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21 décembre 2014 7 21 /12 /décembre /2014 18:24

hebergement d'imageDéfi Premier roman.

Le site de l'éditeur.

 

Un premier roman qui parle d'un écrivain qui peine à concrétiser sa vocation: c'est un classique. On pense par exemple à "Parcours dans un miroir", premier roman de Roger-Louis Junod, ou, plus près de nous, au succulent "Vertige des auteurs" de Georges Flipo. A l'échelle d'une oeuvre, de tels ouvrages peuvent indiquer une volonté, de la part de l'écrivain, de conjurer l'échec littéraire.

 

Avec "La Tentation du roman", l'auteur français Didier Garcia exploite ce sujet d'une manière différente de ces deux écrivains, en choisissant d'explorer de l'intérieur, à la façon d'un journal, les affres et questionnements d'un auteur désireux de devenir romancier.

 

hebergement d'imageNous avons un narrateur, essentiellement producteur d'incipits sans lendemain, qui recherche des recettes miracles pour réaliser l'inaccessible rêve d'un roman, et les évalue successivement, les teste, les analyse. Ainsi s'installe le patronage de quelques très grands auteurs que le narrateur a côtoyés, que ce soit en les lisant ou en les rencontrant brièvement. Il y a un penchant pour les latino-américains; certains Suisses sont également présents, à l'instar de Paul Nizon ou de Friedrich Dürrenmatt. Ce compagnonnage ne mène pas loin, toutefois: ce qu'il faut en retenir, c'est que chaque écrivain forge son propre outil de travail, et que la transmission d'un tel art est difficile, voire impossible. On note aussi que le cheminement équivaut à l'objectif: "Raconter comment on fait un roman, c'est faire le roman" (p. 211, citant Miguel de Unamuno). Dès lors, un romancier velléitaire réussit à rédiger un roman, de manière certes fortuite, en alignant les essais et les pages de journal.

 

Parce que si roman il y a, ce n'est pas celui que le narrateur voudrait... Celui-ci ambitionne en effet de marcher dans les traces de Flaubert en osant un roman sans intrigue. Est-ce seulement possible? "La Tentation du roman" a certes des apparences d'inertie; mais force est de constater qu'il y a bien une intrigue, un problème qu'un personnage cherche à résoudre au travers de péripéties diverses, qu'il affronte avec des alliés (les autres écrivains) avant de trouver sa solution et que tout se dénoue. On comprend dès lors que refuser l'idée d'une intrigue, c'est encore l'accepter.

 

"La Tentation du roman" est riche en références littéraires. On pense aussi, au fil des pages, à des figures comme Bartleby (dûment cité), fuyant le devoir tout en cherchant le moyen de l'accomplir. L'auteur réussit à créer un intéressant contraste entre la "parole" du narrateur et le style de ses écrits: si la parole se caractérise par une fluidité agréable pour le lecteur, les écrits s'avèrent artificiels et compliqués. Deux musiques coexistent dès lors, en un contraste bienvenu.

 

Un tel ouvrage constitue en définitive une réflexion stimulante pour tout écrivain, apprenti ou chevronné, qui reconnaîtra tour à tour la fuite devant le travail d'écriture, l'impossibilité d'avancer, les sursauts d'inspiration - en un mot, les difficultés de la création.

 

Didier Garcia, La Tentation du roman, Paris, Leo Scheer, 2011.

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21 décembre 2014 7 21 /12 /décembre /2014 17:07

hebergement d'image... cinq fois plutôt qu'une. Avec elle, il est question des titres suivants, comptant pour le Défi Premier roman:

 

Suzanne Azmayesh, Meurtres à Sciences Po

Adrien Bosc, Constellation

Clotilde Couquet, Parle-moi du sous-sol

Pierre Demarty, En face

Irina Teodorescu, La malédiction du bandit moustachu

 

Merci et bonne continuation! J'espère que les vacances seront propices aux participants à ce défi. Pour consulter les règles, cliquer sur le logo!

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 21:53

hebergement d'imageLu par Alain, Caro, Cécile, Ingannmic, Miss Orchidée.

