Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 19:33

A près de 24 heures de la fin de l'année 2014, Sharon revient avec hebergement d'imagedeux participations au défi Premier roman! Merci! Voici où ça se passe:

 

- Marc Dugain, La Chambre des officiers

- Denis Michelis, La chance que tu as

 

Merci pour ces billets, et bonne année!

Repost 0
Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
commenter cet article
26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 15:14

hebergement d'imageDes nouvelles, encore! Poétesse et nouvelliste, l'écrivaine suisse Catherine Gaillard-Sarron propose, en cette fin d'année, tout un recueil plein de surprises. Certaines font du bien, certaines dérangent, d'autres interpellent. Au final, "Paquet surprise" est un recueil auto-édité à lire - à dévorer, même - en cette période de fêtes de fin d'année.

 

Les premiers textes de ce recueil sont des contes de Noël modernes. Le lecteur appréciera les bonnes vibrations qui en émanent, en particulier de la première, "Le Noël de Pietro et Rosa". Cumulant les hasards heureux autour d'un couple modeste, sans histoires mais non sans rêves, elle illustre à merveille l'idée du miracle de Noël et promet que la fête est porteuse de bonheur. Rebelote avec "Au dragon pétaradant", une nouvelle qui montre que certaines prédictions peuvent devenir réalité, pour le pire et pour le meilleur. L'auteure use d'un contraste maximal pour dépeindre deux hommes: l'un est un mufle odieux, l'autre une personnalité attentionnée et élégante. Le tout, dans un "restaurant chinois vaudois": entre plats foirés et tomates farcies, la catastrophe est programmée. L'auteure n'épargne rien, pas même la "boule de glace à la fraise couverte d'une macédoine de fruits en boîte et d'un pschit de chantilly en bombe". Rien à voir avec le "restaurant chinois" de Christophe Grau...

 

Le lecteur coutumier de Catherine Gaillard-Sarron sait que les personnages masculins de Catherine Gaillard-Sarron ne sont pas toujours des plus sympathiques: les travers tels que la muflerie et le machisme mal placés, parfois exacerbés par la dépendance à l'alcool, reviennent régulièrement dans ses textes. L'auteure réserve quelques personnages de ce tonneau dans "Paquet surprise", peints à grands traits vigoureux, jusqu'à la caricature. L'issue de ces nouvelles est le plus souvent attendue: l'homme finit puni par là où il a péché. On aurait apprécié, parfois, un virage inattendu! Reste la manière d'y arriver, qui s'avère astucieuse, par exemple, dans "La Liste": acrostiches, anagrammes, mots croisés et jeux de mots, le parcours est savoureux comme un bonbon de Noël.

 

Une brassée de lettres offre à l'auteur une nouvelle occasion de jouer avec les mots et de se glisser dans la peau de personnages incongrus: des wagons, la chèvre de Monsieur Seguin, etc. La signature fait ici figure de chute, donnant à ces lettres un vrai statut de nouvelle. Et l'on glisse, en fin de récit, vers des textes sensuels, voire érotiques - "La demande" rappelle que pour de grands moments, peu importe le décor... et "Aventure intra-sensorielle" permet à l'auteure de boucler son recueil sur un ultime orgasme. Quoi de mieux?

 

Préfacé par le philosophe François Gachoud, le recueil de nouvelles "Paquet surprise" porte bien son nom: il s'agit d'un florilège de textes divers, regroupés en fonction de thématiques qui rapprochent certains d'entre eux. Parfois prévisibles certes, ces nouvelles surprennent le plus souvent, font volontiers sourire, et savent émerveiller grâce à un optimisme certain.

 

Catherine Gaillard-Sarron, Paquet surprise, Chamblon, Catherine Gaillard-Sarron, 2014. Préface de François Gachoud.

Le site de Catherine Gaillard-Sarron, pour commander ce recueil. Merci à elle pour l'envoi!

Repost 0
25 décembre 2014 4 25 /12 /décembre /2014 20:58

partage photo gratuitLu par Amandine, Francis Richard, Julien Sansonnens.

Défi Polars et thrillers.

