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8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 20:09

partage photo gratuitEntendre une couleur. Voir un son. Avec "Le Flux et le Fixe", paru chez Fayard, le musicologue Jean-Noël von der Weid (que je remercie ici pour l'envoi du livre) explore les points de contact entre deux arts que tout semble opposer: la peinture, art du fixe, et la musique, art du flux. Au fil des 189 pages de texte de ce livre érudit au style soigné voire précieux, le lecteur sera frappé par une évidence: ces deux arts sont plus proches qu'on ne le croit généralement. Les mots permettent certes ce rapprochement, par la grâce de la poésie. Mais l'auteur, une fois cela posé, va plus loin.

 

Commençons par signaler que l'exposé évoque les cas de compositeurs qui ont également pratiqué les arts picturaux, et des peintres qui se sont mis à la musique. On songe à Ingres, bien sûr, mais aussi à Arnold Schoenberg, qui hésita longtemps entre la musique et les beaux-arts avant de devenir définitivement, pour la postérité, l'homme de la deuxième école de Vienne. L'auteur va jusqu'à nommer ces compositeurs contemporains, avant-gardistes, qui font de leurs partitions des objets qu'on regarde, au moins autant qu'on écoute la musique qu'elles transcrivent.

 

D'innombrables descriptions de tableaux émaillent "Le Flux et le Fixe", montrant comment la musique et sa pratique sont perçues par les artistes d'hier et d'aujourd'hui. Le choix est fouillé, tous azimuts: certains tableaux sont fameux (on verra "Le Cri" d'Edvard Munch), d'autres sont méconnus. Les références de chaque tableau sont indiquées en fin d'ouvrage, permettant au lecteur d'aller les retrouver sur Internet ou dans les musées. Une démarche fastidieuse pour le lecteur si elle est systématique, certes (même si tout est là). Mais elle est captivante si l'on se concentre sur les oeuvres citées qui titillent la curiosité. C'est que l'auteur intrigue... par exemple lorsqu'il relève, avec un clin d'oeil, quelque détail coquin d'une oeuvre du XVIIIe siècle.

 

Réciproquement, l'auteur souligne la volonté des compositeurs de créer des couleurs par la musique - il évoque entre autres la "Klangfarbenmelodie" de la seconde école de Vienne et aux recherches sonores qui sont les siennes, notamment avec Anton Webern. Les recherches sonores des futuristes italiens (tel l'"intonarumori", orgue à bruits) ont aussi leur place dans "Le Flux et le Fixe"; l'auteur expose de manière synthétique les objectifs de compositeurs tels que Luigi Russolo, mais aussi les limites d'une démarche artistique consistant à faire de la musique avec du bruit.

 

Familier des musiques et des arts les plus contemporains, l'auteur n'hésite pas à citer des compositeurs rares et actuels. Il évoque les démarches de certains d'entre eux, désireux de montrer la couleur d'un son, quitte à l'isoler dans des compositions éclatées. Celles-ci font écho aux idées de musique des sphères, mentionnées en début d'ouvrage, et qui, si elles paraissent vaines au lecteur actuel, ont inspiré les artistes de tout poil.

 

Ainsi se dessine, au fil de pages denses qui tiennent tantôt de la juxtaposition d'exemples, tantôt de l'analyse fine et savante, une frontière pour le moins floue et poreuse: celle que l'on a bien voulu mettre entre la peinture et la musique, et que les artistes n'ont eu de cesse d'essayer de franchir, de transgresser. Le voyage est fascinant, instructif: "Le Flux et le Fixe" est l'ouvrage d'un auteur attentif, curieux de tout ce qui se passe autour de lui.

 

Jean-Noël von der Weid, Le Flux et le Fixe, Paris, Fayard, 2012.

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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 22:03

hebergement d'imageLe site de l'éditeur - merci pour l'envoi de ce livre!

Défi Rentrée littéraire (au sens large...)

 

Affaires, vous avez dit affaires... celles-ci font régulièrement la une de la presse: Dieudonné, Bygmalion, Mur des Cons, et l'on en oublie. Paru chez Max Milo, "Les dessous des affaires judiciaires" décrypte certaines affaires judiciaires françaises fortement médiatisées, récentes ou anciennes, et jette un éclairage cru sur un pouvoir judiciaire français qui, selon les auteurs - Marcel Gay et Frédéric Crotta - entend sincèrement aller dans le sens d'une plus grande justice pour tous mais manque sévèrement de moyens.