 

Je n'ai pas encore suffisamment lu Serge Joncour, bien que nos chemins se croisent régulièrement à la Fête du Livre de Saint-Etienne. Mais il n'est jamais trop tard! C'est donc avec beaucoup de curiosité et d'intérêt que je me suis plongé dans "U. V.". Un rayon de soleil au plus fort de l'hiver? C'est surtout un roman où le soleil cogne fort. Un roman aux apparences d'une photo surexposée, aux couleurs trop claires qui dérangent. Pour le plus grand bonheur du lecteur.

 

Dès le début, l'auteur a le souci d'éblouir, de mettre du soleil partout. Boris, l'étranger aux airs de rastaquouère qui s'incruste dans la famille de son ami Philip en attendant son arrivée, est vêtu de blanc - autant dire de lumière, une lumière qui pourrait faire écho aux feux d'artifice du 14 juillet. Au début du roman, Boris a le soleil en face. C'est à nouveau le cas plus tard, lors du tennis avec André-Pierre: Boris est à l'aise partout, et a suffisamment de culot pour tout envisager. Et charmer tout le monde. Rien ou presque ne paraît atteindre son vêtement blanc - sauf peut-être quelques péripéties à bord d'un bateau.

 

Boris excelle à se faire apprécier de la famille qui l'accueille. Une appréciation qui va jusqu'à la sensualité, grâce à la présence de deux soeurs jumelles, jeunes encore, Julie et Vanessa, et souvent court vêtues, voire dénudées, presque impudiques. Il n'en faut pas plus pour que l'ambiance devienne explosive. Là, c'est à André-Pierre de jouer... il joue une partition à contretemps: celle du mari veule et jaloux, peut-être détestable, mais en aucun cas dupe. Indispensable détonateur, il agace comme une griffe sur une vitre par ailleurs immaculée.

 

Un détonateur qui intervient dans une ambiance faussement calme, faite de cordialités de circonstance, de scènes de vie bourgeoise (tel cet échange d'impressions autour d'un fusil de chasse) et de manipulations douces, comme on peut en connaître dans certains films - la quatrième de couverture mentionne Claude Chabrol. Ce côté serein est accentué par le lyrisme avec lequel l'auteur évoque la nature et la mer - réservant quelques pages superbes à ces sujets.

 

Roman lumineux, écrit dans une langue fine, "U. V." dévoile peu à peu les relations interpersonnelles, par touches ou par allusions. Le dispositif choisi met en place un petit nombre de personnages, et explore les tempéraments, les frotte jusqu'à l'explosion finale - j'allais dire "le feu d'artifice", très attendu: en retardant autant que possible l'arrivée de Philip, l'auteur crée une attente qui va amener précisément le lecteur là où l'auteur veut le conduire. Comment? En le rendant curieux et en le poussant à tourner les pages. Tout simplement.

 

Serge Joncour, U. V., Paris, Le Dilettante/Folio, 2003/2007.

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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

Allegria

 

Le pain mouillé de ton nom

ton âge dans ma mémoire

je te les tiendrai jusqu'au dernier jour

comme des chaînes désassemblées

sans envers ni endroit

juste posées sur le vide

 

mais ne crois pas au calme

je te veillerai même dans ma mort

toutes cloches tues

sous la terre plate

 

Claire Genoux (1971- ), Faire feu, Orbe, Bernard Campiche Editeur, 2011.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 21:32

partage photo gratuitLu par Biblimi, Nadia Coste, Sytra.

Le site de l'éditeur (salutations à Marilyn Stellini!), le blog de l'auteur.

 

Deux voix, ou deux points de vue. Il n'en faut pas moins pour créer un monde littéraire, qui trouve son cadre dans l'île de la Réunion. Marie-Catherine Daniel offre avec "Rose-thé et gris-souris" un roman aux couleurs souvent douces et parfois amères, où l'amour et les affinités électives jouent un rôle clé. Le lecteur sourira sans doute à l'idée qu'une écrivaine installée à la Réunion depuis 1993 soit éditée en Suisse, et songera fugacement aux bienfaits inattendus de la mondialisation. Mais voyons le roman proprement dit...

 

L'auteure sait de quoi elle parle dès lors qu'il s'agit de planter le décor réunionnais. Elle a cependant le mérite de ne pas basculer dans un exotisme facile. La Réunion est une donnée présente dans ce roman, discrète, qui affleure à travers l'un ou l'autre terme ou usage local, mentionné sans lourdeur. Cela rappelle la couverture du livre, signée Maïwenn: le palmier qu'on y voit fait "couleur locale", mais il apparaît en arrière-plan, en gris - et l'auteur donne la première place à ses personnages. C'est là qu'est l'enjeu.

