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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 23:09

hebergeur imageOn en parle aussi chez Altervino, Cavesa, Ochato, Pierre Radmacher, Western culturel.

 

Y aurait-il quelque chose de pourri au royaume du vin français? Dans un ouvrage qui a des allures de reportage de type "Capital" sur M6, Denis Saverot et Benoist Simmat offrent une balade saisissante dans les coulisses d'un produit français phare. Le titre de l'ouvrage? C'est "In Vino Satanas!", et l'une des lignes directrices du propos est que si le vin français est envié dans le monde entier et contribue au rayonnement du pays des bordeaux, il est de plus en plus diabolisé en France. L'attention se porte ici sur les gros producteurs et les vins de renom, qui font parfois figure de marques plus que d'appellations.

 

C'est en effet un paradoxe français que les auteurs identifient: le vin est le deuxième secteur d'exportation de la France, le monde entier s'y réfère (les cépages internationaux sont en fait d'origine française, les oenologues stars appelés à mettre sur pied des vignes dans les nouveaux pays du vin sont souvent français, à l'instar de Denis Dubourdieu), mais il fait figure de non-sujet honteux au pays. Il est à noter que cet ouvrage a paru peu après l'accès au pouvoir présidentiel de Nicolas Sarkozy, notoirement abstinent, pour qui le vin n'est pas un sujet politique: les auteurs rappellent que la question du vin, bien qu'importante, s'est invitée de manière très improvisée dans la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007.

 

Pour les auteurs, les côtés honteux du vin sont encore accentués par certains éléments tels que le logo déconseillant la consommation de vin aux femmes enceintes, qui est une idée française (elle a essaimé depuis), les vicissitudes de la loi Evin ou la manipulation de chiffres auxquels on fait dire un peu n'importe quoi et que les auteurs analysent avec rigueur, rappelant en particulier que si la consommation annuelle moyenne de vin par personne en France est étrangement élevée en comparaison internationale (ce qui donnerait aux Français une réputation imméritée d'alcooliques), c'est que cette moyenne tient compte de la consommation des touristes, sur place ou à des fins de dégustation dans leur pays... et que si l'on tient compte de cet élément, la consommation effective se trouve tout à fait dans la moyenne européenne. Les auteurs exercent aussi leur esprit critique sur les classements traditionnels des vins du Bordelais et le système des AOC, pour le moins perfectible à leurs yeux.

 

Les auteurs évoquent aussi l'évolution des habitudes de consommation, en particulier dans les sphères supérieures du pouvoir; le lecteur va donc pouvoir s'inviter à la table des grands hommes - pour s'apercevoir qu'on y boit toujours du vin, mais pas forcément des noms aussi prestigieux qu'autrefois: la crise est passée par là. Ils tirent une corrélation hardie entre la baisse de consommation du vin et l'augmentation de la prise de tranquillisants, ce qui profite plus aux grands groupes pharmaceutiques mondiaux qu'à la santé des personnes. Autre thèse audacieuse, qui reste à prouver et pourrait faire sourire Nicolas: les gens vont moins au bar, donc ils boivent moins de vin et discutent moins de politique entre eux; ils ruminent leurs rancoeurs tout seuls chez eux et finissent par voter FN...

 

On le comprend vite, les auteurs aiment le vin et ne cachent pas leur aversion pour les dérives d'un hygiénisme présenté comme excessif et hypocrite. Ils considèrent que le vin est un fait de civilisation, qu'il n'est pas une boisson comme une autre - cela, en plus d'être une ressource économique lucrative. Tous ces aspects sont détaillés dans cet ouvrage, qui évoque certes très peu les petits vins et les petits terroirs pour se concentrer sur ce qui rayonne le plus au-delà des frontières françaises - loin de l'esprit de "La Bataille du vin et de l'amour" d'Alice Feiring. Remontant à 2008, ce livre date un peu. Cela dit, le vin, produit envié et même copié (il y a d'ailleurs un chapitre intéressant sur les faussaires du vin dans "In Vino Satanas!") est-il devenu une filière plus et mieux considérée depuis l'arrivée de François Hollande à la présidence de la République française?

 

Denis Saverot et Benoist Simmat, In Vino Satanas!, Paris, Albin Michel, 2008.

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commentaires

Mélusine 09/11/2012 22:58

Parce qu'au nom de la culture et de la tradition du vin, on se permet d'en servir avec une bien trop grande liberté. Je travaille dans une école et toutes les occasions sont bonnes pour ouvrir une
bouteille (même devant des élèves) alors que c'est parfaitement illégal et discutable moralement. Mais on semble se comporter comme si ce n'était pas de l'alcool "pour de vrai" au nom du
patrimoine. Je trouve cela hypocrite et déconnecté de la réalité.
Je n'ai rien contre le vin, mais contre cette sacralisation qui en fait un produit intouchable et inoffensif.

Daniel Fattore 10/11/2012 20:50



Je comprends ton point de vue - l'idée est qu'il faudrait trouver un juste milieu; or, les auteurs de cet ouvrage estiment qu'on va justement trop loin dans l'autre sens, peut-être sous
l'influence d'acteurs qui n'ont, face à l'alcool, que la réponse de l'interdiction/prohibition.

Produit culturel? Oui, à 100%; mais cela ne doit pas servir d'excuse, à mon avis - mais au contraire responsabiliser l'adulte, chargé d'expliquer au plus jeune, en douceur, que ce n'est pas juste
un truc pour se foutre en l'air.

Discutable moralement? En classe, c'est gênant, c'est vrai, et je ne pense pas que les auteurs ont pensé ici aux professeurs qui picolent en cours au nom du patrimoine; en revanche, on peut
admettre que le bon vin peut faire partie de la célébration d'un succès aux examens (le directeur de mon lycée avait promis du champagne en cas de succès de la volée à 100% - loupé à une personne
près!), pour autant qu'il y ait autre chose pour ceux qui n'aiment pas, et que ceux qui s'en jettent un petit soient majeurs et consentants. Je n'entre pas sur le terrain de la légalité, qui est
sans doute sensiblement différent en France et en Suisse.

Autant la sacralisation pose problème, autant la prohibition peut en poser d'autres...  le débat est vaste!



Mélusine 08/11/2012 10:48

Le genre d'ouvrage qui a le don de m'énerver. Peut-être encore plus depuis que je vis en Bourgogne...

Daniel Fattore 09/11/2012 22:40



Ah!? Et pourquoi, si j'ose te demander...?
De mon côté, ça me permet de découvrir certains éléments méconnus d'un secteur qui m'intéresse, quitte à faire la part des choses en suite, et à laisser mon goût décider.



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