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10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 16:08

PhotobucketRoman policier, également lu par Au creux des livresEvilysNag, Nuages et vent. Sur l'auteur: Angelita M.

 

Un roman que j'ai lu en deux tranches et dont je suis enfin arrivé à bout, après des jours et des jours de lecture qui, il faut le dire, m'ont paru interminables. "Mémoire infidèle", opus signé Elizabeth George, pèse bien ses 984 pages, lourdement comptées!

 

Je me souviens d'avoir noté la référence de cet ouvrage sur la base d'une critique parue dans le magazine "Lire" il y a plusieurs années. Tous les signaux étaient au vert: "Mémoire infidèle" était présenté comme un roman policier supérieur à la moyenne, complexe, mettant en scène, qui plus est, une belle brochette de personnages improbables: un violoniste virtuose soudain incapable de jouer une seule note, quelques vieillards et surtout un charmant jeune homme dénommé Pitchley, alias "Langue de velours", dragouilleur virtuel aux penchants sexuels étranges. On l'a compris: l'auteur a le chic pour créer des personnages à la fois louches et accrocheurs.

 

Qu'en est-il de l'histoire? Toute l'intrigue se déroule à Londres. Une vieille dame est victime d'un accident de voiture particulièrement crapuleux, puisque non content de rouler sur elle une fois, l'automobiliste qui l'a écrasée repasse dessus deux ou trois fois pour s'assurer qu'elle soit bien morte. L'équipe de l'inspecteur Thomas Lynley mène l'enquête. Elle découvre un sacré guêpier: une Allemande de l'Est, fugitive de son pays, qui a passé vingt ans en prison pour meurtre de bébé, le père tyrannique et patriarcal du violoniste, sa nouvelle copine Jill qui a des objectifs et entend bien les atteindre, quitte à exercer une certaine pression sur son amant chargé d'ans. Sombre affaire, d'autant plus que les meurtres aux apparences accidentelles vont se poursuivre tout au long du roman.

 

C'est un long livre, je l'ai dit, d'autres lecteurs l'ont constaté. Pour ne rien arranger, l'auteur n'use pas des techniques littéraires, familières des lecteurs de Stephen King ou Dan Brown, qui lui permettraient de faire paraître plus brève et d'alléger une intrigue aux noeuds particulièrement gordiens: subdivision en chapitres courts, voire en sous-chapitres; répartition de ceux-ci en "livres" ou parties. Rien de tout cela! La seule concession est l'alternance, certes créatrice d'un contraste intéressant, que l'auteur crée entre l'avancée de l'enquête du point de vue de la police et des chapitres où le violoniste, Gideon Davies, parle à la première personne. Comme changement de ton, c'est primaire: il y a là une opposition simple entre éléments strictement narratifs, riches en dialogues, et pages introspectives - une introspection dont le cadre est une psychanalyse du violoniste, sincèrement désireux de savoir ce qui a conduit à son incapacité de jouer. Quitte à (re)découvrir de terribles vérités...

 

... et là aussi, je ne suis pas psychiatre, mais il me paraît quand même peu crédible d'oublier LA scène capitale de ce roman. Un peu de paraphrase est ici nécessaire, ainsi qu'un soupçon de spoiler: c'est bien Gideon Davies qui a tué le bébé... et c'est la nounou est-allemande qui est allée en prison à sa place, pour vingt ans; le père couvre le tout. Personnellement, je ne crois pas qu'un être humain, même un enfant, soit en mesure de simplement refouler un événement aussi important. En revanche, on comprend volontiers que si le père se révèle odieux et menteur en fin de roman, c'est que la charge qu'il a accepté de prendre sur ses épaules (pour ne pas dire sa conscience) est inhumaine.

