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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 21:29

hebergeur imageDéfi des Mille, c'est parti chez Bouquineuse et George Sand! La Bouquineuse commente la "Trilogie berlinoise" de Philip Kerr (ici); George a lu "Le Grimoire au Rubis" de Béatrice Bottet: Le Secret des hiboux, Le Sortilègue du chat et Le Chant des loups. Il paraît que cette série continue avec un deuxième cycle...

 

Avis aux amateurs: le Défi des Mille se poursuit jusqu'à la fin 2012! Les règles sont ici.

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi des Mille
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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 22:48

hebergeur imageLa saison des fêtes se prête volontiers à la consommation d'agréables vins qui réchauffent le coeur, venus des quatre coins du monde viti-vinicole. C'est fort de cette idée que j'ai dégusté dernièrement un Primitivo di Manduria DOC Giordano "Collection" 2009, créé par un viticulteur nommé Gianfranco Repellino - qui se positionne comme auteur de ce vin. Peut-il en être fier? Force est, en tout cas, de constater qu'il m'a touché. Et ce, pas seulement au moyen de l'élégance de la bouteille et de l'étiquette, même si celle-ci est indéniable.

 

Les premières gorgées révèlent avant tout des goûts de fruits, avant que ne se dévoilent, à mesure que la bouteille se vide (ce qui prend un certain temps), un net arôme de chocolat noir, long en bouche, avec des notes poivrées. Au bouquet, tout se passe fortissimo, tout est pressant et sollicite pleinement les narines.

 

Et puis, d'emblée, s'impose une impression de chaleur agréable, qui peut confiner au brûlant, en particulier au bouquet. Flatteur, ce vin est chaud, chaleureux à la manière d'un whisky - et il suffit de fermer les yeux pour, le verre à la main, se sentir comme assis auprès d'un feu de bois. Costaud avec ses 14,5% d'alcool, ce vin en provenance directe des Pouilles m'a laissé l'impression agréable et rassurante d'être un bon compagnon hivernal.

 

Le site du producteur: http://www.giordano-vini.com.

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Plaisirs de bouche
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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 22:59

hebergeur image... et grave comme un écrivain, qui sait habiller sa prose de fantaisie débordante pour faire passer, dans un éclat de notes échevelées, les messages les plus profonds. Une entrée en matière alambiquée pour un billet de blog? C'est que "Zanzaro Circus - Windows du passé surgies de l'oubli", le dernier roman de Jack-Alain Léger, publié aux éditions L'Editeur (que je remercie pour l'envoi d'un exemplaire!), a tant de facettes et se pare de tant de couleurs qu'il n'est pas évident de le saisir.

 

En italien, "Zanzaro" suggère le nom qui signifie "moustique". Un insecte qui virevolte et qui énerve... deux éléments communs avec la prose de l'auteur, tourbillonnante, peut-être agaçante par instants dans sa volonté permanente de glisser d'un sujet à l'autre, comme on le fait lorsqu'on soliloque avec animation. Une manière de papillonnage - sauf que le papillon n'émet aucune musique, au contraire du moustique qui vole (et zonzonne)... et de l'auteur de "Zanzaro Circus", qui génère une "petite musique". Tiens, puisqu'on parle de petite musique...

 

... abordons le cadre du roman: c'est justement chez Françoise Sagan que ça démarre, avec plein de beau monde autour de la table - on pense à Jean-Paul Sartre et à Jacques Derrida, venu en Peugeot 403. Sur cette lancée, l'auteur s'embarque dans une peinture caustique d'un certain milieu, qui joue volontiers de ses petits airs supérieurs et qu'il convient donc de houspiller un peu. Certaines personnalités, en particulier celles qui sont encore vivantes, sont masquées par l'auteur, à l'instar de la vieille dame digne de la page 44; d'autres sont citées nommément - on pense à Viva Superstar (qui se trouvait dans le sillage d'Andy Warhol) ou à Liz Taylor. 

 

Le monde littéraire est évoqué, en termes d'hommage ou de critique acerbe: on pense à l'évocation laudative du personnage de Christian Bourgois, mais aussi à l'éditrice (grosse, forcément - en écho au physique replet du narrateur jeune, moqué par ses condisciples à l'école?) de chez Grasset, rudement prise à partie. Le monde de la musique est aussi abordé - et pas seulement celui de la petite musique de Sagan: également auteur-compositeur-interprète, le narrateur (qui semble n'être autre que le narrateur qui se met en scène, quitte à s'affubler d'un gros nez rouge pour suggérer qu'il est un autre) a été victime d'un coup bas de sa propre maison de disques.

