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2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 21:46

hebergement imagesC'est à l'automne 2013 qu'au terme d'un bon repas au Primo Piano à Bienne, l'éditeur et poète suisse Patrick Amstutz (un de ses poèmes est ici, un autre ) me parle de son projet de publier un ouvrage collectif sur la ville de Bienne, à l'occasion des dix ans de l'Association pour une collection d'études littéraires - ce serait le vingtième opus de la collection du Cippe, qu'il anime. Il me propose d'écrire un poème. Et une idée m'est venue, que j'ai partagée illico...

 

J'ai pu la concrétiser quelque temps plus tard, à l'occasion d'un jour de congé. J'avoue avoir pris du plaisir à passer la matinée du 1er août 2014 dans cette salle d'attente, à observer ces oeuvres d'un autre temps (elles datent de 1923), qui parlent de sujets humains de toujours, puis à affûter rimes et alexandrins afin de les évoquer sous la forme de quatre sonnets.

 

Et le projet éditorial a pris forme concrète. Intitulé "Dans les pas de Walser, sur les traces de Rousseau... Cippe à Bienne", le livre dont vous voyez la couverture ici même a été présenté au public samedi soir à la bibliothèque de la ville de Bienne. J'ai eu l'occasion de le découvrir sur place, et d'y retrouver les quatre sonnets que j'ai rédigés pour l'occasion sur les quatre fresques de Philippe Robert qui ornent la salle d'attente historique de la gare de Bienne.

 

Il y a de belles plumes dans ce recueil, que je ne peux que vous recommander. On y croise des poètes et auteurs français tels que Laurent Fourcaut ou Jean-Baptiste Para, mais aussi des écrivains romands tels que Laure Mi Hyun Croset, Aude Seigne (que j'évoquais ici), Quentin Mouron, Noëlle Revaz, Daniel Mariano ou Isabelle Flükiger, ou encore auteurs de grande proximité tels que Thierry Luterbacher ou Jean-Pierre Rochat.

 

Poésie, nouvelle, réflexion, oeuvres d'art: le lecteur trouvera les expressions d'une soixantaine de sensibilités, littéraires mais aussi picturales. Elles reflètent une certaine vision de la Bienne d'aujourd'hui - et c'est à Patrick Amstutz, animateur de ce projet, que revient le mérite d'avoir constitué ce florilège qui permettra à tout un chacun de découvrir Bienne autrement.

 

Collectif, Dans les pas de Walser, sur les traces de Rousseau... Cippe à Bienne, Bienne, Infolio/Le Cippe, 2015.

Pour commander un exemplaire, c'est ici!

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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

Quand il est mort le poète...

 

Je lisais ce matin en longeant l'avenue

L'hommage qu'on rendait aux écrivains défunts;

Si les fleurs en naissant nous livrent leurs parfums

Que laisse le poète alors qu'on le dénue?

 

Quelques brouillons épars, rappelant l'inconnue,

Qu'il s'imaginait voir aux portes des embruns,

Inaccessible étoile, avec ses cheveux bruns,

Le vent dans un linceul l'emportait vers la nue.

 

Moissonneur de la rime, où vont tes mots d'amour?

Raconte-nous la belle ouvrant son oeil au jour,

Et le fermant sitôt qu'arrivait la nuit sombre!

 

On le qualifia de simple rimailleur

Ou de poétereau; tes vers sortant de l'ombre

Prouvent, s'il le fallait, que tu fus le meilleur...

 

Léon Bourrier, dans Poésie du rêve, rêves de poésie, Bordeaux, Les Dossiers d'Aquitaine, 2009.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 22:12

hebergement imagesTout petit, tout court: voilà ce que l'on se dit lorsqu'on prend en main "Randonnée de nuit", le dernier recueil de nouvelles de l'écrivain et traducteur fribourgeois Patrick Chambettaz. Réparties sur 93 pages bien aérées, ses quatorze nouvelles, qui sont autant de miniatures, dévoilent un talent rare de l'auteur: celui d'installer un monde en trois ou quatre pages. Sans compter l'art de structurer un recueil avec adresse et d'y intégrer des nouvelles assez diverses.

 

Le lecteur appréciera avant tout, dès les premières lignes, la langue de l'auteur d'une fluidité admirable, héritée peut-être du métier de la traduction. Cela pourrait paraître froid ou empesé; mais, dépourvue de lyrisme inutile, sobre, la langue de l'auteur privilégie le passé (toutes les nouvelles de "Randonnée de nuit" sont rédigées au passé) et donne à goûter le subjonctif imparfait, comme une coquetterie, une friandise au goût oublié.