 

"Chacun cherche son chef", ai-je eu envie de dire en lisant "Rose-thé et gris-souris". Au départ, en effet, deux personnages émergent - et l'écriture le suggère fortement: "Elle, c'est Gertrude" et "Lui, c'est Dégage", lit-on au début de deux ensembles de paragraphes qui imposent, d'emblée, deux points de vue: celui de l'humain et celui du chien. Page après page, l'auteure expose des recherches relationnelles dominant/dominé librement acceptées, voire transcendées. Ainsi trouve-t-on un jeune chien, Dégage, qui cherche un chef de meute et courtise Gertrude à sa manière. Lui-même est charmé par un chaton dont il va se sentir rapidement responsable. Gertrude, quant à elle, joue le chassé-croisé amoureux parfait avec son propre chef, François. Dès lors, par moments, une ambiance de comédie romantique s'installe: comment ces deux-là vont-ils se rapprocher et arriver au happy end de rigueur? Ce rapprochement complexe fait écho à l'évidence des relations entre Maîtresse, le chaton, et Dégage.

 

Gertrude et Dégage, euh... c'est un peu plus compliqué que ça. En effet, l'auteur jongle adroitement avec les noms de ses personnages. Il y a un côté génial à avoir nommé "Dégage" un chien dont personne ne veut: au fond, il obéit à son nom et, à l'instar du chien de Jean de Nivelle, il ne vient jamais quand on l'appelle. Quant à Gertrude, alias Mademoiselle Tarrier, elle aimerait qu'on l'appelle Cunégonde... Les appellations évoluent avec finesse au fil du roman, en fonction des situations, des regards portés par autrui, etc., et les personnages les plus en vue se voient affublés de trois ou quatre noms et surnoms. On peut voir là le reflet d'identités multiples, ou celui du regard que l'un ou l'autre porte sur eux. Voire, dans le cas de Gertrude dite Cunégonde, un caprice personnel fondé sur un sens de l'humour particulier.

 

L'écriture, quant à elle, s'avère alerte, parfois canaille, et trahit un certain recul par rapport à son sujet - ne serait-ce que par le choix de parler à la troisième personne. Structurée en chapitres courts aux allures de faux journal, elle invite à une lecture très rapide: "Rose-thé et gris-souris" est un roman que l'on dévore. Ses ambiances sont en demi-teinte, volontiers discrètes comme le suggère un titre savamment exploité tout un long de l'ouvrage. Elles sont empreintes aussi de sentiments et d'émotions fortes, peintes avec pudeur. Quelques éléments plus durs, tel le personnage de Tao malade du sida, empêchent ce roman, et c'est un atout, de basculer dans la guimauve. Au final, "Rose-thé et gris-souris" s'avère un livre "bonne mine" en demi-teintes, subtil, bien construit et adroitement pensé, que l'on dévore d'une traite.

 

Marie-Catherine Daniel, Rose-thé et gris-souris, La Roche, Les Roses Bleues, 2012.

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 21:25

hebergement d'imageLe site de l'éditeur.

 

Qui devine ce qui se passe dans la tête d'un de ces gardes qui montent la garde devant les palais de certains pays, un peu folkloriques, séduisants pour les touristes? Pour son dixième roman, l'écrivain suisse Michaël Perruchoud a décidé de faire le voyage. Voyage presque immobile en un lieu impossible à cerner, où les mouvements sont conditionnés en un ballet strict et immuable: c'est "La Guérite", qui paraît ces jours-ci.

 

L'auteur choisit de faire parler son personnage à la première personne - et sa parole a le son de la pensée qui hante continûment l'esprit de chacun. Cela se traduit par de longs paragraphes bien carrés qui créent un "gris typographique" taillé au cordeau, comme les déplacements d'un garde en service. Ce choix installe aussi un rythme: il arrive que les paragraphes soient plus courts afin d'accélérer quand il le faut. Et l'auteur sait aussi jouer judicieusement avec la longueur des phrases (certaines sont à tiroirs, d'autres fort brèves) pour concourir à cette rythmique du texte - qui, à l'intérieur de son aspect carré, n'a plus rien d'une marche militaire, s'avère riche et bouillonnnant.