 

Ce versant musical de l'auteur suggère la petite musique de son récit. Celle-ci revêt les atours de la grande musique, et même de l'opéra - bouffe, forcément: on y trouve des récitatifs, des airs, des duos, une rhapsodie, des ensembles, une coda. Pas d'ouverture, cependant: un peu comme dans certains opéras de Verdi ou Puccini, on entre dans l'action sans préambule. Reste qu'il arrive parfois qu'on reste scotché longtemps sur un élément. Cela rappelle certains airs d'opéra ou de cantate où l'on répète le même distique pendant plusieurs minutes, sur tous les tons.

 

Et ces tons, chez l'auteur, sont multiples. Car cet ouvrage aux allures touffues n'a rien d'une cacophonie. Sa musicalité est au contraire sa raison d'être; elle se fonde sur des assonances faciles ou recherchées, sur des rimes nichées dans la prose, sur les rapprochements d'idées et les associations libres, voire sur la répétition de membres de phrases à plusieurs dizaines de pages d'intervalle - une manière de créer un écho intérieur. Cela, sans oublier un vaste collage de citations d'auteurs faisant partie du patrimoine littéraire universel, réunis pour démontrer à quel point la grande littérature appartient à tout le monde.

 

Cette musique révèle aussi, mine de rien, des épisodes d'enfance pas forcément drôles vécus par le narrateur - preuves de courage à l'école, souvenirs d'amis d'enfance maltraités, névroses familiales. Cela donne à penser à la présence d'un pacte autobiographique proposé par l'auteur; mais celui-ci préfère rappeler expressément que "Zanzaro Circus" est un roman - roman de la propre vie de l'auteur, sans doute, travesti en clown pour mieux se raconter, avec un généreux supplément de folie. L'auteur et l'éditeur signalent d'ailleurs en choeur à ceux qui auront aimé "Zanzaro Circus" que ce livre est le premier d'une série qui en comptera six autres, aux titres énigmatiques... Avis aux amateurs de petite et de grande musique!

 

Jack-Alain Léger, Zanzaro Circus, Paris, L'Editeur, 2012.

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 20:42

hebergeur imagehebergeur imageC'est en discutant avec Sharon, qui tient un blog de lectures que je vous recommande, que l'idée est venue d'une lecture commune avec "Les Frères Karamazov", dernier roman de Fiodor Mikhailovitch Dostoïevski. Il s'agit certes d'une bonne grosse pièce, mon édition (traduction de Marc Chapiro, éditions Rencontre) dépassant les 1200 pages; mais c'est aussi l'occasion de découvrir ou de redécouvrir un classique qui fait, peut-être, un peu peur. Toute lectrice, tout lecteur de bonne volonté est invité à se joindre à nous; l'échéance a été fixée au 31 août. Cela laisse un peu de temps...

 

En tout cas, bonnes lectures!

 

Illustration: la page 1 du livre... Source: Wikipedia

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi des Mille
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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 22:22

hebergeur imageLu par Des mots venus de loin, Gangoueus, Cécile (merci pour le prêt!) 

 

Un oxymore dans le titre: force est de constater qu'avec "Les Anges cannibales", Jean-Claude Derey annonce d'emblée que ça va bouger dans son roman. Et qu'un titre qui choque et interpelle est indispensable pour introduire le très difficile propos que l'auteur se propose d'aborder. Dès le début, le lecteur de ce roman va être happé par le ton viril et pugnace du propos, indispensable à la narration de la longue guerre civile survenue en Sierra Leone (1991-2002) autour d'un enjeu des plus lucratifs: le diamant.

 

Un personnage qui recherche sa place

Yondo est le personnage principal de ce roman - principal en ce sens que le lecteur va voir l'histoire à travers ses yeux, à travers son "je". Il s'agit du rejeton d'un journaliste engagé - donc du fils d'une classe considérée comme aisée, ayant accès au savoir. L'auteur le démontre par certains éléments parlants: Yondo se balade en tout temps avec un exemplaire du roman "Au coeur des ténèbres" de Joseph Conrad, il s'improvise enseignant auprès de l'un de ses confrères soldats, et il est empreint de culture française parce qu'il est un fidèle du Centre culturel français. Cela, sans compter que Yondo est romancier, comme plein de Français. Ce qui le place quelque part entre la culture locale et la culture occidentale, et lui donne un profil d'intello peu aimable pour ses compatriotes, souvent analphabètes... sans pour autant lui offrir une place suffisamment privilégiée du côté des occidentaux présents en Sierra Leone.

