Dimanche 26 février 2012 7 26 /02 /Fév /2012 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, ClaudiaEdelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Tous deux

Face à face

Roulant les pierres usées

D'une même fatigue

Mots et gestes brûlés

À l'alcool d'insomnie

Vaines chimères

que dénoue

Le miroir des mémoires

 

Tous deux

Face à face

Douloureux funambules

Sur la corde étroite

Des aproles

Déchirant d'un regard

Le filet d'étreintes

Abîmées

Griffées par les années

 

Jacqueline Sudan-Trehern, L'Amour nu, Paris, Elzévir, 2007.

Jacqueline Sudan-Trehern est présidente de la Société fribourgeoise des écrivains.

 

 

Par Daniel Fattore - Publié dans : Dimanches poétiques - Communauté : Suisse Romande
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Vendredi 24 février 2012 5 24 /02 /Fév /2012 22:36

hebergeur imageLa notion de "PAL" (ou "pile à lire") est sans doute une des constantes de la blogosphère du livre. La mienne étant plutôt envahissante, j'ai décidé, par le présent billet, de dire quelques mots sur sa genèse, sa croissance et sa situation actuelle - que j'ai établie il y a moins d'une heure, enfin,après avoir toléré une certaine anarchie. Amis lectrices et lecteurs, je vous invite donc à une balade qui a commencé dans les années 1990, alors que je vivais encore chez mes parents...

 

... j'y avais une chambre à moi, avec un bout de bibliothèque, comme beaucoup d'enfants et de jeunes de ma génération. Comme tout le monde, je posais mes nouvelles acquisitions l'une derrière l'autre dans une bibliothèque, en ayant le souci esthétique de regrouper les livres d'une même collection. Lus, pas lus? Je pensais pouvoir m'en sortir facilement: un livre lu, même léger, ça marque un lecteur. Ainsi se constituèrent un petit groupe avec les livres du Masque (dos jaune! Agatha Christie first!), du Livre de Poche (l'un des premiers livres fut "La machine infernale" de Jean Cocteau; un autre fut "Papa Poule" de Daniel Goldenberg - kot kot!) ou de Folio (ah! "Mon Oncle Oswald", relu dix et douze fois!). Mes finances m'obligeaient alors à taper dans des collections de poche usagées, d'occasion. C'est ainsi que j'ai découvert, avec délices, des auteurs tels que Paul Guth (et son "Naïf") ou Henri de Montherlant.

 

Longtemps, les acquisitions et les lectures ont été assez égales, d'autant plus que j'ai lancé une opération de vente de livres d'occasion dans les années 1990, rameutant même mes collègues d'université. Mais au fond, si l'on fait des études, c'est aussi pour avoir, à terme, un revenu qui permet de s'offrir une bibliothèque de belle apparence, au métrage plus conséquent...

 

... il est vrai que chez mes parents, les livres étaient étalés un peu partout, en deux couches horizontales, ou alors les uns par-dessus les autres. Pas idéal... et pas pratique non plus pour le lecteur.

 

C'est qu'à un moment donné, dans les années 1990, je me suis dit que je devrais "mettre à part" les livres à lire, ceux-ci ayant tendance à se perdre dans la bibliothèque visuellement agréable que je m'étais constituée peu à peu. C'est ainsi que se fonda ma pile à lire, sur une table de nuit constituée d'un bête carton, puis d'un coin de bureau. Des titres? Je vous mets ça pêle-même: les deux volumes des mémoires de Margaret Thatcher (en deux tomes - j'ai lu le tome 1 en 2002, le tome 2 est toujours sur ma pile à lire), les aventures de Tristram Shandy, "Service de presse" d'Angelo Rinaldi. Ces livres, je les cite parce qu'ils restent toujours à lire... ils constituent donc le groupe des membres fondateurs de ma pile à lire.

 

Celle-ci a pris de l'ampleur; en 2003, j'acquis trois tables gigognes qui auraient dû faire l'affaire - mais alors, déjà, elles étaient un peu limites. Elles m'ont cependant servi, quitte à effrayer les visiteurs: dès lors, je savais que j'avais d'un côté les livres à lire et, de l'autre, ceux que j'avais lus. Pratique, hiérarchique... en sachant que les hiérarchies de lecture dépendent de critères rationnels et affectifs pas toujours faciles à expliquer en deux mots. Gros avantage du dispositif de la pile à lire? Cela permet de structure les lectures...