 

Il n'est pas facile de savoir qui est vraiment Matteo di Genaro - que ce soit l'auteur ou le narrateur, puisque l'un et l'autre revendiquent ce nom. Il paraît que c'est un jeune monégasque immensément riche, héritier d'un empire immobilier, qui mène l'enquête à la façon d'un flic après avoir fait un peu de droit. Mais cela a tout d'un masque - et, probablement, d'un pseudonyme. Reste que son roman "Une brute au grand coeur" réserve de beaux instants de lecture. Et en promet de meilleurs encore, puisqu'il s'achève sur les mots énigmatiques: "A suivre..."

 

Sur 67 pages, l'auteur développe avec efficacité une intrigue policière standard: un gars se fait tuer, il y a des fausses pistes, et le narrateur finit par trouver le coupable. Derrière cette structure fort simple, finalement peu nourrissante pour le lecteur, l'auteur laisse deviner qu'il y a autre chose. Nombreuses sont en effet les portes qu'il laisse ouvertes: un mystère chez tel personnage, des liens mal définis avec les îles Fidji, etc. Cela, sans compter la fameuse "brute au grand coeur": un personne qui intrigue, même mort et découpé en morceaux, ne serait-ce que pour l'oxymore...

 

Le lecteur sera séduit par la musique de ce récit. Gouailleuse, elle rappelle un certain San-Antonio. Argotique, canaille, la langue de l'auteur est parfaite pour dépeindre les bas-fonds explorés - des lieux où la prostitution se donne libre cours. Elle peut surprendre dans la bouche du personnage qui parle, et qui est un héritier milliardaire; en particulier, on sera étonné de l'entendre disserter sur l'architecture, ou sur la religion, qu'il semble honnir, pour des raisons qui secouent le lecteur. Un lecteur pris à partie plus souvent qu'à son tour, de manière souvent peu amène - là encore, on retrouve une manière de voir les gens à la San-Antonio.

 

Alors? Un petit roman, c'est peu pour tout dire, et ce tout petit livre paraîtra court et sec à plus d'un lecteur coutumier de polars plus fournis. Mais comme ça s'achève avec "A suivre", la salive monte déjà à la bouche: puisque la musique est bonne et que le dispositif fonctionne, on a envie d'en savoir plus. Alors... à quand la suite?

 

Matteo di Genaro, Une brute au grand coeur, Lausanne, BSN Press, 2014.

Repost 0
25 décembre 2014 4 25 /12 /décembre /2014 00:01

hebergement d'imageVous êtes de passage par ici... vous êtes une habituée ou un coutumier de ce modeste blog... Qui que vous soyez, je vous souhaite un Joyeux Noël! Que le bonheur soit avec vous en cette journée sainte et particulière!

 

Le santon qui apparaît à droite de la crèche vous passe tous ses voeux orthographiques de Noël: c'est un prix remporté lors d'une des dictées de Saint-Vaury, il y a quelques années... la prochaine aura lieu le 11 avril 2015! A vos dicos!

 

 

Repost 0
Publié par Daniel Fattore - dans Air du temps
commenter cet article
23 décembre 2014 2 23 /12 /décembre /2014 19:36

hebergement d'imageLu par Criticus.

Le site de l'éditeur.

 

Best-seller en Russie en 2005, l'ouvrage "La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048" a déjà une petite histoire derrière lui. Traduit en français sur demande de l'auteure, désireuse qu'il paraisse en France, ce roman n'a pas tout de suite trouvé un éditeur dans ce pays. La faute, peut-être, à une problématique sulfureuse: l'auteur imagine ce que pourrait être une France entièrement soumise à la Charia, dans quelques décennies. Un choix recevable dans le cadre d'un roman de politique-fiction, pour autant que la qualité suive - et que le lecteur s'en trouve captivé.

 

Des camps religieux en présence

L'auteure décrit les camps en présence avec clarté: il y a d'un côté les musulmans, vus comme les méchants, et les autres, chrétiens et athées, vus comme les gentils. Tels qu'ils sont vus, les musulmans paraissent les héritiers d'un islam conquérant, rigoriste, qui a plus à voir avec celui de l'Etat Islamique (EIIL) qu'avec une pratique apaisée - un islam qui hiérarchise encore ses croyants, entre les convertis de fraîche date, soupçonnés à tort ou à raison d'opportunisme, et les anciens. Les personnages concernés sont dépeints à grands traits caricaturaux, et si certaines pages rappellent immanquablement des choses vues par les lecteurs, les stéréotypes ne manquent pas non plus.

