparition intempestive de verbes au présent dans un premier chapitre rédigé au passé.

 

Chapitre premier justement, sans doute le plus important: l'auteur en fait une scène d'exposition dans ce que cette expression peut avoir de plus fort, de plus canonique aussi. En dépeignant la tenue d'une réunion de la société des Belles-Lettres et son rituel, il fait oeuvre de poète. Il recourt volontiers au registre et au lexique de la liturgie catholique, qui lui est familier. Il n'en faut pas moins pour suggérer un ordonnancement; celui-ci s'oppose cependant au goût de la jeunesse pour un certain désordre. La tension entre ces deux pôles, extrême dans le premier chapitre du "Cordon d'argent", est pleinement assumée par l'auteur. Il s'en explique dans quelques paragraphes plus généraux sur la vénérable société d'étudiants.

 

C'est que de bout en bout, "Le Cordon d'argent" laisse au lecteur l'impression que l'auteur, en rédigeant un roman sur Belles-Lettres, rend également un hommage appuyé à cette société d'étudiants, à sa spécificité (notamment face à d'autres sociétés d'étudiants d'inspiration germanique, aux usages plus rigides) et à ses traditions - on pense aux rituels du sapin vert. Et c'est un ancien qui se montre le plus prolixe à ce sujet, comme si l'auteur avait voulu donner à un personnage qui a du recul le rôle de thuriféraire. Le portrait est saisissant et cordial; tout au plus aurait-on voulu que l'auteur développe davantage, de manière plus prégnante, l'idée que la société d'étudiants Belles-Lettres a contribué à la formation d'un certain esprit romand.

 

Lui-même ancien de la société des Belles-Lettres, Léon Savary offre ainsi un instantané d'une équipe de jeunes gens dont on sent qu'elle lui a été chère. On a pu lui reprocher d'avoir offert là un roman bavard (on pense à Pierre-Olivier Walzer, c'était dans le "Journal de Genève", le 14 avril 1979: "un roman bellettrien, rempli de vain bavardage", juge-t-il sévèrement). Alors certes, les personnages discutent beaucoup entre eux, et l'auteur use et abuse du dialogue pour faire passer des idées. Reste que ces dernières sont solidement étayées par des sources classiques ou modernes, et donnent à voir de jeunes gens cultivés, parfaitement au courant des débats d'idées du moment et désireux de "frotter et limer leur cervelle contre celle d'autrui".

 

Le lecteur d'aujourd'hui pourrait par ailleurs reprocher à l'auteur de n'offrir aux femmes que la portion congrue de son propos. On peut attribuer cette situation au fait que la société d'étudiants dépeinte est masculine au temps de l'écriture du "Cordon d'argent" (elle est mixte aujourd'hui, et présidée par Mme Joëlle Bettex pour 2014-2015). Reste que l'auteur est tout à fait en mesure de dépeindre de beaux personnages féminins, à l'instar de Clarisse, dite "Petit copain", la soeur de Manou: la qualité prend le pas sur la quantité, et l'auteur suggère, à travers quelques anecdotes, qu'en toute chose, il faut chercher la femme.

 

Le lecteur du "Cordon d'argent" goûte un roman solide, témoin d'une vision ambitieuse de l'amitié. L'auteur y partage aussi des souvenirs de jeunesse, tout n'étant pas dupe: âgé de 45 ans au moment où il achève "Le Cordon d'argent", il sait qu'il ne retrouvera jamais ce qui a fait la splendeur et l'éclat de ses vingt ans - ce que suggèrent les tout derniers paragraphes du roman, étonnamment gris et nostalgiques. L'amitié et la jeunesse étant des thèmes intemporels, comme l'est la langue de l'auteur, "Le Cordon d'argent" saura parler, à n'en pas douter, à tout un lectorat jeune ou moins jeune, à trois quarts de siècle de distance.

 

Léon Savary, Le Cordon d'argent, Lausanne, L'Age d'Homme, 1997. Première parution chez Victor Attinger, 1940.

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12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 22:03

partage photo gratuitLu par Calypso, Caroline Doudet, Jostein, McChipie, Mina Merteuil.

Défi Rentrée littéraire.

Le site de l'éditeur.