 

Celui qui s'exprime n'a pas de nom, pas même de matricule: image du soldat interchangeable, sans galons, peut-être pas tout à fait à sa place parmi d'autres gardes, dûment nommés ou, au moins, surnommés: Le Frimeur, Samuel, Piotr, etc. Le garde leur jette un regard critique ou amical - faussement: il y a celui qui travaille mal, celui qui se montre généreux et oblige. Surtout, l'amertume affleure dans le discours du garde. Amertume d'une vie sans issue, sans perspective.

 

L'auteur sait intriguer en amenant progressivement la question de la fêlure du garde mis en scène: le lecteur, curieux ou voyeur, indiscret sans doute, avance parce qu'il a envie de savoir. Il va découvrir un homme prisonnier de sa vie, littéralement, entravé par des liens innombrables: une épouse qui ne l'aime pas pour ce qu'il est (il lui fait honte), le salon à refaire, d'anciennes dettes de jeu, les dépendances liées au jeu, à l'alcool et aux tournées aux copains. Sans compter l'argent, qui manque toujours un peu, et les commissions: il manque toujours quelque chose. Bloqué dans sa guérite, le narrateur l'est aussi dans sa vie.

 

Face à cet univers confiné, déterminé par un passé ineffaçable de mauvais garçon, les bouffées d'air frais, dérisoires, sont les fantasmes et Rosa, la fille du narrateur. L'auteur a un procédé épatant pour dire la surprise que peut représenter une fille soudain devenue grande: il ne révèle son âge qu'en fin de roman, fichant une claque au narrateur et, simultanément, au lecteur: non, Rosa n'est pas un bébé. Tout pourrait exploser à la fin... et avant, il y a quelques autres surprises de ce genre.

 

Et de manière à ancrer son récit dans le concret, enfin, l'auteur laisse apparaître çà et là les trucs du métier de garde de palais, et en explore les difficultés et les servitudes: la sueur, les touristes énervants face auxquels il faut rester immobile et impassible, les tours de garde après des nuits bien arrosées, la synchronisation des mouvements. En définitive, le lecteur aura fait la connaissance d'un personnage à l'existence torturée, apparemment fichue avant terme, prisonnière de liens et contingences si quotidiens, mais qui usent...

 

Michaël Perruchoud, La Guérite, Fribourg, Faim de Siècle, 2014.

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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 20:51

hebergement d'imageLu par Michel M., Myriam Gallot, Thaïs, Wrath.

Défi Premier roman.

Le site de l'éditeur, le blog de l'auteur - que je remercie pour l'envoi de ce livre!

 

S'attaquer à Satan: belle ambition pour un premier roman. Avec "Confessions de Satan", Marc Séfaris - que j'ai côtoyé naguère sur le défunt blog de Lise-Marie Jaillant - installe son récit du côté de Lyon, où il s'en passe de belles du côté des satanistes. Enfin, de belles... façon de parler, tant ceux-ci respirent la médiocrité. En revanche, "Confessions de Satan" est un premier roman fort bien troussé, au ton jeune et alerte, que l'on dévore avec aisance.

 

Médiocrité sataniste... celle-ci est dépeinte de manière crédible: l'auteur met en scène quelques petites frappes désoeuvrées, peut-être de bonne famille, qui s'amusent à faire les quatre cents coups au nom de Satan. L'auteur observe ces éléments à travers les yeux de la presse, en se mettant dans la peau d'une jeune stagiaire journaliste, Marie Raffin. Elle-même visée par les actes de ces adorateurs de Satan en peau de lapin (ce qui va lui faire peur... et le lecteur frissonne à son tour, un peu), elle va les suivre à la manière d'une enquêteuse de presse faisant ses premières armes dans l'investigation.

 

En contrepoint, intervient la figure de Satan. L'auteur a su capter ce que le maître des ténèbres pense de ses adorateurs, et plus généralement du monde actuel: tout cela est bien mou! Le mal ne vaut plus grand-chose, il n'y a plus de grands orfèvres en la matière... La déception de Satan est palpable, pour le moins. L'auteur lui prête une plume, en la personne de l'écrivain énigmatique Victor Frappier. Un bonhomme dont l'évolution au fil du roman est étonnante: de misanthrope et misogyne patenté, il devient le bon compagnon qui met le champagne au frais pour saluer le succès de Marie Raffin. Est-ce parce que Frappier a côtoyé son père? Et qui est-il, d'ailleurs, ce père, cancéreux devenu fou?