 

Il y a donc le décryptage des affaires judiciaires. Les auteurs commencent fort, avec un rappel de l'affaire Dieudonné et des "quenelles" et d'un spectacle controversé. Le chapitre consacré à cet aspect a le mérite de donner une version synthétique de l'affaire, un rappel qui dit l'essentiel. Le lecteur accrochera sans peine à la narration de cette histoire, rédigée dans un ton familier et flatteur juste ce qu'il faut. Les auteurs s'efforcent de rester journalistes, donc assez neutres et factuels dans leur regard. C'est un bon retour sur l'affaire; les intéressés pourront le compléter, par exemple, par la lecture de "Interdit de rire", ouvrage moins neutre, signé David de Stefano et Sanjay Mirabeau, avocats de l'humoriste (chez Xenia; chronique chez Francis Richard).

 

Les auteurs des "Dessous des affaires judiciaires" vont plus loin en dévoilant les facettes de l'affaire Bygmalion, si complexe qu'elle occupe pas moins de deux chapitres de l'ouvrage. Factuels, les auteurs en démontent les éléments, un à un, de manière claire. Reste que le lecteur aura toujours l'impression, en présence de l'affaire Bygmalion, de se trouver face à un jeu de poupées gigognes aux visages connus (Sarkozy, Lavrilleux, Hortefeux...) où un scandale peut en cacher un autre. Pas forcément plus petit, d'ailleurs...

 

Derrière les scandales, les auteurs exposent le fonctionnement de la justice, avec ses splendeurs et ses misères. Il y a les collusions d'intérêts possibles avec les tribunaux de commerce, la difficulté à établir la vérité dans le cadre d'une instruction (l'ADN est-il vraiment "la reine des preuves"?), la question épineuse du caractère définitif ou non d'un acquittement selon le droit français. Les chapitres consacrés à ces questions sont certes plus théoriques que l'exposition des affaires précitées. Mais les auteurs ont l'adresse de les illustrer d'affaires du passé ou du présent proche. Ainsi ces pages sont-elles les plus intéressantes, dans la mesure où elles dépassent le simple rappel de vieux scandales et invitent le lecteur à aller voir ce qui se passe dans les coulisses - ces fameux "dessous des affaires judiciaires". Elles sont aussi les plus conformes à la préface, qui annonce la couleur en faisant un état des lieux alarmant de la justice française.

 

Cet intéressant ouvrage d'actualité bien franco-français tente le grand écart entre la narration des affaires scandaleuses de ces derniers mois et l'approche analytique de ce qui se passe en arrière-plan. Du coup, hésitant entre ces deux pôles, il ne saurait séduire les amateurs de scandales bien croustillants, et peut laisser sur leur faim les amateurs d'analyses pointues au goût de reportage. Ceux-ci seront cependant les mieux servis, en définitive, puisque les auteurs posent quelques bonnes questions que le grand public ne soupçonne pas toujours, et y amènent de bons éléments de réponses. Le propos est complété, en fin d'ouvrage, par un "Who's Who" des personnalités qui traversent "Les dessous des affaires judiciaires": ministre (Christiane Taubira, un portrait complet, admiratif mais nuancé), magistrats, avocats, journalistes. Ultime atout de ce livre: il se lit tout seul!

 

Marcel Gay, Frédéric Crotta, Les dessous des affaires judiciaires, Paris, Max Milo, 2014.

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Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais
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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 21:54

hebergement d'imageDu costaud chez XL: dans le cadre du Défi des Mille, elle propose une anthologie de la science-fiction française intitulée "Chasseurs de chimères". C'est ici:

 

Collectif, Chasseurs de chimères - l'âge d'or de la science-fiction française

 

Merci pour cette participation généreuse! Et à bientôt!

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi des Mille
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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 21:36

hebergement d'imageSur ses blogs "Lire dans le noir" et "Lire sur un banc", Vio revient avec quelques participations au Défi Premier roman. Les voici:

 

- Emily St. John Mandel, Dernière nuit à Montréal

- Sandrine Collette, Des noeuds d'acier

- Sophie Divry, La Cote 400

 

Côté polars, il y a de quoi frissonner! Brrrr... Merci pour ces nouvelles participations!

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 20:12

partage photo gratuitDéfi Premier roman.

Le blog de l'auteur, le site de l'éditeur.

