Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, Bookworm, Cagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik
SOUS-PREFECTURES
Province, feux voilés, bruits inquiets, angoisses...
désirs devivre ainsi qu'on a toujours vécu...
logis à croupeton dans l'ombre des paroisses...
grand'mères avec des bonnets et des fichus...
Les robes ont le pli des choses jamais mises.
Les étoffes, d'un temps qu'on ne peut préciser,
gardent comme une odeur de lainage et d'église.
On usera toute une vie à les user.
Et des vieilles qui vont tout bas, comme elles peuvent,
toutes gauches den'être pas agenouillées,
meublent la rue ainsi de vieilles robes neuves
qui, même sur leur corps, on l'air d'être pliées.
On les dépasse. On cherche une vie et des êtres...
On longe des couvents et des murs d'hôpitaux.
Et l'on ne voit des yeux qu'à travers des fenêtres
où des géraniums fleurissent dans un pot.
Tout est humble et silencieux. Sur l'Esplanade,
des vieux inoccupés passent le long des bancs.
Ils viennent là, vieillir d'un jour sous le ciel fade,
ralentissant leur vie afin d'emplir le temps.
Sous les grilles, dans les jardins, les roses dorment.
Les enfants ennuyés, attentifs, doux et las,
les jeunes filles, sous leurs nattes d'uniforme,
grandissent quelque part,au fond des internats.
La ville sonne creux au choc clair de ses cloches.
Le sonmeurt dans l'air vide où les choses sommeillent.
Aux angles des toitsbas le jour lent s'effiloche...
Les maisons ont l'odeur des armoires de vieilles.
- Et quand nos trains, dans ces dortoirs à bonnes femmes,
entreront, ébranlant la gare ensommeillée,
nous essuierons du doigt la portière embuée,
et nous murmurerons: "Evêché... 10.000 âmes...".
Paul Géraldy (1885-1983), cité dans Les Cahiers du Ru, n° 26/hiver 1995/96.