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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 20:01

hebergeur imageCa vient de sortir, c'est un roman historique au parfum de scandale: il s'agit du livre "Les Fauves", premier tome d'une série de deux ouvvrages consacrés aux Borgia, famille espagnole de sulfureuse réputation, liée aujourd'hui encore à quelques pages peu glorieuses de la papauté, à la fin du Moyen Age. Signé Claude Mossé, "Les Fauves", sous l'apparence d'un roman historique de facture classique, aborde, mine de rien, quelques questions en lien avec l'église catholique d'aujourd'hui. C'est qu'à l'époque, certains sujets qu'on croit propres à notre siècle agitaient déjà les hautes sphères vaticanes...

 

Les recettes de base du roman sont en effet solides et marchent à coup sûr. On pense à son style classique où affleurent quelques archaïsmes linguistiques, par exemple un certain goût pour le subjonctif imparfait. L'auteur choisit par ailleurs d'aborder son récit en utilisant pour guide le personnage de Vicente Romero, théologien et personnage lié aux Borgia. Il est suffisamment réaliste pour s'intégrer à la perfection à l'histoire (à laquelle, selon la règle du genre, il n'est pas possible de changer quoi que ce soit) et suffisamment fictif pour que l'auteur en fasse ce qu'il veut. C'est pourquoi sa destinée le conduit à divers endroits: canonisation de Sainte Catherine de Sienne, escapades entre l'Espagne et le Vatican en passant par Comtat Venaissin et Avignon: l'auteur choisit de faire démarrer son récit à l'époque où la papauté rejoint Rome après trois siècles d'anti-papauté en Avignon.

 

Je l'ai dit, la Rome des Borgia soulève aujourd'hui encore comme un léger parfum de scandale. L'auteur parvient à le recréer, sans débordements, entre mariages arrangés, manoeuvres en coulisse, enfants naturels qu'on pistonne en sous-main, amours interdites et tempéraments manipulateurs. Ceux de ses personnages qui sont issus de la famille Borgia ont tous quelque chose de machiavélique. Le caractère dépravé des moeurs d'alors entre de manière troublante en résonance avec les scandales qui secouent le clergé catholique depuis une couple d'années. La double question des pratiques sexuelles du clergé et du célibat des prêtres est également évoquée: une coïncidence intéressante, puisque "Les Borgia" paraît presque en même temps que "Sexe au vatican" de Carmelo Abbate. Mais l'ouvrage de Claude Mossé ne recherche pas le sensationnel. Du reste, Vicente Romero est le premier à appeler sincèrement de ses voeux une église meilleure, exempte de corruption - et la question de la Réforme de Martin Luther n'est pas loin non plus.

 

Pour accrocher le lecteur, la tactique de l'auteur repose sur les mystères, et cela apparaît dès le début, avec un mystérieux message que reçoit Vicente et qui va l'inciter, du lieu obscur où il étudie cloîtré, à partir à l'aventure - et, il le découvrira progressivement, à la recherche de son propre passé puisqu'il est né de parents inconnus. Des informations à ce sujet, il en recevra au chapitre 16; mais alors que certains se contenteraient de lâcher le nom des parents du personnage en question et de considérer que cela fait une fin acceptable, l'auteur des "Fauves" donne à penser que cette information soulève finalement davantage de questions qu'elle n'en résout. Ce qui suffit à relancer l'intérêt. Du mystère, le lecteur en trouvera aussi auprès de quelques personnges de second plan énigmatiques, tels Catarina Borgia (qui a ses secrets) ou Orovida, la copine juive de Vicente. C'est qu'il est aussi question d'antisémitismes, ou à tout le moins des relations complexes que la communauté chrétienne, majoritaire, entretient avec la communauté juive à la fin du Moyen Age, en Espagne et au Vatican.

 

Tous ces éléments sont traversés, pour le plus grand bonheur du lecteur, par quelques traits anecdotiques qui font couleur locale, en particulier du côté de l'Italie, à Sienne - une ville qui semble susciter, chez l'auteur, un attachement particulier. Ainsi sont évoqués quelques anecdotes sur le vin de Montepulciano, sur les raviolis et sur le Palio, course de chevaux siennoise immémoriale.

