Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
... si l'on me permet cette titraille agressivement anglophone: j'ai appris cette après-midi que le
monde des championnats d'orthographe va perdre une de ses institutions les plus motivantes: la Dictées des Amériques. Télé-Québec a en effet décidé de renoncer à produire cette émission, pour des
raisons de gros sous énoncées sans détour dans les dépêches d'agence: "Cette émission engendre des coûts pratiquement comparables à ceux d’une série", peut-on lire: personnel à temps plein, suivi
durant toute l'année dans les écoles, etc.
Mauvaise nouvelle, donc! Je garde un excellent souvenir de mes deux passages à la Belle Province, dans le cadre de la Dictée des Amériques - la première fois à Québec (1997, en compagnie de feu
René Belakovski, correcteur d'imprimerie retraité doué d'une faconde certaine), la seconde à Montréal (1998). Les textes étaient d'Arlette Cousture et de Marie-Claire Blais: la Dictée des
Amériques a pris pour habitude de commander ses dictées à des vedettes locales, voire d'envergure internationale, à l'instar de Dany Laferrière, de Luc Plamondon, de Robert Charlebois ou de
Marie Laberge - sans doute revus et "dopés" par des linguistes chevronnés.
Il y eut aussi des rencontres, celles de Sylvio Morin, coordonnateur de la Dictée, avec qui j'ai notamment bu une bière avant de quitter Montréal (eh oui!), de Pascale Lefrançois (qui s'est
illustrée chez Bernard Pivot avant d'entrer dans la production de l'émission: les Championnats d'orthographe de Bernard Pivot ont ouvert des portes à de nombreux Québécois, à l'instar de Stéphane
Ethier). Il y a aussi eu des soirées mémorables au Concorde Hôtel de Québec - et la dégustation d'un plat de wapiti au restaurant tournant, avec une vue à tomber sur le Saint-Laurent gelé,
avec en arrière-plan la musique distillée par la pianiste Andrée Boudreau... J'arrête ici le parachutage onomastique (1)!
Ainsi donc, Ariane Moffatt aura été le dernier auteur de la Dictée des Amériques. Une perte pour un exercice qui reste populaire (l'émission est très regardée, au Québec et dans le monde), et
peut-être un léger recul pour le français: ces épreuves motivent de nombreux défenseurs sincères du (bon) français, et offrent à la langue de Molière un terrain d'illustration qui parle au grand
public, jeune ou moins jeunes, comme le prouve la forte fréquentation de tels concours (il y avait environ 125 personnes à Saint-Vaury, plusieurs dizaines à La
Garde-en-Oisans l'été dernier, et le succès des défunts Dicos d'Or
est indiscutable).
Petite consolation? Les organisateurs promettent de remettre ça sous une autre forme, en recourant aux nouvelles plates-formes technologiques. Espérons que l'épreuve ne se déroulera pas à
distance: faire une dictée en duplex depuis la Suisse romande, c'est quand même moins jouissif que de prendre l'avion pour aller déjouer des pièges au pays des trappeurs!
(1) et propose "parachutage onomastique" comme terme français susceptible de remplacer le trop américain "name-dropping". Avis aux Académiciens qui passent par là!
Le communiqué: http://www.dicteedesameriques.com/nouvelle.aspx?id=60