Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 21:33

AimantAprès Mykonos hors saison, l'écrivain et homme de radio Richard Gaitet revient avec un beau voyage, encore plus agité que le tour des les îles grecques désertées. "L'Aimant" est un beau livre, habillé d'une couverture cartonnée qui n'est pas sans rappeler les fameuses éditions Hetzel de Jules Verne et servi par une typographie qui a de quoi surprendre. La lecture, enfin, ne déçoit pas: c'est un brillant hommage à la littérature d'aventures, imprégné du récit des aventures d'Arthur Gordon Pym, relatées en leur temps par Edgar Allan Poe. Du mystère, de l'action, de l'insolite, et même du sexe: voilà de quoi séduire le lecteur contemporain!

 

Mêlant le vrai et le faux, l'auteur se fonde sur quelques aspects non élucidés des aventures d'Arthur Gordon Pym, et cherche à les éclairer à sa manière. Tout commence tranquillement, certes, avec un Belge de vingt ans, Gabriel Chanteloup, qui s'embarque comme mousse à bord du Sirius. La narration annonce la couleur: le ton est joueur, familier ou canaille, annonçant d'emblée un roman éclairé par un gros, gros grain de folie. On pourrait croire à un joli récit de voyage s'il n'y avait quelques aspects étranges pour le troubler. En particulier la mystérieuse disparition des pièces de monnaie du monde entier - sauf des Açores, allez savoir pourquoi... Toutes ces pièces envolées ont un côté pile ou face, tout comme "L'Aimant" se compose en deux parties, l'une lumineuse, l'autre sombre. Au lecteur de juger, toutefois, tant il est vrai que chaque partie a ses zones d'ombre et de lumière.

 

Le lecteur est agréablement frappé par une constante: ses personnages adorent se raconter des histoires. L'auteur ouvre ainsi autant de fenêtres vers un univers à tiroirs qui démultiplie la profondeur de son roman. Souvent, ces histoires sont insolites, voire incroyables; mais plus d'une fois, elles sont dûment sourcées et, si bizarres qu'elles paraissent, elles ont un fond de vérité. Il n'est qu'à penser à ces amateurs de karaoké philippins qui, un brin extrémistes, tuent ceux qui osent massacrer "My Way" de Frank Sinatra lorsqu'ils prennent le micro. Et puis, gageons que l'écrivain a mis un peu de lui-même dans Gabriel Chanteloup qui, face au micro de la radio du bord du navire, se trouve astreint à parler sans cesse, à raconter des légendes hénaurmes pour ne pas laisser le silence s'installer sur les ondes.

 

Sexe? Voilà un élément devenu bien présent dans les romans d'aventures d'aujourd'hui. L'auteur dose admirablement cet aspect, en mettant en scène une figure féminine de professeure d'université nymphomane, Alizea, qui apparaît de façon épisodique. L'auteur lui place un tatouage "au sud de son corps", annonciateur du lieu où "L'Aimant" va trouver son dénouement: l'Antarctique. Femme chaude pour dénouement glacial... mais la jonction finira par se faire, et gageons qu'elle ne sera pas tiède! Alizea est une figure féminine forte du roman, de même que l'est, à sa manière, la mère de Gabriel - qui, comme toutes les bonnes mères du monde, est capable d'aller littéralement au bout du monde pour retrouver son fils. La mère contre la putain? Il est permis de penser à cette opposition classique, qui tiraille Gabriel Chanteloup entre les deux figures féminines antagonistes qui marquent sa jeune vie.

 

Et le titre? L'auteur a l'audace de mettre en scène un "sud magnétique" capable d'affoler les boussoles. Il le dessine peu à peu, par allusions mystérieuses, au gré d'une navigation hauturière où tout ne se passe pas comme prévu. L'auteur se plaît d'ailleurs à reconstituer certaines légendes liées à la haute mer, ainsi que des rituels, tel celui du passage de l'Equateur.

 

"L'Aimant" est donc un roman d'aventures amusant, dynamique et brindezingue, qui va crescendo et dont le terrain de jeu est le monde entier. Il est porté par une écriture vivace qui donne au lecteur l'impression délicieuse d'avoir en face de lui un copain un brin mythomane qui lui raconte des histoires, un verre d'alcool à la main. Et il constitue aussi un hommage épatant aux romanciers d'aventures d'autrefois. Jules Verne et Edgar Allan Poe sont les premiers d'entre eux; mais l'auteur sait étendre les références culturelles qu'il cite, allant au-delà de la littérature et laissant à l'auteur le soin de deviner, page après page, à qui il fait allusion.