 

"Manoir des mélancolies" fait partie des publications atypiques de la rentrée littéraire 2014. Signé du poète alsacien Jean-Paul Klée (rien à voir avec l'artiste Paul Klee), cet ouvrage recèle une cinquantaine de brèves proses poétiques qui évoquent les petits riens de la vie - et aussi de la mort. Si l'on en croit certains indices disséminés dans le texte, elles évoquent les années 2003, telles que l'auteur les a vécues et perçues; peut-être ont-elles été écrites à ce moment.

 

Petits riens... il est vrai que le propos s'avère fort secondaire, et qu'on oublie vite de quoi il s'agit, concrètement, au fil des pages. Même s'il fait preuve d'un certain humour, d'un détachement et d'un souci de fulgurance incontestables, l'auteur omet de raconter des choses vraiment marquantes afin de laisser une trace, si modeste qu'elle soit, dans la mémoire du lecteur.

 

Tout au plus se souvient-on d'un ancrage alsacien assumé (il est question de Strasbourg, d'Obernai...) et de la figure d'Olivier Larizza, auteur de "Le Best-seller de la rentrée littéraire" - paru chez le même éditeur que "Manoir des mélancolies".

 

L'impression d'inconsistance est cependant rattrapée, un peu, par les choix stylistiques et formels de l'auteur, qui ne manqueront pas d'interpeller le lecteur: l'auteur crée une musique des mots et, en ce sens, il fait oeuvre (formelle) de poète.

 

Dès les premières phrases, on sent l'option de l'archaïsme, marqué par l'usage de l'esperluette. La langue est malmenée: les mots secondaires du discours, tels que certaines conjonctions, disparaissent. Cela, sans compter le jeu sur la ponctuation, où l'auteur privilégie systématiquement le rythme au détriment du sens. Allant à l'essentiel, par exemple, il n'hésite pas à faire disparaître les points et à n'écrire que les majuscules au début des phrases. Au diable la redondance typographique... Enfin, l'orthographe est parfois bousculée, afin de dévoiler les sens potentiels de certaines homophonies (fait/fée).

 

Le lecteur sera surpris, en fin de recueil, par une lettre sans doute fantaisiste signée Adelaide von Pulferstein, figure sans doute fictive qui loue les qualités de l'ouvrage (cette occurrence de son nom, sur le présent blog, devrait être la seule si vous exécutez une recherche sur Google...). Etait-ce bien nécessaire? Cela laisse l'impression désagréable que l'auteur, peu sûr de lui, cherche à se mettre en valeur par le biais d'un argument d'autorité créé de toutes pièces.

 

"Manoir des mélancolies" laisse donc une impression mitigée: on sera certes charmé ou étonné par les choix formels de l'auteur, qui forgent une langue unique, qu'on sent travaillée malgré la présence de quelques procédés récurrents. Mais, mise au service de récits trop peu consistants, elle fait figure, et c'est dommage, de coquille vide.

 

Jean-Paul Klée, Manoir des mélancolies, Paris, Andersen, 2014.

 

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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 22:50

hebergement d'imageDéfi Thrillers et polars.

 

Il était dans ma pile à lire! Il a fallu que Lydie Salvayre décroche le Prix Goncourt et qu'elle soit présente à la Fête du Livre de Saint-Etienne pour que j'aille récupérer "Passage à l'ennemie", un vieux poche de plus de dix ans. Honte sur moi: c'est une lecture formidable, rapide et rythmée, qui révèle une véritable voix.

 

L'histoire est facile, déjà vue peut-être: un policier tombe amoureux d'une des personnes qu'il est censé surveiller, ce qui influe sur son point de vue. Mais si l'intrigue est simple, l'auteure sait offrir d'autres trésors à son lectorat.

 

Importance et fluctuations du style

Il y a d'abord le style choisi. De loin, "Passage à l'ennemie" se présente comme une succession de rapports de police signés de l'inspecteur Arjona. On peut certes s'attendre à un ton "implacable et martial", comme le promet la quatrième de couverture. Mais dès les premières phrases, l'auteure suggère que quelque chose va dévier: le grain de sable est dans la machine, dès les premières phrases.