 

Résultat: apprenti privé de la destinée d'un lettré dans son pays, trop instruit pour complaire à une armée d'enfants auxquels la kalashnikov et la drogue servent d'abécédaire, il n'est à sa place nulle part. La vie ne lui a pas laissé le temps de trouver la sienne par une voie académique. Enrôlé dans l'armée d'enfants soldats du RUF, il suit globalement une filière "facile" d'intégration à la faction, sans épreuves homicides, qui crée des jalousies - cela, parce que le grand chef, Mosquito, a repéré ses capacités intellectuelles. Ce qui lui vaut la jalousie de ses collègues qui ont, eux, dû passer par des épreuves terribles, pas forcément souhaitées et délétères pour eux-mêmes - ils en sont conscients. 

 

Pas à sa place à l'armée, délogé d'une vie tranquille, Yondo n'a plus qu'une solution, creuser son trou tout seul. Dès lors, son départ à la course, en fin de roman, peut être interprété sans peine comme lla métaphore d'un premier pas vers une recherche de soi, outrageusement libre, enfin autorisée par l'armistice: "J'ai couru à perdre haleine, en riant, en pleurant, bien décidé à ne plus me laisser rattraper par le diable qui sait si bien se déguiser, couru, oui, à en crever, à m'user les pieds, avec cette idée fixe, ne jamais m'arrêter avant d'atteindre la muraille de Chine..." (p. 255).

 

Une guerre inhumaine

C'est que l'auteur n'a pas son pareil pour montrer le côté inhumain de la guerre civile qui frappe la Sierra Leone pendant plus de dix ans. Il sait étonner le lecteur francophone, le secouer dans ses certitudes bien tranquilles en développant des péripéties d'une rare violence: enfants qui tuent leurs parents pour sauver leur peau, femmes violées, jeunesse droguée et inconsciente, grossièrement manipulée, rien n'est épargné. La noirceur de l'âme humaine culmine peut-être au moment où les personnes que le journaliste a prises sous sa protection s'emparent sans façon de son logis, après sa mort - à la manière de rapaces, avides de vin de Bordeaux et de robes chics.

 

L'horreur tourne parfois au procédé, et c'est une limite de ce roman: le lecteur sent venir, dans l'épisode qui relate la rencontre du narrateur et de son alter ego avec une femme enceinte, le tragique épilogue, mortel pour ladite femme. C'est qu'à force de tuer tout espoir, l'auteur devient parfois un peu prévisible... même si le lecteur est prêt à croire que tout est possible dans le cadre d'une guerre civile, y compris et surtout le pire.

 

Reste que ce pire, et le lecteur en est conscient, réside dans la mise en scène d'enfants soldats, armés, tuant sans états d'âme, drogués pour avoir plus de courage, mangeant de l'homme quand il le faut - donnant au titre de ce roman, "Les anges cannibales", un sens étrangement concret: chers petits anges qui mangent de la chair humaine...

 

Une vision hostile du Blanc

Et puis, l'auteur profite de son personnage principal, un Sierra-Leonais bon teint, "noir du sol au plafond", pour construire un point de vue peu flatteur sur les Blancs qui osent se pointer en Sierra Leone. Ce point de vue est plutôt hostile... témoin en est le terme de "toubab", systématiquement utilisé ici dans un contexte hostile au Blanc.

 

C'est presque devenu un cliché, et en lisant "Les anges cannibales", je pense à "Déroutes" de Laure Lugon Zugravu: le coopérant occidental blanc est une arsouille. L'auteur n'hésite pas à montrer ici un certain Désiré, coopérant français, certes prompt à spolier la famille de Yondo (en lui empruntant des sous et, plus grave, en engrossant la fille mineure, Félicité...), mais peu empressé dès lors qu'il s'agit de donner un coup de main à un Yondo en perdition. En écho au personnage du coopérant, se trouvent les "libérateurs" (curés, diplomates, fonctionnaires internationaux...) qui arrivent en fin de récit, au moment de l'armistice, à la manière d'une cavalerie qui débarquerait au moment où le combat serait joué pour l'essentiel.

