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31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 21:02

BrindilleCela fait pas mal de temps que "Le Poids de la brindille", recueil de nouvelles de la poétesse stéphanoise Carole Dailly, se trouve sur ma pile à lire, présent comme un remous un brin coupable dans ma conscience de lecteur. C'est que l'éditeur m'a fait parvenir ce livre peu après ma lecture de "Quelques-uns d'entre nous". Fallait-il enchaîner? Ou laisser un peu de temps passer? Le temps a passé, et après lecture, je ne le regrette pas.

 

Une chose est bonne à savoir: "Le Poids de la brindille" reprend quelques nouvelles de "Quelques-uns d'entre nous", parfois réécrites. Il est donc permis de craindre un goût de déjà-lu... que j'ai justement voulu éviter. Il est cependant impossible de ne pas reconnaître, en particulier, la première nouvelle du recueil, "Le Cimetière des éléphants", née d'un concours auquel Carole Dailly et moi avons participé - de même que l'écrivaine Danielle Akakpo et bien quelques autres: elle ouvrait déjà "Quelques-uns d'entre nous".

 

Le lecteur se souviendra aussi de "Passer l'éponge"; mais la résonance sera-t-elle la même, un certain temps plus tard? A une telle distance, la lecture du "Poids de la brindille" laisse l'impression ambivalente liée à la plongée dans un univers connu: c'est rassurant, mais l'impression de déjà-lu est inévitable. Désagréable? Pas vraiment: l'un va avec l'autre.

 

Poétesse reconnue, primée, Carole Dailly impose une virtuosité des mots qui impressionne. Le sens de l'image est de tous les instants, de même que le rythme - on pense au retour structurant, rythmique, d'un dialogue mille fois réitéré dans "Présent", qui met en scène un homme atteint du syndrome de Korsakoff qui entrave sa mémoire. Le lecteur de "Quelques-uns d'entre nous" se souviendra de cette nouvelle; il reconnaîtra que d'un titre à l'autre, "Présent" ou "Un présent", la résonance du récit sera différente. Et l'écrivaine sait jouer sur les formes: "Quarante jours", titre lourd de symboles dûment visités, prend l'allure d'une série de lettres signées Carole. Il est permis d'y voir l'auteure elle-même... et d'écouter cette nouvelle épistolaire résonner avec sa parente, "Présent".

 

L'écrivaine se fait poétique et allusive dans son écriture, qui favorise l'image et les portraits plutôt que l'intrigue dûment construite. Chacune des nouvelles du "Poids de la brindille" est focalisée sur un personnage. La construction est toujours originale; quelques constantes émergent cependant, déjà identifiées dans "Quelques-uns d'entre nous". Ces personnages sont des gens comme vous et moi ou presque (ils sont souvent âgés, et les soucis du grand âge sont abordés sans fard), ordinaires en apparence - l'auteure a le chic pour déceler ce qu'il y a derrière cet aspect ordinaire, qui aurait pu paraître rebutant.

 

On peut aller jusqu'à voir une parenté entre les titres des recueils de nouvelles de Carole Dailly. Si "Quelques-uns d'entre nous" a un côté à la fois prosaïque et inclusif ("nous"), "Le poids de la brindille" joue la carte de l'image poétique. Explicitée dans l'une des nouvelles, celle-ci suggère que si chaque être humain est aussi léger qu'une brindille, cette légèreté même a son poids, que l'auteure explore avec finesse. Le choix d'un titre plus poétique, cependant, représente aussi une certaine prise de distance.

 

"Beau, intelligent, sensible": tels sont les trois adjectifs qu'Yves Morvan, éditeur et préfacier, privilégie pour décrire "Le Poids de la brindille". Contrairement à ce préfacier, je n'irai pas jusqu'à relever un humour manifeste dans ce recueil. J'y vois plutôt un regard fin et allusif sur des humains parfaitement ordinaires, attachants parce qu'ils sont "comme tout le monde". A ce titre, et parce que leur poids, si minime qu'il soit, doit être pris en compte, ils méritent notre empathie.

 

Carole Dailly, Le Poids de la brindille, Paris, Chemins de Tr@verse, 2013. Couverture peinte par l'auteure.

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