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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin.

 

Chanson XXXIX

 

Si j'avais tel crédit,

Et d'Amour récompense,

Comme l'envieux pense,

Et comme il vous a dit:

Menteur ne serait dit,

Ne vous froide amoureuse,

Et moi, pauvre interdit,

Serais personne heureuse.

 

Quand viens à remirer

Si belle jouissance,

Il n'est en ma puissance

De ne la désirer:

Et pour y aspirer,

N'en dois perdre louange,

Ne d'honneur empirer:

Suis-je de fer, ou Ange?

 

Qu'est besoin de mentir?

J'ose encore vous dire,

Que plus fort vous désire,

Quand veux m'en repentir.

Et pour anéantir

Ce désir qui tant dure,

Il vous faudrait sentir

La peine que j'endure.

 

Votre doux entretien,

Votre belle jeunesse,

Votre bonté expresse

M'ont fait vôtre, et m'y tiens.

Vrai est que je vois bien

Votre amour endormie:

Mais langueur, ce m'est bien,

Pour vous, ma chère Amie.

 

Clément Marot (1496-1544), L'Adolescence clémentine, Paris, Poésie/Gallimard, 1987.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 20:32

partage photo gratuitDéfi Rentrée littéraire 2014.

 

Ce n'est pas tous les jours qu'on se retrouve avec un roman vietnamien entre les mains. Qui plus est, un roman important, en ce sens qu'il dépeint une société et une époque et se montre donc témoin de son temps. Les éditions Intervalles ont eu l'heureuse initiative de publier la première traduction du roman "Une bien modeste famille" de Da Ngân, personnalité importante des lettres vietnamiennes du vingtième siècle, dans une traduction travaillée signée Charlotte Dang.

 

Pour rédiger "Une bien modeste famille", dit-on, l'auteure a puisé dans son propre vécu, sans pour autant que son ouvrage ne verse dans l'autobiographie ou dans le témoignage. Tiêp, la femme que l'on suit au fil des pages, est vraiment un personnage de roman, emblématique, assoiffé de liberté et d'autonomie dans une société qui, héritière de traditions qui doivent aussi au confucianisme, propose un rôle bien défini à la femme et ne manque jamais d'évoquer l'importance des ancêtres. Ce rôle, Tiêp cherche à s'en émanciper un tant soit peu. Dès lors, le lecteur de "Une bien modeste famille" se souvient de la manière de percevoir l'avortement et les avanies d'une fausse couche, et du regard que la société porte sur de tels actes ou faits. La double question de la sexualité et du plaisir féminins affleure aussi...

 

Cela, sans oublier le divorce, fil rouge du récit. Pour une femme, cet acte aussi social, sinon plus, que le mariage, n'a rien d'évident, même sous un régime communiste qui se veut égalitaire et libéré des charges et préjugés du passé. Certains aspects rappellent le processus de divorce en Corée du Nord, tel que décrit par Baek Nam-Riong dans "Des Amis". Et l'auteur de "Une bien modeste famille" sait très bien rendre le poids des regards réprobateurs, de la réputation défaite, des opportunités disparues du fait d'une séparation.

 

Au fil des pages, c'est aussi une tranche d'histoire qui transparaît. Engagée elle-même dans certains épisodes liés à la guerre du Viêt Nam, Da Ngân évoque celle-ci, ainsi que la situation politique qui a suivi: partition du pays entre nord et sud, difficultés et chicanes du parti communiste, volonté de passer du bon côté de la barrière - voire à l'étranger, fût-il dans le camp communiste (Pologne, entre autres).

 

Le lecteur sera par ailleurs frappé par la misère décrite - l'auteure sait trouver les éléments qui disent la modestie, voire l'indigence, à l'instar d'une robe qu'on prévoit de léguer à sa fille ou du luxe que peut représenter un vélomoteur un peu moins capricieux que le précédent, éventuellement fabriqué à l'étranger. Il y a aussi une manière quasi naturaliste de montrer la nourriture avariée dont il faut se contenter, ou le caractère peu évident de choses telles que l'eau courante.