 

Dès lors, le lecteur, héritier de ce fameux "sanglot de l'homme blanc" (pour reprendre le mot de Pascal Bruckner), peut être tenté de prendre position contre les Blancs dans leur ensemble, vus en bloc par Yondo comme un ramassis de richards qui viennent se mêler de les affaires de Sierra-Leonais qui ne leur ont rien demandé. Mais si le lecteur est Blanc, n'est-il pas tenté de se révolter contre une vision aussi outrageusement généralisatrice? Cela, d'autant plus que les locaux sont présentés comme une équipe de va-t'en-guerre impitoyables, prompts à se manger entre eux. L'auteur renvoie dos à dos le Blanc et le Noir, en leur posant deux questions difficiles: au Blanc: "Que fais-tu en Afrique, en tant que colon et qu'ex-colon?"; et au Noir: "A présent que le Blanc est parti et t'a laissé libre, que fais-tu de ta liberté?".


Reste que du point de vue narratif, qui constitue la surface la plus visible du roman, "Les ange cannibales" roule à merveille, sur un style viril et vigoureux qui mise sur des recettes éprouvées: des phrases courtes, une ponctuation omniprésente où le point d'exclamation domine, une saine alternance entre les dialogues qui claquent et les épisodes plus lancinants, écrits en longs paragraphes. Les recettes sont classiques, éprouvées; mais l'ambition de dépeindre des situations extrêmes exige de recourir à quelques procédés également extrêmes. Dès lors, l'auteur propose ici à son lectorat un roman fort, violent, dont le style est en parfait accord avec son rude propos.

 

Jean-Claude Derey, Les anges cannibales, Monaco, Editions du Rocher, 2004.

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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 21:30

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hebergeur imagePetite confidence en préambule de ce billet: l'auteur du livre que je m'apprête à chroniquer a été, durant mes années d'université, mon professeur de russe. Depuis, Michail Maiatsky, auteur russe et suisse, a fait son chemin, enseignant à Fribourg, puis Lausanne, après un détour par Paris où il a écrit un étonnant petit ouvrage intitulé "Europe-les-Bains". Etonnant? Philosophe d'origine russe, l'auteur frappe en effet là où on ne l'attend pas, en défendant, au fil de chroniques caustiques, un projet européen pour le moins audacieux.

 

Quel projet? Transformer l'Europe fatiguée que nous connaissons en un vaste parc balnéo-culturel - la capitale mondiale du tourisme. L'idée séduit, à une époque où l'industrialisation est finie... mais elle peut aussi secouer le lecteur. Cela, d'autant plus que l'auteur prête aux Européens des travers peu glorieux: devenus peu travailleurs, ils préfèrent désormais se consacrer à des activités culturelles et créatrices (écrire des romans, pratiquer l'art en amateur), voire à eux-mêmes - préférant finalement l'oisiveté (au sens latin d'"otium", ou grec de "scholê", qui signifie d'abord "temps libre", puis "temps libéré pour autre chose") à l'activité rémunératrice, mercenaire.

 

Un travers, vraiment? L'auteur suggère que cette position est finalement l'héritage d'une Antiquité où ceux qui le pouvaient s'extrayaient de toute forme de travail rémunérateur ou productif - laissant cela aux esclaves. Or, interroge l'auteur, l'Européen n'a-t-il pas érigé en nouveaux esclaves les travailleurs de pays émergents tels que la Chine? Quitte à leur céder une place prépondérante en matière de production: "Les stratégies peuvent varier, mais ont en commun de dissimuler ce terrible secret: l'Europe occupe désormais une place périphérique dans la production mondiale", affirme l'auteur (p. 8). Cette renonciation à l'activité de production va loin: non sans malice, l'auteur relève que les anciens lieux de production industrielle sont devenus des lieux culturels, tout en conservant un nom qui rappelle leur affectation industrielle première ("La Manufacture", "L'Usine", "Le Bâtiment des Forces Motrices", etc.).

 

L'auteur considère par ailleurs que la société des loisirs qui s'est mise en place a permis l'émergence de l'"aviator mundi", dérivé moderne de l'immémorial "viator mundi", pèlerin du monde - une figure européenne de toujours, ainsi revisitée à l'aune du tourisme. Un tourisme qui ne devrait pas s'appeler ainsi, tant la figure du touriste s'est dévalorisée. Reste que le voyageur se balade toujours à la recherche d'authenticité, et peu importe, dès lors, que celle-ci soit recréée à son seul profit par les populations locales. Surtout qu'il a le temps de flâner...

 

Alors, faire de l'Europe, vieillissante, fatiguée, peu désireuse de se réindustrialiser en somme, et en proie à ses crises successives, un vaste musée où l'on se balade et où l'on s'oublie? Aller jusqu'au bout, faire émerger une civilisation de l'"otium" et inviter le monde entier à venir découvrir les beautés du Vieux Continent, fussent-elles partiellement en carton-pâte? L'auteur invite en tout cas le continent à prendre complètement un virage qui soit en phase avec l'idée qu'il se fait de l'identité européenne, formée au creuset de la philosophie et de la culture antiques. Ces éléments marquent une réflexion qui, si elle a été mise sur papier avant les crises successives qui tourneboulent le monde depuis l'été 2008, conserve toute son actualité et invite le lecteur à s'interroger sur sa manière de vivre. Quitte à l'inviter à prendre lui aussi un virage, à prendre du recul...