 

De l'autre côté, se trouvent ceux qui déplorent un mode de vie "à la française", perdu à force de décadence: "Quand on commence à faire des concessions, on ne peut plus s'arrêter", illustre l'auteure, à plus d'une reprise. Il y a ici des athées, dits "résistants", et des chrétiens. Là s'insère une critique en règle de l'héritage de Vatican II; les catholiques mis en scène sont des "purs" qui privilégient l'esprit et les rituels d'une foi à l'ancienne, héritière du schisme d'Ecône, méfiante face à l'autorité des derniers papes du XXe siècle, et considérée comme plus respectueuse de toute la grandeur de Dieu. Certes, le lieu clé de l'intrigue, Notre-Dame de Paris (devenue la mosquée Al-Franconi - certaines pages de description ne sont pas sans rappeler ce que Jean Raspail dit de la basilique Saint-Denis dans "Sire") impose des personnages chrétiens forts. Mais on aurait aimé en savoir plus sur les personnages athées et sur ce qui les motive.

 

Et de part et d'autre, les reproches et les surnoms dégradants fusent... L'auteure n'évite pas un certain manichéisme, et en suggérant l'idée d'un grand remplacement à la Renaud Camus, se positionne clairement du côté de ceux qu'elle présente comme opprimés.

 

... et ça ferraille!

Il est intéressant de constater que la vie des non-musulmans est dépeinte comme celle de citoyens de seconde zone, confinés dans des ghettos, et de terroristes. Songeant sans doute à d'autres terrorismes actuels, l'auteur interroge le lecteur: et si tu étais minorisé et asservi chez toi, prendrais-tu les armes? C'est discret: l'ouvrage s'ouvre sur une ambiance de reportage choc, montrant entre autres la lapidation d'un viticulteur sous l'Arc de Triomphe: la production d'alcool est interdite...

 

L'auteure parvient ensuite à monter un crescendo dans la violence entre les deux camps, qui éclate à la première opportunité. En connaisseuse de Paris, elle dépeint avec art la mise en place d'une pré-guerre civile. Quelques personnages montent au créneau au nom d'un groupe de population afin, symboliquement, de reconquérir Notre-Dame de Paris et d'y célébrer une messae. Le lecteur retiendra la jeunesse de ces hérauts, et aussi leur détermination. Cela, sans oublier la figure de Valérie, qui aurait mérité un rôle plus développé mais suggère de manière troublante (stigmates, inédie) telle ou telle sainte, voire la Vierge elle-même.

 

Un goût d'inachevé

Il faut certes un certain courage pour donner un visage aussi précis au méchant, alors que d'autres imagineraient une politique-fiction avec des ennemis sans visage, empruntant de manière hétéroclite à ce que l'on aime détester aujourd'hui afin d'en faire un méchant "mainstream", susceptible de plaire à tout le monde. Et alors que le romancier Michel Houellebecq s'apprête à publier un ouvrage sur un sujet proche, il vaut la peine de se plonger dans la prose d'Elena Tchoudinova si "La Mosquée Notre-Dame de Paris" se trouve à portée immédiate de main.

 

Cela dit, ce roman souffre de quelques longueurs, dues à des exposés de géopolitique et d'histoire religieuse qu'il aurait fallu mieux intégrer à la narration - on pense au chapitre 3, "Slobodan". L'avenir dépeint (ça se passe en 2048) rappelle un peu trop notre présent; certains éléments sont même déjà dépassés aujourd'hui, à l'instar des supports de mémoire informatique.

 

La traduction française de "La Mosquée Notre-Dame de Paris" n'est guère soignée, par ailleurs: on y devine des glissements de sens (la "pite" est-il bien une feuille d'agave, en contexte, ou n'est-ce pas plutôt un pain pita?) et des facilités ("kafirka" sonne à la fois arabe et russe, mais pas français).

 

Au terme de la lecture de ce roman politique teinté de mysticisme, il reste donc un goût d'inachevé, l'impression d'avoir lu une bonne esquisse plutôt qu'un bon livre, apte à être publié. Une bonne esquisse quand même, puisque malgré les longueurs et les imperfections, malgré les éléments insuffisamment creusés, l'histoire de "La Mosquée Notre-Dame de Paris" fonctionne et sait accrocher son lectorat.

