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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 20:16

hebergement imagesDéfis Premier roman et Thrillers et polars.

Le site de l'éditeur.

 

Une fillasse de trente ans, "la Petite", qu'on retrouve morte au pied des ruines historiques d'un site médiéval près de Marmande. Le suspect présumé et quasi désigné, "L'Emile", claque aussi. En plus, quelques histoires familiales pour faire bon poids. Généreuse compoisition que celle du polar "Le Maistre des Ruines", premier roman de l'écrivain Dominique Bousquet.

 

Généreux, en effet... L'auteur se plaît à relater de longues histoires qui ont trait au passé des personnages. Ces histoires sont le signe d'une inventivité certaine, et exploitent dans un souci consommé du détail le passé de certains personnages, remontant parfois les générations. Elles s'étendent en longs paragraphes, ce qui nuit au rythme de l'histoire, en dépit d'une écriture fluide et parfois ironique: l'auteur aurait gagné beaucoup à dramatiser ces récits, au moyen de dialogues, de rythmes, ou en étant plus proche des personnages décrits. C'est que chacune de ces histoires familiales, couple stérile qui adopte dans des conditions opaques ou passé trouble du policier qui mène l'enquête, aurait mérité un roman!

 

Ces longs paragraphes s'inscrivent en contrepoint avec des dialogues souvent rapides, parfois marqués par des traits d'esprit qui dénotent une complicité entre les personnages. Ces dialogues ont le goût de respirations bienvenues, voire attendues - même si l'alternance entre dialogues rapides et longs paragraphes installe un rythme binaire qui finit par devenir monotone.

 

L'auteur installe sans tarder le contexte de son récit. Le premier chapitre met en présence "La Petite" et "L'Emile", personnages clés du roman. L'Emile, dit "Le Bourru", a droit à un portrait pas piqué des vers, et l'on sent que l'auteur s'amuse à caricaturer une figure de misanthrope invétéré. Les autres personnages se révèlent peu à peu. Le policier Karnaukhov, quant à lui, a une belle épaisseur: l'auteur joue avec ses origines russes et son physique hors norme d'ancien rugbyman et d'ancienne petite (enfin, pas tant que ça) frappe: voitures trop petites, portes étroites...

 

Quelques maladresses de plume, enfin, laissent au lecteur l'impression d'un ouvrage brut de décoffrage, qui aurait mérité un dernier coup de lime, une dernière séance de travail qui aurait été l'occasion de nourrir encore le mystère médiéval des ruines où tout se trame. Reste que l'auteur a ses qualités, en particulier une inventivité qui ne manque jamais de surprendre, et une manière bien à lui de rendre ses personnages attachants et proches en explorant leur passé. Le personnage de Vladimir Karnaukhov est d'ailleurs riche, suffisamment pour que l'auteur lui consacre un deuxième roman, "Vulnérables" (à découvrir ici).

 

Dominique Bousquet, Le Maistre des ruines, Broc, La Plume Noire, 2008.

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11 janvier 2015 7 11 /01 /janvier /2015 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

Douce Liberté désirée

 

Douce Liberté désirée,
Déesse, où t'es-tu retirée,
Me laissant en captivité ?
Hélas! de moi ne te détourne !
Retourne, ô Liberté ! retourne,
Retourne, ô douce Liberté.

 

Ton départ m'a trop fait connaître
Le bonheur où je soulais être,
Quand, douce, tu m'allais guidant :
Et que, sans languir davantage,
Je devais, si j'eusse été sage,
Perdre la vie en te perdant.

 

Depuis que tu t'es éloignée,
Ma pauvre âme est accompagnée
De mille épineuses douleurs :
Un feu s'est épris en mes veines,
Et mes yeux, changés en fontaines,
Versent du sang au lieu de pleurs.

 

Un soin, caché dans mon courage,
Se lit sur mon triste visage,
Mon teint plus pâle est devenu :
Je suis courbé comme une souche,
Et, sans que j'ose ouvrir la bouche,
Je meurs d'un supplice inconnu.

 

Le repos, les jeux, la liesse,
Le peu de soin d'une jeunesse,
Et tous les plaisirs m'ont laissé :
Maintenant, rien ne me peut plaire,
Sinon, dévot et solitaire,
Adorer l'oeil qui m'a blessé.