 

Michail Maiatsky, Europe-les-Bains, Paris, Michalon, 2007. Traduit du russe par Valérie Pozner, en collaboration avec l'auteur.

Lu dans le cadre du défi "Littérature suisse".

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Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais
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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 05:00

hebergeur imageC'est aujourd'hui même que paraît "Le Chapeau de Mitterrand", quatrième roman d'Antoine Laurain (son blog), qui s'était taillé une belle réputation avec le machiavélique "Fume et tue" avant de poursuivre avec "Carrefour des nostalgies". A l'avant-veille de l'élection présidentielle française, l'auteur invite son lectorat à courir après un chapeau... et pas n'importe lequel, puisqu'il s'agit de celui de François Mitterrand, président de la République française de 1981 à 1995- utilisées en toile de fond de ce nouveau roman aux allures fantastiques.

 

Il doit y avoir une certaine jouissance, pour un auteur, à dépeindre une époque qui n'est pas empoisonnée par une technologie qui rend la tâche trop facile aux personnages. Il n'y aura donc pas de téléphones portables là-dedans, ni de recherches par ordinateur puisqu'en ce temps-là, les Français profitaient du Minitel. L'auteur exploite pleinement les éléments qui ont fait le charme de ces années pour ceux qui les ont vécues à fond: on voit passer Roland Dumas et les ombres d'Yves Mourousi et de Helmut Kohl, on écoute The Final Countdown du groupe Europe, on fume dans les restaurants, Basquiat était encore un artiste relativement abordable pour les collectionneurs, on se souvient de la mode d'alors - Mylène Farmer est même présentée comme "une nouvelle chanteuse"... (p. 49). Et là au milieu, voyage le chapeau Arnys que François Mitterrand a oublié dans une brasserie parisienne qu'on devine très chic et dont un client, Daniel (tiens, presque comme la femme du président) s'empare.

 

Jusqu'au milieu du roman, le voyage du chapeau est linéaire. A ce titre, il constitue une longue exposition mettant en scène plusieurs personnages, dépositaires tour à tour du précieux couvre-chef. Etrangement, la vie de ceux qui le portent va changer radicalement... en mieux. C'est là qu'intervient l'élément fantastique qui confère le piment nécessaire au récit, en faisant planer le doute sur la question suivante: ce chapeau est-il doté de pouvoirs magiques? Ou doit-on constater, simplement, que le port d'un chapeau donne à celui qui le porte une aura supplémentaire qui impressionne son entourage et dont il peut jouer pour avancer ses pions, sans qu'il y ait quelque intervention surnaturelle? La question est ouverte, et le récit ne tranchera pas. Au contraire: l'auteur conclut son roman sur l'une des phrases qu'on dit les plus mystérieuses de François Mitterrand, prononcée lors de ses derniers voeux de début d'année aux Français...

 

L'exposition est longue et linéaire, je l'ai dit. A la moitié du roman, cependant, la démarche change: après être passé de main en main, le chapeau se perd, refait surface, voyage loin de Paris, et ses détours vont progressivement passionner le lecteur. Du point de vue de la technique romanesque, ce virage intervient lors de la narration d'un deuxième passage en brasserie par une famille, conçu comme un miroir fidèle de la première visite. Il est souligné par le choix soudain d'une narration épistolaire, qui brise le rythme et induit, enfin, des contacts entre des personnages que, jusque-là, rien ne rapprochait - ni le statut social, ni le sexe, ni les lieux fréquentés, ni les habitudes - et qui, en s'écrivant, révèlent d'autres aspects d'eux-mêmes. Un peu comme si, après avoir été longtemps parallèles, les destinées s'enchevêtraient et se brouillaient autour du chapeau, pour le plus grand bonheur du lecteur.

