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Ainsi donc, les peuples vaudois,
fribourgeois et valaisan ont décidé dimanche d'interdire la fumée dans les établissements publics... tout en leur laissant la possibilité de ménager un fumoir sans service. Les lois
cantonales y afférentes entreront en vigueur prochainement. Ajoutons à cela le refus du peuple suisse de dépénaliser le cannabis, et on comprendra que les Helvètes en ont un peu marre (mais rien
qu'un peu!) de la fumée, et souhaitent à nouveau respirer dans les restaurants, bars et cafés. Peut-être que ça sentira un peu les aisselles et la sueur dans les boîtes de nuit; pas
forcément meilleur que le tabac, mais certainement moins nocif...
Ces dernières semaines donc, tel était le principal sujet de conversation, un peu partout. Chacun se réjouissait de pouvoir déguster sa Dôle ou son Mont-sur-Rolle sans qu'il soit aromatisé à la Brunette, et personne ou presque ne va s'en plaindre; les résistances étaient du reste plutôt d'ordre idéologique, genre "je suis libre de fumer où je veux", ou reflétaient les craintes des tenanciers d'établissements publics, déjà mis à mal par d'autres législations et évolutions peu favorables (baisse du taux d'alcoolémie au volant, restrictions aux machines à sous, changements dans les habitudes alimentaires du Suisse moyen, délaissant le steak-frites-vin rouge pour la salade-Henniez verte, philosophie du "boire moins mais mieux", etc.)
J'ai pris le temps de farfouiller dans les réactions d'internautes que "Le Matin", journal de boulevard lausannois de couleur vaguement orange. Et j'ai été assez rapidement frappé par l'absence de la seule raison valable de voter le bannissement de la fumée des établissements publics: la santé du personnel. Certes, boire un verre ou manger un repas sans les effluves du voisin est fort agréable, et il est difficile de s'en passer une fois qu'on en a pris l'habitude. Mais n'est-ce pas là une réaction très individualiste? Cela, d'autant plus que l'organisme humain, après une cure limitée de fumée passive (c'est combien de temps, boire un verre?), récupère très vite. Le souci devrait se porter, plutôt, sur la santé de personnels soumis à longueur de journée à la fumée tiède, froide ou autre. Une exception? La chouette affiche des promoteurs fribourgeois du bannissement de la fumée, montrant une serveuse passant d'un bon pas, avec le sourire, de l'univers gris des tabagies à un monde coloré... sans fumée. Cette fois, dirait-on, l'individualisme a profité au bien public.
Enfin, le bannissement a passé, dans une version qui allie l'interdiction stricte et la
porte de sortie - qui pourra prendre forme d'un fumoir, pour les établissements qui en ont la possibilité. Je verrais bien certains d'entre eux en faire un argument de vente... On trouve de tels
coins réservés à l'aéroport de Zurich, dûment sponsorisés par une marque de cigarettes, et ça décoiffe, littéralement, tant la ventilation y est puissante! Un autre débat, qui a eu lieu en France
et a débouché sur des dérogations (si je ne m'abuse) mais que la Suisse esquive, est celui des bars à narguilé. Rendez-vous à l'un de nos prochains scrutins!
Photo: Flickr/Joan Thewlis. Et vous reconnaîtrez sans difficulté le père Noël à cigarettes qui y apparaît...