 

D'autre sujet je ne compose,
Ma main n'écrit plus d'autre chose,
Jà tout mon service est rendu ;
Je ne puis suivre une autre voie,
Et le peu du temps que j'emploie
Ailleurs, je l'estime perdu.

 

Quel charme, ou quel Dieu plein d'envie
A changé ma première vie,
La comblant d'infélicité ?
Et toi, Liberté désirée,
Déesse, où t'es-tu retirée,
Retourne, ô douce Liberté !

 

Les traits d'une jeune guerrière,
Un port céleste, une lumière,
Un esprit de gloire animé,
Hauts discours, divines pensées,
Et mille vertus amassées
Sont les sorciers qui m'ont charmé.

 

Las! donc sans profit je t'appelle,
Liberté précieuse et belle !
Mon coeur est trop fort arrêté :
En vain après toi je soupire,
Et crois que je te puis bien dire
Pour jamais adieu, Liberté.

 

Philippe Desportes (1546-1606). Source: Poésie.webnet.fr

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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9 janvier 2015 5 09 /01 /janvier /2015 21:10

hebergement d'imageUne fillette est morte. A coups de couteau. Elle aurait pu s'en sortir... ou pas: il suffit qu'une porte soit ouverte ou fermée. Après "Monsieur Quincampoix" et "La Ricarde", le troisième roman de Fred Bocquet, sobrement intitulé "La Porte", a des allures d'intrigue policière. Particularité: le lecteur fait le tour du sujet en écoutant parler, tour à tour, parfois à plusieurs reprises, les personnages qui entourent la gamine défunte.

 

Des personnages qui parlent d'eux-mêmes

"La Porte" se présente donc comme un roman aux chapitres courts, qui donnent la parole à l'un des personnages concernés. Peu de monde? On pourrait le croire: c'est une anonyme qui meurt. Mais l'auteure a le talent d'aller convoquer des figures inattendues et de leur donner la parole: le doudou de la fillette est là, lui aussi. Et sa parole est crédible, émouvante aussi. De manière plus attendue, il y a la presse, un photographe, un paysan, etc. L'auteure parvient même à placer un clin d'oeil au camping mis en scène dans son excellent "La Ricarde".

 

D'une manière générale, elle a compris qu'il suffisait de laisser parler tous ces personnages pour qu'ils se révèlent, dans leurs qualités et leurs zones d'ombre: un paysan qui défend ses cerisiers, un curé qui veut se faire de la pub pour refaire la toiture de l'église, etc. Et qu'en parlant tout seuls, ils mettront peu à peu en place, pièce après pièce, toutes les pièces du puzzle.

 

La porte comme élément structurant

"La Porte" est par ailleurs structuré par les interventions de la fillette morte, sur le ton de ce qu'elle serait devenue si elle avait vécu. L'auteure développe avec finesse le parcours de vie d'une femme d'aujourd'hui, photographe, mère un jour. L'utilisation de caractères italiques souligne le caractère irréel de ce contrepoint, par contraste avec les confessions des autres personnages. Cela, jusqu'à la dernière phrase du roman, qui sonne comme un implacable rappel au réel.

 

L'idée de porte est un autre élément structurant de l'architecture du roman "La Porte" - et le titre est, pour le coup, impeccable. Lieu du crime, souillé de sang, c'est aussi le lieu d'un salut hypothétique: qu'une porte soit ouverte ou fermée, et c'est une vie qui bascule, même si elle n'est pas tout à fait en règle puisqu'il y a de la maraude de cerises là-derrière. Peu de chose, au fond... On retient cette opposition entre les portes fermées, qui condamnent, et les portes ouvertes, qui peuvent libérer et sauver. Et la surprise qu'elles recèlent dès qu'elles s'ouvrent: un aspect qui apparaît chez Frédéric Dard ou chez Jacques Guyonnet, pour ne citer qu'eux. Et dans "La Porte", est-ce la métaphore d'un certain état d'esprit, d'une certaine vision du monde? Il est permis d'en débattre.

 

Loin de l'ironie ricanante de "La Ricarde", Fred Bocquet touche le lecteur là où il s'y attend le moins, avec un roman en puzzle qui, brodant sur une intrigue policière prétexte (peu importe le coupable, au fond!) autour d'une fillette morte, brosse le portrait précis d'une belle galerie d'êtres humains de notre temps - avec leurs splendeurs et leurs horreurs minuscules.

