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Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.

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La poésie classique au pouvoir?

plume d'oie #1L'auteur de textes en prose, ou de nouvelles, s'interroge volontiers sur le caractère fluide de son texte, mais aussi sur sa musicalité et sur son rythme. Pour ce faire, il recourt volontiers à une lecture à haute voix, gueuloir que Flaubert n'aurait pas renié. Mais pour développer une sensibilité musicale, a-t-il pensé à la poésie classique?

Avant tout, que les choses soient claires: le français n'a pas la musicalité de l'italien, de l'espagnol, ni même de l'allemand. Il lui faut donc trouver d'autres ressources. Pourtant, le génie francophone est parvenu, depuis longtemps, à créer des rythmes poétiques sur d'autres bases que les principes toniques - qui ne sont pourtant pas reniés. Et peu à peu, les règles de la poésie française se sont mises en place. Une harmonie solide, qu'on peut transgresser mais qui joue pour le poète le rôle des cours d'harmonie pour le compositeur: une base incontournable, un pied-à-terre où l'on revient.

Cette base est faite de formes fixes, de contraintes, de longueurs de vers précises, de rythmes mis en place au moyen d'hémistiches et de césures reproduisant la pulsion de la respiration humaine. Un carcan, une contrainte insoutenable? Que nenni, puisque de grands génies ont démontré l'étendue de leur talent en s'accommodant fort bien de tout cela. J'y vois plutôt un stimulant qui permet à l'auteur de dire ce qu'il veut avec d'autres mots, et de chercher plus profond, en lui-même, ce qu'il veut vraiment dire. Le tout, en musique... puisque la musique d'un alexandrin bien balancé est inimitable, et que le bannissement du hiatus garantit un bon équilibre entre voyelles et consonnes.

Pourtant, m'a dit un ami, la poésie classique est désertée par les jeunes, plus attirés par le style libre, en apparence plus facile. Plus facile, vraiment? Il n'est pas compliqué de poser quelques mots sur la feuille, et de dire: "C'est mon poème", sans même oser y toucher, de peur de trahir le caractère primesautier de ce qu'on exprime. A ce régime, pourquoi ne pas aller pousser un cri dans la rue? La bonne poésie libre est également musicale; quand au vers classique, son rythme double en quelque sorte le sens des mots, permettant à ceux-ci de mieux atteindre le coeur du lecteur, s'ils sont bien choisis. Peut-être l'auteur perd-t-il en profondeur; mais il gagne sans doute en puissance, à la manière d'une chanson.

Il y a plus préoccupant: les règles sont tombées dans l'oubli, ce qui fait que n'importe qui se sent suffisamment en forme pour monter un sonnet: quatorze vers, les doigts dans le nez! Or, du point de vue technique, sans être impossible, l'exercice nécessite de se souvenir de quelques canons. Ceux-ci ne sont pas là pour brider l'inspiration, mais bien pour la canaliser afin qu'elle jaillisse, plus ciblée donc plus forte.

Tout cela est profitable à l'écriture de romans, voire de nouvelles, car cela contraint à chercher en soi une manière moins banale, plus personnelle, de dire ce que l'on a à dire. Et, sans cesse, de faire en sorte que le texte se distingue du bottin téléphonique ou de la rubrique des faits divers de votre journal préféré.

Alors... à quand un bel et bon sonnet?

Pour en savoir plus: http://www.poete.ch.