 

Rien d'un page-turner, donc! Cela, d'autant plus qu'en début de lecture, il est difficile de faire le lien entre les différents personnages observés (c'est qui, cette Katie Waddington, sexologue obèse, qui se fait écraser en début de récit?) Quant à l'idée de consacrer certains chapitres au discours de Gideon Davies, cela ne peut qu'attirer l'attention sur lui; il est dès lors assez délicat, pour l'auteur, de mettre en oeuvre tout un attirail d'intrigues secondaires bizarres pour détourner l'attention de ce personnage pourtant mis en évidence par la structure du roman elle-même. Difficile, pour le lecteur, d'écarter le regard de ce qui se trouve sous les projecteurs! Alambiquée, non exempte de longueurs, l'histoire est cependant sauvée, quelque peu, par un certain humour, qui se niche dans la description des personnages secondaires ("Langue de velours", amateur de femmes d'âge très mûr, vaut le détour; quant aux policiers, pour s'en faire une idée plus complète, le lecteur est invité à lire les autres romans de l'auteur) et dans certaines images particulièrement choc, telles celle-ci: "Une toison pubienne qui ressemblait à un W.-C. quand on vient de tirer la chasse." (p. 773 - bon appétit!).

 

Il paraît que d'autres romans mettent en scène Lynley et sa fine équipe... pas sûr que je m'y remette. Sauf si l'auteur promet de faire maigrir ses romans à l'avenir...

 

Elizabeth George, Mémoire infidèle, Paris, Presses Pocket, 2003.

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commentaires

maeve 15/04/2010 19:26


J'aime beaucoup aussi ce que fait Elizabeth George, même si ses pavés sont longs à lire à cause de son écriture soucieuse du détail. Pas encore lu celui-là.


Daniel Fattore 15/04/2010 22:00



Pas sûr que j'aie envie de m'y remettre dans l'immédiat... il faut dire que "Mémoire infidèle" fut particulièrement long à mon goût.
Un jour, peut-être...?
Merci de cette visite!



Evilysangel 11/04/2010 17:24


Tu en es finalement arrivé à bout de ce "pavé"!... ;-)... Car là c'est plus qu'approprié : non seulement il y a beaucoup de pages, mais certains "égarements" du récit en font qu'il devient presque
indigeste. Moi qui suis pourtant assez fana de "gros" livres, j'ai vraiment eu beaucoup de mal... Tout comme toi, je ne suis pas sûre d'avoir envie de retourner vers cette auteur... Ceci dit, vu
son succès en librairie, elle a sûrement un public de fans très fourni... Si je trouve d'autres titres en occasions, je me laisserais peut-être tenter, mais rien n'est moins sûr...


Daniel Fattore 11/04/2010 17:51



C'est long, c'est long... on est d'accord! Et effectivement, il y a quelques égarements - je les ai du reste aussi ressentis comme tels. Reste qu'Elizabeth George a effectivement un lectorat
fidèle et nombreux.
Bonne chance... et surtout merci de votre visite!



dominique 11/04/2010 10:54


Vous avez lu trois cent pages de plus que moi ! Sans doute est-ce une nouvelle traduction qui ne nous fait pas grâce de certaines longueurs...
Je ne lis plus cet auteur, en effet découragée par la multiplication des intrigues secondaires dans ses romans récents.
Les premiers roman d'Elizabeth George étaient plus courts. Mon préféré est " un goût de cendres" d'environ 400 pages où l'on fait connaissance avec les deux inspecteurs.


Daniel Fattore 11/04/2010 17:55



Comme quoi!
Tout cela m'a paru très, voire trop complexe - l'idée de complexité ne me rebute pas, mais j'aime qu'un polar soit un peu rapide et ne passe pas son temps à flâner çà et là. Celui-ci est une
belle pièce (en termes de quantité), mais je crois que je vais en rester là...



Angélita 11/04/2010 07:19


Ce n'est pas le meilleur Elizabeth George, je le confirme.
Je l'ai beaucoup moins aimé que ceux avec ces personnages fétiches (et ils ont moins de pages


Daniel Fattore 11/04/2010 17:53



Merci pour cette confirmation! J'avais lu une bonne critique de cet ouvrage, mais sa lecture me donne l'occasion de relativiser.



L'Ogresse 10/04/2010 21:17


J'adore ton billet, savoureux (arrgh, tu vas encore me traiter d'ogresse !). Dommage que ce livre ne le soit pas. Enfin, merci du conseil, il y avait pourtant de tres bons ingredients au depart...


Daniel Fattore 11/04/2010 17:52



Merci pour ces compliments!
L'ouvrage m'a paru copieux, voire bourratif... donc hum-hum!



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