 

Fred Bocquet, La Porte, Genève, Cousu Mouche, 2014.

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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 21:20

partage photo gratuitLu par Asclepiade, Benoît Brunel, Boidron, David Moginier, GJE, Jacques Berthomeau, La Pinardothek, Laurent Gotti, Le Coureur de vins, Mi-fugue, mi raisin, Olif, Pascal Henot, Terre de vins.

 

"VinoBusiness" a secoué la blogosphère des vins à sa parution, au début 2014. Gageons que ce réquisitoire vigoureux signé Isabelle Saporta a aussi suscité quelques remous dans le vignoble français, qu'il fait plus qu'égratigner. Le lecteur se trouve en présence d'un étrillage en règle des pratiques viticoles dans le Bordelais en particulier, mais aussi, en passant, du côté de la Champagne et de la Bourgogne.

 

Les connaisseurs du milieu estiment que cet ouvrage ne révèle pas grand-chose; soit. Le grand public, en revanche, va suivre une analyse en forme d'enquête à charge qui touche aux principaux aspects et enjeux de la production viticole de haut niveau, telle qu'elle se pratique en France - pays phare mondial en matière de vins. La critique acerbe des classements de Saint-Emilion est attendue, par exemple - elle trouve un précédent dans "In Vino Satanas" de Denis Saverot et Benoist Simmat, de même que le côté "bling-bling" d'une certaine manière de promouvoir les grands vins ou le rôle ambigu de l'INAO et d'autres institutions.

 

Le lecteur en apprendra plus sur certains enjeux internationaux, que l'auteur sait approfondir dans une certaine mesure, à l'échelle d'un ouvrage de 252 pages. Le lecteur découvre ainsi ce que les Chinois viennent chercher dans le bordelais... et ce que les gros producteurs bordelais vont chercher en Chine, réciproquement. La question des investisseurs institutionnels sans visage est également évoquée, trop brièvement hélas; elle rappelle le bref ouvrage "Menaces sur la civilisation du vin" de Raoul Marc Jennar  Cela, sans aller beaucoup plus loin: à ma connaissance, le livre qui relate les liens peu évidents entre le vignoble et l'investissement à l'aube du XXIe siècle reste à écrire.

 

L'une des forces de "Menaces sur la civilisation du vin" est par ailleurs de relever l'opposition entre un vin de vigneron, qui prend le risque de déplaire mais a de la personnalité, et un vin technologique, qui cherche à séduire le public à tout prix (la sommelière Emilie Merienne en parle aussi sur son blog, je vous laisse le découvrir!). Cette question est également présente dans "VinoBusiness", qui suggère la tentation qu'ont certaines appellations de réaliser un goût à tout prix, quitte à maquiller le vin à l'occasion: levures, assemblages, etc. Là, on pense parfois à "La Bataille du vin et de l'amour" d'Alice Feiring - tout comme lorsqu'il est question d'un critique nommé Robert Parker, présenté comme celui qui fait et défait les réputations. Avec des conséquences économiques incalculables: prix des terrains, prix de vente des bouteilles, poids de l'héritage, spéculation, etc. Tout cela, Isabelle Saporta l'analyse avec intelligence, tout comme elle évoque le rôle de consultants assez éloignés du terroir.

 

Isabelle Saporta décrit donc un monde où, selon elle, tous les coups sont permis pour rester au sommet. Elle a eu le courage de s'entretenir avec des acteurs fort exposés du secteur, et souvent du côté "business": si les grands acteurs les plus divers du Bordelais sont omniprésents (Hubert de Boüard, Christian Moueix, Stéphane Derenoncourt), les humbles se font plus discrets, si l'on excepte des figures comme Dominique Techer ou Aline Guichard (belle analyse d'un cas présenté comme emblématique). Comme dans toute enquête journalistique qui se respecte, l'intérêt de "VinoBusiness" naît de ce choc des voix et des avis, savamment orchestré par l'auteure.