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M
merci pour votre patiente et juste réponse.<br /> Oui, la connaissance et la maîtrise des règles bien appliquées sont le b.a.-ba, pour ceux qui s'amusent à faire des alexandrins, des quatrains, des sonnets, c'est la moindre des politesses.<br /> On ne peut dépasser, on ne peut "transcender" les règles que si on les connaît, et si on les connaît de l'intérieur, de pratique, d'exercice, les mains dans le cambouis... c'est encore plus sérieux ! (Mais trouver mieux que l'alexandrin.. Pas facile.)<br /> Ce sérieux merveilleux, qui est celui des enfants lorsqu'ils s'appliquent corps et âme à un jeu, et qui f... dehors le "tricheur", le mauvais joueur, ils n'ont pas trop tort.<br /> Mais la facilité qu'il y a à faire des alexandrins métriquement corrects retourne l'arme contre elle-même. (C'est Jean Vilar qui mettant la tragédie classique en scène disait "nous faisons de l'alexandrin une arme".)<br /> Je pense à Malherbe qui est tout, sauf le synonyme d'ennuyeux sec et stérile "législateur" dont l'enseignement a trop longtemps voulu entretenir la légende noire. Il est merveilleux.<br /> Sensible, sensoriel, sensuel, extrêmement charmant.<br /> Et quand Malherbe dit qu'un poète ayant réussi à faire un sonnet digne de ce nom "mérite dix années de repos" cela peut nous donner à réfléchir sur ce qu'est un "sonnet digne de ce nom". Rien à voir avec les blagues de mon message précédent :-)<br /> Racine dans ses tragédies a compris tout ce qu'il pouvait de la leçon des vers malherbiens.<br /> La sienne est merveilleuse elle aussi. Mais voilà :<br /> Quand on enseigne Racine, ou Corneille, au collège, au lycée, on n'entre pas dans la chair de la langue. On reste dehors... "La tragédie reflet du pouvoir monarchique centralisé" et autres esquives, dérobades, pour taire la virtuosité, l'économie, la puissance expressive carrément charnelle de cette langue étouffée sous le terme de "classique".<br /> Je pense que les profs eux-mêmes ne réalisent pas trop mais ils sont excusables. Ils sont allés au facile.<br /> Les portraits d'un Baudelaire teigneux ou d'un Rimbaud révolté nous ont été martelés ados, âge de jeune énergie, désireuse de tout conquérir, tout dévorer, tout renverser, et nous avons définitivement assis ces idoles (auxquelles nous nous identifiions plus ou moins secrètement) sur nos autels poétiques intérieurs. <br /> Voir un peu plus large n'est pas donné à tous.<br /> Sacré personnage ce Françoys, j'aurais bien voulu l'épouser :-)<br /> https://www.youtube.com/watch?v=L-yi0r_7cOw
M
Bel article<br /> mais dans la poésie classique de forme rigoureuse il y a à boire et à manger.<br /> On trouve des exemples de tout, par exemple<br /> D'un côté l'exigence vraie comme ici chez Malherbe<br /> <br /> https://www.youtube.com/watch?v=L-yi0r_7cOw<br /> <br /> et d'un autre du remplissage facile, ça fait douze, sans hiatus, alternance masculine féminine des rimes, une distribution phonétique correcte, mais ça ne présente aucun intérêt on peut écrire des vers au kilomètre (hémistiches symétriques colmatés d'adjectifs) etc.<br /> <br /> https://www.youtube.com/watch?v=uRMd9thUeec&list=PLw_bOW3oZG0H6LzIZusHgfTza7N8WwKcD&index=2<br /> <br /> Avec un peu d'entraînement on fait un sonnet en 4 minutes :-)<br /> <br /> https://www.youtube.com/watch?v=A2YN8qFhcoc<br /> <br /> et les enfiler par dizaine par dizaines<br /> https://www.youtube.com/playlist?list=PLw_bOW3oZG0E6tS9gMVZzF1jGiHRLwqiS<br /> <br /> la poésie dite moderne vaut-elle mieux ?<br /> https://www.youtube.com/watch?v=adOjkd41YSM<br /> <br /> https://www.youtube.com/playlist?list=PLw_bOW3oZG0Ewl8TYdceMPwaxxRsX9UIo
D