 

Et comme le mystère est indissociable de l'impénétrable personnalité de François Mitterrand (souvent présenté en compagnie de silhouettes mystérieuses - est-ce par exemple avec Mazarine Pingeot qu'il visite Venise?), c'est sur une finale à double fond, résumant l'épopée du feutre en un pistage qui a tout du roman d'espionnage, que l'auteur conclut. Cela, non sans rappeler la vente aux enchères qui vit partir le fameux couvre-chef, vendu chez Drouot le 29 janvier 2008. Est-ce celui-ci que le Parti Socialiste a acheté ce jour-là? Va-t-il, tel un talisman, faire gagner le Parti à la rose le 6 mai 2012? Recréant une époque que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître (comme qui dirait), l'auteur parvient, par ce raccourci historique, à donner à "Le Chapeau de Mitterrand" une épatante actualité. Chapeau Antoine!

 

Antoine Laurain, Le Chapeau de Mitterrand, Paris, Flammarion, 2012.

Merci beaucoup à Antoine Laurain pour l'envoi!

 

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 20:56

hebergeur imageDes nouvelles du Défi Littérature suisse: d'une part, j'ai commis un logo! Un peu rudimentaire, j'en conviens, mais je suis fort mal équipé pour tout ce qui touche au dessin. Enfin, je vous laisse juges...!

 

Et puis, à la suite de quelques demandes, voici quelques noms d'auteurs suisses. Certains se trouvent facilement en librairie, d'autres nécessitent quelques recherches supplémentaires... allons-y! La liste n'est certes pas complète; vous saurez peut-être l'allonger; et j'espère que les auteurs que j'aurais pu oublier ne m'en voudront pas...

 

Les classiques et les primés:

Tout le monde connaît Jacques Chessex, auteur prolifique s'il en est: on en parle régulièrement dans la blogosphère du livre (Yoshi lui a consacré un défi). Il faudrait pour ma part que je lise un jour "L'Ogre", qui se passe dans la ville où j'habite. Parmi les classiques, citons aussi Albert Cohen (naturalisé suisse en 1919), auteur de "Belle du Seigneur", recevable aussi pour le Défi des Mille si l'édition est assez longue. Plus ancien, il y a Jean-Jacques Rousseau, Genevois bon teint, ou Charles-Ferdinand Ramuz, dont le nom a été prononcé pour un éventuel Prix Nobel. En parlant de Prix Nobel, deux Suisses l'ont obtenu: Carl Spitteler, un peu oublié, et Hermann Hesse, qui est bien resté dans les mémoires... Autres auteurs primés, enfin: André Klopmann, seul Suisse à avoir décroché le prix du Quai des Orfèvres pour "Crève, l'écran" (2002), Jean-Michel Olivier, blogueur, auteur de "La Vie mécène" et prix Interallié 2010 pour "L'Amour nègre", et Corinne Desarzens, distinguée par l'Académie française.

 

Honneur aux dames...:

La première femme écrivain de Suisse à laquelle on pense est sans doute Anne Cuneo, auteur de plusieurs romans historiques. Bon nombre d'entre eux (je pense au "Maître de Garamond" ou au "Trajet d'une rivière") ont paru dans des collections de poche françaises de large diffusion. J'ai par ailleurs beaucoup aimé mes lectures de Monique Saint-Hélier, dont l'écriture est extrêmement poétique. Je souhaite également citer ici Catherine Gaillard Sarron, auteur de "Un fauteuil pour trois" et nouvelliste qui monte, et Annik Mahaim... A noter enfin que Noëlle Revaz, qui publie chez Gallimard, est suisse aussi.

 

Littératures non francophones:

Certains auteurs suisses de langue allemande ont été traduits. Le plus célèbre des auteurs vivants alémaniques est sans doute Martin Suter, auteur de best-sellers tels que "La face cachée de la Lune" ou "Small World", qui offrent un regard distancé, voire ironique, sur la bonne société zurichoise. Côté classiques, je cite encore Max Frisch et le dramaturge Friedrich Dürrenmatt, qui fait l'objet d'un défi chez Zarline et dont je vous ai donné un avant-goût en décembre dernier. Peter Stamm a également été traduit en français. Les curieux goûteront aussi "Tripes en surgelé" de Claudia Cadruvi, un roman policier traduit du romanche et paru chez Plaisir de Lire.

