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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 21:02

Le choix d'un vin n'a rien d'évident lorsqu'on se trouve dans une grande surface. Ne pouvant goûter le produit avant d'acheter, le consommateur doit s'appuyer sur deux éléments déjà plus éloignés de celui-ci: ses connaissances propres et ce que la bouteille lui raconte: le prix, bien sûr, mais aussi l'esthétique de l'étiquette, la forme de la bouteille, l'origine du breuvage, le taux d'alcoolémie, l'option bio (qui grignote les rayonnages!), etc. Et parfois, des vins ont une histoire à vous raconter. Cruciale ou anecdotique, elle est évoquée sur l'étiquette. Du coup, on se sent attiré par un produit inconnu, qui vient parfois de loin. Marketing? Oui, mais on s'y prête de bonne grâce, en ayant presque l'impression de revenir à des temps immémoriaux.

C'est sur cette corde que joue le Malbec argentin "La Consulta, Finca la Celia" 2007, un vin produit dans la région de Mendoza. La Consulta? C'est apparemment un village où, dans le cadre des guerres d'indépendance de l'Argentine, un certain général San Martin a demandé son chemin aux caciques locaux indigènes, afin de ne pas se perdre à travers les Andes. Tout est réuni pour séduire: un peu d'histoire (même si demander son chemin, dans l'absolu, hein..., vous voyez!), le mystère des hauts plateaux, l'Amérique lointaine, les luttes d'un pays jeune pour conquérir sa place dans le concert des nations... allez hop, embarqué! Le contenu allait-il tenir ses promesses?

C'est ce que j'ai pu découvrir ce soir. Ce malbec est appréciable! Du point de vue visuel (si j'ose ainsi dire), j'aime les vins qui ont une couleur soutenue, et là, c'est gagné: le breuvage est presque noir. Côté goût, j'ai senti là une solide base ferrugineuse, qui soutient un goût non moins présent de fruits rouges... L'ensemble a une rondeur certaine, aucune acidité malvenue ne heurte le palais - fort agréable! Mais aussi puissant, bien présent en bouche: à mon humble avis, on l'appréciera avec une bonne viande rouge, au moins.

 

C'est par où, les grillades?

Le site du producteur - apparemment une grosse machine, fondéen en 1890, produisant des vins de standings fort divers:
http://www.fincalacelia.com.ar  

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8 août 2009 6 08 /08 /août /2009 20:47

"Rotkäppchen", ça vous dit quelque chose? Naturellement, c'est le nom allemand du Petit Chaperon Rouge. Mais c'est aussi la raison sociale d'une entreprise spécialisée depuis 1856 dans la production de mousseux ("Sekt") allemands, basée à Freyburg (Unstrut) - un Fribourg méconnu qui se trouve en Saxe-Anhalt, au coeur de l'ex-Allemagne de l'Est.

J'ai eu l'occasion de retrouver avec délices ce produit hier, à l'occasion d'une excursion rapide dans une grande surface bernoise. A la recherche d'un truc qui fasse des bulles, je suis tombé sur ce breuvage, dans sa version "halbtrocken" (mi-sec) particulièrement douce et agréable au palais - avec de grosses bulles enjouées qui, certes, n'ont pas la finesse de celles des vrais champagnes, mais constituent quand même une invitation à boire le précieux liquide, un produit fini équilibré et fort agréable, à consommer frais.

Mais au-delà de la dégustation, je range ce "Rotkäppchen"-là dans la catégorie des vins qui, pour moi, ont une petite histoire. Celle-ci remonte au temps où je traînais mes basques à Berlin, en qualité de stagiaire au sein du Wissenstransfer WTB de la Technische Universität, à deux pas de la gare de Zoologischer Garten, bien connue des lecteurs de "Moi, Christiane F.,13 ans, droguée, prostituée". Le lieu de travail ("Hoechst-Gebäude", pour les intimes), n'était pas une pure splendeur, mais il était parfait pour ce que je devais faire: mettre en contact des entreprises à la recherche de stagiaires et des stagiaires potentiels.

Et si le bâtiment était austère, tout le monde, dans le service, avait adopté une petite coutume: les jours d'anniversaire, on s'arrêtait une demi-heure ou trois quarts d'heure pour marquer le coup, dans un bureau, tous ensemble; celui qui avait sa fête remettait une invitation à tout le monde, et c'était parti! J'ai, quant à moi, fêté ainsi mes 26 ans. De Suisse, j'ai ramené un gros paquet de "napolitains", ces petits chocolats qu'on met parfois avec le café, ce qui m'a valu des soupçons de l'informaticien maison: aurais-je pillé les nombreux avions que j'aurais pris? Pour ce qui est des boissons, plutôt que de trimballer une ou deux bouteilles de Fendant, j'ai trouvé ce fameux "Rotkäppchen", qui faisait couler un peu d'encre à l'époque: dans l'abondante offre de "Sekt" qu'on trouve à Berlin, il faisait figure de chouchou chez les "Ossis", comme on nomme encore parfois les ressortissants de l'ex-Est. Certains d'entre eux, invités et oeuvrant au sein du service, ont donc apprécié ce choix...

... passez un bon dimanche! Et, comme on dit là-bas, "Zum Wohl"!

Und ich lade die Leute ein, die beim WTB arbeite(te)n und dieses Blog besuchen, eine Nachricht zu lassen - vielen Dank und alles Gute!