 

Marie Raffin est un personnage globalement bien construit, même si on l'aurait parfois aimé un peu plus féminin - quitte à oser quelques stéréotypes faciles. L'auteur recrée avec charme sa jeunesse, faite d'idées et d'idéaux, marquée aussi par la subordination à un rédacteur en chef peu scrupuleux face auquel elle n'ose guère réagir. Cela, sans oublier l'instabilité sentimentale: son couple a splitté, mais son ex revient vers elle, et l'on devine un peu trop qu'il est davantage question de plaisirs de la chair que de volonté de construire quelque chose de solide ensemble. Enfin, il y a un certain détachement face à certains éléments dramatiques pour d'autres, telle la mort de sa mère. La première fois qu'elle est évoquée, le lecteur croit à une sortie lourdement ironique; une intervention du père de Marie lui donne un éclairage soudain différent, grave et brutal: n'en aurait-elle vraiment rien à faire?

 

L'exploitation des personnages secondaires, enfin, dénote une excellente économie du récit: telle fille au look gothique rencontrée lors d'une soirée "petits joints et grandes conversations" va refaire surface plus loin, le frère immature de Marie donne à celle-ci, par contraste, une image de relative maturité alors qu'elle a moins de vingt ans. En arrière-plan, enfin, il y a la police, les juges... Et pour soutenir le tout, l'auteur fait montre d'une réelle culture: renseigné sur les questions de Dieu et du Diable, il les exploite pour donner de l'épaisseur aux "Confessions de Satan".

 

Dès lors, une seule question: Marco, à quand ton prochain roman?

 

Marc Séfaris, Confessions de Satan, Lyon, Jacques André Editeur, 2008. Note: le numéro d'éditeur est 666. On ne nous fera pas croire que c'est un hasard du catalogue.

 

 

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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 21:22

hebergement d'imageLu par Francis Richard.

Défi Premier roman.

 

Mourir en un ultime orgasme, après une vie sentimentale et sensuelle bien remplie. Le rêve, non? C'est en tout cas le destin de Marie, 97 ans. Isabelle prend soin d'elle au soir de sa vie - et recueille le récit de ses rencontres successives. Telle est la trame de l'"Abécédaire amoureux", premier roman de l'écrivaine veveysanne Denise Campiche.

 

Incomplétude et éducation(s) sentimentale(s)

Précisons-le d'emblée, l'abécédaire n'est pas complet puisqu'il s'arrête à la lettre O. Le nombre de chapitres lui-même est inférieur à 26. Projet avorté? Le lecteur attentif préférera y voir le goût d'inachevé de toute existence: on aimerait toujours faire mieux, plus complet, aller plus loin, aller au bout, toucher la perfection. Mais la mort, juge ultime, ne le permet pas toujours. L'auteur paraît dès lors suggérer qu'à l'instar de celle de Marie, toute vie n'est rien d'autre qu'un cycle incomplet.

 

Et quid de la teneur de cet abécédaire? Le lecteur est baladé d'expériences sensuelles en expériences sensuelles. Le fil rouge, ce sont les lettres de l'alphabet, manière classique mais tout à fait indiquée d'anonymiser, par pudeur, les personnes concernées. Il sera question de ménages non conformistes, éventuellement à trois, et d'amours lointaines, entre autres en Afrique et en Inde.

 

Une jeunesse comme un conte éthéré

L'auteur paraît peu soucieuse du temps qui passe: il n'en sera guère question qu'au moment de la ménopause (le virage est décrit en quelques mots encourageants), puis à l'heure des avant-dernières amours, décevantes, consommées à la suite d'un thé dansant. Il aurait été possible de dessiner tout un siècle de transgressions d'interdits, d'évolution de la notion de flirt (on pense à Fabienne Casta-Rosaz et à son "Histoire du flirt") et du statut de la femme, ici comme ailleurs. On peut même regretter que ce filon, fertile en tensions utiles à un roman, n'ait guère été exploité.

