Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
Quel est le goût de la lecture d'un livre, quelles en sont les étapes? A mon humble avis, à l'instar d'un bon cigare, un bon livre n'a pas forcément le même goût d'un
bout à l'autre, et ne se consume pas, si j'ose ainsi dire, de la même manière. Et vous?
Une fois l'ouvrage sélectionné dans la PAL, je l'ouvre et passe assez vite sur les premières pages - tout en respectant le petit rituel consistant à jeter un coup d'oeil à la page de garde et,
peut-être, à relire une dédicace. Je recherche également volontiers la date de parution de l'ouvrage: en cas de texte contemporain, ça peut aider à situer l'époque: thriller d'avant le téléphone
portable, polar d'avant Internet - le climat n'est pas le même dans "Piège de cristal" de Roderick Thorpe que dans "Transparences" d'Ayerdhal. Cela, sans compter le pays de
publication. Un coup d'oeil au nombre de pages de l'ouvrage, et c'est parti!
Alors vient l'état de grâce du livre: les premières pages se dégustent avec l'enthousiasme des débuts, un enthousiasme plus ou moins prononcé qui dictera facilement le rythme de lecture - une
sorte de sprint initial, encore conforté quand on observe sur la tranche les pages qui se tournent: très vite, il y a un petit paquet de feuilles dans la partie gauche du livre ouvert.
On s'installe ensuite dans la durée, les pages tournées se voient moins que les premières. La progression se fait peut-être plus lente: l'ouvrage ne tient pas les promesses des premières pages,
il connaît ses premières longueurs, le plaisir de la découverte s'est émoussé. Ou tout simplement, on adopte un rythme de "lecteur de fond" où le premier souffle de la passion cède la place à un
second, plus profond. Cela, jusqu'au milieu du livre, qui fait, du coup, figure d'étape rituelle. Le milieu est toujours chiffrable, et plus ou moins précisément perceptible: il y a toujours un
petit paquet de feuilles en plus en fin de livre, correspondant aux pages non numérotées. Tout livre qui se respecte est en effet paginé à partir d'une page 1 qui est la couverture; mais en
général, la notation de la pagination s'arrête bien avant la quatrième de couverture.
Après la moitié, je perçois ma lecture comme une descente: le récit commence à livrer ses clés, les personnages perdent de leur mystère et, parfois, l'ouvrage perd de son aura à mesure que tout
s'explique. Les dernières pages font alors figure de sprint final dont on croit ne jamais venir à bout... Et pourtant, au terme de l'étape, reste, le plus souvent, la satisfaction d'avoir passé
un bon moment en bonne compagnie.
Photo: Flickr/Bruno Ottavi