Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
Vous ne savez pas quoi faire de vos vacances? Vous en avez un peu sec des plages espagnoles et des monuments historiques trop souvent
visités? On dirait que la République Française en personne a pensé à vous. En effet, elle a ouvert les Iles Australes au tourisme en 1994, et organise des voyages circulaires dans ces contrées
quatre fois par an, en bateau à bord du Marion Dufresne, bateau originellement réservé au ravitaillement des rarissimes populations locales - scientifiques et colons. C'est plus froid, plus
sauvage, plus audacieux. Plus cher aussi. Mais ça change un peu, et c'est possible toute l'année.
Un voyage original? Ce n'est que le prénom. Ceux qui s'inscrivent doivent s'attendre à visiter quelques îles du territoire français, souvent oubliées des livres de géographie, accessibles
uniquement par voie maritime: Crozet, Kerguelen, Amsterdam, Saint-Paul - cette dernière étape sans garantie, vu les conditions climatiques extrêmes qu'il peut y avoir en ces contrées. C'est que
les Iles Australes portent bien leur nom, et que le climat n'a rien du caractère jouissif que peut avoir le soleil sur la côte méditerranéenne.
La tournée dure de 12 à 14 jours. Les aventuriers passeront beaucoup de temps en bateau, mais on s'occupera d'eux. Le navire est doté d'une bibliothèque et d'un bar, mais cela n'a rien de
bien nouveau... les TAAF organisent par ailleurs des conférences qui permettent de mieux les connaître et de découvrir, de manière théorique, les îles visitées. Celles-ci se distinguent par
le caractère préservé et sauvage de leur nature; du reste, elles ne sont pas peuplées d'humains de manière permanente. Lors des étapes, les groupes de voyageurs sont du reste pilotés par des
guides.
On imagine volontiers à qui peut s'adresser une telle expédition, à la fois fascinante et originale: des amoureux de la nature, des ornithophiles passionnés, etc. Davantage que des
humains, ces gens rencontreront des manchots, des otaries, des albatros, des éléphants de mer, plus ou moins jeunes en fonction de la saison choisie. Du point de vue de la faune,
l'organisateur des voyages signale du reste que l'expédition est plus favorable en été - l'hiver étant plus favorable aux amateurs de beaux paysages, notamment les Kerguelen sous la neige, et à
ceux qui veulent voir une crèche de manchots royaux (c'est comme pour les humains: un groupe de petits manchots...)
Après tout cela, vous imaginez volontiers qu'on ne part pas là-bas, dans ces contrées humides et venteuses, avec un bermuda et un tee-shirt à fleurs. L'organisateur recommande en particulier
de s'habiller de manière très imperméable, de prendre des bottes, de privilégier le gore-tex et la fibre polaire. Communiquer avec l'extérieur? Un sport malaisé: le téléphone fonctionne mais il
coûte cher (Inmarsat). Mais comme les TAAF pensent à tout, ils ont même prévu une adresse électronique ad hoc. J'ignore si elle permet de tenir un journal de bord sous forme de blog pour les
copains restés en Europe, mais elle ne permet pas de consulter votre boîte électronique usuelle. Pour la durée du voyage, enfin, on vous proposera de faire votre lessive... n'oubliez pas votre
baril d'Omo, il y en a à bord, mais c'est plus cher!
Et le prix? Un peu inhospitalier certes, mais quand on aime, on ne compte pas. Une expédition reviendra entre 5350 et 8400 euros par personne, à quoi il faut ajouter le vol pour la Réunion et les
menues dépenses personnelles. Avis aux amateurs, mais entre la bibliochaise et les manchots, peut-être faudra-t-il
choisir...
Pour en savoir plus: http://www.taaf.fr
Pour mettre l'eau à la bouche: Jean-Paul Kaufmann, L'Arche des Kerguelen (commenté par Thaïs).