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Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.

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Comment fabriquer un ministre suisse

... une question qu'on est en droit de se poser, et qui est même fort actuelle: Pascal Couchepin, ministre (Conseiller fédéral, comme on dit chez nous - ici en photo) de l'Intérieur, vient d'annoncer qu'il se retirait pour des questions d'âge parfaitement compréhensibles. Tout le monde lui souhaite une retraite agréable et bien remplie, après une carrière qui ne le fut pas moins; du coup, on imagine qu'en Suisse, tout le monde se demande qui va lui succéder; les pronostics font rage dans la presse, chacun jaugeant les qualités des papables. C'est pour moi l'occasion de mettre en évidence quelques mécanismes typiquement helvétiques.

En France, pour faire simple, c'est le président qui compose son cabinet ministériel... tout comme aux Etats-Unis (Barack Obama aurait eu un peu de mal, d'ailleurs, face au passé parfois lourd de certains candidats). En Suisse, les ministres sont élus, non nommés - plus précisément, c'est le Parlement qui les élit. Et pour parachever un processus démocratique qui semble sauvegarder le principe de l'égalité de traitement, tout citoyen suisse peut se porter candidat. Moi y compris. J'imagine (et je crois savoir) qu'à chaque fois, il y a quelques candidatures farfelues, comme il y en a régulièrement dès qu'un fauteuil se libère à l'Académie française - qu'on se souvienne de Ferdinand Lop, candidat permanent.

Egalité, avez-vous dit? Discutable dès qu'on sort de la théorie pure. Dans les faits, les élus sont le plus souvent de vieux briscards issus du sérail politique, au niveau national (le plus souvent) ou cantonal (parfois, par exemple dans le cas d'Evelyne Widmer-Schlumpf, fille de l'ancien Conseiller fédéral Leon Schlumpf, Grisonne qui a succédé à Christoph Blocher dans un épisode quasi épique). Et puis, il convient, pour respecter une certaine concordance d'être du bon parti - celui du ministre sortant, afin de respecter les équilibres. Des équilibres qui tiennent de la formule magique mais ont été mis à mal depuis quelques années.

C'est sur ces entrefaites qu'au moins deux partis, proches sur l'échiquier politique, souvent alliés, lancent leurs forces dans la bataille, soudain concurrents. Pascal Couchepin est radical; on imagine donc sans peine que les radicaux (droite libérale) entendent bien qu'un des leurs les représente encore au Conseil fédéral. Mais vu les résultats en demi-teinte des radicaux aux dernières élections législatives, certains appétits sont aiguisés... plus précisément ceux des démocrates-chrétiens, qui entendent bien récupérer le fauteuil d'une des leurs, Ruth Metzler, perdu à la fin 2003 au profit d'un représentant de la droite dure - le fameux tribun UDC Christoph Blocher, pour ne pas le nommer.

De manière plus ou moins contrôlée par les partis, les candidatures "sérieuses" se font jour - un peu au forceps, puisqu'aucune tête ne s'impose sans contredit. Le Tessin pousse le président du parti radical, Fulvio Pelli, à se lancer dans la bataille, ce qui vaudrait au canton italophone un représentant à l'exécutif national. Un argument de représentation linguistique parfaitement recevable, mais Fulvio Pelli traîne un peu les pieds. Le Vaudois Pascal Broulis se montre également intéressé... Du côté des démocrates-chrétiens, il y a du monde au portillon: pour en citer quelques-uns, voici le Fribourgeois Urs Schwaller, dont le nom fait surface à chaque élection; ou voici Dominique de Buman, également fribourgeois, qui s'est déclaré récemment... D'autres, ne sentant pas leur heure venue ou se considérant plus utiles là où ils (ou elles!) sont, sont restés en retrait.

... autant dire que les jeux sont très ouverts, et que personne n'est a priori élu dans un fauteuil! Le remplacement de Pascal Couchepin sort par ailleurs de l'agenda ordinaire des élections des conseillers fédéraux; mais lorsqu'on arrive à leur réélection ordinaire (tous les cinq ans, donc la prochaine fois en 2013), les arrangements entre politiciens, les alliances toutes démocratiques et les coups de fil passés afin de rassembler une difficile majorité deviennent un rituel. Nuit des longs couteaux ou des petites cuillères? Selon que l'élection se solde sur un coup de théâtre ou se déroule sans éviction inopinée, la terminologie sera différente.

P. S.: en Suisse, la présidence est tournante... donc les ministres deviennent présidents à tour de rôle, pour un an. L'homme ou la femme favorisé par l'élection du 16 septembre sera donc appelé à devenir un jour ce "primus inter pares" qu'on nomme président de la Suisse!

Photo:
L'Illustré.

