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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 20:33

Senes Chauves

Lu par Goliath.

 

Un voyage en métro en ville de Paris, ça peut être court, quelques stations suffisent pour changer d'univers. Les écrivains s'intéressent à cet univers souterrain, clos et particulier, qu'est celui du métro. On se souvient par exemple que Bertrand Guillot y avait promené son regard avec "Le métro est un sport collectif". A son tour, l'auteure et scénariste Sandrine Senes s'y met, concentrant son attention sur les gens qu'elle y observe. Cela donne "Je regarde passer les chauves", tout petit livre (84 pages) à déguster entre deux stations.

 

Les chauves? Ceux-ci constituent une sorte de fil rouge de ce livre, comme l'auteure éprouvait une attention particulière pour les personnes dégarnies. Une histoire d'amour fanée peut-être? L'auteure le suggère. Suivant les chauves, celle-ci donne à son livre un supplément d'unité.

 

Suggestion également: la narratrice est-elle l'auteure elle-même? C'est une écrivaine, en tout cas. Le texte "Miroir" qui clôt "Je regarde passer les chauves" le suggère, comme si pour conclure, la narratrice s'observait en train de prendre la plume, frénétiquement, après avoir regardé les autres avec intensité. Et c'est peut-être ainsi que le petit recueil a vu le jour, fruit d'une prise de notes.

 

Plutôt que des nouvelles classiques à intrigues, l'auteure propose toute une galerie de petits portraits qui sont autant d'ébauches. Portraits physiques rapides, mais surtout imaginations autour de ce que pourraient être les gens, ces inconnus, qui se déplacent en métro. Et aussi observation des interactions, vues à travers un regard en coin. Toujours, l'écriture a la rapidité de l'esquisse croquée sur le vif: les textes proposés dépassent rarement une (petite) page, et il arrive qu'une situation soit dessinée, fulgurante, en trois ou quatre phrases.

 

Le regard est affûté, et les textes, s'ils sont concis, ne manquent jamais de poésie qui fait mouche grâce à un sens du rythme et des mots qui coulent bien et sonnent juste. Souvent, une chute astucieuse, qui peut être un jeu de mots, vient boucler l'instant de lecture. Tendresse, timidité, élans du coeur, petites méchancetés rentrées: l'émotion n'est jamais loin. Et il est certain que les voyageurs du métro ou des transports publics, Parisiens ou d'ailleurs, reconnaîtront çà et là une scène vécue. Ils ne manqueront pas alors d'adhérer à "Je regarde passer les chauves".

 

Sandrine Senes, Je regarde passer les chauves, Louvain-la-Neuve, Quadrature, 2016, préface de Chantal Lauby.

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