 

Cette option très classique, un peu à l'ancienne, donne aux trois premières nouvelles du recueil la nostalgie qui leur revient. Il y est question d'enfances d'autrefois, du temps où l'on pouvait offrir un abécédaire, où la maîtresse d'école était sévère mais savait reconnaître ses erreurs.

 

C'est là, justement, qu'apparaissent la force et la spécificité de "Randonnée de nuit": cette enviable talent de magnifier les situations les plus ordinaires, les plus quotidiennes, les plus banales en somme: un voyage en transports publics, une partie de pétanque, le bilan d'une vie en demi-teinte... L'intrigue des nouvelles du recueil repose le plus souvent sur peu de chose; mais sur ce peu de chose, l'auteur sait construire, avec une grande économie de moyens, une ambiance, des humeurs, voire suggérer une époque. Les nouvelles les plus brèves de ce recueil sont donc autant d'instantanés finement construits. Pas besoin de chute: tout est dans la peinture des impressions.

 

Auteur de plusieurs ouvrages avant celui-ci, l'auteur est également un créateur d'intrigues adroit, et tient à le rappeler au gré d'une poignée de nouvelles à l'action plus développée. "Les rêves de Talisha Walsh" est ainsi une nouvelle noire comme on les aime; l'auteur touche même au fantastique avec "Le quatrième nom", qui met en scène un homme doté d'un talent étrange.

 

Parfois, c'est vrai, le lecteur aurait aimé en savoir plus sur les personnages mis en scène, sur leurs relations: souvent, ils se résument à un prénom, à un ou deux traits de caractère. Cela suffit cependant à les faire fonctionner l'espace de quelques pages. "Randonnée de nuit" laisse le souvenir précieux d'un ouvrage maîtrisé, qui parvient à rassembler adroitement des nouvelles à la fois diverses dans l'esprit et proches dans le style. Elles s'inscrivent dans une évolution précise dessinée par un regroupement en cinq chapitres dont les titres commencent tous par É, de manière étonnante, et suggèrent des aspects évolutifs de la vie humaine: Éveils, Épopées, Émois, Étrangetés, Épilogues. "Randonnée nocturne" est donc un recueil bref, parfait pour découvrir un nouvel écrivain qui en vaut la peine!

 

Patrick Chambettaz, Randonnée de nuit, Paris, Mon Petit Editeur, 2014.

Pour en savoir plus sur Patrick Chambettaz et vous procurer "Randonnée nocturne", cliquez ici.

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22 février 2015 7 22 /02 /février /2015 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

Conseils au bon voyageur

 

Ville au bout de la route et route prolongeant la ville: ne choisis donc pas l'une ou l'autre, mais l'une et l'autre bien alternées.

 

Montagne encerclant ton regard le rabat et le contient que la plaine ronde libère. Aime à sauter roches et marches; mais caresse les dalles où le pied pose bien à plat.

 

Repose-toi du son dans le silence, et, du silence, daigne revenir au son. Seul si tu peux, si tu sais être seul, déverse-toi parfois jusqu'à la foule.

 

Garde bien d'élire un asile. Ne crois pas à la vertu d'une vertu durable: romps-la de quelque forte épice qui brûle et morde et donne un goût même à la fadeur.

 

Ainsi, sans arrêt ni faux pas, sans licol et sans étable, sans mérites ni peines, tu parviendras, non point, ami, au marais des joies immortelles,

 

Mais aux remous pleins d'ivresses du grand fleuve Diversité.

 

Victor Segalen (1878-1919), Stèles, Paris, Plon, 1929/Poésie/Gallimard, 1973.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 21:12

hebergement d'imageLu par Goliath.

 

Trois femmes, trois biographies. Avec "Un kiwi dans le cendrier", l'auteure belge Catherine Deschepper propose un recueil de nouvelles atypique - est-ce d'ailleurs vraiment un recueil de nouvelles? En ouvrant le débat, l'auteure signe un joli coup, très personnel, pour son entrée en littérature.

 

La forme interpelle le lecteur, en effet. Celui-ci suit le parcours de trois femmes archétypiques: l'épouse modèle, la jeune célibataire et la femme divorcée. La structure du roman adopte dès lors un rythme ternaire, chaque chapitre constituant un groupe de trois séquences où chacune des femmes est confrontée à un aspect précis de la vie: état civil, corps, sexe, temps, loisirs, etc. Plutôt que des nouvelles se suffisant classiquement à elles-mêmes, ces séquences sont autant de moments de vie. Le lecteur retrouve les personnages féminins de l'ouvrage de manière cyclique et régulière. au fil des "chapitres".

