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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 22:56
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Importante question que pose, à sa manière, Raoul Marc Jennar dans un petit livre paru en 2007 et intitulé "Menaces sur la civilisation du vin". La date a son importance, puisque l'auteur s'appuie sur des projets de directives émanant de la Commission européenne, et en particulier de Marianne Fischer-Boel, alors responsable des questions agricoles (et éleveuse de porcins à l'échelon industriel au civil, au Danemark, pays fort peu viticole s'il en est).

Il s'agit d'un de ces petits livres qui ont le mérite de susciter le débat, même s'ils peinent à faire le tour d'un sujet. Celui-ci est, on le devine, fortement opposé à certaines implications ou dérives du néo-libéralisme - un néo-libéralisme qui refuse que le vin soit autre chose qu'un produit ordinaire qu'on vendrait comme n'importe quel produit agro-alimentaire industriel, des alcools forts par exemple. En érigeant au rang de civilisation l'art millénaire de la viticulture, l'auteur vise haut: pour lui, le vin est un élément culturel à part entière de l'Europe occidentale et du bassin méditerranéen; il mérite un statut d'exception (produit sensible), y compris aux yeux de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).  

Sur cette base-là, il expose ces menaces: permettre de produire du "world wine", vin mondialisé à l'américaine, en Europe. Certes, Raoul Marc Jennar n'affirme jamais frontalement que les vins dits "du nouveau monde" sont moins bons, moins intéressants que les vins de tradition européens. Il oppose cependant indirectement ceux-ci et ceux-là, en reprenant la terminologie de la Confédération paysanne: vins "agricoles" à forte valeur ajoutée, fruits d'un savoir-faire, vs. vins "industriels", pour lesquels tout est permis pour arranger le liquide (p. 63). On n'adjugera pas trop vite l'un des styles à l'une des aires de production: les champagnes non millésimés sont eux aussi "arrangés" afin de garantir, d'une année à l'autre, une qualité constante. Le mélange de blancs et de rouges est par ailleurs admis pour produire du champagne rosé... 

... et puisqu'on parle de champagne, l'auteur rappelle que cette appellation est considérée comme semi-générique aux Etats-Unis, ce qui permet à ce pays de produire du champagne portant ce nom, sans que les producteurs de "vrai" champagne ne semblent s'en formaliser (même si le préjudice subi est, selon l'auteur, de l'ordre du million de dollars par an (p. 57). Paradoxal, quand on voit les efforts qu'ils consentent pour écraser le petit producteur suisse de vin de "Champagne", impossible à confondre avec l'illustre mousseux... C'est là l'un des éléments par lesquels l'auteur met en lumière l'allégeance du personnel bruxellois envers les Etats-Unis et les producteurs de vins industriels - ou les lobbies qui les représentent.

Sur ce, l'auteur va cependant plus loin, révélant quelques mécanismes retors: d'une part, certains vignobles prestigieux d'Europe sont la propriété de fonds de pension américains qui font pression pour davantage de productivité et davantage de ventes, au risque de compromettre l'essence du vin. Réciproquement, certains gros producteurs d'alcool souhaitent pouvoir produire du vin en Europe avec des moûts produits ailleurs, à moindre coût, ou faire pousser ailleurs le raisin qui servira à produire des vins européens. On notera que c'est déjà possible avec d'autres produits: la viande séchée des Grisons est parfois tout sauf suisse; seul le conditionnement est vraiment grison. Peut-on faire pareil pour le vin?

Sont également évoqués, mais rapidement, la question des copeaux, des mélanges à risques, de la chaptalisation, de l'enlèvement d'alcool (ça se fait beaucoup dans le nouveau monde), etc. Ce petit volume est clairement ancré dans l'actualité de 2007, mettant en lumière une directive qui, selon l'auteur, jette le vignoble européen en pâture au grand capital. Il n'est pas suffisant pour se faire une idée de ce qui se passe dans le monde du vin, même s'il informe bien. On lui préférera donc un volume plus charnu... s'il existe.

Raoul Marc Jennar, Menaces sur la civilisation du vin, Bruxelles, Aden, 2007.

Le blog de l'auteur:
http://www.jennar.fr/
Le blog d'Emilie, sommelière, qui évoque régulièrement ces questions: http://www.labivin.net

 

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commentaires

J-C 31/03/2010 13:58


Il faut cesser de boire du vin... industriel : chaptalisé, désacidifier, soufré, levuré, boisé, micro-oxygéné, enzymé, filtré etc.

Buvez vivant, buvez naturel !!!


Daniel Fattore 31/03/2010 22:54



Tu as raison - mais si j'en crois ce petit livre, ça n'en prend pas le chemin...



Lystig 22/03/2010 22:48


je préfère les Sancerre (mais pas le Fendant)... ou les Bourgogne... pas les rosés (pourtant locaux) ni les Bordeaux!


Daniel Fattore 22/03/2010 23:14


Ah, un petit Sancerre avec un bon petit poisson...
... je suis assez copain avec les bordeaux, mais du coup, je connais finalement assez mal les bourgognes - à l'exception notable des chablis (j'ai passé quelques jours épiques dans ce village).
Quant au fendant, j'en bois à l'occasion - en particulier avec une fondue. Enfin, je n'ai pas le réflexe du rosé...


Lystig 22/03/2010 14:28


cela me rappelle un mémoire sur le vin français... rédigé au Danemark (pendant mes études) !


Daniel Fattore 22/03/2010 22:33


Comme quoi le vin est un produit que le monde entier envie à la nation du Pétrus!


Lili Galipette 22/03/2010 10:47


Faut-il arrêter de boire du vin?


Daniel Fattore 22/03/2010 22:34


Non, pas ça!!!


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