Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
Il faut croire que les bons alcools font les bons romans noirs. Je vous avais parlé il y a quelque temps
d'un petit roman pas piqué des vers qui embaumait le
calvados; aujourd'hui, c'est de cognac que je vais vous parler. Naturellement, le contexte n'est pas le même: Hannelore Cayre a publié "Ground XO" en 2007, ce qui éloigne les souvenirs des
"gueules" des polars français des années Jean Gabin.
L'ouvrage ne manque cependant pas d'attraits. Rappelons-en rapidement l'intrigue: l'avocat Christophe Leibowitz se retrouve héritier d'une marque de cognac, entreprise familiale. Pour un
alcoolique que son métier dégoûte, c'est une aubaine! L'homme va donc chercher la meilleure manière de commercialiser son produit. Son positionnement? "Ground XO" devient le cognac de luxe d'une
certaine racaille, arrivée à la fortune grâce aux actions illicites. Leibowith devient ainsi le pont parfois branlant entre le monde luxueux du cognac haut de gamme et les jeunes des
quartiers dits sensibles. Un grand écart audacieux!
Outre les manoeuvres de marketing très audacieuses du personnages principal (qui trouve ainsi l'occasion de se frotter au rap), deux éléments marquent en particulier ce roman. Le premier est très
intéressant: l'auteur étant elle-même avocate, elle donne à voir sa profession sous un angle légèrement différent de celui révélé par Ally McBeal, en en dévoilant les servitudes et la misère:
clients instables et mauvais payeurs, bureaux chichement partagés entre des dizaines d'avocats névrosés, juges sans passion, procureurs qui regardent de haut le menu fretin du barreau - un regard
original et novateur sur la profession.
Et naturellement, le regard se porte également sur la jeunesse des banlieues - celle qu'on appelle "racaille" et qui mérite ce titre puisqu'elle trafique de la drogue (et le narrateur semble
connaître toutes les astuces du métier!). Les petits couplets sociaux qui en découlent ont cependant, hélas, quelque chose de convenu qui peut énerver, tout comme le pittoresque quasi caricatural
de la province et de la cousine de Leibowitz, bouilleuse de cru à l'esprit très pratique.
Mais qu'importe! Le roman est bref, car il faut savoir partir avant de lasser; mais il est écrit dans une langue vivante et rapide qui séduira les amateurs de polars. Et franchement, le cognac
conditionné dans des bouteilles en forme de grenades et le nom de "Ground XO" censé évoquer le site new-yorkais de Ground Zero, ça vaut le coup d'oeil.
Hannelore Cayre, Ground XO, Paris, Métailié,
2007.