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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 22:45

hebergeur imageLu par AliochaClara, Enlivrons-nous, Eternel Retour, Miss Bavarde.

Blog de l'auteur: Second Flore.

 

La couverture aurait mérité un éclat de couleur... tant il est vrai que "Le métro est un sport collectif", dernier livre de Bertrand Guillot, s'efforce, page après page, de donner des couleurs au monde très parisien, volontiers perçu comme gris et terne, du métro. Monde parisien en ce sens que ceux qui empruntent ce moyen de transport sont souvent des navetteurs ayant un emploi ou une activité dans la capitale française; mais aussi monde touristique, dans la mesure où nombreuses sont les personnes qui ont fait leur baptême du métro à Paris. C'est mon cas... et ça vous marque un homme.

 

L'auteur présente son ouvrage comme un recueil de chroniques. Le lecteur va donc se retrouver face à de courts chapitres à l'action resserrée, qui sont autant de choses vues, érigées au rang d'anecdotes, relatées et réenchantées selon les critères de la littérature - une littérature qui sait observer, saisir les interactions, capter la beauté qui se cache dans l'ordinaire, dans un remerciement inattendu ou dans un geste de charité inespéré. Et telle est la démarche de l'auteur: débusquer une relation amoureuse naissante, immortaliser un sourire adressé à un mendiant ou à un musicien, rendre attachantes les figures les plus grincheuses de ce moyen de transport.

 

Si certains événements sont présentés comme réels, l'auteur n'hésite pas à signaler que certaines péripéties sont rêvées. Souvent, il s'agit d'une réplique qui n'est pas partie, d'une phrase que personne n'a eu le courage de prononcer. Ce rêve, c'est aussi le narrateur qui se promet d'attendre telle voyageuse pratiquement inconnue au pied de son immeuble. Le fera-t-il? La chronique qui en parle laisse la porte ouverte à toutes les imaginations.

 

L'auteur attache d'ailleurs une importance certaine aux voyageurs - perçus comme ses semblables, avec leurs forces et leurs travers, imperturbablement dépeints. Il y a ainsi la modernité de tous ces gens qui voyagent en écoutant leur iPod ou en téléphonant (quitte à assourdir une voiture entière), mais aussi ces voyageurs plus classiques qui lisent un livre dont on aimerait bien connaître le titre, quitte à faire mille contorsions pour en prendre discrètement connaissance.

 

Et si les âmes humaines sont sondées dans les moindres détails, l'auteur est aussi un observateur attentif de la réappropriation par les voyageurs du fonctionnement du métro parisien. Chacun interprète ces règles à sa façon, ce qui crée parfois des collusions... Là, l'auteur se veut exhaustif: on découvre le voyageur qui tient la porte de la rame ouverte (ou non), les efforts désespérés de tel voyageur qui joue son voyage à la seconde près, l'ambiance des stations où l'on court. Stations? L'auteur semble hanter tout particulièrement celles du nord de Paris, côté Clignancourt.

 

Enfin, le livre lui-même est calibré pour une lecture dans le métro. Il parle certes de ce moyen de transport, avec une note appuyée de tendresse et d'optimisme; mais aussi et surtout, chacune de ses chroniques est suffisamment courte pour être lue en l'espace du parcours séparant une ou deux stations de métro. Sobre et efficace, ludique par instants (on trouve une phrase biffée, et un jeu classique sur la taille des caractères - des astuces bien connues des blogueurs), chaque chronique dépeint avec acuité un petit univers - que le banlieusard familier du métro n'aura aucune peine à reconnaître. Et que l'usager occasionnel du métro aura plaisir à découvrir à travers le point de vue d'un écrivain.

 

Bertrand Guillot, Le métro est un sport collectif, Paris, Rue Fromentin, 2012.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 06/02/2012 11:07

Il ne manque que l'odeur si caractéristique du métro parisien. A quand le livre olfactif ...

Daniel Fattore 06/02/2012 22:21



Ah, ce serait le truc parfait, en effet!
Après, le livre olfactif devrait permettre une expérience individuelle: faute de quoi l'entourage, suivant comment, pourrait se demander ce qui sent si fort le métro...



Missbavarde 02/02/2012 15:52

ça c'est vrai je confirme il est très facile de le lire dans le métro on n'est pas perdu dans le fil de l'histoire…

Daniel Fattore 02/02/2012 23:14



... cela, grâce à la brièveté des séquences, qui rend ce livre tout indiqué pour une lecture dans le métro ou les transports publics. Et même sans cela, ça crée un rythme rapide qui donne envie
de tourner les pages. Banco!
Et puis, merci de votre visite par ici! :-)



céline 02/02/2012 10:25

Ah les péripéties du métro parisien :-) Personnellement, je parviens toujours à coincer ma valise entre deux portes ou derrière une barrière ! Jolie note en tous cas, qui donne envie de se plonger
dans ces petites aventures urbaines.

Daniel Fattore 02/02/2012 23:16



J'ai quant à moi le souvenir d'avoir voyagé dans le métro parisien, assis sur ma valise. Ca passe... en tout cas aux heures les moins agitées.
Il est vrai que ce livre devrait parler aux usagers réguliers du métro; à ce titre, je te le recommande.



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