 

Alors? Du neuf et de l'attendu, voilà ce que contient "VinoBusiness". Le lecteur qui veut en savoir plus sur ce qu'il y a dans une bouteille de vin sera un peu déçu: on est loin du livre de dégustation, et du côté qualitatif, l'auteure interroge plutôt la question des pesticides que celle du goût du vin. Comme attendu également, le style est celui d'un essai à sensation, construit avec professionnalisme, qui file la double métaphore des féodalités et d'Astérix pour interpeller, voire choquer, en mettant en évidence des jeux de pouvoir violents.

 

Présenté comme le portrait d'un "Dallas hexagonal", cet ouvrage critique et corrosif aurait gagné à être enrichi de quelques pages plus développées de suggestions pour améliorer les différents aspects de la filière du vin en France. Mais il aura eu le mérite de lancer le débat - les blogs que je cite en début de billet en témoignent. Un bon début... non?

 

Isabelle Saporta, Vinobusiness, Paris, Albin Michel, 2014.

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4 janvier 2015 7 04 /01 /janvier /2015 19:53

partage photo gratuit"J'aime raconter les histoires de gens qui n'existent pas", confie Arnaud Dudek en fin de son nouveau roman "Une plage au Pôle Nord", à paraître ce mois-ci. Ce bonheur de confronter les êtres, si ordinaires et (ir)réels qu'ils soient, est palpable dans ce nouveau roman, paru aux éditions Alma - merci à elles et à l'auteur pour l'envoi. Et l'on s'en délecte, au fil d'un roman qui se présente comme une tranche de vie à la fin ouverte, comme peut l'être une balade qui aboutit au sommet d'une côte.

 

"Une plage au Pôle Nord", c'est d'abord un titre construit comme un oxymore: s'il y a de la mer au Pôle Nord, il n'y a pas vraiment de plage, les plus proches se trouvant au nord du Canada et de la Russie - ce qui ne les rend pas très amènes. C'est avec cette image choc que l'auteur illustre la relation improbable qu'il installe entre deux de ses personnages: un jeune photographe et une vieille dame qui se trouve avoir retrouvé l'appareil photo de l'autre. L'informatique va les rapprocher: plantages involontaires, errances sur les sites de rencontre et impondérables au moment de la rencontre "pour de vrai", tout est très bien vu.

 

Cela permet à Françoise Vitelli, la vieille dame, de prendre ses distances avec un passé pas forcément glorieux: son mari, ouvrier modèle, a succombé à la tentation du vol. Cet aspect fait l'objet de chapitres insérés comme des flash-back à suspens, qui donnent un supplément de profondeur à l'univers que l'auteur dépeint. Suspens? La livraison de l'arme du crime, bel exemple de rétention de l'information de la part de l'auteur, crée un joli contraste avec une histoire présente fort commune. Le lecteur se demande ce qui se passe... tout en le devinant.

 

C'est que l'auteur aime jouer avec son lecteur, en lui indiquant régulièrement ce qu'il fait - ce qui n'interdit jamais la surprise. Il souligne à traits marqués les évidences du roman actuel, et rappelle qu'en creusant le passé de ses personnages, il n'invente pas grand-chose - et que toute sa créativité réside dans la teneur de ce passé (le lecteur est mis en présence de prestidigitateurs, entre autres). De manière plus subtile, il glisse quelques tableaux Excel qui théorisent ce qui se passe et forment un récapitulatif intéressant et un point de départ vers, peut-être, de nouvelles péripéties.

 

Enfin, le lecteur percevra une pointe de vécu à travers le personnage de Pierre Lacaze. Celui-ci est présenté comme un auteur de bandes dessinées méconnu, reçu dans une librairie qui ne l'attendait pas vraiment pour une séance de dédicaces et joue malgré lui un rôle de passeur entre Mme Vitelli et le photographe. Le lecteur peut y voir sans peine l'image de l'auteur lui-même, auquel incombe la mission pas toujours évidente de transmettre au lecteur une histoire particulière. Mise en abyme? Il y a de ça - ou en tout cas, il est permis d'y croire.