 

Certains éléments pourraient prêter à sourire - mais le sourire reste retenu, dans le meilleur des cas, tant l'auteure, et la traductrice dans la foulée, adopte un ton neutre et grave. C'est frappant aussi dans l'épisode où Tiêp, lourdement chargée de bagages, doit emprunter les transports publics et subit toutes sortes de vicissitudes administratives. Là où un auteur russe eût fait assaut d'ironie et d'outrance, "Une modeste famille" témoigne de ce qui se passe, sans exagération, d'une manière presque impassible: entraide entre voyageurs, attitude pas du tout coopérative du personnel d'Etat, absurdité des péripéties qui se succèdent, etc. Dans le même ordre d'idées, il convient aussi de relever la description détaillée du vécu d'une société officielle d'écrivains et de ses coulisses: intrigues et jeux de pouvoir, caisses noires, etc.: cela n'a rien d'une aimable amicale!

 

L'impression que laisse "Une bien modeste famille" est celle d'un témoignage romanesque dense qui, à travers un personnage emblématique - celui de Tiêp - dépeint de façon emblématique, à travers un faisceau de personnages qui gravitent autour de Tiêp et en scènes successives exposées dans une chronologie un brin aléatoire qui peut dérouter, la situation du citoyen vietnamien en général et de la femme vietnamienne en particulier, au cours du dernier tiers du vingtième siècle. "Une bien modeste famille" se caractérise par une densité à laquelle il faut s'habituer, et qui s'accompagne de lenteur; mais celle-ci, synonyme de sobriété, est aussi une richesse.

 

Confiée à Charlotte Dang, la traduction a été exécutée avec sérieux. Quelques éléments du processus sont exposés en postface à ce roman. Il est intéressant de découvrir avec elle quelques astuces techniques mises en lumière, telles que la restitution des proverbes ou de certains traits oraux. Il est à noter qu'en la matière, la traduction renvoie l'impression d'un ouvrage travaillé, sérieux et très écrit. Ainsi en saura-t-on plus, enfin, sur l'usage de la "note du traducteur" et de sa pertinence.

 

Da Ngân, Une bien modeste famille, Paris, Intervalles, 2014, traduction de Charlotte Dang.

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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin.

 

Strasbourg, perle du Rhin

 

La grande plaine, au loin, s'élance en liberté.
A l'horizon brumeux, coloré de mystère,
On devine, à la fois réconfortante, austère,
La cathédrale en grès veillant avec fierté.


Elle se dresse, là, ceinte de dignité,
Aux confins des états, sur cette noble terre
Témoin d'âpres combats. Superbe et solitaire,
Elle invite l'Europe à la fidélité.


Son message de paix monte comme un cantique
Rassemblant tout un monde autour d'un rêve antique.
Seras-tu la promise au rôle souverain?


De Rome à Rotterdam, de Grenade à Venise,
Des bords de la Garonne à ceux de la Tamise,
Seras-tu la plus belle, ô toi, perle du Rhin?

 

Pierre Paquerlier (1966- ), cité par http://www.poete.ch

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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20 septembre 2014 6 20 /09 /septembre /2014 21:22

hebergement d'imageArgali revient avec un premier roman québécois, "La vie comme une image" de l'écrivaine québécoise Jocelyne Saucier: "Un roman intimiste et feutré, original, à déguster comme une madeleine à l’heure du thé.", dit-elle.

 

Son billet est ici: Jocelyne Saucier, La vie comme une image.

 

Merci pour cette participation!

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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19 septembre 2014 5 19 /09 /septembre /2014 19:14

hebergeur d'imageLu par Charlotte, Jérôme, Leiloona, Stephie, Sylvie Sagnes.

Le blog de Bertrand Guillot, le site de l'éditeur.

Défi Rentrée littéraire 2014.

 

"Sous les couvertures"? C'est le titre du blog de Constance... et c'est aussi celui du dernier opus de l'écrivain Bertrand Guillot, paru pas plus tard qu'hier. Gageons que ce roman "bonne mine", quatrième ouvrage de l'auteur, deviendra rapidement le chouchou des lecteurs et blogolectuers!