 

Sans tarder, en effet, elle introduit des éléments de prise de distance: l'outrance des mots, l'utilisation ostentatoire de la troisième personne du singulier ("le soussigné" - un petit côté Alain Delon revu par les caricaturistes), et l'expression, de la part d'Arjona, de considérations personnelles déplacées dans un rapport de police - sans oublier les notes de frais pour des services farfelus tels qu'un cours de hip-hop. Autant d'éléments qui suggèrent l'ironie et - c'est le sommet de l'art du poète - créent une voix. Autant dire que les rapports successifs en apprennent davantage sur Arjona que sur ce qu'Arjona est chargé de surveiller.

 

Cette voix va connaître des fluctuations. L'auteure amène un adjuvant efficace à ces fluctuations: la consommation de haschich. En a-t-elle vraiment besoin? Pas sûr: le style se fond par ailleurs avec les sentiments amoureux de l'inspecteur Arjona, qui se fait lyrique dès lors qu'il est question de sa "Dulcinée" et ose, en d'étonnants élans de passion, des mots vulgaires peu en phase avec son éducation catholique stricte.

 

Quelques personnages

La voix d'Arjona est difficile à rendre sympathique: l'inspecteur est un sacré bonhomme, chargé, qui a tout de la caricature. Comme policier, il tient à se montrer loyal jusqu'au bout, droit dans ses bottes, quitte à assumer un fond d'hypocrisie (il ose paraphraser le Tartufe de Molière, p. 90) et à surjouer. L'auteur profite de ce personnage difficile à aimer pour glisser quelques stéréotypes catholards et donner à voir certains aspects du statut de l'écrivain, à travers la figure de Vallendray, poète "transgressif" de bistrot.

 

Face à Arjona, le mutisme de Dulcinée la bien-aimée est très parlant, si j'ose cet oxymore. Il est impossible d'y voir une indifférence brutale, puisque Dulcinée ne dédaigne pas l'expression non verbale de ce qu'elle ressent: regards, sourires à peine marqués, pleurs. C'est cependant Arjona qui finira par reconstruire son histoire, commune, en utilisant la forme habituelle du rapport de police, chiffré et donc rythmé. Et s'il s'avère incapable de parvenir à ses fins (p. 69 ss, on n'est pas loin de la tentative de viol), il comprend qu'il y a peut-être quelque chose à faire et, en bon macho, ne désespère pas.

 

Le roman recèle encore quelques personnages secondaires, qui donnent à voir les dysfonctionnements de la vie d'une bande des banlieues françaises: un gamin mal élevé nommé Bilal, ou un père dévoyé - selon les normes communément admises.

 

La datation des rapports, enfin, laisse deviner un personnage particulier: le ministre de l'Interieur. Il est facile de découvrir de qui il s'agit: "[...] M. le Ministre de la Police, petit par sa taille comme tous ceux qui jouent les durs, était affligé d'une démarche qui s'inscrivait dans la meilleure tradition du matamore: torse exagéré, genoux écartés, pieds en canard, balancement rythmique des bras et, sur la face, un air d'empire." Tout se passe au début 2003; vous avez deviné?

 

Les rapports de police subvertis

Les forces de l'ordre face au monde des banlieues libertaires: au fil de rapides rapports de police qui paraissent parfois absurdes ou délirants, l'auteure accroche son lectorat grâce à son sens du rythme: les numéros se succèdent vite, parfois à une cadence qui tient plus de l'urgence de raconter que du rôle d'exposition froide qui est assigné aux rapports de police.

 

Fort, ce roman l'est de la subversion de la forme du rapport de police, et, à travers cela, de la manière de vivre d'un représentant de l'autorité qui doit soudain vivre sous la double emprise de l'amour et des vapeurs du chanvre fumé. Qui en sortirait indemne? Et qui n'y verrait pas la peinture des limites d'une police de proximité trop rigide?

 

Lydie Salvayre, Passage à l'ennemie, Paris, Seuil, 2003.

 

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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

Puy-de-Dôme

 

Il projette en plein ciel au-dessus de Clermont

Sa haute cime ronde à la puissante assise.

Un diadème étrange et lourd de pierre grise,

Dans l'herbe courte et la bruyère, orne son front.