 

Elena Tchoudinova, La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048", Paris, Tatamis, 2009. Traduction anonyme, préface d'Anne-Marie Delcambre.

Repost 0
21 décembre 2014 7 21 /12 /décembre /2014 18:24

hebergement d'imageDéfi Premier roman.

Le site de l'éditeur.

 

Un premier roman qui parle d'un écrivain qui peine à concrétiser sa vocation: c'est un classique. On pense par exemple à "Parcours dans un miroir", premier roman de Roger-Louis Junod, ou, plus près de nous, au succulent "Vertige des auteurs" de Georges Flipo. A l'échelle d'une oeuvre, de tels ouvrages peuvent indiquer une volonté, de la part de l'écrivain, de conjurer l'échec littéraire.

 

Avec "La Tentation du roman", l'auteur français Didier Garcia exploite ce sujet d'une manière différente de ces deux écrivains, en choisissant d'explorer de l'intérieur, à la façon d'un journal, les affres et questionnements d'un auteur désireux de devenir romancier.

 

hebergement d'imageNous avons un narrateur, essentiellement producteur d'incipits sans lendemain, qui recherche des recettes miracles pour réaliser l'inaccessible rêve d'un roman, et les évalue successivement, les teste, les analyse. Ainsi s'installe le patronage de quelques très grands auteurs que le narrateur a côtoyés, que ce soit en les lisant ou en les rencontrant brièvement. Il y a un penchant pour les latino-américains; certains Suisses sont également présents, à l'instar de Paul Nizon ou de Friedrich Dürrenmatt. Ce compagnonnage ne mène pas loin, toutefois: ce qu'il faut en retenir, c'est que chaque écrivain forge son propre outil de travail, et que la transmission d'un tel art est difficile, voire impossible. On note aussi que le cheminement équivaut à l'objectif: "Raconter comment on fait un roman, c'est faire le roman" (p. 211, citant Miguel de Unamuno). Dès lors, un romancier velléitaire réussit à rédiger un roman, de manière certes fortuite, en alignant les essais et les pages de journal.

 

Parce que si roman il y a, ce n'est pas celui que le narrateur voudrait... Celui-ci ambitionne en effet de marcher dans les traces de Flaubert en osant un roman sans intrigue. Est-ce seulement possible? "La Tentation du roman" a certes des apparences d'inertie; mais force est de constater qu'il y a bien une intrigue, un problème qu'un personnage cherche à résoudre au travers de péripéties diverses, qu'il affronte avec des alliés (les autres écrivains) avant de trouver sa solution et que tout se dénoue. On comprend dès lors que refuser l'idée d'une intrigue, c'est encore l'accepter.

 

"La Tentation du roman" est riche en références littéraires. On pense aussi, au fil des pages, à des figures comme Bartleby (dûment cité), fuyant le devoir tout en cherchant le moyen de l'accomplir. L'auteur réussit à créer un intéressant contraste entre la "parole" du narrateur et le style de ses écrits: si la parole se caractérise par une fluidité agréable pour le lecteur, les écrits s'avèrent artificiels et compliqués. Deux musiques coexistent dès lors, en un contraste bienvenu.

 

Un tel ouvrage constitue en définitive une réflexion stimulante pour tout écrivain, apprenti ou chevronné, qui reconnaîtra tour à tour la fuite devant le travail d'écriture, l'impossibilité d'avancer, les sursauts d'inspiration - en un mot, les difficultés de la création.

 

Didier Garcia, La Tentation du roman, Paris, Leo Scheer, 2011.

Repost 0
21 décembre 2014 7 21 /12 /décembre /2014 17:07

hebergement d'image... cinq fois plutôt qu'une. Avec elle, il est question des titres suivants, comptant pour le Défi Premier roman:

 

Suzanne Azmayesh, Meurtres à Sciences Po

Adrien Bosc, Constellation

Clotilde Couquet, Parle-moi du sous-sol

Pierre Demarty, En face

Irina Teodorescu, La malédiction du bandit moustachu

 

Merci et bonne continuation! J'espère que les vacances seront propices aux participants à ce défi. Pour consulter les règles, cliquer sur le logo!

