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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 21:48

LatriveA l'heure où l'artiste Anish Kapoor s'assure l'exclusivité de "l'ultra-noir" en en rachetant le brevet, on mesure toute l'actualité d'un petit livre signé Florent Latrive et intitulé "Du bon usage de la piraterie". Certes, ce livre a connu une première version en 2004, suivie d'une nouvelle édition parue aux éditions "La Découverte" en 2007. Mais même si certains aspects ont changé, le fond demeure instructif.

 

Il y est donc question des enjeux liés aux droits d'auteur et aux brevets, qui protègent les créations de l'esprit, artistiques ou non: un peu d'histoire, un peu de droit, les acteurs en présence, la synthèse est bonne et instructive. Et le point de départ de l'auteur résonne comme une alarme: la protection de ces oeuvres de l'esprit s'étend, déséquilibrant le rapport de force entre les utilisateurs, les créateurs et les intermédiaires, au profit de ceux-ci.

 

Certes, l'auteur considère que le système des brevets et droits d'auteur arrive à ses limites. Sa description est donc souvent à charge. Reste que les exemples choisis sont variés et pertinents: il sera question de chanson, de littérature, de Mickey Mouse (sa protection a été prolongés de vingt ans, ce qui est tout bénéf pour les ayants droit), mais aussi d'ingénierie et surtout de pharma. Un domaine dont l'auteur dénonce les travers à l'envi: médicaments brevetés trop chers pour les pays pauvres alors qu'ils pourraient y sauver des vies, surreprésentation des médicaments de confort dans les investissements du secteur pharmaceutique, au détriment d'autres types de médicaments moins lucratifs mais plus vitaux, etc.

 

Face à cela, l'auteur avance les avantages des systèmes de partage qui se développent sur Internet et dans le monde informatique (Creative Commons, les systèmes ouverts tels que Linux, etc.) et qui sont usuels dans le monde universitaire: selon l'auteur, les savoirs ne s'y construisent pas dans l'isolement. Ce faisant, il loue un système qui favorise la coopération plutôt que l'exclusivité jalouse. Il reprend l'image classique des nains qui montent sur les épaules des géants, et pose la question des droits des inspirateurs anciens d'oeuvres nouvelles. C'est que l'auteur sait provoquer à l'occasion...

 

... par exemple en suggérant que nous sommes tous pirates, dès le premier chapitre de "Du bon usage de la piraterie". Est-on dans la légalité si l'on chante un tube protégé par le droit d'auteur sous sa douche? Ou assis au bar, en compagnie d'autres pochtrons épicuriens? Reste-t-on encore dans les clous lorsqu'on partage des fichiers musicaux sur Internet? L'auteur rappelle le format MP3, Napster, Netflix... et de quelques procès retentissants autour de ces nouveautés. Deux manières de voir les choses sont confrontées, celle qui exclut et privatise contre celle qui diffuse et publie. Sans considérer que le système traditionnel des brevets et droits d'auteur soit intrinsèquement mauvais, l'auteur invite à le repenser, dans un souci d'ouverture plus grande, et invite à une évolution des mentalités - déjà en marche d'ailleurs.

 

D'ailleurs, l'auteur montre l'exemple: si son livre est vendu sur papier, il est également accessible gratuitement sur Internet. Aujourd'hui encore, on le trouve par exemple ici.

 

Florent Latrive, Du bon usage de la piraterie, Paris, La Découverte, 2007. Préface de Lawrence Lessig.

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