 

Spécial copinage:

J'ai aussi quelques amis écrivains - à commencer par mon propre éditeur, Laurent Coos, qui s'est spécialisé dans le fantastique et l'épouvante au fil d'une douzaine de romans. Côté fantastique, citons encore Tiffany Schneuwly, dont les romans paraissent chez Mon Petit Editeur, et Jacques Guyonnet, qui écrit sans relâche des récits à la fois érudits et complètement fous. J'invite les curieux à aller voir ce que fait Michaël Perruchoud, écrivain genevois désormais installé à Fribourg, et à prendre connaissance de sa maison d'édition (d'auteurs suisses...). On n'oubliera pas non plus Marie-Christine Buffat, qui a été active dans la blogosphère il y a quelques années et a publié l'an dernier, chez Xenia, "La Toupie", un témoignage sur l'hyperactivité. Je pourrais encore citer Annick Geinoz, Jacqueline Sudan-Trehern, Claude Maier et les membres de la Société fribourgeoise des écrivains, l'humaniste genevois Jon Goetelen, Mélanie Richoz, Barbara Saladin (pour ceux qui lisent en allemand), Isabelle Flükiger (qui blogue et a signé l'automne dernier un savoureux "Best-Seller")...

 

Quelques maisons d'édition:

Editions Bernard Campiche
Editions Zoé

Editions de l'Aire

Cousu Mouche/Faim de siècle

Encre fraîche

Xenia

L'Age d'Homme

Plaisir de lire

L'Hèbe 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Littérature suisse
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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 22:59

nullJ'avoue que lorsque j'ai débouché cette bouteille, j'avais un chouïa d'appréhension: aurait-elle mal tourné, serait-elle madérisée après près de dix ans de cave, pas toujours de tout repos? Craintes infondées: la bouteille de chablis grand cru "Grenouilles" 2003 que j'ai ouverte pour marquer la période des fêtes d'une manière un peu particulière a tenu toutes ses promesses. Et plus encore... en préambule, je remercie donc Philippe Testut, éleveur de ce vin, de me l'avoir fait personnellement découvrir dans sa cave - anciennement nommée "La Tortue nonchalante", ce qui avait un charme surréaliste aujourd'hui perdu pour des raisons de positionnement du vin.

 

A Chablis, les grands crus sont donc les vins les plus puissants, mais aussi ceux qui répondent au cahier des charges le plus strict. Les terroirs des grands crus sont au nombre de sept, concentrés sur une colline située à l'entrée (ou à la sortie, c'est selon) du village, direction Fyé. Un lieu où le raisin se gorge de soleil... et où le promeneur imprudent a mille raisons de transpirer, tout en se baladant dans ce que certains considèrent comme les meilleurs terroirs viticoles du monde pour ce qui est du vin blanc. Et le terroir "Grenouilles" est le plus petit... on peut donc imaginer qu'un grand cru qui vient de là est forcément un vin rare.

 

Neuf ans après l'achat auprès du caviste, les sensations agréables ne se perdent pas; elles se sont au contraire magnifiées. On retrouve donc l'ampleur du bouquet, une ampleur enveloppante, qui laisse nettement transparaître, de manière étonnante, des notes de canneberge. A l'oeil, force est de constater que le vin revêt une teinte qui se trouve quelque part entre la paille et l'or - flatteuse pour un vin blanc.

 

Côté goût, la dégustation révèle, à la puissance mille mais en toute subtilité, ce que le cépage chardonnay peut avoir de meilleur et de typique. La complexité du goût repose sur des arômes d'ananas et d'agrumes, subtilement nourris par un goût de brûlé qui affleure par instants.

 

A la dégustation, un vin aussi vieux s'avère à la fois subtil et enveloppant, à la manière d'une écharpe de soie, de manière aimable et engageante - avec, comme atout, un vieillissement qui a permis à ce vin de gommer tous ses angles et aspérités, sans pour autant perdre quoi que ce soit de sa personnalité.

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Publié par Daniel Fattore - dans Plaisirs de bouche
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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 21:28

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Sauver la France par la culture: tel est, de manière très simplifiée, le postulat de départ du livre "Culture, état d'urgence" d'Olivier Poivre d'Arvor. Directeur de la chaîne de radio France Culture, frère de Patrick Poivre d'Arvor, l'auteur lance, dans ce petit essai sorti aujourd'hui même, quelques idées pour permettre à l'Etat de rendre à la France une certaine place, pour ne pas parler d'une place certaine, au sein du concert des nations. L'idée a pour fondement l'idée d'un "New Deal" à la française.

 

New Deal? Comparaison étonnante, a priori! L'auteur rappelle un élément peu connu: ce programme étatique de relance ambitieux, lancé par Franklin Delano Roosevelt à la suite de la crise de 1929 aux Etats-Unis, comportait un volet culturel de grande envergure, dont les effets se font sentir aujourd'hui encore dans le monde entier. Pourquoi la France n'en ferait-elle pas autant, en mettant le paquet dans ce domaine qui, vu de loin, est encore considéré comme l'un de ses pôles d'excellence? Cela, d'autant plus que dans un contexte globalisé et uniformisé, la France n'aura plus que cette carte à jouer pour affirmer sa différence - et, plus largement, pour rappeler au monde entier qu'elle a quelque chose d'intéressant à lui dire.