 

Un auteur, et combien de plumes à son arc! L'écrivain suisse romand Julien Sansonnens est une personnalité engagée en politique, du côté gauche de l'échiquier, et tient un blog nécessaire consacré aux lettres romandes. Actif dans le domaine de la recherche en santé publique, diplômé de sciences sociales, il a signé un ouvrage sur le "Comité suisse d'action civique", groupe anticommuniste, en 2012.

 

Paru le 20 octobre dernier, son premier roman relate les vicissitudes d'un trentenaire à la recherche d'un sens pour sa vie. Et au-delà de la destinée individuelle de Sam, c'est toute une époque - la nôtre - que l'auteur questionne.

 

Un jeune homme d'aujourd'hui

C'est un jeune homme d'aujourd'hui que l'auteur met en scène, et force est de constater qu'il faut prendre le temps de s'installer dans un récit qui prend un plaisir bien déceptif à n'apporter au lecteur que les éléments ternes d'un quotidien durant lequel rien ou presque ne se passe. "Jours adverses" est divisé en deux parties, la première étant consacrée à la vie citadine du narrateur. Assez lourde à suivre, celle-ci dépeint le vécu d'un personnage qui occupe un "bullshit job" (métier à la con), pour reprendre la terminologie de l'anthropologue David Graber: joli salaire, mais peu d'intérêt et beaucoup de temps pour draguer sur Internet.

 

Résultat: notre personnage cède au syndrome de la chambre d'hôtes, à sa manière, en reprenant la gérance d'une buvette de montagne dans un trou perdu. Tel est l'objet de la deuxième partie, et durant celle-ci, surtout dans les moments de calme, on est à deux doigts de croire que l'auteur fait l'éloge de l'aurea mediocritas des anciens: un bon lieu pour vivre, un peu d'amour, des sous juste ce qu'il faut, un peu d'alcool pour huiler le tout, et tout baigne.

 

Mais cela ne peut pas marcher. L'auteur a en effet construit un personnage constant et crédible. Ce personnage fonctionne comme un pivot: "Jours adverses" le confronte à deux situations qui ne lui conviennent jamais à 100%. Le lecteur comprend donc que quand on part, on prend ses casseroles avec soi: le citadin Sam, volage et habitué des sites de rencontre sans lendemain, demeurera volage en haute montagne, ce qui va lui coûter cher en termes de bonheur.

 

Impossible de s'engager...

Ce caractère volage est à inscrire dans un autre élément plus important et parfaitement contemporain: Sam répugne à s'engager. Il est brièvement passé par un mouvement rouge, mais a claqué la porte sous un prétexte quelconque (on devine le politicien ouvriériste Josef Zizyadis derrière l'un des éléments de ce mouvement, mais on peut se tromper, et toute ressemblance est sans doute fortuite, n'est-ce pas?), et s'arrange pour quitter ses conquêtes, ou se faire quitter, dès que ça commence à devenir sérieux. On peut également mettre l'instabilité professionnelle de Sam au compte de ce refus de l'engagement: Sam a été photographe, bête de marketing puis cafetier - quel parcours atypique.

 

Par contraste, le pilier (!) de bistrot Maurice est une figure de fidélité à ses engagements de vie, jusqu'à la caricature: retraité de longue date, il garde ses réflexes d'anarchiste et de vieux rouge, et se targue d'avoir toujours vécu dans la région où il coule ses vieux jours. Sauf pour le service militaire, quand même.

 

... et de sortir du modèle de vie petit-bourgeois

La vision du modèle petit-bourgeois de vie baigne aussi "Jours adverses". Deux éléments emblématiques ne doivent rien au hasard à ce sujet. Le modèle est mis en place par Marco, ami de longue date de Sam (ce n'est pas pour rien qu'il apparaît dès les premières lignes du roman). Marco se glisse sans problème dans le moule du confort petit-bourgeois classique: une jolie maison avec vue sur le Léman, un aménagement design, une femme aimante, du bon vin sur la table, une table de ping-pong dans le garage, et même un chien. En fin de première partie, un repas permet à Sam de rejeter ce modèle avec violence.

 

Cela dit, ce modèle restera, avec le chien comme élément emblématique: sans vraiment s'en rendre compte, Sam reproduit le même modèle à son échelle, dans sa buvette d'alpage, allant jusqu'à filer le parfait amour avec Carole, figure sincère mais un peu incolore, enseignante de son état, avec des velléités artistiques. Le chien a même un prénom, humain qui plus est: Clément. Un repas au restaurant avec Maurice, à l'ambiance tendue, parachève le jeu d'écho entre la première et la deuxième partie de "Jours adverses".

