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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 18:56

Blanc OpérasArts et amitié: ceux qui affectionnent ces thèmes seront servis avec "Des opéras de lumière", très beau roman historique de Jean-Noël Blanc. Publié par les éditions du Réalgar, il met en scène deux personnalités historiques qu'on a un peu oubliées aujourd'hui: François Auguste Ravier, le peintre, et Félix Thiollier, le passementier photographe. Deux êtres du dix-neuvième siècle, que tout éloigne, y compris leur caractère un peu ours et la différence d'âge. Deux êtres aussi qu'une chose importante rapproche pourtant: le goût du paysage.

 

L'auteur a eu la possibilité de se documenter pour rédiger son roman, y compris chez des héritiers des personnages. On pense entre autres à la correspondance entre les deux hommes, généreusement citée. "Des opéras de lumière" sonne donc vrai; l'auteur avoue cependant, en postface, avoir pris quelques libertés avec le réel afin de souligner un effet, de trouver une solution plus porteuse d'un point de vue romanesque. Et surtout, il considère que le roman est mieux à même de porter son propos, autour du mystère d'une amitié, qu'une (double) biographie.

 

Cela sonne vrai aussi, justement, dans cette amitié dessinée, touchante: deux hommes qui se respectent, s'apprécient, n'ont pas forcément besoin de se parler. Thiollier veut à tout prix faire connaître Ravier? Preuve d'amitié parmi d'autres. Cohérent, Ravier se méfie quant à lui de tout compliment fait à son oeuvre. Et s'ils ne se parlent pas toujours, ils s'écrivent beaucoup, vivant loin l'un de l'autre, entre Saint-Etienne, dans la Loire, et Morestel, dans l'Isère.

 

Le temps passe, bien sûr, et l'auteur a le chic pour le montrer. Loin des grands événements du dix-neuvième siècle (qui n'en manque pourtant pas!), l'auteur choisit de montrer cette évolution des beaux-arts qui passent de l'artifice académique (peintures mythologiques léchées où abondent les nus, jusqu'à la nausée) à la peinture du paysage comme un but en soi, de plus en plus réalisée en extérieur. Cette évolution des beaux-arts fait écho, dans "Des opéras de lumière", à l'inlassable recherche d'une perfection par François Auguste Ravier, notamment dans le rendu des lumières du jour. Et en pointillé, on voit aussi la technique et l'art de photographe de Félix Thiollier évoluer, et devenir précieux. A leur manière, Thiollier comme Ravier sont des pionniers.

 

Et on est saisi par le rendu des gestes de l'artiste-peintre à l'écrit: exactitude dans la manière de dire le geste, rythme des mots pour dire la vitesse ou la lenteur du travail. Cette exactitude apparaît en d'autres endroits du roman, par exemple dans certaines descriptions particulièrement minutieuses du logement bourgeois qu'habite la famille de François Auguste Ravier lorsque celui-ci était enfant.

 

Si la musique des notes n'est présente qu'en pointillés dans "Des opéras de lumière" (entre autres par la présence de Charles Gounod, qui joue sur le piano des Thiollier), c'est bien à une musique des lumières et des mots, choisis en toute liberté et sans dissonance, que l'écrivain invite son lecteur. Celui-ci pourra en outre, au début de chaque chapitre, apprécier une reproduction d'un détail d'une oeuvre de François Auguste Ravier ou de Félix Thiollier.

 

Jean-Noël Blanc, Des opéras de lumière, Saint-Etienne, Editions du Réalgar, 2016.

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