 

L'état des lieux élaboré par l'auteur est pessimiste, certes, mais il comporte sa lumière d'espoir. L'auteur pointe du doigt le fait que l'on sait trop peu que la culture sera un élément clé de distinction à l'avenir. On l'ignore tellement que les budgets culturels sont en chute libre - cela, alors que les Français sont l'un des peuples du monde les plus disposés à (s')investir dans des biens et services culturels. Enfin, le politique privilégie, et l'auteur le regrette, un certain passéisme qui donne l'impression que "ça ronronne", sur la base d'un héritage perçu comme immarcescible. Or, la révolution du numérique a, selon l'auteur, largement échappé à la France, au profit de la puissance américaine, qui tient dès lors la main en matière de culture et, plus particulièrement, de véhicules et de supports culturels. Cela, alors que la France a été aux avant-postes en matière de photographie et de cinéma... entre autres révolutions culturelles passées.  

 

L'auteur se montre cependant optimiste parce qu'il a foi dans un peuple français qu'il présente comme avide de culture et créatif depuis toujours. Il rappelle par ailleurs que la France est en tête dans certains domaines, et qu'elle pourra, si elle s'en donne les moyens, s'affirmer à long terme comme une puissance culturelle mondiale de premier plan - à tout le moins. Parmi les forces de la France, l'auteur rappelle aussi la capacité historique de la culture française à intégrer aisément tout ce qui vient d'ailleurs, au profit de sa richesse culturelle. Fustigeant au passage un identitarisme étriqué parce qu'obsédé par une pureté de mauvais aloi, rappelant de manière cinglante le débat sur "l'identité nationale" lancé ces dernières années dans tout l'Hexagone, il considère que l'identité française ne peut être riche que de ses différences.

 

Dès lors, il expose une vision extensive de la culture, emboîtant le pas à François Mitterrand et citant volontiers Jack Lang. Cela, quitte à se montrer provocateur: est-on prêt à le suivre en admettant que les arts urbains, voire le tag et les graffs, sont des expressions culturelles? L'auteur va jusqu'à proposer une refonte des institutions et des budgets alloués à la culture, quitte à ce que Paris partage un peu avec la province, quitte à ce que les milieux associatifs artistiques (on peut penser aux chorales, mais aussi à la blogosphère, milieu bouillonnant et internationalisé d'amateurs passionnés...) soient mieux lotis et mieux considérés, comme un nécessaire complément aux expressions artistiques professionnelles, plutôt que comme le produit d'un amateurisme somme toute anecdotique. La question de la langue française elle-même est abordée: la France joue-t-elle vraiment le rôle moteur que toute la francophonie attend d'elle en la matière, ou préfère-t-elle se tenir en retrait, en se servant comme d'une excuse du refus du néocolonialisme linguistique? De manière intrigante, l'auteur rappelle que si aujourd'hui, la francophonie représente 200 millions de locuteurs répartis à parts égales entre l'hémisphère nord et l'hémisphère sud, il se pourrait que dès le milieu du XXIe siècle, l'écrasante majorité des francophones se trouve hors du Nord industrialisé...

 

Il y a, on l'a compris, un côté provocateur dans les propos de l'auteur - qui assume pleinement une position d'ouverture tous azimuts. La culture française peut-elle tout assimiler, tout intégrer? La France est-elle encore une puissance culturelle? Entend-t-elle se donner les moyens de le rester, alors que son statut de puissance est remis en question dans d'autres domaines (économique, technologique, militaire) (1)? Certes, l'auteur cède parfois au plaisir de faire du style pour le style et de filer la métaphore un peu trop loin; mais cela n'occulte pas la pertinence d'un propos qui, par-delà une brièveté qui implique la simplification et, parfois, le raccourci provocateur, devrait avoir le mérite d'ouvrir un débat trop peu présent dans les propos d'un monde politique qui a le tort de le sous-estimer. Car selon l'auteur, il est urgent d'agir!

 

Olivier Poivre d'Arvor, Culture, état d'urgence, Paris, Tchou, 2012.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec Les Agents Littéraires et les éditions Tchou, que je remercie ici pour l'envoi.

 

(1) Concernant les quatre éléments constitutifs d'une hyperpuissane, je cite Jean-François Revel, La grande parade (p. 311), qui cite lui-même Le grand échiquier de Zbigniew Brzezinski.

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