Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 17:26

partage photo gratuitC'est la dernière lecture de mon année 2014 - et sans doute pas la plus amusante, malgré quelques lueurs d'espoir çà et là. Avec son recueil de nouvelles "La vie par effraction", l'écrivaine belge Jacinthe Mazzocchetti dresse les portraits d'un certain nombre de jeunes au parcours perturbé, surprenant, qui les oblige à trouver une voie bien à eux. Cela, à partir de drames et de difficultés bien connues: la misère humaine et sociale n'est jamais loin.

 

"Jessica", la première nouvelle, donne le ton. Le lecteur découvre une voix particulière, qui se fond dans les personnages mis en scène sans perdre de sa personnalité. Les phrases sont courtes et font mouche: un seul mot suffit parfois pour dire quelque chose d'important. L'auteure choisit d'ailleurs de placer en tête de son recueil cette nouvelle de Noël, aux antipodes de ce que pourrait être un "joyeux Noël": jeune fille en fuite et en rupture, fauchée, encore une enfant à bien des égards, proie de toutes les adversités - celles que tout le monde connaît, la cherté des bistrots par exemple, et celles qu'on ne souhaite à personne, à l'instar de l'individu louche qu'elle rencontre.

 

Nombreux sont les aspects abordés, et qui agitent l'adolescence des personnages mis en scène: le rapport au corps, le suicide, la grossesse non désirée, les premières amours, l'exil, les relations problématiques avec des parents pas forcément présents. Les amours, c'est "Louis", un jeune passionné qui va jusqu'à voler un bijou de famille pour l'offrir à celle qu'il préfère dans la cour de récréation. Superbe peinture, ici, de la difficulté à assumer des sentiments naissants, possiblement honteux ("Je ne veux pas de petit ami, jamais"), sur fond de vie de famille difficile; la nouvelle touche également à la question des rapports que la jeunesse entretient avec les outils informatiques - une thématique qui trouve un écho dans "Anonymes", dernière nouvelle du recueil. Quant à "Samira et Julien", comment ne pas y voir une relecture moderne de l'enlèvement de la jeune fille aimée, souvent vu dans des romans d'aventures d'autrefois: si le coursier a changé (le Thalys remplace le cheval...), les sentiments sont de toujours.

 

Le lecteur note sans peine que chaque nouvelle porte comme titre le prénom de son protagoniste principal. L'idée est de donner à chacun des personnages une personnalité, à travers ce signe distinctif. Le choix d'intituler "Anonymes" la dernière nouvelle du recueil n'est pas innocent: ce sont des personnages présentés comme invisibles, inconnus, qui - pour le personnage féminin - se montre par morceaux à travers des photos osées, mais sans visage, publiées sur un blog en vue d'attraper de précieux "likes". Dérive souvent dénoncée...

 

"La vie par effraction" est un recueil d'une grande cohérence, riche en échos internes. C'est aussi une lecture sur le mode sombre, parsemée d'éclairs, qui montre comment la vie s'impose, se déroule et se poursuit dans les circonstances les plus diverses. Ce livre, porté par une voix d'une grande personnalité et par un regard juste et précis, sait interpeller le lecteur. Et, peut-être, creuser en lui le terreau de souvenirs enfouis.

 

Jacinthe Mazzocchetti, La vie par effraction, Louvain-la-Neuve, Quadrature, 2014.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Sandrine 01/01/2015 18:05

Ce sont les échos qu'ils peuvent avoir chez moi qui justement ne me poussent pas vers ces livres sur le mal être des adolescents. Les trois miens vont très bien... ;-)

DF 01/01/2015 20:05

... tant mieux :-) ! Ce recueil a effectivement quelque chose de dérangeant, qui secoue le lecteur - et peut lui rappeler ses propres souvenirs, ou des souvenirs de parent...

Présentation

  • : Le blog de Daniel Fattore
  • Le blog de Daniel Fattore
  • : Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
  • Contact

Les lectures maison

Pour commander mon recueil de nouvelles "Le Noeud de l'intrigue", cliquer sur la couverture ci-dessous:

partage photo gratuit

Pour commander mon mémoire de mastère en administration publique "Minorités linguistiques, où êtes-vous?", cliquer ici.

 

Recherche

 

 

"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit."
Marc BONNANT.

 

 

"Nous devons être des indignés linguistiques!"
Abdou DIOUF.