 

En effet, l'auteur aborde un thème cher: celui du livre. D'emblée, le lecteur se sentira flatté dans son "vice impuni" qu'est la lecture. Et puis, tout se passe autour d'une de ces librairies de quartier indépendantes qu'on a envie de dénicher au détour d'une promenade en ville. Deux histoires s'y déroulent dans un parallélisme pétri de jeux d'échos: celle du libraire et de son entourage, parfaitement pragmatique et réaliste, et celle des livres, absolument délirante et épique.

 

Une joie communicative avec les livres...

Evoquant les livres de la librairie, en effet, l'auteur revisite les figures imposées de l'épopée, avec énormément d'esprit. Le début ne manque pas de bons sentiments, et laisse craindre une certaine mièvrerie: c'est l'histoire des livres invendus, à la veille de partir au pilon, qui décident de s'approprier la table des best-sellers afin de se donner une seconde chance de trouver un lecteur.

 

Puis l'épopée s'installe: les livres ont un surnom qui les caractérise et permet de s'y retrouver. Il y a des traîtres, des envolées lyriques, des otages, et surtout de belles batailles rangées, assorties de stratégies. Tous ces personnages, ce sont des livres - qui, et c'est particulier, savent voler et se déplacer tout seuls comme des grands.

 

Ce versant de "Sous les couvertures" s'avère drôle, aussi parce que l'auteur sait jouer avec les mots à l'occasion - on sent pointer une joie d'écrire communicative. Et quelques débats s'installent, sur le sens de la littérature ou l'opposition un peu vaine entre bons livres et livres qui se vendent.

 

... et de la gravité avec les humains

La vie des humains, celle qui est réaliste et s'inscrit en contrepoint, paraît du coup fort grave. L'auteur y expose plusieurs acteurs de la chaîne du livre, libraire, auteurs, diffuseurs, éditeurs, etc. Le libraire est âgé, mais on s'y attache, de même qu'à sa librairie...

 

... ces pages sont pour l'auteur l'occasion de faire passer quelques messages sur l'avenir du livre: papier ou électronique (en contrepoint à la liseuse qui traîne dans la librairie)? Dédicaces ou pas? Un brin de folie au salon du livre? La disparition de la librairie de quartier paraît programmée tout au long du livre, face aux assauts d'acteurs plus puissants mais présentés comme inhumains. Enfin, quelques procédés peu loyaux dans le secteur du livre sont démasqués: nous ne sommes pas (toujours) chez les Bisounours!

 

S'ils sont nimbés de nostalgie pour un monde livresque qui pourrait disparaître, les messages de l'auteur sont toujours pleins d'espoir. La possibilité d'un passage de témoin entre le vieux libraire et son employée, image générationnelle, en est l'illustration la plus patente.

 

On sort de "Sous les couvertures" de bonne humeur, donc, avec l'impression d'avoir passé un agréable moment en compagnie des livres, gentiment raillés par l'auteur, et d'une série de personnages charmeurs, jamais franchement méchants. Un plaisir à ne pas bouder, d'autant moins que le tout, franchement se dévore à pleines dents.

 

Bertrand Guillot, Sous les couvertures, Paris, Rue Fromentin, 2014.

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17 septembre 2014 3 17 /09 /septembre /2014 20:58

hebergeur d'imageEt de trois! L'humoriste suisse Marc Boivin, connu comme figure des "Dicodeurs" sur la première chaîne de radio suisse romande, a livré il y a quelques mois sa troisième et dernière série de listes. Celle-ci trouve place, comme les deux précédentes, dans un petit livre paru aux éditions Faim de Siècle et Cousu Mouche. Son titre? "Queue de listes & amusants petits quiz".

 

L'auteur offre une troisième série de listes qui, se réclamant de l'auteur chinois Li Yi-chan, n'ont rien à envier aux deux premières. Il y a de l'humour, corrosif, astucieux, ludique ou raffiné dans chacune des listes proposées au lecteur. Celles-ci sont construites sur un schéma bien rodé: un principe sert de titre à la liste, et l'auteur énumère quelques exemples - le plus souvent une quinzaine.

