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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 20:22

Seigle NoirLu par Anyuka, Ariane, Bookfalo Kill, Bouquivore, Cajou, Clara, Delphine, Eirenamg, Eva Littéraire, Filou 49, François Bagnaud, Hélène, La Fée, Les Sandales d'Empédocle, Lily, Marie-Dominique Godfard, Marion, Myriam Thibault, Nicole Volle, Sandrine, Sylire, Thalie.

 

Les lettres françaises ont évoqué par deux fois l'an dernier la figure de Pauline Dubuisson (1927-1963), figure tourmentée et fascinante, "femme la plus détestée de France" selon certains commentateurs contemporains de son existence. Les deux romans qui l'évoquent sont fort différents. Dans "La petite femelle", Philippe Jaenada lance une plaidoirie fouillée et passionnée afin de défendre celle qui tua son amant. Jean-Luc Seigle, quant à lui, va encore plus loin en se glissant dans la peau de Pauline Dubuisson.

 

Une bonne part de "Je vous écris dans le noir" tourne autour de la parole qu'on n'a jamais laissée à Pauline Dubuisson, condamnée à vivre seule avec son passé alors que sa seule ambition est de devenir médecin. Cela commence avec le film "La Vérité" d'Henri-Georges Clouzot, où il est question de son parcours... alors qu'on ne l'a jamais approchée à ce sujet. Face à la justice non plus, la figure de Pauline Dubuisson recréée par Jean-Luc Seigle n'a pas l'impression d'être entendue. Cela, sans parler des accusations de collaboration sous l'Occupation, ni de sa relation avec ses parents, avec son père... Quant à ses sentiments, ils deviennent inaudibles dès lors qu'on sait qui elle est. Son dernier amant, Jean, le sait: c'est à lui que s'adresse, dans la logique du roman, le deuxième cahier. Même si c'est bien le lecteur de Jean-Luc Seigle qui le lit...

 

Pour matérialiser ce droit d'être entendu, l'auteur choisit de donner la parole à Pauline Dubuisson, qui s'exprime à la première personne par le biais de cahiers, où les souvenirs se mêlent à l'introspection et à la réflexion sur des choix de vie reconstruits de manière fine et solide: l'auteur réussit à recréer ainsi des cahiers que Pauline Dubuisson aurait écrits, et qui sont aujourd'hui perdus - encore une expression authentique qu'on n'entendra pas. Du coup, la parole rendue est un enjeu important de "Je vous écris dans le noir": en faisant parler Pauline Dubuisson, l'écrivain d'aujourd'hui lui restitue l'humanité que ses contemporains, entre autres, lui ont niée.

 

Quelle ambiance? L'auteur ne donne pas à voir une figure révoltée, mais plutôt quelqu'un qui mène sa barque de manière sereine et déterminée, une personne empreinte aussi d'une sensibilité constante aux mots qu'on dit ou qu'on lit - ce qui installe aussi le dessin d'un rapport particulier à la langue française, qui a été la langue qui l'a accusée. Si le premier cahier de "Je vous écris dans le noir" commence par la phrase "J'aime la langue arabe.", ce n'est pas un hasard.

 

L'écrivain brosse le portrait d'une femme sensible qu'on n'a pas assez écoutée. Et dit au lecteur que justement, par son parcours atypique et mythique, elle a quelque chose à lui dire.

 

Jean-Luc Seigle, Je vous écris dans le noir, Paris, Flammarion, 2015. Prix Charles-Exbrayat 2015.

Egalement cité: Philippe Jaenada, La petite femelle, Paris, Julliard, 2015.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 02/03/2016 18:28

Une lecture que j'avais beaucoup appréciée et qui m'avait fait découvrir une femme écorchée.

DF 02/03/2016 21:40

Pour ma part, j'ai rencontré l'auteur d'abord dans le livre de Philippe Jaenada sur le même sujet, puis à Saint-Etienne l'automne dernier. Deux belles lectures pour moi, très différentes, sur le même sujet: une personnalité sensible que la vie n'aura pas épargnée.

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