 

Sur un socle solidement classique, l'auteur dispose donc de quelques jolies ressources pour séduire son lecteur - ressources qu'il exploite avec talent. Les pages se tournent avec bonheur... et l'ouvrage, en bon tome 1 qui se respecte, s'achève sur une situation de suspens qui donne envie de lire la suite.

 

Claude Mossé, Les Borgia, Paris, HC Editions, 2011.

Photo Daniel Fattore, prise dans la cour du Musée d'art et d'archéologie de la Sénatorerie de Guéret.

 

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commentaires

avezard 30/08/2011 09:18


Sincèrement, j'ai quand même lu mieux!...et de loin!....


Daniel Fattore 30/08/2011 20:26



Sur le même sujet, lequel me conseilleriez-vous, à part la version très connue de Dumas?



avezard 28/08/2011 16:30


Et comment avez-vous vu celà?....


Daniel Fattore 29/08/2011 21:45



... comme dit dans le billet - attentif à d'autres éléments peut-être. Mais ce roman me laisse un plutôt bon souvenir.



armand 26/08/2011 09:32


Je suis d'accord avec le commentaire de Thierry....C'est vrai qu'on saute allègrement dans le temps!. et sans avertissement!...A la réflexion,on a l'impression d'un récit "bâclé", plus une
sensation de scénario de film que d'un vrai roman!...avec toutes les approximations qu'engendrent svt les scénarios...
Pour mon compte, j'ai vite "oublié" ce livre, ne compte pas lire la suite -si elle est encore aussi peu soignée, je vais encore enrager!..- et je le déconseille à tous ceux qui me demande mon avis
à la bibli municipale... Je n'apprécie pas les 'à peu près' !...
Souvent une grande publicité cache tjrs qq chose de pas net!....Que voulez-vous, il faut bien vendre!...


Daniel Fattore 28/08/2011 16:17



Je ne l'ai pas vu comme ça...



Thierry 25/08/2011 15:46


Merci Armand de souligner le problème de la Saint Barthélemy qui m'a choqué aussi. Au dela de cette bourde incompréhensible, il y a plusieurs autres choses qui m'ont gené dans ce livre.
Il est impossible de savoir à quelle époque on se situe. Rodrigue passe de 25 ans à 60 ans, sans que l'on ne s'en apercoive. Les dialogues n'ont parfois ni queue ni tete, et Vicente a un
comportement franchement suspect de temps à autre.
Mais une autre chose assez fréquente m'a encore plus gené. Je vais l'illustrer par le mariage arrangé de Lucrèce avec un espagnol. On lit d'abord que Rodrigue refuse ce mariage par peur qu'elle se
fasse tuer lors d'un soulèvement en Andalousie. Puis 2 pages plus loin, on apprend tout aussi naturellement que le mariage a été annulé pour faire plaisir à un cardinal et ainsi récupérer sa
voix... Ce livre est approximatif et mal ficelé... J'ai du mal à comprendre toutes les éloges qu'on lui fait...


Daniel Fattore 25/08/2011 22:01



... j'ai au contraire eu l'impression d'une "ligne du temps" assez soignée et linéaire...



avezard 02/08/2011 10:41


Non, lesquels?..ça pourrait m'intéresser...car je ne pense pas avoir envie de lire le second tome de celui-ci...s'il est aussi truffé de si grosses bourdes!....Je n'arrive pas à "digérer" cette
bévue!....


Daniel Fattore 03/08/2011 19:34



Seriez-vous un amateur de l'époque?
En tout cas, je me souviens d'un présentoir entièrement consacré aux romans sur les Borgia, dans la FNAC de ma ville; et en farfouillant sur Amazon (mot clé de recherche: "Borgia"), je trouve les
noms des écrivains suivants: Alexandre Dumas, mais aussi Henri Pigaillem, Victor Hugo, Juliette Benzoni, Mario Puzo (à paraître), Raphaël Carrasco (également à paraître), etc.



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