 

Ces chapitres ne reculent pas devant un certain humour, réminiscence du vécu de l'auteur peut-être. Les instants évoquant par exemple les encoubles quotidiennement vécues par Emma, trente ans, mariée et jonglant avec ses quatre enfants, ont par exemple de quoi faire naître un certain sourire, un brin ambigu: Emma paraît heureuse en surface, mais l'est-elle vraiment?

 

De l'autre côté, la solitude et la liberté insolente de Zoé a son prix: une certaine amertume. Quant au divorce d'Inès, il suggère que la femme en question a dû se trouver au mauvais moment au mauvais endroit - comme un kiwi dans un cendrier, comme elle-même dans un hôtel trop cher pour elle, en l'occurrence le Lutétia à Paris.

 

Catherine Deschepper secoue les limites du genre de la nouvelle - et met à l'épreuve la ligne éditoriale des éditions Quadrature. Ses séquences forment quelque chose qui n'est plus un recueil de nouvelles au sens habituel, sans pour autant être résolument un roman: si des échos naissent certes entre les trois personnages féminins, ceux-ci n'ont rien à voir entre eux si l'on considère leur parcours. Mais entre sourires, sentiments et introspections, l'auteure offre ici un ouvrage atypique et réussi, portrait croisé, tressé, de trois femmes - et d'une certaine féminité moderne.

 

Catherine Deschepper, Un kiwi dans le cendrier, Louvain-la-Neuve, Quadrature, 2015.

 

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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 20:53

hebergement d'imageAlphonsine propose une nouvelle participation au Défi Premier roman - merci à elle! C'est volontiers que je la relaie, selon la tradition; il est question du roman "Le liseur du 6h27" de Jean-Paul Didierlaurent. Cela se passe ici:

 

Jean-Paul Didierlaurent, Le liseur du 6h27.

 

A bientôt! Et à vous de jouer!

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 23:07

hebergement d'imageMerci à XL et à Sharon d'être fidèles au Défi Premier roman! Elles reviennent avec une nouvelle participation chacune. Je vous laisse découvrir les oeuvres qu'elles présentent:

 

Britta Böhler, La Décision (chez Sharon).

Toni Jordan, Tu pourrais rater intégralement ta vie (chez XL).

 

Et à qui de jouer? Toute participation au Défi premier roman est bienvenue.

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

Le chat poète

 

Il se couche en plein midi sur le mur

Dès que l'ombre se dessine il se barre

Il aime que le soleil tape dur

Puis il se marre

 

Dans le silence du soir il compose

Des odes, des sonnets jusqu'au matin

Fervent chantre du lilas, de la rose

Par son destin

 

Les uns le disent sot et illettré

Ignorant tout du grec et du latin

Les autres ont âprement dénigré

Son air hautain

 

Le vieux poète les cloua d'un trait:

Même si l'ancien chinois je parlais

Ane bâté pour vous je resterais

Même en portrait

 

On le prend pour un fol original

Parce qu'il danse avec une duchesse

Que souvent à l'envers lit le journal

A la kermesse

 

Paul Farquet, Les chats entre eux et avec nous..., Sierre, Editions Arts Graphiques Schoechli, 1984.

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 20:45

hebergement d'imageA vos agendas: la Société Fribourgeoise des Ecrivains organise une causerie donnée par le philosophe François Gachoud. Particulièrement de circonstance à la veille du Carême, son thème sera "La Résurrection est-elle pensable?". Elle aura lieu mardi 17 février 2015 à 20h30 à Fribourg, à l'espace Le Phénix. La réflexion partira de son dernier ouvrage, "Comment penser la Résurrection?"

 

François Gachoud est un enseignant et un philosophe. Après avoir publié "Maurice Clavel, du glaive à la foi", un ouvrage qui fait autorité encore aujourd'hui, il a écrit plusieurs essais sur la philosophie, l'athéisme, la spiritualité et la montagne. Ses articles se retrouvent par ailleurs dans la presse romande, en particulier dans "La Gruyère". Il est également animateur de forums philosophiques.

 

Pour voir l'affiche de la soirée.

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Publié par Daniel Fattore - dans Littératures
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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 21:27

hebergement imagesLu par Moon.

Défi Premier roman.

 

Le premier roman de Sylvia Hansel se présente comme une éducation sentimentale moderne, vue à travers le regard de la principale intéressée. "Noël en février" invite en effet le lecteur à se mettre dans la peau de Camille, une fille aux airs tout à fait ordinaire qui achève son lycée, se cherche mollement et est pilotée par son amour pour l'insondable Mathieu.