 

Un ancrage local affirmé et contrasté

De Lausanne au Jura neuchâtelois: concernant la géographie, l'auteur ne fait pas dans la demi-mesure. Lausanne est certes "une belle paysanne qui a fait ses humanités"; mais en mettant en scène une agence de marketing, l'écrivain veut en montrer le caractère outrageusement urbain. Un caractère souligné encore par la présence de prostituées, et par la mise en scène d'une boîte de nuit, dès les premières pages du roman. Cela sans compter le CHUV, centre hospitalier universitaire vaudois, à la pointe de toute technologie médicale, indissociable de l'image de grande ville de Lausanne, où se passent quelques pages cruciales autour de la maladie du père de Sam. Un père qui a des relations problématiques avec son fils... et c'est réciproque.

 

Face à cela, la description du monde alpestre appuie aussi les traits caractéristiques, pour ne pas dire stéréotypiques: le vendeur de la buvette a un accent jurassien prononcé, et les lieux sont un vrai trou à neige, loin de tout si ce n'est du téléski. Cela dit, vu la poussée de bonheur fugace que ressent Sam là-haut, il est impossible de ne pas penser au topos classique du "locus amoenus". Cela, d'autant plus que l'auteur joue avec l'illusion qu'aucun acteur de l'ancienne vie de Sam ne peut venir le trouver ici - la figure de Séverine sera une pénible exception.

 

Mais, nous l'avons signalé, y vivre peut être malaisé parce qu'on y vient avec ses bagages, ses casseroles, son passé... sa personnalité enfin. Ce que l'auteur cerne à la perfection, accrochant un solide bémol à l'agrément de vivre loin de tout.

 

Un projet littéraire qui interroge

Alors certes, il y a un peu d'espoir à la fin du roman. Mais c'est surtout celui, très hypothétique, d'un personnage qui a trop joué avec des femmes sincères avec lui. Plus largement, le lecteur conserve de "Jours adverses" le souvenir du portrait d'un personnage lâche et fier de l'être, qui refuse de s'engager - et, à travers ses défauts, interpelle la société d'aujourd'hui et l'individualisme qui la caractérise.

 

Le projet littéraire s'avère porteur et réussi, dans la mesure où il met en scène un personnage principal crédible, prisonnier de ses travers, médiocre sans oser se l'avouer. Là, c'est le lecteur qui est directement interrogé: ami, quelles sont tes lâchetés?

 

Julien Sansonnens, Jours adverses, Sainte-Croix, Mon Village, 2014.

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31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 21:30

partage photo gratuitLu par Goliath, La Noiraude.
Défi
Rentrée littéraire 2014.

Le site de l'éditeur, que je remercie cordialement pour l'envoi.

 

Le cinéma, un sujet littéraire porteur? D'autres s'y sont essayés, avec un certain bonheur, à l'instar de Jean-Pierre Richard avec son fort beau recueil de nouvelles "La vieille dame qui avait trop dansé", qui fait fort bien le tour du sujet et de ses éléments les plus insoupçonnables. Certes, le cinéma est un fil rouge du recueil de nouvelles "Les vrais héros ne portent pas de slip rouge" d'Alex Sénéquier, mais il joue la carte de la prise de distance intelligente avec son sujet. Et il a un point commun avec le recueil de Jean-Pierre Richard: l'originalité des points de vue.

 

Certes, ceux-ci ne sont pas tous liés au cinéma, au sens le plus strict. Il sera question de théâtre ("La patience des tournesols"), de la seconde vie du membre d'un boy's band ("Me 4 You"), voire d'oeuvres d'art héritées ("La Biche"). A chaque fois, l'auteur offre un regard original, confirmé par des chutes impeccables. Cela, sans oublier la nouvelle éponyme: "Les vrais héros ne portent pas de slip rouge" relate l'ambiance qui peut régner dans une usine qui pourrait fermer. Il n'y est guère question de slip rouge, et si le personnage mis en scène est un héros des usines, ouvrier exemplaire, il n'a rien d'un Superman. Certes, la nouvelle, écrite dans une langue fluide, fonctionne à la perfection; mais on pourrait gloser, au moins un peu, sur la pertinence de son titre!