 

Les thèmes abordés par les exemples sont divers, mais on repère vite quelques constantes plus fécondes que d'autres: les travers des adolescents, l'adultère, les ronflements du conjoint ou de la conjointe, voire les animaux. Certaines listes semblent être nées au fil de la plume, d'autres sont plus structurées. Les proverbes du chapitre 5 prêtent par exemple à rire du fait de leur contenu, mais aussi de leur formulation qui claque bien: "Amour trois fois par jour, mariage trois fois plus court" ou "A la Saint-Cassette, les amants sous la couette", lit-on par exemple. Comme il se doit, le chapitre 9, "Maladies de saison", est organisé de façon chronologique.

 

L'humour naît du jeu des sonorités ou d'à-peu-près astucieux, on l'a compris; il apparaît parfois sous la forme d'une impossibilité logique ("Chuck Norris, sors de ce corps!" a-t-on envie de se dire une fois ou l'autre) ou d'évidences qui vont mieux en le disant ("95% des Helvètes planquent leur argent en Suisse").

 

Reste que l'apparente légèreté des exemples énumérés dans les listes cache (enfin... pas tant que ça!) une certaine profondeur. A plus d'une reprise, en effet, l'auteur renvoie le lecteur à ses propres habitudes et à ses propres travers. Les résonances ainsi suscitées poussent chacune et chacun à méditer et à réfléchir après avoir souri. Ainsi naît une certaine philosophie du quotidien.

 

Pour conclure cette troisième et dernière salve de listes, l'auteur propose encore quelques quiz thématiques. L'idée n'est certes pas de vérifier que le lecteur a tout retenu de sa lecture. Si elles ne font jamais appel à la culture générale, les réponses aux questions sont toujours inattaquables. Parfois proches de la devinette absurde, elles suggèrent qu'une question apparemment dépourvue de sens en est en fait chargée, pour peu qu'on accepte de changer de point de vue. Par exemple, est-il vrai que le fruit du bouleau tombe le 25 de chaque mois? Selon que vous soyez arboriculteur ou salarié, la réponse sera différente...

 

Marc Boivin, Queue de listes, Fribourg/Genève, Faim de Siècle/Cousu Mouche, 2014.

 

Les deux premiers opus, commentés par votre serviteur:

- Marc Boivin, Liste de listes

- Marc Boivin, Suite de listes

 

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14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 19:49

hebergeur d'imageLu par Francis Richard.

Défis Premier roman et Rentrée littéraire.

Le site de l'éditeur.

 

"La face obscure des découvreurs de monde": tel est le sous-titre de "Black Whidah", premier roman du poète suisse Jack Küpfer. Paru aux jeunes éditions Olivier Morattel, cet ouvrage se présente comme le premier d'une série d'ores et déjà intitulée "Les vies d'azur". Tout un programme; mais dans "Black Whidah", c'est plutôt dans ce que l'humanité peut avoir de plus sombre que l'auteur décide d'immerger son lectorat. Pour ce faire, il choisit la forme du roman d'aventures et relate un épisode du triste épisode de l'esclavagisme. Nous sommes en 1808, et tout se passe entre le Brésil et l'Afrique subsaharienne - des terres nommées alors "Nigritie", aux mains des puissances coloniales européennes d'alors.

 

L'aspect sinistre de l'esclavage est bien mis en évidence, par contraste. L'auteur met en scène, en effet, un aventurier nommé Gordon, certes loin d'être parfait, qui se pique d'avoir un soupçon d'honneur et n'a aucun penchant favorable au trafic d'êtres humains. Mais il s'y trouvera pris, malgré lui... En face, au fort de Whidah, les négriers vont développer, l'un après l'autre, les arguments favorables à leur activité: sauver les personnes concernées d'une mort certaine, leur offrir le christianisme sur un plateau... L'auteur excelle à montrer l'horreur quasi émétique de leur brutale mentalité; il se montre également bien renseigné sur les pratiques du "métier". Le dégoût que Gordon ressent n'en paraît que plus compréhensible.