 

En exploitant à fond les ressources d'une écriture à la première personne du singulier, l'auteure crée avec Camille un personnage crédible et familier jusque dans ses fluctuations. Le lecteur se positionne face à elle comme s'il s'agissait de quelqu'un de réel: en dévoilant Camille de la sorte, l'auteure accepte le risque qu'on déteste son personnage. Mais le détester, ce sera encore y croire: la lycéenne Camille est là, tout entière, avec son caractère, ses demi-teintes et ses paradoxes. Elle est humaine jusque dans ses imperfections et dans sa complexité: sa construction paraît organique, intuitive, loin des leçons d'écriture trop rigides qui ordonnent de conférer "trois qualités et trois défauts" à chacun de ses personnages. Une condition indispensable pour tenir 256 pages!

 

Reste une constante pour Camille: son seul but dans la vie, c'est Mathieu. Celui-ci aussi est construit d'une manière complexe, mais l'approche est différente, construite sur les regards portés sur lui. Là, l'auteure joue sur deux tableaux et crée un contraste. Il y a d'un côté le regard irrémédiablement amoureux de Camille, qui accepte ou minimise les défauts, magnifie les qualités, voit le bonhomme comme un demi-dieu - comme "LE" garçon. Une vision qui fait contraste avec le regard des autres sur Mathieu: c'est un gars quelconque, voire bizarre, en tout cas pas fréquentable. En le présentant comme un bonhomme solitaire, plongé dans ses livres, l'auteure va jusqu'à faire de Mathieu une espèce de héros romantique revisité.

 

"Noël en février" se présente comme une éducation sentimentale... et cette annonce n'est pas fausse. Mathieu fait figure de personnage inaccessible, de bonheur qu'on pourchasse de peur qu'il ne se sauve. Dès lors, Camille est tentée par des expédients et errements. L'auteure glisse dès lors volontiers dans le secteur peu clair de l'extrême droite éventuellement catholarde (personnage de Grégoire), ou des hommes gentils mais sans relief (Sébastien). Privilégiant la nuance, l'auteure a l'intelligence de ne pas charger Grégoire et Sébastien plus qu'il ne le faut. Elle échappe ainsi en grande partie à la caricature facile, à laquelle le thème de l'extrême droite à front de taureau pourrait se prêter a priori.

 

Mais au terme de cette éducation sentimentale, qu'a-t-on? Un suicide... mais de qui? L'auteure ménage une fin ouverte, solide et habile à la fois, laissant en suspens la question du bonheur qui fuit dès qu'on est sur le point de le saisir. Le lecteur est cependant préparé à cette issue. En effet, "Noël en février" a des allures de partie de poker permanente: il demande sans cesse à Camille si elle préfère viser Mathieu, présenté comme un absolu inaccessible (géographiquement, humainement, etc.), ou se contenter de Grégoire ou Sébastien, médiocres voire navrants mais accessibles sans peine, et garants d'une vie de couple et de famille acceptable pour peu que les exigences soient basses. Reste que si Camille a bien une qualité, c'est qu'elle est déterminée...

 

Dès lors, ce "Noël en février" est le titre métaphorique d'un bonheur impossible - emprunté à Lou Reed et à sa chanson "XMas in February". "Cours-y vite", aimerait-on dire. Mais il n'est pas question de romance ici. L'auteure fait évoluer son roman dans un univers désenchanté, où coexistent l'alcool à outrance, le viol dénié et/mais accepté, les soirées minables et les divertissements misérables. Le fait que l'action se situe entre Meaux et Melun donne par ailleurs au lecteur l'impression que tout se déroule à deux pas de la perfection parisienne... mais que ces deux pas font toute la différence entre l'extase de la capitale (matérialisée par la rencontre fortuite, a priori impossible, entre Camille et Mathieu) et le bourbier de la province - même si elle est presque Paris.

 

Le ton adopté, enfin, est crédible. L'auteure excelle à se mettre dans la peau de Camille, teenager en fin de course qui ne sait pas par quel bout empoigner l'existence. Il y a de la vigueur dans l'écriture, de la générosité aussi, et un vocabulaire un brin relâché, aux teintes de blue-jean, qui confère à la narration tout le naturel dont elle a besoin. Enfin, tout se passe dans les années 1990, et celles-ci sont reconstruites, pour l'essentiel, avec un réalisme qui n'exclut pas l'humour.

 

Sylvia Hansel, Noël en février, Paris, Rue Fromentin, 2015, préface de Tristan Garcia.

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