 

Des personnages qui n'existent pas mais qui sonnent vrai, des actions imaginaires et bien construites, et un petit grain de folie. Il n'en faut pas plus pour donner corps à "Une plage au Pôle Nord". Un roman qui n'a rien à voir, ou si peu, avec le réchauffement climatique, mais tout à voir avec le réchauffement relationnel entre personnages qui, le plus souvent, n'ont pas grand chose à faire entre eux et que seuls les aléas de la vie rapprochent. Le tout est souligné par une prise de distance ironique de la part de l'auteur. Celle-ci s'exprime dès les premiers mots d'un incipit qui inscrit le livre dans le cadre d'une fiction qui renonce à se prétendre vraie pour être, en définitive, plus réaliste: "Au début de l'histoire,...".

 

Arnaud Dudek, Une plage au Pôle Nord, Paris, Alma, 2014.

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4 janvier 2015 7 04 /01 /janvier /2015 17:00

hebergement d'imagePremière participation au Défi Premier roman pour l'année 2015 avec Sharon, qui propose un billet sur "Le Complexe d'Eden Bellwether" de Benjamin Wood. C'est ici que ça se passe:

 

Benjamin Wood, Le Complexe d'Eden Bellwether.

 

Bientôt un billet au sujet du Défi Premier roman... ne quittez pas!

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 20:42

partage photo gratuitDéfis Rentrée littéraire et Thrillers et polars.

Le site de l'éditeur.

 

Ils s'y sont mis a deux, et le résultat est unique: "Duellistes" est un thriller à quatre mains, rédigé "sans concertation" à partir d'un point de départ convenu. Les auteurs stéphanois Chrystel Duchamp et Sébastien Bouchery s'y glissent chacun dans la peau d'un tueur professionnel chargé de viser une seule et même cible: un certain Daniel F. Poursot, présenté comme un politicien discret mais véreux. Autant dire que dans leur roman "Duellistes", le Trakker et Betty Monroe sont placés en concurrence directe. Le développement s'avère inattendu... et trépidant.

 

L'idée de départ est bonne. Dans "Duellistes", elle offre aux auteurs l'occasion de faire se confronter deux personnages et deux points de vue fort différents, en alternance. Dès lors, tout l'intérêt de ce thriller réside dans les interactions entre ces deux-là. Ils sont présentés dès les deux premiers chapitres, et le lecteur les "sent" et les adopte d'emblée: le Trakker est un professionnel froid et méthodique, qui ne vit que pour son métier, alors que Betty Monroe, personnage complexe et original - original parce que complexe, dirai-je - mène une double, voire une triple vie: employée dans un grand magasin le jour, épouse et mère de famille, elle se mue en tueuse la nuit.

 

A part un métier et un objectif communs, tout les sépare donc. Les auteurs vont s'amuser à les rapprocher, au fil de contacts discrets qui débouchent sur une venimeuse intrigue sentimentale qui prend sa source, et c'est important, dans un bar louche. Ces rapprochements permettent aux auteurs de creuser deux personnages confrontés à une situation nouvelle pour eux: si Betty Monroe est à deux pas de céder à l'infidélité et de compromettre une vie familiale sans histoire, le Trakker découvre, lui, qu'il a un coeur.

 

Mais foin de romance: nous sommes bien dans un thriller, et la cible n'est jamais perdue de vue. La violence est présente, et dans les pages qu'il écrit, Sébastien Bouchery se montre cruel, d'une manière jouissive. Et si la confrontation entre les personnages a bien lieu - Eros et Thanatos, l'amour et la mort, rôdent de concert - elle intervient aussi entre les auteurs, qui glissent volontiers quelques pièges à l'attention de leur comparse. En effet, l'écriture des chapitres s'est déroulée de façon successive, chaque auteur rédigeant sur la base d'une livraison en principe hebdomadaire.

 

L'écriture à quatre mains permet un enrichissement mutuel, né de regards divers sur les personnages et aussi sur les lieux. Cela se remarque aussi avec les descriptions successives du bar Braquo B. de Mille, chacun des auteurs prêtant son attention à des détails différents qui deviennent complémentaires.

 

Enfin, l'objectif nommé Daniel F. Poursot s'avère assez secondaire au fil des pages: serait-il un McGuffin? Les auteurs omettent en tout cas de dire ce que cet homme de pouvoir a de si terrible. Le fin mot de l'affaire survient en fin de roman, comme il se doit. Dans l'intervalle, les auteurs ne manquent pas de s'amuser à filer la métaphore du "pourceau", facilement induite par le patronyme du personnage.