 

Roman d'aventures, ai-je dit: le narrateur, en effet, va voir du pays. Il y a des décors bien rendus, telle la forêt vierge de nuit. Les péripéties sont présentes, bien sûr, et quelques classiques du genre sont bien là - à l'instar des plaies d'argent qui mènent aux extrêmes, de la jeune et jolie Portugaise dont le narrateur va tomber amoureux ou de la tempête en mer. Scènes d'émotion, aussi, autour de telle fillette retrouvée dans la jungle et qui va devoir partir vers l'Amérique à bord du bateau des négriers. Comme future esclave, bien sûr. Par moments, toutefois, le lecteur regrettera la lenteur de la narration, due à l'intégration de passages où le narrateur parle de lui - et pense à lui. C'est que par moments, le roman d'aventures cède au ton de la confession.

 

"Black Whidah" est un roman d'ambiances aussi, et celles-ci sont fortes. Les discours des négriers suggèrent un vaste débat sur les superstitions africaines, qui ont fini par les contaminer. De la part de l'auteur, il est aisé de jouer sur les illusions nées de ces croyances: joueurs de tam-tam qu'on ne voit jamais, esprits, zombies, bruits effrayants, etc. Certains épisodes se passent de nuit, ce qui ajoute au mystère et rapproche ce roman du genre fantastique.

 

"Black Whidah" est porté par une écriture qui reproduit de manière crédible la langue française du temps du narrateur. Précieuse, elle va jusqu'à faire un usage régulier du subjonctif imparfait et se fait constamment lyrique ou poétique. Ce qui n'interdit pas l'ironie à l'occasion, soulignant ainsi le détachement de l'auteur face aux propos des négriers qu'il met en scène. Il n'en faut pas moins pour créer un roman bien captivant, fluide, et qui donne à réfléchir sur un sujet difficile, encore actuel aujourd'hui, et peu fréquemment évoqué.

 

Jack Küpfer, Black Whidah, La Chaux-de-Fonds, Morattel, 2014.

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14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin.

 

Le promoteur

 

Je n'ai pas d'aventure triste à raconter

                                                       sur le coeur des villes

je ne dépassais jamais les banlieues

 

là où les rues deviennent routes

la campagne décorée s'y réfugie dans des cafés à platanes

- ici Monsieur il y a dix ans des vaches paissaient

aujourd'hui le mètre vaut deux cents francs -

une fois un promoteur s'est assis à ma table

il lorgnait mes vêtements fatigués

                                                     mais de bonne coupe

 

et ma montre suisse

il a sorti des plans

il a parlé chiffres

j'ai changé de table

d'anciens paysans qui buvaient leurs terres

                                                                m'ont invité

j'ai bu jusqu'au matin

quand je suis sorti je ne reconnaissais plus rien

en une nuit tout avait poussé

                                           comme des champignons

en face il y avait un attroupement

on m'a demandé mes papiers

j'ai écarté les gens pour voir

on avait assassiné le promoteur

 

Michel Viala (1933- ), Poésie choisie, Orbe, Campiche/CamPoche, 2009.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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13 septembre 2014 6 13 /09 /septembre /2014 18:51

Boulanger Frontalières photo BoulangerFrontalieres_zps2e2603a6.jpgLu par Francis Richard, Jean-Michel Olivier.

 

Il n'est guère besoin de présenter Mousse Boulanger, poétesse, écrivaine et comédienne bien présente depuis toujours (ou presque) sur la scène littéraire suisse romande. A titre personnel, je garde deux souvenirs d'elle. Lorsque j'étais à l'école secondaire, j'ai eu la chance d'assister à une animation théâtrale qu'elle a donnée. Et beaucoup plus tard, en 2012, elle m'a fait l'honneur de lire en public - et, ce faisant, de magnifier ô combien! - ma nouvelle "Cou lisse", troisième prix d'un concours organisé par l'Association vaudoise des écrivains. Dès lors, il était grand temps que je découvre ce qu'elle a écrit - et son court roman "Les frontalières" m'en a donné l'occasion ces derniers jours - avec la complicité de Christiane Bonder pour les dessins du livre.