 

Et en primeur, je suis en mesure de vous donner à présent quelques chiffres concernant ma pile à lire. Agée d'une quinzaine d'années, celle-ci compte à présent 489 livres à lire (ça y est, j'ai un chiffre, gosh!), d'épaisseurs diverses, selon le comptage que je viens d'effectuer. Ceux-ci sont répartis en neuf piles verticales disposées à la façon de Manhattan, auxquelles j'ai unilatéralement, aujourd'hui, décidé de donner des prénoms de femmes, de manière purement aléatoire, en suivant l'ordre alphabétique:

 

1. Ariane

2. Brigitte

3. Corinne

4. Danielle

5. Ernestine

6. Françoise

7. Ghislaine

8. Henriette

9. Irène

 

Géographie, logistique: gérer une pile à lire, se souvenir de l'histoire de chacun des ingrédients (savoir précisément comment un livre y est arrivé, par exemple), c'est un sport. Et vous, comment avez-vous démarré votre pile à lire? A-t-elle un petit nom, ou plusieurs? Quels sont les titres de ses "livres fondateurs", qui attendent une lecture depuis un nombre vénérable d'années? Certains d'entre ces livres sont-ils encore présents dans votre pile à lire? En un ou en plusieurs lieux de votre logis, comment gérez-vous votre pile à lire? A vous d'en parler sur vos blogs, amis lectrices et lecteurs compulsifs, si le coeur vous en dit!!

 

Par Daniel Fattore - Publié dans : Littératures
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Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 20:52

hebergeur image

L'armée de milice façon suisse a, depuis toujours, "une particularité bien particulière", comme le dirait Roland Magdane: elle n'a pas la bombe atomique, mais elle a les cours de répétition. Le principe? Après une formation de base de quelques mois exécutée à vingt ans, le conscrit se voit convoqué chaque année pour réviser ce qu'il a appris. Cela, c'est la théorie. Paru aux éditions Faim de siècle en ce début d'année, le roman graphique "Saint Georges et le dragon" (au titre énigmatique, même si l'on pense à l'histoire de l'art) révèle l'éthylique vérité d'un cours de répétition. Anonymes, les auteurs (un écrivain nommé Saint Georges et un dessinateur nommé Mister P) dépeignent en effet, sur septante et une pages, les aventures liquides d'un personnage lâché à la Foire du Valais - foire commerciale (en Suisse, ça s'appelle un "comptoir", voire un "gonfloir") où les contrats signés sont presque aussi nombreux que les verres bus.

 

La page de couverture (qui sert d'illustration au présent billet) annonce la couleur: en arrière-plan, le Cervin cède la place à une autre montagne, faite de bouteilles vides, qu'on imagine avoir été bues tout au long des dix-neuf journées que peut durer un cours de répétition. Un drapeau suisse indique la portée patriotique de cette montagne de bouteilles (est-on en train de lutter contre la mévente des vins valaisans?). Et quelques personnages viennent compléter l'illustration. Des personnages aux allures animales, avec des truffes à la Walt Disney, ce qui ouvre deux possibilités de lecture: soit c'est l'armée suisse qui transforme les humains en bêtes, soit c'est l'alcool. A moins que ce ne soit un peu des deux, l'un aidant l'autre... ce que le texte du livre tend à démontrer.

 

C'est que si les cours de répétition sont supposés donner au conscrit l'occasion de rafraîchir ses compétences en maniement d'armes, dans les faits, c'est "glandouille et compagnie" - c'est du moins ce que présente le narrateur du récit, qui n'hésite pas à appuyer sur la description d'une organisation hiérarchique qui a tout prévu... sauf la manière d'occuper les personnes convoquées. Certes, il y a la tenue du stand de l'armée suisse à la Foire du Valais, mais en attendant? Heureusement, les bistrots valaisans, leurs terrasses accueillantes et leur aimable personnel comblent cette lacune...