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O
Cette éclairage du système suisse est très intéressantes ! J'ai appris beaucoup sur de proches voisins, fibalement assez méconnus :)<br /> Bises !
D
<br /> Merci!<br /> Le système suisse est en effet assez particulier; il fonctionne, avec ses hauts et ses bas, et est parfois méconnu. Heureux d'avoir pu t'éclairer!<br /> <br /> <br />
S
Bonjour Daniel, Je viens vous visiter par le biais de ma copine ¨Ma tasse de thé¨... nous sommes devenus amies par nos blogs respectifs et maintenant sur facebook. Je suis Canadienne du Québec et j'adore votre blog que je viens juste de découvrir mais je vais revenir pour lire vos critiques sur le vin. Connaissez-vous le domaine du Loup Blanc ? Ce sont des vins en importations privés ici au Canada dont certains peuvent être retrouvés également en boutique. J'espère vous compter parmis mes nouveaux lecteurs.. je ne suis pas très habile en terme de présentation dans mon blog mais j'écris de petits articles sur la vie ... l'âme ... celle qui aime le vin finalement.<br /> Je vous souhaite une belle journée !<br /> Stéphanie-Danièle ... (sur facebook : Danièle Roy)
D
<br /> <br /> Bonsoir! Et merci de votre visite! Heureux de voir que ce qui se passe par ici vous plaît... Je ne connais pas le domaine du Loup Blanc - qu'offre-t-il? En revanche, je crois savoir que le Canada<br /> a sa propre production viticole - sans doute fameuse...?<br /> Je vais visiter incessamment votre blog - merci de me le signaler! Nous pourrions même faire un échange de liens...?!<br /> A bientôt, en tout cas!<br /> <br /> <br /> <br />
E
Petite erreur, ami helvete : en France, justement, on ne vote pas sur les grands sujets de société. Les Français ont été exclus des choix sur la peine de mort, l'avortement, l'immigration...
D
<br /> ... le tout étant de savoir ce qu'est un grand enjeu. Mais renseignements pris, j'ai effectivement l'impression qu'en France, le référendum intervient en principe sur de grandes choses un peu<br /> abstraites, qui ne changent guère les conditions très concrètes de vie des citoyens. Les Suisses ont effectivement déjà voté sur l'avortement (solutions des délais, 2003), sur l'immigration (à peu<br /> près à la même période, mais aussi à l'époque de la Lex Schwarzenbach, en 1970) - mais pas sur la peine de mort.<br /> Mais en France, qui a le droit de décider qu'il y aura un référendum? Le président, mais encore...?<br /> Notez, enfin, qu'en Allemagne, le problème n'existe pas: la loi ne prévoit AUCUN droit de référendum... il y a donc un juste milieu à trouver.<br /> <br /> <br />
E
Les référendums concerneront exclusivement les grands choix de société. Non, nous ferons pas de référendum sur le diamètre des ronds-points et le calibre des petits pois.
D
<br /> Une approche très "française" du référendum: on ne "daigne" faire voter le peuple qu'aux grandes occasions...<br /> En Suisse, on vote effectivement sur un peu tout et n'importe quoi; mais il arrive aussi que certaines propositions émanent du peuple, ou d'acteurs représentatifs tels que les partis politiques.<br /> C'est ce qu'on appelle le droit d'initiative: si vous avez une idée géniale et êtes en mesure de trouver cent mille personnes qui y souscrivent a priori et le montrent en signant votre projet,<br /> celui-ci passera par la voie des urnes. En ce moment, il y a dans le pipe-line une interdiction des minarets (lancée par la droite dure, sans surprise), une proposition de niveau minimal de<br /> rétribution des retraites par capitalisation (2e pilier - lancé par la gauche syndicale, que j'approuve sur ce coup-ci parce que les caisses de retraite n'ont qu'à faire leur boulot de placeurs,<br /> non mais!), une initiative exigeant l'avis du peuple pour les traités internationaux (là, je n'ai pas compris, puisque c'est DEJA dans la constitution suisse), etc. Enfin, il convient de rappeler<br /> qu'au niveau fédéral, l'initiative ne peut porter que sur une modification de la Constitution - d'où le caractère fourre-tout de celle-ci: l'interdiction de l'absinthe, récemment supprimée, y<br /> figurait par exemple.<br /> Par ailleurs, si le Parlement est chargé d'élaborer des lois, certaines peuvent faire l'objet de référendums en cas de désaccord ou si un acteur du jeu politique décide de faire voter le peuple. Là<br /> aussi, il convient de recueillir des signatures... Souvent, dès lors, le jeu parlementaire consiste à ficeler une loi suffisamment acceptable pour qu'aucun parti ne décide de lancer un référendum<br /> (au résultat aléatoire, par la force des choses, sans compter le temps perdu). Le référendum est par ailleurs obligatoire pour toute modification de la Constitution suisse.  <br /> Quant au calibre des petits pois, en Suisse comme à Bruxelles, c'est pareil: on laisse ça aux spécialistes (ou aux technocrates), et cela fait l'objet d'ordonnances, en principe non votées par le<br /> peuple. Et le diamètre des ronds-points est une question d'aménagement du territoire, dont l'enjeu est certes important (expropriations, occupation du terrain, sécurité routière, rôle desdits<br /> ronds-points, etc.) mais fait probablement aussi l'objet de réglementations échappant le plus souvent au peuple - sauf, peut-être, à l'échelon communal, où quelques horions devraient mettre tout le<br /> monde d'accord...<br /> <br /> <br />
E
l'organisation militaire, les référendums populaires, le président primus inter pares.
D
<br /> ... les grands classiques donc! Notez que l'armée a bien changé au cours des vingt dernières années. Pour ce qui est des référendums, iriez-vous jusqu'à la forme des "Landsgemeinden"?<br /> <br /> <br />