 

Côté cinéma, c'est dès le début du recueil que l'auteur démystifie la notion de héros, dans une nouvelle à chute et à suspens savoureuse qui fait la part belle aux acteurs de cinéma de sexe masculin pourvus de gros bras - Chuck Norris doit être présent, de même qu'un certain Sylvester Stallone ou quelques autres. Mis en scène dans une salle obscure, tout le récit se présente comme un hommage à ces acteurs de cinéma populaires; mais la chute éclaire brusquement tout le reste d'une manière inattendue et rappelle, avec La Rochefoucauld, qu'il n'y a pas de bonté gratuite.

 

Le cinéma peut être un élément du réel, et la confusion du réel et de ce qui se passe sur la toile est très bien peinte dans "Le rôle d'une vie". Un lecteur distrait verra ici, sans peine, l'histoire d'un looser et de sa copine qui a eu le tort de croire en lui. Dans le contexte cinématographique que l'auteur installe, ledit looser est porté au statut de type littéraire: l'auteur a créé un personnage qui, au sens le plus littéral, "se fait un film". Cela se concrétise par la teneur des Mémoires que le narrateur se propose de rédiger, autant que par les rêves de carrière. Le monde du cinéma est celui des illusions; dès le côté tragique de la fin s'avère inéluctable. Et si le personnage principal masculin de la nouvelle "Le rôle d'une vie" fait figure d'homme immature piégé par ses illusions de carrière et finalement largué par une copine plus pragmatique que lui, celui-ci fait écho à William, prêt à tourner la page d'une jeunesse consacrée au boy's band, ce qui fait de lui un jeune homme mûr, capable de faire face au changement - et de retenir ses conquêtes féminines.

 

Certaines nouvelles du recueil "Les vrais héros ne portent pas de slip rouge" sont loin de la question du cinéma. Elles interrogent le lecteur sur ce qu'est la société où il vit, de manière classique. On se retrouve donc avec une psychanalyse ratée parce que réussie ("Fin de thérapie"), ou à face à une nouvelle qui interpelle au sujet des vertus d'une bonne fessée: celle-ci peut-elle résoudre un conflit social? La mise en perspective d'une méthode corrective éminemment privée et d'un mode d'action typiquement public (le conflit social) suggère que l'auteur sait faire le grand écart quand il le faut.

 

Les nouvelles du recueil "Les vrais héros ne portent pas de slip rouge" ne se distinguent pas par un style frappant dès les premières lignes. Moderne sans prendre la tête, la manière d'écrire de l'auteur se caractérise cependant par une vivacité et une fluidité indéniables, parfaitement dans le ton de ce qui est raconté page après page. Elle est irriguée par la culture cinématographique de l'auteur, qui offre à chacun le plaisir de retrouver les références, qu'elles proviennent ou non du cinéma.

 

Axel Sénéquier, Les vrais héros ne portent pas de slip rouge, Louvain-la-Neuve, Quatrature, 2014.

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 21:25

hebergement d'imageSharon participe à nouveau au Défi Premier roman avec deux ouvrages qui ont trait aux loups-garous - un thème qui lui est cher. Il s'agit de "Hemlock, tome 1" de Kathleen Peacock et de "Femmes de l'Autremonde, tome 1" de Kelley Armstrong. Voici les liens vers les billets:

 

Kathleen Peacock, Hemlock, tome 1

Kelley Armstrong, Femmes de l'Autremonde, tome 1

 

Merci pour ces deux participations! Et à vous de jouer, chères visiteuses, chers visiteurs!

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 20:57

partage photo gratuitDéfis Rentrée littéraire 2014 et Premier roman.

Le site de l'éditeur.

 

Un ouvrage aux allures atypiques: "47° 9' S 126° 43' W", beau roman de Chrystel Duchamp, se présente en un format A4 imposant, revêtu d'une noble jaquette aux allures rétro où dominent les tons verts. En ouvrant ce livre pour la première fois, on découvre les dessins d'Eric Barge, créés à la manière de certaines bandes dessinées à l'ancienne, en un noir et blanc brut et détaillé à la fois, qui rappelle par certains aspects les gravures sur bois. Et puis, il y a une page de journal, dûment pliée en quatre, en couleurs: on est dans le futur!