 

On l'a compris, Mousse Boulanger, c'est une voix autant qu'une écrivaine - voire plus. Dans "Les frontalières", elle se glisse avec succès dans la peau d'une fillette dont l'enfance s'achève peu à peu. La parole donnée à cette fille est d'un grand naturel: on croirait l'entendre parler. Sans lourdeur, elle dessine la relation fille-mère, observée du point de vue de la fille. C'est avec tout autant de naturel que des mots typiquement suisses, voire jurassiens, parfois rares (qui sont les cavolants?), s'intègrent au discours de la fillette. La recréation s'avère crédible et aisée.

 

"Les frontalières": le titre lui-même est tout un programme, à l'heure où la libre circulation des personnes d'un pays à l'autre de l'Union européenne - et de quelques pays partenaires - est devenue la règle. Force est de constater que les personnages du roman de Mousse Boulanger n'ont pas attendu l'intégration européenne pour vivre à leur manière la liberté de franchir les frontières - en l'espèce celle qui sépare le Jura suisse et le Jura français. Ainsi se rend-on à Delle à bicyclette pour acheter un chapeau ou se faire une permanente... Naturellement, les douaniers veillent; mais quelques subterfuges tout simples suffisent à les faire regarder ailleurs: la traque du tourisme d'achats ne paraît pas être leur priorité.

 

C'est que ce roman, on l'apprend vite, se déroule en 1938. Le point de vue est celui d'une famille suisse. Dès lors, il y a certes la vente d'une ferme par des Suisses installés en France et qui, sentant venir le vent, souhaitent revenir au pays. Pour le reste, cependant, la lecture laisse l'impression d'une Suisse préservée, où les bruits de bottes arrivent par le biais de la radio ou de la presse - protestante ou catholique, c'est selon - et où l'on se soucie, c'est une chance, d'aller cueillir des framboises ou d'acheter de nouvelles chaussures. Le seul problème étant leur prix, même du côté français de la frontière... mais il n'est jamais insurmontable. L'impression est encore renforcée par la proximité de la nature et du monde rural, lieu de vie des personnages.

 

Par-delà la description d'une vie demeurée proche des bonheurs simples, l'essentiel est, au fil des pages, la complicité entre une mère présentée comme fantasque dans le prière d'insérer (mais j'ai plutôt eu l'impression qu'elle savait très bien ce qu'elle faisait) et une fille qu'on appelle, pour la première fois, "Mademoiselle" - signe qu'elle grandit. Et là, ce n'est pas le moindre mérite de l'auteure que d'avoir saisi, par quelques observations, l'imminence du point de bascule de l'enfance vers l'adolescence, voire vers l'âge adulte.

 

Mousse Boulanger, Les frontalières, Lausanne, L'Age d'Homme, 2013

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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 20:04

hebergeur imageDéfis Thrillers et polars et Rentrée littéraire 2014.

Le site de l'auteur.

 

C'est le livre dont on parle dans la rentrée littéraire romande 2014: avec "L'assassinat de Rudolf Schumacher", Bastien Fournier propose un roman policier qui met en scène l'assassinat d'un homme politique nommé Rudolf Schumacher. Comme son petit livre a tout d'un roman à clés, forcément, il fait jaser. Et pour qui suit l'oeuvre de son auteur, force est de constater qu'il a quitté, l'espace d'un opus, son écriture exigeante et poétique (on pense au Cri de Riehmers Hofgarten, à Pholoé ou à La Fugue) afin d'aborder d'autres rivages littéraires, plus factuels, proches de l'action.

 

Les personnages derrière les personnages

challenge rl jeunesse

Roman à clés, ai-je dit. On a beaucoup dit que Rudolf Schumacher est l'avatar littéraire d'un certain Oskar Freysinger, personnalité politique suisse de droite dure (UDC, pour Union démocratique du centre) bien connue en Suisse romande, voire au-delà. L'auteur sait trouver les éléments frappants de cette figure pour la caricaturer avec vigueur: le personnage a un catogan, il a des ambitions littéraires, il a fait ses premières armes en politique au sein d'un parti suisse conservateur et traditionnellement confessionnel.

