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On le sait depuis hier: c'est Jean Clair, Conservateur général du patrimoine, qui remplacera l'écrivain Bertrand Poirot-Delpech au 39e
fauteuil de l'Académie française. Historien d'art âgé de 67 ans (soit un poil plus vieux que le cadet de l'Académie, Erik Orsenna), diplômé en sciences et en lettres, Jean Clair dirige de
nombreux musées tout au long de sa carrière, jalonnée par ailleurs de nombreuses décorations.
Le processus menant à l'élection de Jean Clair a eu quelque chose de tortueux. La première tentative de nommer un successeur à Bertrand Poirot-Delpech a eu lieu le 7 février dernier, et
s'est soldée par une élection blanche.
Celle du 22 mai a également connu ses vicissitudes. René Clair n'était en effet pas seul à briguer le siège de Bertrand Poirot-Delpech. Face à lui, se trouvait en effet un adversaire aux
arguments peu orthodoxes mais séduisants: Pierre Bergé. Entrepreneur spécialisé dans le luxe, fortuné par ailleurs, Pierre Bergé s'est adonné au mécénat, contribuant au lustre de plus d'une
élection à l'Académie française en finançant un habit vert ou un apéritif. Il n'en fallait pas plus pour que certains Immortels en place perçoivent sa candidature d'un bon oeil, son élection
devant prendre la forme d'un remerciement.
C'était compter sans l'opposition d'autres Immortels, tout aussi déterminés, qui n'ont eu de cesse de rameuter des candidatures afin de couler celle de l'industriel en favorisant les voix
éparses. Concrètement, l'écrivain Daniel Rondeau a effectivement envoyé sa lettre de candidature, de même que l'historien Joël Schmidt. Tous deux ont cependant retiré leur candidature
avant le jour de l'élection, flairant peut-être une manoeuvre.
Résultat des courses en chiffres, donc: Jean Clair est élu avec 16 voix sur 28, contre 7 à Pierre Bergé, un bulletin blanc et quatre croix noires. Ce n'est donc pas cette fois encore que
l'Académie française ouvrira ses portes au monde des affaires. "L'argent n'achète pas l'Académie française", diront certains. Reste que l'opération permet à l'institution du
Quai de Conti d'avoir à présent 38 sièges pourvus, sur 40 - un résultat honorable après l'hécatombe qui l'a frappée en 2007. La prochaine élection est fixée au 19 juin 2008; l'enjeu sera la
succession de Henri Troyat au fauteuil n° 28. L'écrivain Olivier Germain-Thomas est candidat; face à lui, se trouve le diplomate et prix Goncourt Jean-Christophe Rufin.
Photo: Le Nouvel Observateur.