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22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 17:13

hebergeur image

Lu par Baratin.

 

"L'image est moyenne mais on reconnaît aisément à l'extrême gauche le ministre de l'Industrie, Dominique Strauss-Kahn, en polo Lacoste, l'air très fatigué, très soucieux, pas rasé, accoudé à la table, les mains jointes sous le menton." Est-ce un extrait de la presse de ces derniers jours? Non: il s'agit d'une phrase tirée de "Poste mortem" de Jean-Jacques Reboux, roman policier foutraque et survolté publié en 1998 aux éditions Baleine et repris en Folio Policier en 2005. Je jure que je n'ai pas lu ce livre pour surfer sur l'actualité; mais force m'est de constater que ça tombe plutôt bien...

 

Rappelons la trame de ce roman: Simone Dubois, employée des Postes ayant pour objectif de carrière le poste envié de receveuse à Saint-Martin-des-Besaces (Calvados, localité connue pour abriter un champion d'orthographe de renom - que je remercie de m'avoir obligeamment conseillé ce livre), séquestre son ministre de tutelle et lui raconte sa vie. Comme elle est totalement givrée (cliniquement foldingue même), l'histoire prend vite un tour délirant.

 

Faisant la part belle aux dialogues, ce roman présente une structure simple, qui se complexifie cependant à l'arrivée et accorde beaucoup de place à la parole des personnages. L'auteur fait en effet alterner les stances de Simone Dubois, qui raconte sa vie d'une manière quasi célinienne à son illustre otage, et les délibérations d'agents de police et de gendarmerie manifestement peu préparés à réagir à une prise d'otages. Et plus loin, le lecteur sera confronté à des coupures de presse fictives, à un dialogue "wrathien" entre un éditeur et un écrivain et à des comptes rendus de menées de syndicats.

 

Dès le début, l'auteur prévient le lecteur: Simone Dubois existe, il l'a rencontrée. Le lecteur doit toutefois prendre en compte le fait que tout, dans ce roman, est un mensonge, Simone étant, en particulier, une mythomane et une cinglée de premier ordre. Mais le mensonge du roman n'est-il pas la technique ultime pour donner à ce genre littéraire l'illusion du réel? L'auteur, ici, met les choses au point dès le départ. Le mensonge nourrit par ailleurs l'intrigue: Simone Dubois prétend avoir tué une dizaine de postiers, mais comme elle admet avoir raconté des craques la première fois, elle reprend son récit du début, ce qui permet au lecteur d'avoir deux histoires de serial killeuse pour le prix d'une. Bonne affaire, non? Mais du coup, qui et que croire?

 

Le ton est, je l'ai dit, un rien célinien. Il y a de la hargne dans les propos de Simone, et une oralité qui ouvre la porte au délire le plus échevelé. Outre Dominique Strauss-Kahn, tout un tas de politiciens des années 1990 sont les acteurs involontaires de ce roman, à commencer par François Mitterrand, rebaptisé Tonton Vichy par une Simone Dubois peu amène envers lui (elle a voté Giscard, ma foi...). Et puis, l'auteur, qui a travaillé longtemps au service des Chèques postaux qu'il peint tout au long de son roman, fait preuve d'un sens aiguisé de l'observation. Autour de Simone, gravite en effet une belle brochette de cas sociaux aux comportements étranges, à l'instar de la femme qui urine dans ses culottes ou de tel anarchiste adepte de l'entropie - autant d'animaux malades de "La Peste", comme est rebaptisée l'institution. Enfin, peu à peu, le lecteur pourra peut-être se perdre dans la multiplicité des personnages, qui changent de nom au gré de la fantaisie de l'auteur, qui joue ainsi la carte du retournement de situation: Simone a-t-elle une soeur? La femme du policier est-elle également son otage? Et que faut-il faire d'Anne Sinclair? Enfin, l'otage, ficelé sur une chaise, les yeux bandés par un slip de femme, est-il vraiment Dominique Strauss-Kahn?

 

Avez-vous déjà vu Dominique Strauss-Kahn fumer des joints? Si ce n'est pas le cas, je ne peux que conseiller ce roman noir absolument délirant, au rythme démentiel - car non content de savoir manier l'invective, l'auteur sait aussi critiquer les évolutions de La Poste et faire progresser une intrigue, en noyant délicieusement tout cela dans un grand éclat de rire.

 

Jean-Jacques Reboux, Poste mortem, Paris, Baleine/Folio, 1998/2005.

 

Photo du livre: Daniel Fattore.

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commentaires

Patrick 28/05/2011 18:55


Si vous avez aimé Poste Mortem, vous ne serez pas déçu par De Gaulle, Van Gogh, ma Femme et Moi, du même auteur.


Daniel Fattore 29/05/2011 21:15



Bonsoir et merci du tuyau! Je note...



Alex-Mot-à-Mots 23/05/2011 16:05


En plein dans l'actualité.


Daniel Fattore 23/05/2011 18:03



Le pire, c'est que ce n'était pas volontaire...



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