 

Il est frère des Puys, des Dômes et des Plombs,

Nés d'un sol fracturé, comme lui, par surprise,

Aux vieux âges du monde, et qui parfois s'irisent

Du bref éclat d'un lac de cratère profond.

 

C'est le maître du lieu contemplant son domaine,

Le robuste maillon détaché de la chaîne,

Que les Puys, vers l'Ouest, déploient en éventail.

 

Il est borne-frontière entre plaine et montagnes,

Il est vieux compagnon de la ville au travail

Et dernier bastion veillant sur les Limagnes.

 

Anne Serre (1960- ), Sonnets sornettes etc..., Saint-Etienne, 1981.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 20:09

partage photo gratuitEntendre une couleur. Voir un son. Avec "Le Flux et le Fixe", paru chez Fayard, le musicologue Jean-Noël von der Weid (que je remercie ici pour l'envoi du livre) explore les points de contact entre deux arts que tout semble opposer: la peinture, art du fixe, et la musique, art du flux. Au fil des 189 pages de texte de ce livre érudit au style soigné voire précieux, le lecteur sera frappé par une évidence: ces deux arts sont plus proches qu'on ne le croit généralement. Les mots permettent certes ce rapprochement, par la grâce de la poésie. Mais l'auteur, une fois cela posé, va plus loin.

 

Commençons par signaler que l'exposé évoque les cas de compositeurs qui ont également pratiqué les arts picturaux, et des peintres qui se sont mis à la musique. On songe à Ingres, bien sûr, mais aussi à Arnold Schoenberg, qui hésita longtemps entre la musique et les beaux-arts avant de devenir définitivement, pour la postérité, l'homme de la deuxième école de Vienne. L'auteur va jusqu'à nommer ces compositeurs contemporains, avant-gardistes, qui font de leurs partitions des objets qu'on regarde, au moins autant qu'on écoute la musique qu'elles transcrivent.

 

D'innombrables descriptions de tableaux émaillent "Le Flux et le Fixe", montrant comment la musique et sa pratique sont perçues par les artistes d'hier et d'aujourd'hui. Le choix est fouillé, tous azimuts: certains tableaux sont fameux (on verra "Le Cri" d'Edvard Munch), d'autres sont méconnus. Les références de chaque tableau sont indiquées en fin d'ouvrage, permettant au lecteur d'aller les retrouver sur Internet ou dans les musées. Une démarche fastidieuse pour le lecteur si elle est systématique, certes (même si tout est là). Mais elle est captivante si l'on se concentre sur les oeuvres citées qui titillent la curiosité. C'est que l'auteur intrigue... par exemple lorsqu'il relève, avec un clin d'oeil, quelque détail coquin d'une oeuvre du XVIIIe siècle.

 

Réciproquement, l'auteur souligne la volonté des compositeurs de créer des couleurs par la musique - il évoque entre autres la "Klangfarbenmelodie" de la seconde école de Vienne et aux recherches sonores qui sont les siennes, notamment avec Anton Webern. Les recherches sonores des futuristes italiens (tel l'"intonarumori", orgue à bruits) ont aussi leur place dans "Le Flux et le Fixe"; l'auteur expose de manière synthétique les objectifs de compositeurs tels que Luigi Russolo, mais aussi les limites d'une démarche artistique consistant à faire de la musique avec du bruit.

 

Familier des musiques et des arts les plus contemporains, l'auteur n'hésite pas à citer des compositeurs rares et actuels. Il évoque les démarches de certains d'entre eux, désireux de montrer la couleur d'un son, quitte à l'isoler dans des compositions éclatées. Celles-ci font écho aux idées de musique des sphères, mentionnées en début d'ouvrage, et qui, si elles paraissent vaines au lecteur actuel, ont inspiré les artistes de tout poil.

 

Ainsi se dessine, au fil de pages denses qui tiennent tantôt de la juxtaposition d'exemples, tantôt de l'analyse fine et savante, une frontière pour le moins floue et poreuse: celle que l'on a bien voulu mettre entre la peinture et la musique, et que les artistes n'ont eu de cesse d'essayer de franchir, de transgresser. Le voyage est fascinant, instructif: "Le Flux et le Fixe" est l'ouvrage d'un auteur attentif, curieux de tout ce qui se passe autour de lui.