 

On bascule dans la caricature, par exemple, lorsque l'auteur suggère que son personnage a publié ses oeuvres littéraires à compte d'auteur: est-ce vraiment le cas? Oskar Freysinger est-il par ailleurs le seul modèle ayant servi à construire Rudolf Schumacher? Certains éléments donnent à penser que Christoph Blocher, autre figure politique suisse de droite dure, a également contribué au personnage. Sans parler du machisme supposé du bonhomme, étranger peut-être à la seule figure du modèle d'Oskar Freysinger: lorsqu'on parle de fricoter avec une secrétaire, on pense plutôt à un autre politicien devenu personnage de roman: Dominique Strauss-Kahn.

 

hebergeur image

Ceci est passé plus inaperçu: l'auteur s'amuse, à notre avis, à caricaturer une autre forte tête de l'UDC valaisanne, juvénile cette fois: Grégory Logean. Comment ne pas penser à lui lorsque l'on voit évoluer le personnage de Thomas Laurent, si fier de lui lorsqu'il porte une cravate rouge à croix blanche? La proximité phonétique des noms de famille achève de mettre le lecteur sur la piste.

 

Comme de bien entendu, tout commence par la rituelle phrase: "Toute ressemblance etc."; l'auteur entretient donc le doute d'emblée.

 

Un polar... ou autre chose?

Il est indéniable que plus d'un Suisse aurait envie d'être à la place de l'assassin de Rudolf Schumacher - dont l'auteur dessine parfaitement, jusqu'à l'excès, le côté clivant. Son adresse d'écrivain va jusqu'à suggérer deux coupables, l'officiel et le véritable: le Valais, théâtre de l'action (jamais nommé mais toujours deviné, un peu comme dans l'excellent "On dirait toi" de Sonia Baechler), a ses lois, pas toujours soucieuses de la vérité, résultant d'un certain recul face au monde.

 

Cela dit, l'intrigue policière, telle qu'elle est présentée, laissera les aficionados du genre sur leur faim: un peu d'enquête menée sans détermination, un inspecteur rapidement mis sur la touche, des chapitres brefs et courts en bouche... la police fait figure d'absente dans ce roman. La police? Certes. Mais pas Armand Fauchère.

 

C'est que ce personnage d'inspecteur a une faille: c'est un veuf inconsolable. A travers l'appât de la figure populaire de "Freysinger-dit-Schumacher", c'est cette faille que l'auteur veut faire explorer au lecteur. L'approche est simple et solide, mais elle a sa finesse. Dès le chapitre 2, on voit le policier fréquenter mollement une certaine Victoire - victoire qu'il n'aura jamais, comme si face à la mort, il n'était aucune victoire d'accessible. Plus loin, tous les symptômes du processus de deuil apparaissent: l'inspecteur croit reconnaître l'être aimé et défunt, il pense à la défunte à tout bout de champ, se souvient avec des sentiments mêlés de la seule fois où il l'a trompée - avec une collègue. Et puis, le ménage du veuf va à vau-l'eau: au fond, le lecteur peut être amené à se demander si Armand Fauchère, pourtant un bon professionnel de la police, n'a pas perdu le goût de vivre - ce qui amoindrit ses qualités de policier.

 

L'auteur aurait certes pu aller plus loin encore dans l'analyse de ce deuil, le travailler plus en profondeur. Mais ce qu'il en montre suffit à dire que le véritable intérêt de "L'assassinat de Rudolf Schumacher" réside ailleurs que dans l'intrigue policière. Ce roman offre certes une belle galerie de portraits, des extrémistes de gauche au rabais façon bande à Baader aux femmes qui entourent le fameux Schumacher (y compris son épouse, Wanda, qui pour le coup a marié un fameux poisson... et a d'irrésistibles appas); mais c'est en définitive Armand Fauchère qui, parce qu'il porte une fêlure, demeure le plus attachant et le plus mémorable d'entre eux.

 

Bastien Fournier, L'assassinat de Rudolf Schumacher, Vevey, L'Aire, 2014.

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