Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
Le titre du présent billet l'indique sans ambages: le roman "L'Artéfact sicilien" de Paul Carta mélange les genres. Ce qu'il ne dit pas, c'est que cet ouvrage se lit globalement
avec plaisir... pour peu qu'on oublie que l'éditeur a oublié de faire le travail de indispensable nécessaire pour qu'un livre soit, vraiment, un produit de qualité. Plutôt que d'en jeter
trop vite la pierre à l'auteur, voyons de quoi il retourne.
L'histoire est la suivante: biologiste de formation, Gérard, le narrateur, se voit remettre une sphère aux propriétés mystérieuses. Pour en savoir plus, sur mandat de la fonction publique
française, il se retrouve en Sicile, à enquêter entre loups-garous, mafia et extraterrestres.
On l'a compris: ce roman oscille entre le thriller, le fantastique et la science-fiction - et ce, dans cet ordre. On ajoutera à cela une description sobre mais parlante de l'atmosphère
particulière qui règne, paraît-il, dans la fonction publique française: usage des ressources cloisonné jusqu'à l'absurde (en l'occurrence, un scientifique utilise en douce les appareils de
ses collègues pour ses investigations, tout en sachant qu'il n'en a pas le droit: la passion l'emporte sur les réalités financières), usage d'abréviations absconses et longues, budgets
invariablement serrés, etc.
L'auteur décrit avec le même bonheur, et sans tomber dans le cliché, les lieux siciliens dont il parle: Palerme où la circulation automobile est dingue, mais aussi la ville prétendument
artistique de Gibellina. Palerme, c'est aussi l'occasion, pour Paul Carta, de démontrer que même si ça ressemble à des villes plus septentrionales, c'est un peu différent quand même: rationnement
de l'eau, horaires des repas décalés, etc. La rencontre avec Claudio permet cependant de révéler, à travers quelques répliques d'Astérix, que la culture française, désignée au sens le plus large,
s'exporte très bien et est mieux connue à Palerme qu'à Paris...
L'auteur campe des personnages intéressants, sans toujours aller au fond des choses. Second rôle, Etienne est par exemple bien représenté en scientifique perdu dans son monde, mais fort prolixe.
Autre second rôle, en revanche, Eric, employé d'ambassade, constitue une caricature de progressiste un rien coco sur les bords; dommage que l'auteur ait un peu sous-employé ce trait
de sa personnalité. Et qu'en est-il de l'oaristys naissante entre Gérard et Laura? On les voit certes ensemble de temps à autre, mais si le lecteur subodore qu'il y a anguille sous
roche, sa curiosité en matière de sentiments ne sera pas satisfaite.
Thriller et science-fiction, avons-nous dit. Le récit bascule en effet dans le roman à suspens en page 63 (sur 230), au moment où arrive le premier mort. Après avoir dépeint le monde
tranquille de la fonction publique, l'auteur joue la carte du suspens et des retournements de situation. On découvre ainsi le personnage de Santangelo, parrain mafieux qui a pour
couverture une activité originale d'éditeur de poésies. Originale, oui; crédible? à vous de voir. Mais cela offre à l'auteur l'occasion d'un développement assez inédit où le parrain
transmet des messages aux siens au moyen de recueils de poésies. "On se croirait chez Umberto Eco", commente Jean Orizet, préfacier; je n'irais pas jusque-là, mais l'idée est quand même
inédite.
Reste le mystère de l'artéfact sicilien... Il prend la forme d'une boule de billard fabriquée en une matière inconnue, avec un trou à l'intérieur. L'auteur explique peu à peu de quoi il
s'agit: une production extraterrestre servant à projeter des images aux extraterrestres du roman, occasionnellement en proie au mal du pays. Toutes les réponses sont là, à
l'exception d'une seule: au fond, ces trucs-là, c'est fait comment? Là, l'auteur esquive, aux portes d'une explication new age qui aurait fait écho à la couverture du roman.
Alors, bilan? Le lecteur restera peut-être avec l'impression d'avoir lu un roman qui touche à plusieurs genres sans forcément aller jusqu'au bout de ses nombreuses et bonnes idées. Mais
il aura sans doute pris du plaisir à parcourir la prose agréable et aisée de Paul Carta, et à suivre une aventure aux nombreuses facettes. Bonne lecture, donc!
Paul Carta, L'Artéfact sicilien, Nice, Melis
éditions, 2001.