 

Une telle démarche est-elle une première, comme le suggèrent les auteurs? Pas sûr - on pense par exemple aux "Meurtres exquis", collectif irlandais rédigé à la manière d'un cadavre exquis. Mais au fond, peu importe. En effet, Chrystel Duchamp et Sébastien Bouchery signent ensemble un thriller efficace et captivant dès les premières pages, rythmé qu plus est. Pour ne rien gâcher, il est baigné de plus d'une référence cinématographique - la patte de Sébastien Bouchery est là. Autant dire que le lecteur est accroché d'emblée! Et au fil des pages, on sent que l'émulation fonctionne... ce qui est tout bénéfice pour cet impeccable "Duellistes"!

 

Chrystel Duchamp et Sébastien Bouchery, Duellistes, Veauche, Eastern Edition, 2014. Avis aux bibliophiles: l'ouvrage a paru sous deux couvertures différentes.

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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 17:26

partage photo gratuitC'est la dernière lecture de mon année 2014 - et sans doute pas la plus amusante, malgré quelques lueurs d'espoir çà et là. Avec son recueil de nouvelles "La vie par effraction", l'écrivaine belge Jacinthe Mazzocchetti dresse les portraits d'un certain nombre de jeunes au parcours perturbé, surprenant, qui les oblige à trouver une voie bien à eux. Cela, à partir de drames et de difficultés bien connues: la misère humaine et sociale n'est jamais loin.

 

"Jessica", la première nouvelle, donne le ton. Le lecteur découvre une voix particulière, qui se fond dans les personnages mis en scène sans perdre de sa personnalité. Les phrases sont courtes et font mouche: un seul mot suffit parfois pour dire quelque chose d'important. L'auteure choisit d'ailleurs de placer en tête de son recueil cette nouvelle de Noël, aux antipodes de ce que pourrait être un "joyeux Noël": jeune fille en fuite et en rupture, fauchée, encore une enfant à bien des égards, proie de toutes les adversités - celles que tout le monde connaît, la cherté des bistrots par exemple, et celles qu'on ne souhaite à personne, à l'instar de l'individu louche qu'elle rencontre.

 

Nombreux sont les aspects abordés, et qui agitent l'adolescence des personnages mis en scène: le rapport au corps, le suicide, la grossesse non désirée, les premières amours, l'exil, les relations problématiques avec des parents pas forcément présents. Les amours, c'est "Louis", un jeune passionné qui va jusqu'à voler un bijou de famille pour l'offrir à celle qu'il préfère dans la cour de récréation. Superbe peinture, ici, de la difficulté à assumer des sentiments naissants, possiblement honteux ("Je ne veux pas de petit ami, jamais"), sur fond de vie de famille difficile; la nouvelle touche également à la question des rapports que la jeunesse entretient avec les outils informatiques - une thématique qui trouve un écho dans "Anonymes", dernière nouvelle du recueil. Quant à "Samira et Julien", comment ne pas y voir une relecture moderne de l'enlèvement de la jeune fille aimée, souvent vu dans des romans d'aventures d'autrefois: si le coursier a changé (le Thalys remplace le cheval...), les sentiments sont de toujours.

 

Le lecteur note sans peine que chaque nouvelle porte comme titre le prénom de son protagoniste principal. L'idée est de donner à chacun des personnages une personnalité, à travers ce signe distinctif. Le choix d'intituler "Anonymes" la dernière nouvelle du recueil n'est pas innocent: ce sont des personnages présentés comme invisibles, inconnus, qui - pour le personnage féminin - se montre par morceaux à travers des photos osées, mais sans visage, publiées sur un blog en vue d'attraper de précieux "likes". Dérive souvent dénoncée...

 

"La vie par effraction" est un recueil d'une grande cohérence, riche en échos internes. C'est aussi une lecture sur le mode sombre, parsemée d'éclairs, qui montre comment la vie s'impose, se déroule et se poursuit dans les circonstances les plus diverses. Ce livre, porté par une voix d'une grande personnalité et par un regard juste et précis, sait interpeller le lecteur. Et, peut-être, creuser en lui le terreau de souvenirs enfouis.

 

Jacinthe Mazzocchetti, La vie par effraction, Louvain-la-Neuve, Quadrature, 2014.

