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9 janvier 2015 5 09 /01 /janvier /2015 21:10

hebergement d'imageUne fillette est morte. A coups de couteau. Elle aurait pu s'en sortir... ou pas: il suffit qu'une porte soit ouverte ou fermée. Après "Monsieur Quincampoix" et "La Ricarde", le troisième roman de Fred Bocquet, sobrement intitulé "La Porte", a des allures d'intrigue policière. Particularité: le lecteur fait le tour du sujet en écoutant parler, tour à tour, parfois à plusieurs reprises, les personnages qui entourent la gamine défunte.

 

Des personnages qui parlent d'eux-mêmes

"La Porte" se présente donc comme un roman aux chapitres courts, qui donnent la parole à l'un des personnages concernés. Peu de monde? On pourrait le croire: c'est une anonyme qui meurt. Mais l'auteure a le talent d'aller convoquer des figures inattendues et de leur donner la parole: le doudou de la fillette est là, lui aussi. Et sa parole est crédible, émouvante aussi. De manière plus attendue, il y a la presse, un photographe, un paysan, etc. L'auteure parvient même à placer un clin d'oeil au camping mis en scène dans son excellent "La Ricarde".

 

D'une manière générale, elle a compris qu'il suffisait de laisser parler tous ces personnages pour qu'ils se révèlent, dans leurs qualités et leurs zones d'ombre: un paysan qui défend ses cerisiers, un curé qui veut se faire de la pub pour refaire la toiture de l'église, etc. Et qu'en parlant tout seuls, ils mettront peu à peu en place, pièce après pièce, toutes les pièces du puzzle.

 

La porte comme élément structurant

"La Porte" est par ailleurs structuré par les interventions de la fillette morte, sur le ton de ce qu'elle serait devenue si elle avait vécu. L'auteure développe avec finesse le parcours de vie d'une femme d'aujourd'hui, photographe, mère un jour. L'utilisation de caractères italiques souligne le caractère irréel de ce contrepoint, par contraste avec les confessions des autres personnages. Cela, jusqu'à la dernière phrase du roman, qui sonne comme un implacable rappel au réel.

 

L'idée de porte est un autre élément structurant de l'architecture du roman "La Porte" - et le titre est, pour le coup, impeccable. Lieu du crime, souillé de sang, c'est aussi le lieu d'un salut hypothétique: qu'une porte soit ouverte ou fermée, et c'est une vie qui bascule, même si elle n'est pas tout à fait en règle puisqu'il y a de la maraude de cerises là-derrière. Peu de chose, au fond... On retient cette opposition entre les portes fermées, qui condamnent, et les portes ouvertes, qui peuvent libérer et sauver. Et la surprise qu'elles recèlent dès qu'elles s'ouvrent: un aspect qui apparaît chez Frédéric Dard ou chez Jacques Guyonnet, pour ne citer qu'eux. Et dans "La Porte", est-ce la métaphore d'un certain état d'esprit, d'une certaine vision du monde? Il est permis d'en débattre.

 

Loin de l'ironie ricanante de "La Ricarde", Fred Bocquet touche le lecteur là où il s'y attend le moins, avec un roman en puzzle qui, brodant sur une intrigue policière prétexte (peu importe le coupable, au fond!) autour d'une fillette morte, brosse le portrait précis d'une belle galerie d'êtres humains de notre temps - avec leurs splendeurs et leurs horreurs minuscules.

 

Fred Bocquet, La Porte, Genève, Cousu Mouche, 2014.

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