 

Repost 0
Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
commenter cet article
16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 21:53

hebergement d'imageLu par Alain, Caro, Cécile, Ingannmic, Miss Orchidée.

 

Je n'ai pas encore suffisamment lu Serge Joncour, bien que nos chemins se croisent régulièrement à la Fête du Livre de Saint-Etienne. Mais il n'est jamais trop tard! C'est donc avec beaucoup de curiosité et d'intérêt que je me suis plongé dans "U. V.". Un rayon de soleil au plus fort de l'hiver? C'est surtout un roman où le soleil cogne fort. Un roman aux apparences d'une photo surexposée, aux couleurs trop claires qui dérangent. Pour le plus grand bonheur du lecteur.

 

Dès le début, l'auteur a le souci d'éblouir, de mettre du soleil partout. Boris, l'étranger aux airs de rastaquouère qui s'incruste dans la famille de son ami Philip en attendant son arrivée, est vêtu de blanc - autant dire de lumière, une lumière qui pourrait faire écho aux feux d'artifice du 14 juillet. Au début du roman, Boris a le soleil en face. C'est à nouveau le cas plus tard, lors du tennis avec André-Pierre: Boris est à l'aise partout, et a suffisamment de culot pour tout envisager. Et charmer tout le monde. Rien ou presque ne paraît atteindre son vêtement blanc - sauf peut-être quelques péripéties à bord d'un bateau.

 

Boris excelle à se faire apprécier de la famille qui l'accueille. Une appréciation qui va jusqu'à la sensualité, grâce à la présence de deux soeurs jumelles, jeunes encore, Julie et Vanessa, et souvent court vêtues, voire dénudées, presque impudiques. Il n'en faut pas plus pour que l'ambiance devienne explosive. Là, c'est à André-Pierre de jouer... il joue une partition à contretemps: celle du mari veule et jaloux, peut-être détestable, mais en aucun cas dupe. Indispensable détonateur, il agace comme une griffe sur une vitre par ailleurs immaculée.

 

Un détonateur qui intervient dans une ambiance faussement calme, faite de cordialités de circonstance, de scènes de vie bourgeoise (tel cet échange d'impressions autour d'un fusil de chasse) et de manipulations douces, comme on peut en connaître dans certains films - la quatrième de couverture mentionne Claude Chabrol. Ce côté serein est accentué par le lyrisme avec lequel l'auteur évoque la nature et la mer - réservant quelques pages superbes à ces sujets.

 

Roman lumineux, écrit dans une langue fine, "U. V." dévoile peu à peu les relations interpersonnelles, par touches ou par allusions. Le dispositif choisi met en place un petit nombre de personnages, et explore les tempéraments, les frotte jusqu'à l'explosion finale - j'allais dire "le feu d'artifice", très attendu: en retardant autant que possible l'arrivée de Philip, l'auteur crée une attente qui va amener précisément le lecteur là où l'auteur veut le conduire. Comment? En le rendant curieux et en le poussant à tourner les pages. Tout simplement.

 

Serge Joncour, U. V., Paris, Le Dilettante/Folio, 2003/2007.

Repost 0
14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

Allegria

 

Le pain mouillé de ton nom

ton âge dans ma mémoire

je te les tiendrai jusqu'au dernier jour

comme des chaînes désassemblées

sans envers ni endroit

juste posées sur le vide

 

mais ne crois pas au calme

je te veillerai même dans ma mort

toutes cloches tues

sous la terre plate

 

Claire Genoux (1971- ), Faire feu, Orbe, Bernard Campiche Editeur, 2011.

Repost 0
Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
commenter cet article
12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 21:32

partage photo gratuitLu par Biblimi, Nadia Coste, Sytra.

Le site de l'éditeur (salutations à Marilyn Stellini!), le blog de l'auteur.

 

Deux voix, ou deux points de vue. Il n'en faut pas moins pour créer un monde littéraire, qui trouve son cadre dans l'île de la Réunion. Marie-Catherine Daniel offre avec "Rose-thé et gris-souris" un roman aux couleurs souvent douces et parfois amères, où l'amour et les affinités électives jouent un rôle clé. Le lecteur sourira sans doute à l'idée qu'une écrivaine installée à la Réunion depuis 1993 soit éditée en Suisse, et songera fugacement aux bienfaits inattendus de la mondialisation. Mais voyons le roman proprement dit...

