Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
On parle
beaucoup de l'efficacité comparée de la presse papier (ou autre) et de l'Internet en termes de publicité faite à un livre, à un parfum, à une voiture, etc. Une question qui a des enjeux
importants: supposons que vous vous décidiez à publier le roman de vos rêves, soit en le balançant sur Lulu.com, soit en convainquant un éditeur. Qu'allez-vous privilégier? Cette réflexion fait
suite à la publication d'un article d'un millier de signes sur le CD "Nos retrouvailles futures", publié dans "La Gruyère" de jeudi.
Intéressante, la publication dans "La Gruyère"? Je le pense... mais on peut en discuter. Voyons: ce journal est imprimé à environ quinze mille exemplaires. Chaque exemplaire est lu par trois
personnes en moyenne, ce qui donne quarante-cinq mille lecteurs. Mazette! Le présent blog a l'air minable, avec ses quelques dizaines de lecteurs quotidiens.
Mais... minute papillon! Tous les lecteurs de "La Gruyère" ne vont pas s'amuser à en lire les pages culturelles, de loin pas. Il serait instructif, même, de savoir combien ils sont à le faire, en
tout ou en partie. Les lecteurs d'un journal lisent avant tout les rubriques nécrologiques; les pages culturelles viennent donc nettement après, surtout dans un journal à vocation régionale.
L'intérêt est donc fort dilué.
Or, sur un blog, le lectorat est constitué de fidèles qui vous suivent par intérêt: les gros lecteurs visiteront les blogs de livres, les mordus du point de croix visiteront des blogs
qui leur parlent de leur loisir favori, etc. L'intérêt sera suscité par la qualité des commentaires, par leur sincérité, bref, par une affinité. Passer ensuite à l'acte d'achat? Je ne doute pas
une seconde que les amateurs de lectures font la tournée de leurs blogs favoris, leur liste à lire et un stylo en main, à l'affût de toute surprise intéressante. Comme, de la liste
à lire, on passe à la pile à lire, l'achat est programmé. Et la densité de l'intérêt est plus importante que dans la presse quotidienne. Cela, sans compter que l'on n'a pas toujours sa liste et
son crayon sur soi quand on lit un canard (restaurant, hôtel, train, etc.) On dit que les blogs n'amènent pas d'acheteurs... j'aimerais croire le contraire. Quant à amener des lecteurs
à vos livres, c'est une autre histoire: après la PAL, il y a la lecture, étape qui dépend à 100% du bon vouloir de celui qui a acheté votre livre - quelle lapalissade!
L'inconvénient du blog reste cependant son caractère confidentiel, et la difficulté qu'il y a à se faire connaître dans une masse immense de journaux extimes. Cela se fait peu à peu, à
l'exception peut-être de ceux qui étaient là dès le début et sont devenus des références, ou de ceux qui, à l'instar de Pierre Assouline, bénéficient d'une visibilité importante dès le départ.
Tels sont les prescripteurs!
Reste la presse spécialisée sur papier. Celle-ci attire également l'attention d'un lectorat intéressé: une personne qui ne jure que par la cuisine n'achètera probablement pas le magazine
"Lire". Les acheteurs de magazines spécialisés vont toutefois faire leur marché en lisant d'abord les titres et les images, comme dans la presse généraliste. Résultat: non seulement il faut y
être, mais il faut accrocher! Ici, le public n'est pas forcément amical ou bienveillant comme il peut l'être sur un blog: s'il n'accroche pas dès le départ, le lecteur zappe.
Alors, que privilégier? La presse papier continue de jouer son rôle de prescripteur, surtout les organes qui comptent et sont lus par un vaste cercle de population. Le blog est, de son côté, le
moyen privilégié d'approcher un public mieux connu. Le rôle du blogueur pourrait alors devenir celui de la personne qui permet à des livres méconnus de se faire une place, discrète mais non
dénuée d'intérêt, lorsqu'ils n'ont pas accès à la presse classique. Tous deux me paraissent donc complémentaires si l'on a quelque chose à faire savoir.
Cela, sans oublier la télévision, arrosoir fort efficace...
Photo: Flickr/inju: Dead Sea newspaper