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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 00:00

hebergement d'imageAmies visiteures, amis visiteurs, occasionnels ou réguliers, je vous souhaite une excellente nouvelle année 2015! Qu'elle vous apporte succès, prospérité, joie et bonheurs - et surtout une bonne santé! Et à bientôt pour de nouvelles aventures!

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Air du temps
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30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 19:53

partage photo gratuitLu par Univers Chick Lit.

Le site de l'auteur.

 

C'est un des tout derniers titres de la série "Red Dress Ink"... dès lors, il vaut la peine qu'on en parle. D'autant plus qu'avec "Méfiez-vous de vos voeux... ils pourraient se réaliser", l'écrivaine américaine Laura Caldwell relate une romance qui, sous des dessous bien classiques et mainstream, nappés d'une solide touche d'alcool et de bons et moins bons sentiments, amène au genre un soupçon de fantastique qui lui sied à merveille.

 

Installée à Chicago, juriste et journaliste, l'auteure maîtrise les codes d'une bonne romance. Elle met en scène Billy, employée ambitieuse d'une entreprise de relations publiques. Quatre voeux la mobilisent, au moins: transformer son mari en prince charmant (il est devenu pantouflard, il faut qu'on en parle!), décrocher un poste de directrice adjointe (yess!), faire disparaître sa rivale Alexa et, qui sait, tester avec succès son sex-appeal sur Evan, un collègue de bureau - l'archétype du prédateur à la "voix rauque". Force est de constater que l'auteur captive avec ce pitch qui, s'il est minimaliste, n'en est pas moins prometteur. Sans doute parce qu'il est très, très humain, et que chacune et chacun peut s'y reconnaître

 

L'importance du début

Le premier chapitre de "Méfiez-vous de vous voeux... " est un bijou. En une grosse dizaine de pages d'une exposition redoutablement efficace, l'auteure montre les lignes de force qu'elle met en place entre ses acteurs: qui aime qui, qui déteste qui. Tout se joue ici, au gré d'une réunion où tous les personnages ont un rôle à jouer. Il y a Evan le tombeur, Alexa la fille qu'on veut éliminer... l'auteure excelle à dessiner ici les rapports de force entre des personnages bien construits, quoique conventionnels: gestes, répliques, regards, rien ne manque. Et tout parle.

 

Comme personnage de chick lit, Billy, la narratrice, est parfaite. Nous avons ici une figure de jeune trentenaire qui se sent constamment inférieure à celles et ceux qui l'entourent, et - c'est classique, ha ha! - peine à trouver sa place dans la vie. Elle vise un poste de cadre, mais le veut-elle vraiment? Veut-elle vraiment sauver son mariage avec Chris, le mec idéal? Et veut-elle retrouver ses marques avec ses parents - et en particulier avec son père, qui a fui le domicile conjugal? Telles sont les questions qui se posent d'emblée.

 

Un soupçon de fantastique

Fait peu commun en chick lit, l'auteure intègre un chouïa de fantastique. Celui-ci prend la forme d'une grenouille en pierre - et là, le doute s'installe et intrigue le lectorat. A quelques éléments près, en effet, rien n'est redevable à ce batracien japonais. A moins d'y croire...

 

"L'objet" joue le rôle de talisman. Pour lui donner un supplément d'importance, l'auteure crée un prologue mystérieux, écrit à la troisième personne pour prendre de la distance. Mais dès lors qu'on aborde les chapitres proprement dits, la grenouille devient un élément récurrent, voire un "running gag": le lecteur se délectera des chapitres enlevés où la narratrice veut se débarrasser de l'objet, au musée, dans un enterrement ou ailleurs. Et la phrase "Le lendemain matin, je la retrouve sur ma table de nuit" fait figure de ritournelle, cocasse et attendue - ceci expliquant cela.

 

Plans de carrière contrariés

L'intrigue de "Méfiez-vous de vos voeux..." intervient dans une entreprise de communication où les places sont chères. D'emblée, l'obtention d'un job meilleur, plus responsabilisant et si possible plus rémunérateur, s'impose comme un objectif possible. L'auteure montre les tensions que cela installe, et aussi ceux qui en bénéficient, dans une logique bien structurante, à l'américaine, de progression au mérite: seul celui qui décroche les meilleurs contrats avance. Quitte à privilégier le quantitatif au détriment du qualitatif.