 

L'auteure sait de quoi elle parle dès lors qu'il s'agit de planter le décor réunionnais. Elle a cependant le mérite de ne pas basculer dans un exotisme facile. La Réunion est une donnée présente dans ce roman, discrète, qui affleure à travers l'un ou l'autre terme ou usage local, mentionné sans lourdeur. Cela rappelle la couverture du livre, signée Maïwenn: le palmier qu'on y voit fait "couleur locale", mais il apparaît en arrière-plan, en gris - et l'auteur donne la première place à ses personnages. C'est là qu'est l'enjeu.

 

"Chacun cherche son chef", ai-je eu envie de dire en lisant "Rose-thé et gris-souris". Au départ, en effet, deux personnages émergent - et l'écriture le suggère fortement: "Elle, c'est Gertrude" et "Lui, c'est Dégage", lit-on au début de deux ensembles de paragraphes qui imposent, d'emblée, deux points de vue: celui de l'humain et celui du chien. Page après page, l'auteure expose des recherches relationnelles dominant/dominé librement acceptées, voire transcendées. Ainsi trouve-t-on un jeune chien, Dégage, qui cherche un chef de meute et courtise Gertrude à sa manière. Lui-même est charmé par un chaton dont il va se sentir rapidement responsable. Gertrude, quant à elle, joue le chassé-croisé amoureux parfait avec son propre chef, François. Dès lors, par moments, une ambiance de comédie romantique s'installe: comment ces deux-là vont-ils se rapprocher et arriver au happy end de rigueur? Ce rapprochement complexe fait écho à l'évidence des relations entre Maîtresse, le chaton, et Dégage.

 

Gertrude et Dégage, euh... c'est un peu plus compliqué que ça. En effet, l'auteur jongle adroitement avec les noms de ses personnages. Il y a un côté génial à avoir nommé "Dégage" un chien dont personne ne veut: au fond, il obéit à son nom et, à l'instar du chien de Jean de Nivelle, il ne vient jamais quand on l'appelle. Quant à Gertrude, alias Mademoiselle Tarrier, elle aimerait qu'on l'appelle Cunégonde... Les appellations évoluent avec finesse au fil du roman, en fonction des situations, des regards portés par autrui, etc., et les personnages les plus en vue se voient affublés de trois ou quatre noms et surnoms. On peut voir là le reflet d'identités multiples, ou celui du regard que l'un ou l'autre porte sur eux. Voire, dans le cas de Gertrude dite Cunégonde, un caprice personnel fondé sur un sens de l'humour particulier.

 

L'écriture, quant à elle, s'avère alerte, parfois canaille, et trahit un certain recul par rapport à son sujet - ne serait-ce que par le choix de parler à la troisième personne. Structurée en chapitres courts aux allures de faux journal, elle invite à une lecture très rapide: "Rose-thé et gris-souris" est un roman que l'on dévore. Ses ambiances sont en demi-teinte, volontiers discrètes comme le suggère un titre savamment exploité tout un long de l'ouvrage. Elles sont empreintes aussi de sentiments et d'émotions fortes, peintes avec pudeur. Quelques éléments plus durs, tel le personnage de Tao malade du sida, empêchent ce roman, et c'est un atout, de basculer dans la guimauve. Au final, "Rose-thé et gris-souris" s'avère un livre "bonne mine" en demi-teintes, subtil, bien construit et adroitement pensé, que l'on dévore d'une traite.

 

Marie-Catherine Daniel, Rose-thé et gris-souris, La Roche, Les Roses Bleues, 2012.

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de Daniel Fattore
  • Le blog de Daniel Fattore
  • : Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
  • Contact

Les lectures maison

Pour commander mon recueil de nouvelles "Le Noeud de l'intrigue", cliquer sur la couverture ci-dessous:

partage photo gratuit

Pour commander mon mémoire de mastère en administration publique "Minorités linguistiques, où êtes-vous?", cliquer ici.

 

Recherche

 

 

"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit."
Marc BONNANT.

 

 

"Nous devons être des indignés linguistiques!"
Abdou DIOUF.