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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 20:42

partage photo gratuitDéfis Rentrée littéraire et Thrillers et polars.

Le site de l'éditeur.

 

Ils s'y sont mis a deux, et le résultat est unique: "Duellistes" est un thriller à quatre mains, rédigé "sans concertation" à partir d'un point de départ convenu. Les auteurs stéphanois Chrystel Duchamp et Sébastien Bouchery s'y glissent chacun dans la peau d'un tueur professionnel chargé de viser une seule et même cible: un certain Daniel F. Poursot, présenté comme un politicien discret mais véreux. Autant dire que dans leur roman "Duellistes", le Trakker et Betty Monroe sont placés en concurrence directe. Le développement s'avère inattendu... et trépidant.

 

L'idée de départ est bonne. Dans "Duellistes", elle offre aux auteurs l'occasion de faire se confronter deux personnages et deux points de vue fort différents, en alternance. Dès lors, tout l'intérêt de ce thriller réside dans les interactions entre ces deux-là. Ils sont présentés dès les deux premiers chapitres, et le lecteur les "sent" et les adopte d'emblée: le Trakker est un professionnel froid et méthodique, qui ne vit que pour son métier, alors que Betty Monroe, personnage complexe et original - original parce que complexe, dirai-je - mène une double, voire une triple vie: employée dans un grand magasin le jour, épouse et mère de famille, elle se mue en tueuse la nuit.

 

A part un métier et un objectif communs, tout les sépare donc. Les auteurs vont s'amuser à les rapprocher, au fil de contacts discrets qui débouchent sur une venimeuse intrigue sentimentale qui prend sa source, et c'est important, dans un bar louche. Ces rapprochements permettent aux auteurs de creuser deux personnages confrontés à une situation nouvelle pour eux: si Betty Monroe est à deux pas de céder à l'infidélité et de compromettre une vie familiale sans histoire, le Trakker découvre, lui, qu'il a un coeur.

 

Mais foin de romance: nous sommes bien dans un thriller, et la cible n'est jamais perdue de vue. La violence est présente, et dans les pages qu'il écrit, Sébastien Bouchery se montre cruel, d'une manière jouissive. Et si la confrontation entre les personnages a bien lieu - Eros et Thanatos, l'amour et la mort, rôdent de concert - elle intervient aussi entre les auteurs, qui glissent volontiers quelques pièges à l'attention de leur comparse. En effet, l'écriture des chapitres s'est déroulée de façon successive, chaque auteur rédigeant sur la base d'une livraison en principe hebdomadaire.

 

L'écriture à quatre mains permet un enrichissement mutuel, né de regards divers sur les personnages et aussi sur les lieux. Cela se remarque aussi avec les descriptions successives du bar Braquo B. de Mille, chacun des auteurs prêtant son attention à des détails différents qui deviennent complémentaires.

 

Enfin, l'objectif nommé Daniel F. Poursot s'avère assez secondaire au fil des pages: serait-il un McGuffin? Les auteurs omettent en tout cas de dire ce que cet homme de pouvoir a de si terrible. Le fin mot de l'affaire survient en fin de roman, comme il se doit. Dans l'intervalle, les auteurs ne manquent pas de s'amuser à filer la métaphore du "pourceau", facilement induite par le patronyme du personnage.

 

Une telle démarche est-elle une première, comme le suggèrent les auteurs? Pas sûr - on pense par exemple aux "Meurtres exquis", collectif irlandais rédigé à la manière d'un cadavre exquis. Mais au fond, peu importe. En effet, Chrystel Duchamp et Sébastien Bouchery signent ensemble un thriller efficace et captivant dès les premières pages, rythmé qu plus est. Pour ne rien gâcher, il est baigné de plus d'une référence cinématographique - la patte de Sébastien Bouchery est là. Autant dire que le lecteur est accroché d'emblée! Et au fil des pages, on sent que l'émulation fonctionne... ce qui est tout bénéfice pour cet impeccable "Duellistes"!

 

Chrystel Duchamp et Sébastien Bouchery, Duellistes, Veauche, Eastern Edition, 2014. Avis aux bibliophiles: l'ouvrage a paru sous deux couvertures différentes.

