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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 22:15

hebergeur imageLa collection "L'Aire Blanche" a publié en 2010 "Fils de perdition" d'Yves Laplace. Il s'agit d'une version fortement remaniée d'un roman déjà paru en 1989 et remarqué par la critique d'alors, ce dont témoignent trois articles fouillés publiés en fin d'ouvrage. Sa préface, quant à elle, est d'un certain Olivier Rolin.

 

De quoi est-il question ici? Le titre et les exergues donnent le ton d'emblée: ce "Fils de perdition" fait référence à l'Evangile selon Saint Jean. Le roman se fonde donc sur des thèmes et idées chrétiens. Cela, pour dépeindre l'étonnante destinée de Sylvain, un garçon handicapé moteur, "qui parle comme un dieu mais marche de travers" parce qu'il a été privé d'air trop longuement à sa naissance - et va être l'acteur d'un drame familial irréversible dont plusieurs personnages, ayant voix au chapitre tout au long d'une structure polyphonique, donnent leur version.

 

Concrètement, ce sont la Genèse et l'Apocalypse qui servent de socles principaux à ce roman. De la bouche de Sylvain naît donc une théogonie en sept jours, hallucinée, développée en fonction du petit univers genevois qui entoure les jours de Sylvain. Un univers genevois par ailleurs décrit avec une précision qui frappe d'emblée - à l'instar de la description précise des règles du football, présentées comme autant de commandements religieux rigides par le père de Sylvain, Georges. Précision également sur la vision du quartier par Suzanne, la mère. Genèse enfin en ce qui concerne le fratricide... référence évidente et assumée à Caïn et Abel. Quant à l'Apocalypse, elle donne lieu à un monologue exalté de Sylvain, autour de capricornes épinglés au mur entre autres.

 

Genève est donc le décor de ce roman. Le football y est inévitable, certes. Mais l'auteur campe aussi le monde fou d'un complexe immobilier en forme d'étoile à six branches dont il décrit la vie avec une précision d'entomologue, en particulier en ce qui concerne les dures conditions qui règnent dans les structures d'enseignement. L'auteur utilise, pour la décrire, l'image d'une "Cité radieuse" et l'on pense à celle du Corbusier; mais l'aspect antiphrastique saute d'emblée aux yeux, tant les lieux sont finalement repoussants: cela n'a rien d'un Eden.

 

"Fils de perdition" tisse ainsi des liens étroits entre une cité genevoise et les textes bibliques, utilisant la première pour éclairer les seconds et vice versa, et révéler d'étonnantes potentialités. Il s'agit là d'un roman d'une profonde originalité, travaillé dans ses moindres détails, d'une vertigineuse densité. Le lecteur y retrouvera certains thèmes chers à l'auteur, tels les questions de vie et de mort, voire d'éthique autour de la naissance - ce qui ne manquera pas de rappeler "L'Inséminateur", autre roman du même auteur.  

 

Yves Laplace, Fils de perdition, Vevey, L'Aire Bleue, 2010.

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