 

Du côté de ceux qui sont contrariés, notons Alexa, figure secondaire mais captivante: l'auteure lui donne sa chance, non sans mettre ses défauts, réels ou supposés, en évidence. Ceux-ci peuvent être des qualités... Le lecteur peinera à comprendre l'amitié qui s'installe entre Alexa et Billy (qui l'a licenciée); mais il s'attachera à cette belle femme ambitieuse aux accents latinos.

 

Une vision américaine démasquée

Logique américaine, ai-je dit: il est question d'un certain optimisme. Alexa, toujours elle (ça vaut le coup de s'intéresser aux personnages secondaires...), croit en sa petite entreprise même si celle-ci se résume à un bureau en forme de table posée sur deux piles de briques de lait. De manière plus logique (euh...), la dynamique de l'entreprise où travaille Billy implique une évolution de carrière: je l'ai dit, celui qui veut progresser et s'en donne la peine aura un poste plus intéressant, assorti d'une augmentation de salaire. Mais le faut-il vraiment? "Il faut parfois savoir rebrousser chemin", dit un personnage qu'on perçoit comme odieux, mais empreint d'une indéniable sagesse et d'un vécu bien à lui.

 

Alors, que de questions: carriérisme ou plaisir au travail? Pognon ou créativité? Faut-il renoncer à un poste de cadre pour avoir du plaisir au travail? Ou pour sauver son couple? Ces aspects sont au coeur de la relation entre Billy et Chris, son mari, et de la vie de Billy en général: si un mari distant n'est pas agréable, un homme trop aimant, pour ne pas dire collant, ce n'est pas top non plus. L'auteure excelle à caricaturer ce personnage masculin, qui va jusqu'à attendre son épouse jusqu'aux petites heures pour lui servir ses succulentes spécialités culinaires. Entre désintérêt et sollicitude, il faudra trouver un juste milieu! Cela, sans compter le bel Evan...

 

Et puis il y a Chicago... une ville montrée de façon naturelle, avec ses musées, sa Loyola University et sa tour Sears, mais sans insister lourdement. Cela suffit pour monter qu'on est bien aux Etats-Unis. En contrepoint, la ville minière de Telluride fait figure de cité provinciale esquissée de façon crédible, susceptible de surprendre avec ses festivals de jazz. Cà et là, quelques échos narratifs ne manqueront pas de survenir pour consolider une intrigue par ailleurs bien construite. Enfin, il y a quelque chose de très américain dans cette bague de fiançailles lourdement sertie de diamants, vue au détour d'une page, et qu'on croirait tout droit sortie des "Liens du mariage", roman virtuose de Julie Courtney Sullivan...

 

Facile, moral, mais ça marche!

Dans la mesure où il met en scène une jeune femme qui cherche sa place dans la vie, "Méfiez-vous de vos voeux... ils pourraient se réaliser" est une romance classique, facile diront certains, menée de main de maître au travers de péripéties impeccables et comiques à l'occasion. Ce roman aux accents de chick lit recèle aussi un côté moral bien américain, optimiste en diable, montrant qu'il incombe à chacun de se prendre en main plutôt que de rejeter sur les autres la responsabilité de ce qui ne va pas. Tel est le prix du succès!

 

Enfin, l'auteure se distingue en offrant à son ouvrage un soupçon de fantastique à la Guy de Maupassant: au fond, la grenouille est-elle vraiment le moteur de l'évolution de la vie de Billy l'insatisfaite? Ou Billy est-elle parvenue à progresser toute seule? Ou y a-t-il un peu des deux? Optimiste, la fin entretient le doute jusqu'au bout. Cela, pour le plus grand délice du lecteur: celui-ci goûte une fin ouverte qui conclut un roman qui, écrit en mode majeur sur un ton facile et alerte, rappelle que le chemin du bonheur est plus difficile qu'il n'y paraît. Et que même au printemps, un coup de baguette magique, lancé par une mystérieuse psy qui fait figure de magicienne moderne, n'y suffit pas forcément...

 

Laura Caldwell, Méfiez-vous de vos voeux... ils pourraient se réaliser!, Paris, Harlequin/Red Dress Ink, 2014, première édition en 2006. Traduction de F. M. J. Wright.

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