 

Dès lors, le récit se concentre sur les épisodes de picole, les stratégies propres à cacher un état d'ébriété avancé et la description rituelle de gueules de bois carabinées. Cela crée un rythme; mais plus qu'un rituel vite répétitif, le lecteur aurait parfois aimé avoir plus de détails croustillants. Il pardonnera cependant à l'auteur, en se disant qu'après tout, il a oublié ce dont il pourrait éventuellement être fier... et ne tient pas à parler de ce qu'il vaudrait mieux oublier. Et si l'on ignore le nom du narrateur, on n'en sait guère plus sur ses compagnons de service. Le dessinateur leur donne de bonnes têtes d'animaux - on retrouve régulièrement un canard à la Juan Alberto et un cochon. Quant aux filles, elles apparaissent en couverture... et dans le cadre d'un ou deux épisodes, mais de manière finalement peu appuyée. Le lecteur reste, il faut le dire, un peu sur sa soif en la matière, même si le dessin complète idéalement le texte et invite à imaginer.  

 

Est-ce, alors, le récit vide d'une série mécanique de beuveries, la narration d'une répétition du lever de coude sans frontières? Que nenni; et "Saint Georges et le dragon" est un livre utile, un jalon littéraire sui generis. Les cours de répétition sont en effet un épisode que tous les hommes suisses valides ont vécu à plusieurs reprises dans leur vie. A ce titre, le sujet est porteur et, à ma connaissance, "Saint Georges et le dragon" est le premier livre à s'y consacrer exclusivement. La démarche est d'autant plus pertinente qu'au lieu de défendre le principe (a priori pertinent) de la répétition des acquis, l'auteur choisit de dévoiler l'aspect "perte de temps" qui les caractérise, avec moult allusions à Ueli Maurer, ministre actuel de la Défense en Suisse, et ses discours creux visionnés sur une antique vidéo. Si chacun sait que les cours de répétition sont prétexte à boire comme des trous, il fallait que la littérature s'emparât du sujet pour en donner une vision à la postérité. Saint Georges et Mister P ont ouvert la voie; à d'autres, à présent, de la magnifier.

 

Saint Georges et Mister P, Saint Georges et le dragon, Fribourg, Faim de siècle, 2012.

 

Lu dans le cadre du Défi Littérature suisse.

Par Daniel Fattore - Publié dans : Livres - littérature suisse - Communauté : Suisse Romande
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Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, ClaudiaEdelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Lavaux

 

C'est un paysage pentu couvert de vignes sèches

qui descend vers le lac

mais aujourd'hui c'est un paysage

                                             où l'on ne voit rien

ni les talus à l'herbe terreuse

ni les sarments que le soleil aime tordre

sous sa lumière proche

 

je pense au promeneur qui serait venu rôder là

cet après-midi de février

où le large paysage a disparu

parce que la brume poisseuse est sur le lac

                                              et sur la pente

 

le promeneur n'aurait rien vu

du grand lac tout ridé d'air et d'eau

mais seulement l'écran

                           à l'épaisse blancheur de tombe

où se distraient de rares oiseaux

que le vent peu à peu chasse

 

Claire Genoux (1971- ), Poésies 1997-2004, Orbe, Campiche/CamPoche, 2010.

 

 

 

 

Par Daniel Fattore - Publié dans : Dimanches poétiques - Communauté : Suisse Romande
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Vendredi 17 février 2012 5 17 /02 /Fév /2012 19:00

hebergeur image... et il s'agit de Rébecca, qui parle de ce roman de Ken Follett sur son blog, dans le cadre du Défi des Mille.

 

C'est ici: http://devenir-ecrivain.com/bibliotheque-ken-follett-les-piliers-de-la-terre/

 

Merci pour cette belle participation! Et... à vous de jouer, si le coeur vous en dit, blogolectrices et lecteurs amis!

Par Daniel Fattore - Publié dans : Défi des Mille - Communauté : Eurêka!
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Jeudi 16 février 2012 4 16 /02 /Fév /2012 21:01

hebergeur imageComment l'économie de la Russie a-t-elle vécu les vingt années qui ont suivi le coup d'Etat d'août 1991? On se souvient que celui-ci marqua la chute de Mikaïl Gorbatchev et, plus largement, la fin de l'ère communiste. Au début 2012, les éditions des Syrtes publient un ouvrage où se rencontrent les plumes de trois économistes russes réputés et celle de Jacques Sapir, directeur du projet. Intitulé "La transition russe, vingt ans après", ce livre se concentre sur les vicissitudes d'une économie soumise aux débordements d'un certain libéralisme, qu'on a un peu trop facilement cru triomphant.