 

Certes, il s'agit d'un roman d'anticipation présenté sous la forme d'un journal. Mais sa narration rappelle les maîtres du roman d'aventures d'autrefois, tel un certain Jules Verne - ou, mieux encore, un non moins certain Howard P. Lovecraft. Cela, avec un clin d'oeil à William Shakespeare: l'un des personnages de "47° 9' S 126° 43' W" porte le nom de Lewis Theobald Jr., ce qui rappelle l'un des éditeurs du dramaturge anglais.

 

Le lecteur est invité à se mettre dans la peau de David Wayland, journaliste et homme de l'écrit, chargé de relater l'épopée d'un navire qui va accomplir une mission d'exploration au "Point Nemo", point le plus éloigné de toute terre émergée du globe, dont les coordonnées sont à peu près le titre du livre: celui-ci en réalité l'emplacement exact de la cité de R'Lyeh, théâtre de la nouvelle "L'Appel de Cthulhu" de Howard P. Lovecraft. Mais c'est tout près...

 

Un troisième élément permet à l'auteur de faire démarrer son récit: le bloop, un son mystérieux de fréquence très grave enregistré dans ces régions du globe en 1997. L'auteure profite du format de journal qu'elle a choisi pour développer les hypothèses que la science a émises pour concevoir l'origine de ce son - et privilégier, en fin de compte, celle qui lui paraît la plus porteuse du point de vue romanesque, plutôt que celle, considérée comme plus vraisemblable, d'un "tremblement de glace". Il n'en faut pas moins pour faire un bon roman d'aventures...

 

Plutôt que de camper d'innombrables péripéties, l'auteur se concentre sur les états d'âme de son narrateur, David Wayland. Celui-ci rappelle à maints égards les héros romantiques ou, plus largement, "dix-neuviémistes". Il y a d'abord une certaine ambition, et la volonté de dépasser un statut d'écrivain contrarié. Plus concrètement, l'homme est maladif, comme l'ont été d'autres personnages littéraires - et la maladie qu'il décrit pourrait être due à un être mystérieux et ectoplasmique plutôt qu'à un microbe, ce qui évoque "Le Horla" de Guy de Maupassant.

 

Cette maladie confine à la folie, ce que suggère la chute de ce roman. En préservant une once de mystère, celle-ci inscrit "47° 9' S 126° 43' W" dans le genre fantastique. Reste que David Wayland, père attaché à sa fille, intéressé aux échographies réalisées durant la grossesse de sa conjointe, est aussi un bonhomme bien de son temps: certes, il part à l'assaut des mers, mais il a aussi quelques traits de caractère du papa moderne.

 

Bien de son temps, ai-je dit? L'anticipation n'est certes pas spectaculaire, et l'auteure aime se complaire dans des éléments du passé, à l'instar de la description du château où vit Lewis Theobald Jr. Le navire de l'expédition a lui-même une forme familière; ce qu'il a de novateur est indéniable, mais ne se voit pas. Et si les petits sous-marins "Sub-ward" embarqués rappellent les engins utilisés par Spirou dans "Le Repaire de la Murène", le mode de propulsion du bateau, "dihydrogène-dioxygène", renvoie à la très actuelle pile à combustible. Une énergie propre...

 

Avec "47° 9' S 126° 43' W", l'auteure réussit donc le grand écart entre une approche gentiment futuriste (on est en 2025) et le salut aux anciens. Et c'est avec délices que le lecteur se plonge dans les eaux pas toujours hospitalières de ce roman voyageur à l'écriture efficace et fluide.

 

Chrystel Duchamp, 47° 9' S 126° 43' W, Saint-Etienne, Le Miroir aux nouvelles, 2014. Desins d'Eric Barge.

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26 octobre 2014 7 26 /10 /octobre /2014 20:09

partage photo gratuitLu par Alex, Céline72, Gambadou, Jostein, Keisha, Laurent Bayart, Leo, L'Irrégulière, Luxiotte, Oksambre,

Défi Rentrée littéraire 2014.

Le site de l'auteur et le site de l'éditeur, que je remercie pour l'envoi.

 

Les tribulations d'un écrivain, ses errements, ses doutes et hésitations, sa phobie de la page blanche... ce sont des thèmes classiques, pour ne pas dire rebattus, que l'écrivain lorrain Olivier Larizza agite dans son dernier ouvrage, "Le Best-seller de la rentrée littéraire". A la tête d'une oeuvre déjà considérable et ecléctique, l'auteur choisit l'humour pour décrypter, au-travers de quelques péripéties, la vie de l'écrivain d'aujourd'hui. Et c'est bien là le premier de ses mérites!