 

Le récit amoureux prend dès lors les allures éthérées, détachées, d'une éducation sentimentale éloignée des grands courants idéologiques et des pressions sociales qui ont traversé le vingtième siècle. L'auteure se rapproche dès lors des relations interpersonnelles de toujours, montrant ici un Indien incapable d'exprimer des sentiments alors que cela l'aurait libéré, là des personnages et des couples à la sexualité libre - mais vécue sans que le lecteur ne perçoive la moindre pression sociale négative. L'ambiance est donc davantage au conte, idéal et presque naïf, qu'à la fresque sociale.

 

Le vrai sujet...?

Les indicateurs temporels reviennent, je l'ai dit, dès lors qu'il est question d'amours entre aînés. Est-ce là le seul et vrai thème de ce roman? Les amours juvéniles ne sont-elles qu'un prétexte accrocheur? Le lecteur goûtera en tout cas les relations de plus en plus intimes qui relient Marie et Isabelle. Celles-ci vont jusqu'à susciter quelques jalousies, en une reconstruction originale du trio amoureux classique. Massages, vie des sens, gestes tendres réalisés avec de moins en moins de complexes: alors que la vie sentimentale de Marie est derrière elle, Isabelle voit s'ouvrir devant elle tout un univers - c'est le dernier moment! La découverte se construit en contrepoint dans les chapitres qui n'évoquent pas les amantes et les amants de Marie.

 

L'écriture de l'"Abécédaire amoureux" paraît sage, le plus souvent. C'est le gage d'une discrétion certaine, juste milieu entre le travers d'en dire trop et celui d'en dire trop peu: il est question, après tout, d'une vieille dame libre, qui se confie et n'a plus grand-chose à perdre en termes sociaux. Le récit est cependant vivifié par quelques jolis aspects pétillants, éclats de rire transcrits, cris et émois reproduits - gages d'une complicité qui s'installe pour ne plus jamais s'en aller.

 

Denise Campiche, Abécédaire amoureux, Sainte-Croix, Mon Village, 2014.

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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 18:52

hebergement d'imageTrois participations au Défi Premier roman, avec Itzamna, Sharon (double participation!) et Eimelle (qui a, à son tour, une envie de raviolis). Je vous invite à prendre connaissance de leurs billets:

 

Emmanuel Flesh, Un empire et des poussières (chez Sharon)

Nelly Kaprièlian, Le Manteau de Greta Garbo (chez Sharon)

Pierre Raufast, La Fractale des raviolis (chez Eimelle)

Marion Richez, L'Odeur du minotaure (chez Itzamna)

 

Merci pour ces participations! Et à tout bientôt!

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

Ballade de bon conseil

 

Hommes faillis, bertaudés de raison,
Dénaturés et hors de connoissance,
Démis du sens, comblés de déraison,
Fous abusés, pleins de déconnoissance,
Qui procurez contre votre naissance,
Vous soumettant à détestable mort
Par lâcheté, las ! que ne vous remord
L'horribleté qui à honte vous mène ?
Voyez comment maint jeunes homs est mort
Par offenser et prendre autrui demaine.

 

Chacun en soi voie sa méprison,
Ne nous vengeons, prenons en patience ;
Nous connoissons que ce monde est prison
Aux vertueux franchis d'impatience ;
Battre, rouiller pour ce n'est pas science,
Tollir, ravir, piller, meurtrir à tort.
De Dieu ne chaut, trop de verté se tort
Qui en tels faits sa jeunesse démène,
Dont à la fin ses poings doloreux tord
Par offenser et prendre autrui demaine.

 

Que vaut piper, flatter, rire en traison,
Quêter, mentir, affirmer sans fiance,
Farcer, tromper, artifier poison,
Vivre en péché, dormir en défiance
De son prouchain sans avoir confiance ?
Pour ce conclus : de bien faisons effort,
Reprenons coeur, ayons en Dieu confort,
Nous n'avons jour certain en la semaine ;
De nos maux ont nos parents le ressort
Par offenser et prendre autrui demaine.

 

Vivons en paix, exterminons discord ;
Ieunes et vieux, soyons tous d'un accord :
La loi le veut, l'apôtre le ramène
Licitement en l'épître romaine ;
Ordre nous faut, état ou aucun port.
Notons ces points ; ne laissons le vrai port
Par offenser et prendre autrui demaine.

 

François Villon (1431- ?). Source: Poésie.webnet.

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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