 

Jean-Noël von der Weid, Le Flux et le Fixe, Paris, Fayard, 2012.

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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 22:03

hebergement d'imageLe site de l'éditeur - merci pour l'envoi de ce livre!

Défi Rentrée littéraire (au sens large...)

 

Affaires, vous avez dit affaires... celles-ci font régulièrement la une de la presse: Dieudonné, Bygmalion, Mur des Cons, et l'on en oublie. Paru chez Max Milo, "Les dessous des affaires judiciaires" décrypte certaines affaires judiciaires françaises fortement médiatisées, récentes ou anciennes, et jette un éclairage cru sur un pouvoir judiciaire français qui, selon les auteurs - Marcel Gay et Frédéric Crotta - entend sincèrement aller dans le sens d'une plus grande justice pour tous mais manque sévèrement de moyens.

 

Il y a donc le décryptage des affaires judiciaires. Les auteurs commencent fort, avec un rappel de l'affaire Dieudonné et des "quenelles" et d'un spectacle controversé. Le chapitre consacré à cet aspect a le mérite de donner une version synthétique de l'affaire, un rappel qui dit l'essentiel. Le lecteur accrochera sans peine à la narration de cette histoire, rédigée dans un ton familier et flatteur juste ce qu'il faut. Les auteurs s'efforcent de rester journalistes, donc assez neutres et factuels dans leur regard. C'est un bon retour sur l'affaire; les intéressés pourront le compléter, par exemple, par la lecture de "Interdit de rire", ouvrage moins neutre, signé David de Stefano et Sanjay Mirabeau, avocats de l'humoriste (chez Xenia; chronique chez Francis Richard).

 

Les auteurs des "Dessous des affaires judiciaires" vont plus loin en dévoilant les facettes de l'affaire Bygmalion, si complexe qu'elle occupe pas moins de deux chapitres de l'ouvrage. Factuels, les auteurs en démontent les éléments, un à un, de manière claire. Reste que le lecteur aura toujours l'impression, en présence de l'affaire Bygmalion, de se trouver face à un jeu de poupées gigognes aux visages connus (Sarkozy, Lavrilleux, Hortefeux...) où un scandale peut en cacher un autre. Pas forcément plus petit, d'ailleurs...

 

Derrière les scandales, les auteurs exposent le fonctionnement de la justice, avec ses splendeurs et ses misères. Il y a les collusions d'intérêts possibles avec les tribunaux de commerce, la difficulté à établir la vérité dans le cadre d'une instruction (l'ADN est-il vraiment "la reine des preuves"?), la question épineuse du caractère définitif ou non d'un acquittement selon le droit français. Les chapitres consacrés à ces questions sont certes plus théoriques que l'exposition des affaires précitées. Mais les auteurs ont l'adresse de les illustrer d'affaires du passé ou du présent proche. Ainsi ces pages sont-elles les plus intéressantes, dans la mesure où elles dépassent le simple rappel de vieux scandales et invitent le lecteur à aller voir ce qui se passe dans les coulisses - ces fameux "dessous des affaires judiciaires". Elles sont aussi les plus conformes à la préface, qui annonce la couleur en faisant un état des lieux alarmant de la justice française.

 

Cet intéressant ouvrage d'actualité bien franco-français tente le grand écart entre la narration des affaires scandaleuses de ces derniers mois et l'approche analytique de ce qui se passe en arrière-plan. Du coup, hésitant entre ces deux pôles, il ne saurait séduire les amateurs de scandales bien croustillants, et peut laisser sur leur faim les amateurs d'analyses pointues au goût de reportage. Ceux-ci seront cependant les mieux servis, en définitive, puisque les auteurs posent quelques bonnes questions que le grand public ne soupçonne pas toujours, et y amènent de bons éléments de réponses. Le propos est complété, en fin d'ouvrage, par un "Who's Who" des personnalités qui traversent "Les dessous des affaires judiciaires": ministre (Christiane Taubira, un portrait complet, admiratif mais nuancé), magistrats, avocats, journalistes. Ultime atout de ce livre: il se lit tout seul!

 

Marcel Gay, Frédéric Crotta, Les dessous des affaires judiciaires, Paris, Max Milo, 2014.

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Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais
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