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Ce matin, j'ai plaqué quelques accords à l'orgue dans le cadre d'un office religieux donné à la chapelle des Marches, à Broc, dans la verte Gruyère. L'édifice est charmant: une petite
chapelle construite au début du dix-huitième siècle dans la plaine qui s'étend au pied du village. Et là-dedans, une faute de goût par rapport à l'époque de construction: un orgue électrique,
planté à côté du maître-autel.
Cela laisse songeur. Pour l'animation musicale des liturgies, de nombreuses paroisses optent pour des instruments électriques ou électroniques, véritables orgues liturgiques ou instruments
généralistes. L'argument est sans aucun doute financier: ce genre d'appareil requiert moins d'entretien qu'un orgue traditionnel, et coûte sans doute moins cher à l'achat. Séduisant, quand on
sait que l'objet est finalement peu utilisé: une répétition de temps à autre, une messe parfois - et d'autant moins que de plus en plus, l'organiste n'est plus sur le pont tous les dimanches,
voire plusieurs fois par week-end.
Mais les instruments électriques ne sont pas dépourvus d'inconvénients. Le premier qui vient à l'esprit est évidemment la qualité du son, qui (et je pèse mes mots) est généralement sujette à
caution. Peut-être aura-t-on reproduit le meilleur orgue à tuyaux historique qui soit; mais à quoi bon, dans une église qui n'est pas prête à recevoir ces sons? Une petite église n'a pas
besoin de tout cela, et, comme qui dirait, l'original est toujours préférable à la copie. Cela, sans oublier, bien sûr, qu'un orgue traditionnel est construit "sur mesure" pour chaque
église, en fonction des souhaits du client, mais aussi des spécificités acoustiques du lieu, et en particulier de ses dimensions.
Autre inconvénient: l'orgue électrique a un mode de fonctionnement complexe auquel il faut s'habituer, ce qui peut stresser un instrumentiste de passage. Celui-ci doit régler le volume de
l'instrument (alors que sur un orgue traditionnel, la question se pose peu, voire pas du tout), et retrouver les bonnes sonorités. L'instrument dispose parfois de propriétés de réverbération
artificielle dont on se fiche dans une église. Naturellement, là aussi, chaque instrument a ses spécificités. On dira qu'un instrument traditionnel est aussi particulier; mais l'organiste
apprend, dans sa formation, à distinguer et dompter les différents systèmes... d'un instrument traditionnel. En revanche, certains orgues électriques semblent littéralement hantés... manque d'une
entretien ad hoc, peut-être? Un appareil électrique requiert également un minimum de soin.
Le choix d'un instrument électrique relève en outre d'une mauvaise stratégie de ressources humaines. Lors de l'entretien d'embauche, en effet, une paroisse qui dit: "Nous avons un orgue
électrique" n'est pas très attrayante par rapport à celle qui propose un instrument à tuyaux, d'une personnalité plus riche et forcément plus individuelle. Alors que la disette des organistes
fait rage, l'enjeu est loin d'être inexistant.
Electrique ou traditionnel, alors? Et s'il existait une troisième solution? Souvent, je me suis dit, en voyant certaines installations, qu'il vaudrait mieux opter pour... un piano. Certes, cela
n'a rien de traditionnel dans une église; mais cet instrument peut, aussi bien que l'orgue, accompagner une chorale, et se faire entendre dans des édifices de taille petite ou moyenne. L'argument
du recrutement du personnel musical retrouverait par ailleurs de l'intérêt: en optant pour un piano, une paroisse pourra engager un pianiste en le rassurant: pas besoin de faire le pas de l'orgue
(pédalier, gestion des jeux, etc.), il lui suffira de faire ce qu'il sait au moment de jouer des pièces en solo. Cela, sans pour autant rebuter les organistes dûment formés. Un piano requiert
certes un accordage régulier; mais c'est aussi le cas d'un orgue à tuyaux, et un orgue électrique a aussi tendance à se déglinguer si on le néglige. Alors, pourquoi pas?
Photo: Flickr/groenling