Bonjour, et merci de votre message et du partage de liens, au-dessous de cet article qui n'est pas tout neuf! <br /> <br /> En effet, forme sans fond n'est que ruine de la poésie! Et en matière de classique, comme vous le dites justement, il y a à boire et à manger. Et il ne suffit pas de versifier pour faire de la bonne poésie, classique ou non: on crache des vers, alexandrins ou non, pour un anniversaire, pour rendre hommage, pour s'exercer. A contrario, la prose a aussi sa musique... <br /> <br /> Je vis aussi la poésie classique comme une bonne manière de "faire ses gammes" à la manière d'un musicien: sur la base d'une structure classique et rassurante, apprendre à être sensible à certaine musique des mots. Comme le pianiste fait son Czerny ou ses inventions de Bach, quitte à aller ensuite plus loin. <br /> <br /> Des thèmes actuels dans des vers classiques, comme dans "Le Voyageur", dont vous m'avez passé le lien? Pourquoi pas - l'idée ultime étant toujours d'avoir une adéquation fond/forme, ou, en l'occurrence, une inadéquation qui a un goût d'ironie, sur la base d'alexandrins bien troussés et convenablement rimés - ce qui n'a rien d'évident! Admirable travail, pour le coup!<br /> <br /> D'ailleurs, ce qui m'énerve un peu, c'est surtout les auteurs qui prétendent écrire en alexandrins et qui, par méconnaissance des règles, font n'importe quoi et alignent les vers boiteux... si l'on veut jouer ce jeu-là et qu'on le juge pertinent, qu'on en respecte les règles, au moins formelles. <br /> <br /> J'ai pour ma part quelques sonnets dans mes tiroirs; leur écriture m'a permis de dire d'autres choses que ce que j'envoie dans mes nouvelles ou romans. Cela, dans une forme courte reflet d'une sensation rapide, fulgurante. Vous évoquez un sonnet écrit en quatre minutes; de mon côté, je me compte une heure et un verre de vin rouge pour un sonnet. J'écris volontiers dans les bistrots, au stylo, dans un cahier - alors que je rédige mes proses directement à l'ordinateur. <br /> <br /> Un résultat? http://fattorius.over-blog.com/2016/01/dimanche-poetique-235-daniel-fattore.html<br /> <br /> D'autres résultats? Quatre autres sonnets, que vous trouverez peut-être fort sages, se trouvent dans le recueil collectif "Dans les pas de Walser, sur les traces de Rousseau", ouvrage collectif rendant hommage à la ville de Bienne.<br /> <br /> Enfin, il est vrai que certaines règles que les auteurs classiques, "poètes réguliers", s'imposent aujourd'hui, méritent débat, du reste - par exemple le rejet unanime, rabique, de l'anglicisme, reposant sur des arguments qui pourraient, devraient faire débat - il y a longtemps que je souhaite faire un billet de blog sur ce sujet. Mais sans doute vais-je me faire excommunier pour cela... <br /> <br /> Merci de m'avoir suivi jusque-là, dans cette réponse un peu en vrac... J'aurai plaisir à échanger plus avant avec vous à ce sujet! <br /> <br /> Cordiales salutations.
C
Eclosion<br /> <br /> Quelle ombre apaisera ce tronc noué de peurs<br /> Qu'un rayon automnal brûla jusqu'aux racines ?<br /> Quel homme saura voir ce buisson d'aubépines<br /> Comme une jungle drue aux éclats blancs de coeurs?<br /> <br /> Elle sort d'un abri, l'asile de ses pleurs,<br /> Les poches pleines d'eau, coupe aux nobles épines<br /> Les festons de dépits et fânes d'étamines,<br /> Verse dans la rigole un impossible ailleurs.<br /> <br /> Le vieux mirabellier offre au couple de merles<br /> Un tendre reposoir. L'été verra ses perles<br /> Couvrir de jaune et d'or le branchage alourdi.<br /> <br /> Le zéphyr chantera son air aux herbes folles,<br /> Bourdons et colibris laperont mes corolles,<br /> L'amour s'éveillera dans un ventre engourdi.<br /> <br /> Christiane Kuhk
D
<br /> Merci de ce beau texte, ainsi que de votre visite! Je vais prendre le temps de feuilleter votre blog à mon tour.<br /> <br /> <br />
C
Bonjour,<br /> <br /> je trouve votre article très intéressant, et fort juste! Je vous invite à découvrir mes ssonnets, et mon dernier recueil, Métaphorain, aux Editions Mille Poètes. Je vous invite aussi à venir écouter sur Blogtalkradio le premier mars, mon entrevue sur la poésie et la poésie classique.<br /> <br /> Christiane Kuhk
D
<br /> <br /> Merci de votre commentaire! Je m'en vais découvrir tout cela chez vous, incessamment!<br /> <br /> <br /> <br />
F
Je n'ai pas de site personnel, mais mes sonnets se trouvent sur le forum poétique http://www.lapassiondespoemes.com/.<br /> Amitiés poétiques
D
<br /> J'irai donc lire tout cela! Merci du tuyau.<br /> <br /> <br />