 

Le lecteur sera étonné par la forme choisie par l'auteur. Celle-ci se trouve en effet entre le roman et la nouvelle: certes, le personnage principal est toujours le même, mais les péripéties successives ont l'allure de nouvelles, parfaitement autonomes. Celles-ci sont cependant liées par des introductions de quelques lignes, suggérant l'aspect que l'auteur s'apprête à brocarder dans le chapitre suivant.

 

Nouvelle? Force est de constater que les épisodes ne brillent pas toujours par leur force narrative: il arrive plus d'une fois que le lecteur reste sur sa faim à la fin d'un épisode, ou s'impatiente face à certaines longueurs, telles que l'histoire complète de l'inventeur du "plateau" dans "Le petit marchand de prose".

 

Cela, d'autant plus que les idées de départ sont bonnes: on aimera par exemple l'utilisation d'une fable de La Fontaine comme leitmotiv pour décrire tel personnage du premier chapitre. Et puis, il y a l'humour, point fort de ce livre... c'est sa grande force.

 

Celui-ci tient certes aux situations, qui mettent à nu, avec le sourire, des situations que tous les écrivains ont sans doute vécues - on pense à la description d'un salon du livre, qui m'a rappelé la Fête du Livre de Saint-Etienne. L'angoisse de la page blanche, quant à elle, constitue un fil rouge annoncé dès le départ. Le lecteur se délectera par ailleurs à reconnaître les écrivains et les acteurs éditoriaux fameux qui se cachent derrière les faux noms et les faux nez: ils retrouveront des personnes comme Max Milo ou Gordon Zola, pour n'en citer que deux. Enfin, les jeux de mots sont omniprésents: les retournements de situation sont le plus souvent verbaux, ce qui est du meilleur comique. Tout commence par les titres des chapitres/nouvelles... Le tout dénote une connaissance approfondie des lettres d'hier d'aujourd'hui.

 

Enfin, l'auteur assume un tropisme alsacien en citant des lieux strasbourgeois. La présence du chef-lieu du Bas-Rhin est certes discrète, et ne s'impose jamais, laissant à l'ouvrage un parfum d'universalité, du moins à l'échelon francophone. Mais elle est suffisamment prégnante pour donner à ce livre un ancrage local - celui de l'auteur, citoyen de Strasbourg autant que de la Martinique, dont le narrateur du "Best-seller de la rentrée littéraire", Octave Carezza, fait figure d'alter ego, avec ses initiales et ses deux Z.

 

Le lecteur du "Best-seller de la rentrée littéraire" a donc en main un ouvrage qui hésite entre recueil de nouvelles et roman et fait figure de florilège de sketches sur les névroses de la littérature française d'aujourd'hui. Si la narration peut laisser insatisfait un lecteur exigeant, celui-ci sera comblé par les assauts d'humour dont l'auteur fait preuve. On s'amuse à chaque page, d'une manière à chaque fois différente, tantôt bien gauloise (la gaudriole est omniprésente), tantôt un brin anglaise, à la manière d'un certain Jeeves.

 

Olivier Larizza, Le Best-seller de la rentrée littéraire, Paris, Andersen, 2014.

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24 octobre 2014 5 24 /10 /octobre /2014 21:05

partage photo gratuitLu par Claire Casedas, Latitude France, Mourad Haddak, Pierre Haski.

 

"Enquête sur cette culture qui plaît à tout le monde": voilà un sous-titre qui annonce clairement ce dont il sera question. "Mainstream", livre de Frédéric Martel, se présente comme une puissante somme consacrée aux grands mécanismes qui propulsent les tendances lourdes des cultures et contenus qui s'adressent aux masses, dans le monde entier.

 

Attention! L'auteur ne prétend jamais porter un jugement de valeur sur les contenus véhiculés eux-mêmes: ceux qui aiment casser du Walt Disney sont invités à passer leur chemin. Au contraire, le propos consiste à essayer de cerner quels sont les moyens mis en oeuvre pour qu'un certain type de produit culturel plaise au grand public, tout au long du processus de production. Ainsi expose-t-il en détail le fonctionnement des studios de Hollywood, où les indépendants ne le sont pas tant que cela, ou les ambitions de la chaîne d'information Al-Jazeera.

