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6 septembre 2013 5 06 /09 /septembre /2013 20:58

hebergeur imageLu dans le cadre du défi Thriller.

 

Tout commence par un accident de voiture. Et tout s'achève par son élucidation... Avec "Le Passager silencieux", l'écrivaine Viviane Moore entraîne ses lecteurs à travers l'Europe occidentale, à une vitesse qui dépasse largement les limites autorisées. Et si je le dis ainsi, ce n'est pas pour rien: l'auteure a choisi, et c'est là un gage d'originalité, de dépeindre un de ces rallyes qui, à l'instar du fameux Gumball 3000 ou du Cannonball (qui a défrayé la chronique dernièrement), jettent quelques milliardaires passionnés de belles et puissantes voitures sur les routes du Vieux Continent. Une quinzaine d'équipages de deux personnes se jettent dans une course qui n'a aucune existence officielle et qui, partie des environs de Londres, va jusqu'au circuit du Nürburgring en passant par Monte-Carlo, Imola et le Liechtenstein. Evidemment, ce sont des affaires de riches: la simple inscription à une telle course coûte, à vue de nez, quatre ans de SMIC. Le champagne est compris dans le prix, mais pas la bagnole.

 

hebergeur image

Et force est de constater que l'auteur sait choisir les véhicules de ses personnages: on se retrouve avec des BMW, des Ferrari Maranello, des Lamborghini Countach, des Mercedes et quelques chars susceptibles d'atteindre les 300 km/h sans trop de peine. Les personnages, quant à eux, sont fortunés - parfois même, ce sont des célébrités un brin dévoyées. L'auteur adopte le point de vue des personnages les moins adaptés à ce milieu, à savoir, en premier lieu, un écrivain susceptible de relater le tout, et, en second lieu, la fille adoptive d'un milliardaire grec qui se ressent de son statut d'orpheline. C'est de bonne guerre, attendu même: il est plus facile, pour le grand nombre des lecteurs que nous sommes, de s'identifier à de tels personnages: s'ils ne sont pas comme les milliardaires inhumains qui concourent, c'est - logique, Eric - qu'ils sont comme nous.

 

Reste que côté personnages, l'auteur aurait pu creuser davantage. Une quinzaine d'équipages, c'est trente bonshommes et bonnes femmes, sans compter les officiels, avec chacun leurs motivations et leur face d'ombre. Or, cela reste finalement assez superficiel dans ce roman, qui se résume à l'idée du "Que le meilleur gagne": la narration eût gagné en force si chacun des équipages, voire des personnages avait une bonne raison de gagner - la survie, par exemple, comme dans "Marche ou crève" de Stephen King ou "Battle Royale" de Koushoun Takami. Cela dit, si l'on veut coller à la réalité d'une telle course, il faut bien dire que la victoire n'est pas forcément l'objectif majeur. Mais la question n'est que reportée: après tout, qu'est-ce qui pousse ces gens sur les routes? Les liens hors course qui existent sont suggérés, mais pas du tout exploités.

 

"Et alors, il y a des morts?" me demanderez-vous, l'oeil curieux, la lippe pendante. Oui. Et il y a même des trucs illégaux - forcément, puisque l'histoire relate une course de voitures sur les routes que vous et moi utilisez tous les jours dès que vous prenez le volant. Cela va de l'excès de vitesse à l'accident mortel, et les radars anti-radar ne chôment pas. Cela dit, l'équipe des coureurs est elle-même hantée par un assassin... ses motivations sont un peu légères, à mon avis; tout au plus peut-on lui trouver les excuses, difficiles à accepter pour les braves ressortissants de la classe moyenne que nous sommes, liées à une certaine psychopathologie des grandes fortunes. C'est finalement pour Elizabeth et John Cavendish que le lecteur ressentira le plus d'empathie: ce sont des gens normaux, réalisant un rêve des plus accessibles, impliqués dans un accident de voiture mortel causé par la course dépeinte par ce roman. Du coup, tout le monde va se demander ce qu'il advient de John, le survivant... et ça va durer tout le roman, jusqu'à la dernière ligne. De la part de l'auteur, c'est une bonne combine pour mener son lecteur à la fin du "Passager silencieux".

 

Un tour d'Europe sans véritable tourisme, de belles carrosseries vues de manière superficielle, une course finalement assez sage (sur le ton de "roule si tu le veux, tue si tu le dois, et ne fais pas d'autre fantaisie"), et un monde huppé finalement superficiel: il faut bien admettre que cet ouvrage, certes rédigé dans un style fluide et accrocheur à l'américaine, déçoit. Cela, d'autant plus que les personnages mis en scène, cosmopolites s'il en est - et en particulier issus du monde anglo-saxon - paraissent bien au courant de la France, premier pays traversé par le rallye, et des autres lieux: personne ne se perd, merci au GPS! Qu'en retenir, alors? Le récit trop rapide et trop court d'une expédition à travers l'Europe (excès de vitesse, avez-vous dit? Celui des personnages ou celui de l'auteur, qui aurait pu prendre le temps de la narration)... et, à titre personnel, le fait qu'à l'intérieur de la couverture, une illustration reproduit une carte où apparaissent la ville où je vis à présent et celle où j'ai fait mes écoles.

 

Viviane Moore, Le Passager silencieux, Bordeaux, Elytis, 2011.

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commentaires

Liliba 08/09/2013 15:14

Ah dommage, car le sujet aurait pu être passionnant ! J'ai déjà entendu parler de ces courses de voitures, et en effet, il y a de quoi trousser un roman bien prenant.

DF 10/09/2013 22:12

Pas tout à fait à la hauteur de mes attentes, en effet - en dépit d'une certaine intrigue policière. Et Viviane Moore m'a déjà fait passer de meilleurs moments... Dommage!

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