 

Richard Gaitet, L'Aimant, Paris, Intervalles, 2016. Ouvrage enrichi de superbes illustrations de Riff Reb's.

Partager cet article
Repost0
8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 19:53

hebergeur imageLu par Yv.

 

Richard Gaitet? Les lecteurs réguliers de ce blog connaissent cet auteur sous le nom de Gabriel Robinson, auteur des "Heures pâles". Avec "Découvrez Mykonos hors saison", l'auteur propose un court roman (75 pages tout mouillé) qui ambitionne d'offrir au lecteur des heures solaires. Celles-ci sont fraîches, en fait, entre tentatives de drague avortées et climat frisquet. Elles sont aussi empreintes d'humour potache et de poésie, et n'échappent pas à l'imagerie liée à Mykonos, île festive, ni à la Grèce antique, terre de mythes par excellence.

 

Humour? A partir de presque rien, l'auteur parvient à construire un roman rythmé où les péripéties, certes monotones, ne manquent pas d'esprit. Celles-ci adoptent un rythme circadien, la cuite constituant le rituel vespéral. Narré de façon variée, ce rituel évite au lecteur l'écueil de la monotonie écoeurante. Le ton est d'ailleurs plutôt amusant et plein de faconde hyperbolique, avec des images qui font du narrateur et de son compagnon des quasi-héros d'Odyssée, héros d'un combat sans combattants ou presque, puisque Mykonos la festive, patrie des Mykoniotes, est déserte hors saison. Le lecteur relèvera par ailleurs quelques sorties pour le moins potaches: l'auteur ose ainsi écrire "Sur ces entrefaites, le vieux Nino rota." Amis des films de Federico Fellini, vous voici salués!

 

Les journées dépeintes dans "Découvrez Mykonos hors saison" sont semblables pour les protagonistes. La référence à Sisyphe heureux de pousser son rocher est présente, et renvoie à toute l'absurdité d'un voyage à Mykonos alors qu'il n'y a pas d'ambiance. Ces journées font aussi penser à la figure de Calypso, issue de l'Odyssée: jour après jour, les voyageurs mis en scène se sentent retenus sur l'île de Mykonos par des femmes. Soudain protéiforme, la figure de Calypso est remise au goût du jour: une fois, elle prend les traits de deux prostituées roumaines; un autre jour, c'est une certaine Demitra; une autre fois encore, c'est une autre femme, pas forcément grecque d'ailleurs: on a les odyssées qu'on peut. L'incitation à rester est encore accentuée par l'irruption d'une grève qui contraint les personnages de ce roman à rester sur place.

 

De la poésie enfin, nous retiendrons la capacité qu'a l'auteur de recréer une langue vivante, dynamique et parfois verte - celle du narrateur, jeune voyageur subissant la désillusion de passer par Mykonos, capitale festive de l'Europe, à une période où rien ne se passe. Le jeu de l'illusion linguistique commence avec le titre du roman, "Découvrez Mykonos hors saison", qui arbore les allures d'un (anti-)guide touristique, confirmées par la première phrase, qui a tout de la description des moeurs locales: "Le dimanche à Mykonos, les gens repeignent." Cela, sans oublier la mention des noms des bars fréquentés... et leur description. Entre choses vues, arnaques évitées ou non et traditions découvertes malgré tout, l'auteur de "Découvrez Mykonos hors saison" réussit donc à offrir une vision atypique, rafraîchissante en période de vacances estivales, d'une certaine île des Cyclades.

 

Richard Gaitet, Découvrez Mykonos hors saison, Paris, Intervalles, 2014.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de Daniel Fattore
  • : Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
  • Contact

Les lectures maison

Pour commander mon recueil de nouvelles "Le Noeud de l'intrigue", cliquer sur la couverture ci-dessous:

partage photo gratuit

Pour commander mon mémoire de mastère en administration publique "Minorités linguistiques, où êtes-vous?", cliquer ici.

 

Recherche

 

 

"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit."
Marc BONNANT.

 

 

"Nous devons être des indignés linguistiques!"
Abdou DIOUF.