 

Le choix de l'enquête

Pour étayer son propos, l'auteur choisit la forme journalistique de l'enquête, nourrie d'innombrables entretiens menés aux quatre coins du monde. Parlant à la première personne, l'auteur ne masque pas ses réjouissances et lâche un mot d'esprit à l'occasion. Il avoue aussi les obstacles et limites qu'il a pu rencontrer: un interlocuteur qui ment manifestement, un autre qui manie la langue de bois à merveille, un autre qui refuse de le recevoir.

 

A la manière d'un reportage, l'auteur n'hésite jamais à planter le décor, qu'il s'agisse d'un bureau anonyme aux Etats-Unis ou l'hôtel japonais où se déroule une partie du film "Lost In Translation". Il lui arrive aussi de brosser le portrait de ses interlocuteurs et interlocutrices, qu'il s'agisse de richissimes patrons des médias ou d'agents artistiques qui jouent un rôle discret d'intermédiaire. Cela peut paraître répétitif; mais force est de constater que certaines de ces descriptions sont aussi porteuses de sens, à l'instar de celles, révélatrices, de la tenue vestimentaire de certains magnats arabes des médias et de leur entourage - femmes et hommes.

 

Cinq continents

La structure de "Mainstream" pourra paraître déséquilibrée au lecteur: le modèle américain du mainstream occupe environ 40% de l'ouvrage à lui seul. C'est que l'auteur a choisi d'utiliser les États-Unis comme modèle, un modèle qui s'avère exemplaire et va irriguer tout l'ouvrage. La première partie recèle donc les analyses les plus fouillées de ce livre captivant. L'auteur convoque des éléments sociologiques aussi divers que le melting-pot américain, l'évolution de l'urbanisme, l'émergence des multiplexes, etc. pour expliquer la montée en puissance des États-Unis dans le domaine de la culture de masse. Ainsi redécouvre-t-on que c'est grâce au pop-corn que les cinémas américains ont survécu à la crise de 1929...

 

Cette base vaste et complète permet de s'immerger dans le jeu mondial que l'auteur met en scène. L'auteur démontre avec intelligence quelles sont les limites et les forces de certains courants mainstream: pourquoi tel type de série télévisée, par exemple la telenovela, va-t-elle s'exporter plus facilement dans tel pays qu'ailleurs? Quelles sont les valeurs véhiculées par les séries "Mousalsalet" destinées aux musulmans qui observent le ramadan, et celles-ci sont-elles exportables? Qu'en est-il de Bollywood, voire de Nollywood? Et quel est le rôle de la radio, de la télévision? Enfin, les questions de piratage affleurent à plus d'une reprise: celui-ci peut être vu comme un manque à gagner commercial, mais aussi comme une manière de faire connaître certains contenus.

 

L'Europe, constat en demi-teinte

Et que fait l'Europe, là-dedans? L'auteur dresse ici un court tableau en demi-teinte, qui aurait mérité d'être plus développé. Selon lui, le vieux continent se présente comme un ensemble monté en ordre dispersé, incapable d'offrir un mainstream susceptible de s'opposer aux grands pôles du monde d'aujourd'hui (Chine, Inde, Etats-Unis, Brésil, Japon), à quelques exceptions près. Tout au plus se présente-t-il comme le relais d'artistes africains, chanteurs ou autres, qui, compte tenu de certaines circonstances, sont obligés de passer par Paris ou par Londres pour s'imposer.

 

En creux, l'auteur montre aussi une Europe héritière du lourd passé d'une culture volontiers élitiste, certes autrefois dominante, que la critique autorisée relaie encore. Il place celle-ci en opposition avec des personnalités américaines d'audience internationale telles qu'Oprah Winfrey (chapitre 7).

 

Une géostratégie des contenus

On aurait certes pu attendre quelques pages supplémentaires sur le domaine littéraire, peu abordé (mais on se référera, à cet effet, à "Une histoire des best-sellers" de Frédéric Rouvillois), ainsi qu'une ouverture vers d'autres domaines tentés par le mainstream (le vin ou la gastronomie, par exemple).

 

Cela dit, l'enquête offerte par Frédéric Martel s'avère convaincante, et passionnante à lire. Elle brosse le portrait d'une véritable géostratégie des contenus culturels, support à une guerre de positions entre différents courants culturels, à l'échelon planétaire, avec pour armes les nouveaux médias, l'internet et l'équilibre sans cesse réinventé entre identité nationale et désir de séduire (et faire payer) un public aussi large que possible par la création, dans un contexte mondialisé.

 

Frédéric Martel, Mainstream, Paris, Flammarion, 2010.

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