 

Les chapitres de Viktor Ivanter, Alexandre Nekipelov et Dmitri Kouvaline se caractérisent par un grand soin du détail, quitte à paraître un poil complexes. Viktor Ivanter offre, en lever de rideau, une démarche essentiellement historique de "la transition macroéconomique", posant quelques diagnostics relatifs au mode de fonctionnement de l'économie sous le régime communiste. Un fonctionnement marqué, entre autres, par un manque de concurrence qui a empêché l'évolution que peut susciter une émulation entre pairs. Encomplément, l'article d'Alexandre Nekipelov aborde en détail les étapes de "l'instauration d'une économie de marché" en Russie. C'est là que l'on trouve la confrontation entre plusieurs modalités possibless de transition: faut-il une méthode de choc, rapide, ou une approche gradualiste?

 

Du chapitre de Dmitri Kouvaline ("Les entreprises russes"), on retiendra la description des liens pas toujours évidents entre les entreprises et l'Etat. Présenté comme un mauvais payeur, il pousse les entreprises à opter pour des procédés "opportunistes", pas toujours tout à fait légaux (on pense à l'optimisation fiscale), afin de rentrer dans leurs frais et, si possible, de permettre l'enrichissement de leurs cadres. Le troc entre entreprises est l'une des démarches exploitées; généralisé, se substituant même aux échanges monétaires, ce procédé pourtant vieux comme le monde suscite des manques à gagner importants pour un Etat mal préparé à cette éventualité.

 

L'idée du troc est du reste suggérée aussi par les autres auteurs, comme l'est celle de la critique du néolibéralisme triomphant des années 1990, qui a utilisé, selon les auteurs de ce livre, la Russie comme un laboratoire d'expériences de ses théories, présentées comme imparables. Moment pivot, la crise de 1998 marque cependant l'échec de celles-ci, ou du moins leur limite; les auteurs démontrent, au fil des pages, que sans la "thérapie de choc" appliquée au pays (des remèdes qui ont sous-estimé quelques paramètres aussi cruciaux que les particularités spécifiques au pays), la transition se serait déroulée de manière moins chaotique et moins coûteuse, en termes sociaux et de croissance. L'ouvrage souligne, enfin, que le pays a su rebondir ensuite, et rappelle le rôle de Vladimir Poutine et Evgueni Primakov en la matière.

 

Enfin, les auteurs tendent à démontrer que la Russie a fini par trouver sa propre voie. Cette voie, Jacques Sapir cherche à en dessiner les contours dans le dernier chapitre du livre, "Vingt années de transition", se demandant si la Russie est devenue un capitalisme d'Etat, interventionniste à sa manière. Et au terme de cette lecture, le lecteur aura fait un puissant voyage dans les rouages de l'économie russe - ce qui lui permettra de mieux comprendre l'arrière-plan de ce qu'il lit dans la presse. Ce livre est exigeant; mais il est aussi instructif, surtout à la veille des élections présidentielles russes, qui auront lieu le 4 mars prochain. 

 

Viktor Ivanter, Alexandre Nekipelov, Dmitri Kouvaline, Jacques Sapir, La transition russe vingt ans après, Paris, Edition des Syrtes, 2012.

Merci à Babelio et aux Editions des Syrtes pour l'envoi de ce livre en partenariat.

 

Par Daniel Fattore - Publié dans : Livres - essais - Communauté : Eurêka!
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Mardi 14 février 2012 2 14 /02 /Fév /2012 21:33

hebergeur imageVoyager dans l'Histoire, tel est l'une des belles promesses qu'offre la lecture. Et avec "Les égéries russes", livre historique cosigné par Gonzague Saint-Bris et Vladimir Fédorovski, les amateurs de voyages dans le temps et de mystères d'autrefois seront ravis. Cela, sans oublier celles et ceux qui adorent les intrigues amoureuses... c'est que les auteurs de ce livre relatent, de manière à peine romancée (juste ce qu'il faut pour accrocher le lecteur), l'histoire de quelques femmes qui, venues de Russie, sont devenues les inspiratrices et les conjointes de quelques artistes parisiens. Pour pimenter le tout, les écrivains glissent même quelques documents inédits (qui donnent par exemple à la destinée de Louis Aragon un parfum de roman d'espionnage mâtiné d'autocritique sur la fin), et suggèrent qu'ils ont été en contact direct avec les illustres égéries. Un type de contact qui s'avère rapidement très intéressant...

