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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 20:27

hebergeur imageLe blog de l'auteur: Mélanie Richoz.

Lu dans le cadre du défi "Premier roman".

 

L'écrivaine Mélanie Richoz lira "Tourterelle" le vendredi 7 juin à 20 heures au centre "Le Phénix" de Fribourg (rue des Alpes), dans le cadre des lectures de la Société fribourgeoise des écrivains. La guitariste Emilie Zoé assurera les intermèdes musicaux.

 

Il est des histoires d'amour qui sont brèves, intenses, et denses par conséquent, dès lors qu'on les jette sur le papier. Elles font vibrer les personnes qui les vivent, et celles et ceux qui les lisent. Et lorsque l'histoire est perçue du point de vue féminin, cela donne "Tourterelle", qui est le premier roman de l'auteure fribourgeoise Mélanie Richoz.

 

Tout commence avec la force du premier mot: une deuxième personne du singulier qui interpelle, certes, mais rappelle aussi qu'en amour, l'autre est tout. Le premier paragraphe est du reste entièrement consacré à décrire l'être qui va être aimé, la première personne du singulier, le "je" de la narration, n'apparaissant qu'au deuxième paragraphe alors que c'est de son point de vue que le lecteur va vivre l'expérience littéraire de "Tourterelle". Le lecteur devine ainsi, dès le départ, que "Tourterelle" est une longue lettre d'amour déguisée en roman.

 

Si le "tu" est omniprésent, le "je" lui fait réponse, la narratrice exposant ses propres sentiments à l'égard d'un destinataire auquel elle ne donne jamais directement la parole, préférant dévoiler elle-même quelques traits de sa personnalité - entre autres une accoutumance précoce à l'alcool et un goût pour la musique. Donner la voix à la narratrice pour qu'elle se décrive constitue une option nécessaire pour emporter l'attachement du lecteur, qui découvre ainsi une personne attachante, qui paraît vivre son éducation sentimentale à trente-neuf ans avec un jeune homme de vingt ans, après un mariage présenté comme insipide. Le lecteur appréciera cependant le fait que le récit n'a jamais le temps ni l'occasion de basculer dans un narcissisme stérile.

 

Au-delà d'un profil strictement descriptif (la narratrice est humblement active dans les soins médicaux, âgée de 39 ans, physiquement plutôt sèche), l'auteure creuse la personnalité de la narratrice en mettant l'accent sur la vie des sens. Le corps apprend aussi, et en prenant des rondeurs, il fait figure d'écho concret à une véritable étape dans la vie intérieure soudain riche de la narratrice: "J'ai pris des hanches. Mes seins se sont arrondis. Ils sont jolis. Mes mamelons extraordinairement érectiles. Hypersensibles. Je pourrais jouir par simple effleurement des tétons. Le caractère anguleux, que la maigreur infligeait à ma silhouette il y a encore quelques mois, s'estompe. [...]" (p. 78).

 

Exprimée sans détours, cette sensualité exacerbée constitue l'apex d'un récit tout en gradation, empreint de poésie et d'une musique amoureuse. Suggérée de manière concrète par quelques titres fameux ("La Vie en rose", "La Javanaise"), cette musicalité est reflétée par la prosodie qui imprègne un récit rythmé par des chapitre si courts qu'ils font parfois figure de poèmes, et par des retours à la ligne inattendus qui mettent certains mots en évidence.

 

Sous des dehors poétiques parfois envoûtants, ce récit recherche aussi la précision. Les incises, composées entre deux barres obliques dans une typographie distincte du reste du texte, en sont l'exemple le plus frappant pour le lecteur. Prenant son lecteur par la main, l'auteur glisse ainsi des précisions sur son récit, indiquant les sous-entendus qu'il faut comprendre au détour de telle ou telle phrase, ou précisant un mot glissé dans une phrase. Elle paraît suggérer ainsi qu'il suffit de prononcer un mot de deux manières différentes pour qu'il prenne un autre sens - et cela semble marcher, pour peu qu'on prenne la peine de lire les phrases concernées à haute voix.

 

Enfin, que penser du titre? Il peut étonner, mais constitue l'élément le plus riche et le plus poétique de ce bref ouvrage. C'est un patient italien âgé que la narratrice soigne qui sert de trait d'union, et c'est là que, dans le corps du récit, apparaît l'image de la tourterelle - qui roule les R comme un Italien qui parle avec l'accent. Mais c'est bien, en dernier ressort, la narratrice qui joue le rôle de la tourterelle, et la structure de l'ouvrage le dit bien: rédigée en italiques en ouverture de récit, la liste des tourterelles existantes suggère l'arc-en-ciel des sentiments qui est celui des amoureux. Et en fin de roman, même si elle se retrouve isolée, la narratrice prend son envol, certes avec la complicité d'un avion, pour un lieu qu'elle aime. Seule. Et, héritière de l'épisode sentimental relaté par "Tourterelle", libre de grandir et de passer à autre chose.

 

Mélanie Richoz, Tourterelle, Genève, Slatkine, 2012.

 

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commentaires

Anne 21/05/2013 22:54

Ca a l'air bien joli, comme le titre. C'est une petite maison d'édition suisse ?

DF 21/05/2013 22:59

Au niveau suisse, la maison a même une certaine importance; elle est connue pour la qualité de ses fac-similés d'ouvrages anciens, mais édite aussi des romanciers - entre autres. Si tu veux en savoir plus, je ne peux que t'inviter à visiter le site de la maison: http://www.slatkine.com/

Quant à ce roman de Mélanie Richoz, je ne peux que te le conseiller! C'est court, mais aussi intense et travaillé en finesse et en poésie. Elle a publié depuis un deuxième roman, "Mue", toujours chez le même éditeur.

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