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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 20:55

partage photo gratuitLu par Books Bunny.

Le site de l'éditeur.

 

Après un premier roman intitulé "Les Faux cils et le marteau", dont il a été question par ici, l'écrivain stéphanois Thierry Girandon régale son lectorat avec un recueil de nouvelles. On retrouve dans "Amuse-Bec" le sens de l'image et de la poésie qui caractérisent "Les Faux cils et le marteau", de même qu'une approche sociale attentive aux petites gens, aux anonymes, aux personnes en difficulté ou en panne dans leur vie. Et si ces personnages sont dessinés de façon rapide, brièveté du genre de la nouvelle oblige, force est de constater que ceux-ci sonnent toujours juste.

 

Quelques constantes traversent "Amuse-Bec", la plus frappante étant la peinture des vicissitudes du corps. Celui-ci est volontiers malmené, et à ce titre, la nouvelle "Adieu", un brin étrange et kafkaïenne, s'avère exemplaire puisqu'elle met en scène un enfant qui se dématérialise peu à peu sous les yeux de ses parents impuissants. L'auteur va jusqu'à éclater les corps, d'une manière volontiers brute de décoffrage, à l'instar de la peinture d'une décollation impromptue dans "La Marotte", ou à les montrer de près, sans reculer devant la nudité.

 

Autre constante, stylistique celle-ci: l'auteur a le souci constant de recréer la voix qui convient à la situation et aux personnages, et de construire un rythme pertinent, entre autres à travers des dialogues crédibles. Les phrases de l'auteur sont souvent brutes de décoffrage, crues; elles n'excluent cependant pas une tendresse indéniable, par exemple dans le portrait de la vieille dame du "Dernier sou". Un brin surréaliste, l'ambiance de "Bleu" a quant à elle quelque chose de la bluette cruelle.

 

Il parvient aussi à trouver les bonnes images, avec une prédilection pour les écrans, qui peuvent servir de paravents ou de boucliers. Nouvelle onirique s'il en est, "Le Rêve de l'autre" oscille entre le fantasme d'un somptueux moment de sensualité avec Hélène et le quotidien difficile du personnage principal, un clochard. L'onirisme est encore accentué par la localisation erratique: certes, on se trouve au bord d'un fleuve, mais est-ce le Rhône, le Prout, la Seine...? Enfin, l'auteur se livre à un beau moment de poésie autour des déchets, qui deviennent de belles choses avec un peu d'imagination.

 

L'obsession de l'éclairage artificiel est présente dès la première nouvelle du recueil, "Il n'y a plus beaucoup d'enfants qui viennent", qui se passe dans un bar - et dans ses environs, ce qui permet à l'auteur d'éclabousser son récit au moyen des lumières crues des vitrines. Cette obsession est aussi le signe le plus voyant d'une attention constante aux décors, toujours soignés dans le recueil, dans l'optique de créer des ambiances.

 

Attention à des personnages contemporains anonymes, musique des mots: les constantes d'"Amuse-bec" en font un recueil de nouvelles cohérent, parfois sombre, parfois lumineux - que ce soit grâce à l'éclairage au néon ou à la lumière d'une poésie de tous les instants.

 

Thierry Girandon, Amuse-Bec, Lyon, Crispation Editions, 2014.

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