Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
Il y a quelques
jours, je vous parlais des vicissitudes du lecteur de fond, celui qui s'attaque à des ouvrages de longue haleine dépassant allègrement les mille pages. A présent, j'ai envie d'évoquer l'extrême
inverse, à savoir les ouvrages particulièrement brefs - pour être plus précis, ceux dont l'épaisseur se situe en dessous de la barre psychologique des 200 pages. Et de partager ce que je ressens
par rapport à eux. L'enjeu n'est pas nul, alors qu'un challenge "Folio 2 euros", lancé par l'excellente Cynthia, fait actuellement un tabac...
De mon côté, j'ai une position ambivalente vis-à-vis de tels ouvrages - que je vous expose ici.
On est en effet tenté, et je le suis aussi, de se dire qu'un tout petit livre, ce sera vite lu et permettra de découvrir à bon compte la prose d'un nouvel écrivain. Deux euros, dans un cas
extrême (celui de la collection citée), c'est peu de chose: certes, cela ne suffit plus à payer un café en Suisse, mais l'ouvrage acheté à ce prix dure plus longtemps. Cela implique donc une
profusion de tels ouvrages dans une PAL: on se dit que ce sera vite lu, et que l'"objectif PAL" sera vite atteint. Et puis, découvrir un auteur, quoi de plus louable? La tentation est donc grande
de s'en procurer dès que possible: si en plus la découverte ne coûte pas cher... Cela, d'autant plus qu'au moment de l'achat ou de la lecture, les tout petits livres prennent peu de place
dans un sac, voire dans une poche - et qu'on ne regrette pas, ou si peu, l'argent ou le temps investi si d'aventure il déplaît.
Effet pervers: puisqu'on se dit que le "petit livre" sera vite lu, on s'efforce de faire en sorte de le lire en peu de temps. Dès lors, deux cas de figure, sachant qu'un livre réclame son dû en
minutes: soit on lui consacre le temps qu'on souhaite, quitte à sacrifier d'autres choses et à lire à marches forcées pour l'avoir fini dans la journée même où on l'a commencé (belle victoire,
allez!), soit on lit à son rythme... et on est frustré de ne pas l'avoir lu dans la journée, justement: après tout, un petit livre, ça se dévore en une bouchée, non? Et une bouchée qui dure trois
jours, vous l'accorderez, c'est un peu indigeste.
Résultat de cet effet pervers: on se réserve les livres courts pour les périodes où on a vraiment du temps, genre deux ou trois heures devant soi pour ne se consacrer qu'au dernier
Nothomb. Or, à une époque où le temps est un luxe plus précieux qu'une rivière de diamants, rares sont les heures qu'on peut ainsi aligner! Et ne venez pas me parler d'heures d'avion:
si je pars en voyage, je préfère avoir un gros livre que plusieurs tout petits qui s'égaillent dans mes bagages. Sans compter qu'embarquer avec soi un tout petit livre (ou même plusieurs), c'est
s'exposer à la panne sèche de lecture, douleur à nulle autre pareille pour le Lecteur Compulsif Anonyme. Quant à moi, j'aime avoir de la réserve, et je calcule large...
Du coup, ces ouvrages très courts finissent par prendre racine dans les piles à lire, faute d'avoir trois heures devant soi pour n'en faire qu'une bouchée... et quand il s'agit de déstocker (par
exemple dans le cadre d'un challenge "Objectif PAL"), c'est fastidieux... à moins qu'on n'y prenne un plaisir incommensurable! Reste qu'on ne voit pas la pile diminuer...
... alors, êtes-vous plutôt du genre "Je prends un gros livre, ça fait plaisir et ça fait une monstre place sur la PAL" ou "Je trie le gravier à la main"? Cela, naturellement, sans
jamais oublier la notion du plaisir de lecture...!