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21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 19:07

hebergeur imageLu dans le cadre des défis Rentrée littéraire, Thrillers et Vivent nos régions.

Le site de l'éditeur.

 

Sébastien Bouchery est un écrivain et éditeur stéphanois qui possède une expérience certaine du thriller sanglant et inventif. Il en avait donné la preuve l'an dernier avec "Raklur", dont je vous avais parlé. Force est de constater à présent qu'avec "Ma vie avec la mort", cet auteur va encore plus loin, sous plus d'un aspect.

 

Un mieux indéniable de la part de l'éditeur

Globalement et par rapport à "Raklur", le lecteur va se retrouver ici avec un roman d'atmosphère, plus resserré sur quelques bonnes idées: bienvenue la tension palpable, et exit les personnages hauts en couleur tels que la critique gastronomique anthropophage ou le médecin légiste nécrophile! Reste que Max, le légiste mis en scène ici, reste un personnage fascinant. Chouette: c'est lui que le lecteur va suivre.

 

hebergeur imageDu côté du travail éditorial aussi, il y a un mieux: "Ma vie avec la mort" comprend beaucoup moins de coquilles et de soucis typographiques que "Raklur", et son écriture soignée permet une meilleure visualisation de ce qui se passe. Tout bénéfice pour l'agrément du lecteur!

 

Et puis il y a le double sens du titre: en sa qualité de médecin légiste, Max est habitué à côtoyer le versant maîtrisé de la mort chaque jour de sa vie professionnelle. Que va-t-il lui arriver lorsqu'il va devoir vivre au quotidien avec une menace de mort directe, sans qu'il ne puisse guère la maîtriser?

 

Un exercice d'équilibriste

hebergeur imageJ'ai dit que l'auteur était inventif. Il a réussi à créer un personnage de criminel particulièrement odieux, le Taxidermiste, qui, comme son nom l'indique, fourre de la paille et des objets dans le corps de ses victimes après les avoir tuées sauvagement. Comme il est sympa, il envoie aussi des cartes postales... Tout démarre lorsque Max, peut-être un peu trop honnête, donne au tribunal un témoignage qui allège la peine dudit Taxidermiste. On notera aussi la présence d'un personnage en fauteuil roulant, paralysé du haut en bas.

 

hebergeur image

Tout le roman va dès lors se construire comme la montée inexorable d'une tension. Cela, sur des péripéties hétéroclites qui vont déconcerter le lecteur. Citons-en quelques-unes: Max et sa famille sont expédiés à Bandol, Max est aux prises avec son banquier au sujet de l'ouverture et de l'approvisionnement d'un compte en Suisse (Jérôme Cahuzac, sors de ce corps!), et les cartes postales reviennent. Cette fois, la cible, c'est Max.

 

Vraiment? L'auteur joue avec succès un jeu d'équilibriste, suggérant que Max peut être la victime du Taxidermiste, évadé, ou la victime de sa paranoïa, voire d'autre chose. Les réponses n'arrivent qu'en fin de roman - certaines un peu faciles (certains éléments n'auraient jamais vraiment existé), d'autres parfaitement éclairantes. Cela, jusqu'à la dernière balle...

 

Quant aux éléments qui donnent des couleurs au roman, ce sont les lieux qui se trouvent entre Lyon et la Loire, évoqués comme un décor discret. De manière plus massive, le lecteur cinéphile appréciera les innombrables références au cinéma, régulièrement explicitées, que l'auteur dissémine dans son propos. Notons encore, enfin, que l'auteur parvient à recycler certains éléments de "Raklur", ce qui fera sourire ceux qui le suivent...

 

Enfin, il y a le style, simple et efficace, comme il se doit pour un thriller de cet acabit. Force est de constater qu'on retrouve, avec "Ma vie avec la mort" et après "Raklur", la plume d'un écrivain qui a le chic pour empoigner son lecteur pour ne plus le lâcher.

 

Sébastien Bouchery, Ma vie avec la mort, Veauche, Eastern Editions, 2013.

 

 

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