 

... ces égéries sont souvent (mais pas toujours) des femmes méconnues qui, vivant dans l'ombre de leur conjoint, ont été leur indispensable complice et soutien. Voire leur source d'inspiration, pour le meilleur et pour le pire. La figure de Gala Diakonova est par exemple mise en scène; on se souvient d'elle comme de l'inspiratrice essentielle de Salvador Dalì, mais qui sait encore qu'elle fut aussi la femme de Paul Eluard? Les auteurs parviennent, en suivant la destinée de Dalì, à démontrer qu'il est, en quelque sorte, la créature de Gala - une Gala inspiratrice artistique, mais aussi source d'idées plus commerciales, pour le meilleur et pour le plus scabreux.

 

Les auteurs de ce livre suggèrent avec beaucoup d'à-propos que derrière plus d'un artiste génial, se trouve une femme - et laissent entendre que cette femme est souvent russe, et parfois noble. Cela les amène à creuser quelques mystères: ne sont-ils pas plus curieux que nous lorsqu'ils vont se demander qui est "Madame Z.", la dédicataire des "Mots", roman de Jean-Paul Sartre? Dévoilée, présentée sur une photo qui conclut un joli cahier en noir et blanc, Lena Zonina renvoie l'image d'une personne dynamique et allégrement décidée, marchant sans hésiter sur une plage et laissant derrière elle un Jean-Paul Sartre qui paraît bien las.

 

Ce livre touche également à un certain Aristide Maillol... ou plutôt à Dina Vierny, son modèle. Le lecteur ne peut qu'être intrigué et séduit d'en savoir un peu plus sur les statues qui ornent, en toute discrétion, le jardin des Tuileries! Il le sera également, une génération plus tôt, par l'étrange correspondance amoureuse à trois qui rapproche Rainer Maria Rilke, Boris Pasternak et Marina Tsvetaeva. L'amour platonique a certes ses limites... mais les auteurs suggèrent qu'elles n'excluent pas les sentiments rêvés. Même si ceux-ci ne résistent pas à une rencontre en chair et en os.

 

Enfin, l'ouvrage s'ouvre sur la figure de Lou-Andréas Salomé et sur celle d'Olga Khokhlova, inspiratrice de Pablo Picasso - une femme qui entendra coincer son artiste dans un univers bourgeois qui lui va bien...

 

"Les égéries russes", c'est, au-delà des sentiments et des liens humains, quelques dizaines d'années d'inspiration russe insufflée aux géants de l'histoire de l'art du vingtième siècle. Les destinées de ces femmes, jouets de l'histoire du Vieux Continent, les amènent en France, les rapprochent d'êtres humains - très humains même - et de ces rencontres, naîtront des oeuvres géniales. Cela, à telle enseigne que les auteurs posent, en fin de livre, la question ultime: de même que les grands artistes du vingtième siècle ont laissé des oeuvres géniales dont ils sont les créateurs, les égéries russes ne sont-elles pas, à leur tour, les créatrices de ces artistes? Une question posée par les auteurs en fin de livre, mais que le lecteur sent venir bien avant...

 

Gonzague Saint-Bris et Vladimir Fédorovski, Les égéries russes, Paris, J.-C. Lattès, 1994/2010.

 

 

 

Par Daniel Fattore - Publié dans : Livres - littérature en français - Communauté : Suisse Romande
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Mardi 14 février 2012 2 14 /02 /Fév /2012 21:28

hebergeur imageLystig vient d'apporter sa contribution au Défi Littérature suisse, sous la forme d'une chronique d'un numéro de la "Revue historique vaudoise". Il y est question des "Réformes religieuses en pays de Vaud" - un domaine pointu mais passionnant!

 

C'est ici que ça se passe:

 

 http://loiseaulyre.canalblog.com/archives/2012/02/12/23498773.html

 

Bravo et merci! La Suisse reste en vedette ici... alors, à vous de jouer!

Par Daniel Fattore - Publié dans : Défi Littérature suisse - Communauté : Suisse Romande
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