Pour en savoir plus: http://www.rotkaeppchen.de
Technische Universität Berlin: http://www.tu-berlin.de/  
Photo:
http://p3.focus.de/img/gen/Z/J/HBZJAbpa4SA_Pxgen_r_220xA.jpg

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5 août 2009 3 05 /08 /août /2009 21:22

A l'heure où il est de bon ton d'emporter avec soi sa bouteille de vin sur la plage, à la piscine, en forêt ou Dieu sait où, Chamarré, un producteur de vins "pédagogique" que j'avais évoqué en son temps, lance ce qu'il présente comme une grande nouveauté: le vin en bouteilles de PET. Parallèlement, Japan Air Lines propose la même chose sur ses vols. Faut-il s'en réjouir? Ou se poser des questions? C'est cette dernière option que j'ai prise, et les réponses qui me sont venues me laissent songeur.

Naturellement, il y a l'argument du poids, mis en avant par les deux acteurs commerciaux. Chamarré suggère ainsi aux pique-niqueurs que leur sac à dos sera moins lourd - pure commodité, donc. Japan Air Lines mobilise des enjeux plus importants: des bouteilles plus légères, c'est du poids en moins dans les avions, donc une consommation de carburant inférieure, donc moins de dégagement de CO2, etc. - un discours écologiste séduisant.

Chamarré met du reste également en avant l'aspect écologiste... certes, c'est moins lourd à transporter, donc moins gourmand en énergie. Cela dit, le PET est-il aussi recyclable qu'on le dit (100%!)? Et quid du verre? Il paraît que ça se recycle aussi; lequel est le moins lourd à recycler? Je n'ai pas de réponse, je pose la question; simplement, je connais depuis toujours les systèmes de collecte du verre: conteneurs, consignes, etc. Enfin, le PET ne me semble pas franchement champion de la biodégradabilité. Sans compter la tentation, pour le pique-niqueur, d'y mettre le feu en fin de repas - avec le dégagement de substances polluantes que cela peut engendrer. Alors que... qui aurait l'idée de mettre le feu à une bouteille en verre?

Chamarré avance par ailleurs qu'il n'est pas nécessaire d'avoir un tire-bouchon pour ouvrir ses bouteilles en PET. Là, on entre dans le tendancieux, à l'heure où la capsule se fait sa place sur les bouteilles de vins non destinés à une longue garde. Naturellement, Chamarré suggère par ailleurs que l'usage d'une capsule écarte tout risque de goût de bouchon... cela contredit un reportage sérieux que j'ai vu, il y a quelques années, dans le cadre d'une émission de télévision destinée aux consommateurs et tendant à démontrer que vu que le "goût de bouchon" n'est pas dû au liège mais à une bactérie qui peut être présente sur les palettes de transport des bouchons et capsules. Aucun flacon n'est donc à l'abri - même si, a-t-on reconnu, le liège est le matériau le plus exposé.

Enfin, qu'on me permette quelques réserves concernant la préservation de l'arôme du vin... Chamarré propose, dans ses bouteilles en PET, des vins simples (un chardonnay en blanc et un cabernet-sauvignon en rouge), mais qu'en serait-il de la complexité d'un bel assemblage valaisan, voire d'un Chablis Grand Cru? La simple idée de boire du vin dans des verres en plastique donne déjà des boutons à certains consommateurs (dont je suis), vu l'altération, que je crains, du goût et des conditions de dégustation; que penser du PET, donc? Et qu'en est-il des vins de garde?

Tout cela me laisse songeur... y a-t-il des oenophiles, des sommeliers dans la salle?

Pour en savoir plus:
http://www.chamarre.com

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9 mai 2009 6 09 /05 /mai /2009 21:15

J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer une pizzeria guérétoise. Le temps d'un billet, évoquons l'autre extrémité du monde de la restauration, en parlant du "Coq en pâte", sans doute le restaurant le plus ambitieux de Guéret. Un établissement qui, ce n'est pas à dédaigner, tient ses promesses.

Je m'y suis rendu samedi dernier, après la dictée, afin de passer un dernier bon moment à Chaminadour. "Le Coq en pâte" vous reçoit dans une imposante bâtisse aux allures rassurantes et cossues, qu'il faut gagner en remontant un chemin tracé à travers la pelouse. A l'entrée, l'accueil est assuré par un aquarium où nagent des homards - ils n'en sortiront que les pieds devant, ce qui est un peu triste bien sûr. Mais j'ai renoncé à en sacrifier un pour mon repas, sans trop de difficulté: me battre avec des crustacés servis sur assiette afin de trier ce qui se mange et ce qui ne se mange pas, ce n'est pas mon truc.

Même sans homard, cependant, le menu fut à la hauteur des espérances, et le service au niveau des ambitions affichées par ce restaurant - sans doute est-ce même là le meilleur moment que j'aie passé au "Coq en pâte", puisque j'y suis déjà allé deux fois auparavant. L'entrée? Le velouté d'asperges portait bien son nom; quant aux lamelles d'asperges crues, la serveuse attire mon attention sur le goût de noisette qu'elles recèlent. Moi, en mordant dedans, je me dis qu'elles ont surtout un goût d'asperges; et c'est au moment où je n'y pensais plus que je retrouve le fameux goût de noisette. Magnifique moment! Composé d'une pièce de boeuf limousin, le plat principal rappelle avec brio que l'on sait encore, dans la région, ce qu'est une race à viande (en Suisse, les éleveurs sont assez copains avec les Holstein, races de vaches laitières très spécialisées). Ajoutez à cela un véritable "à point" et vous imaginerez que j'ai passé un bon moment. Fait maison, le dessert (une panna cotta) épate également: le chocolat y est goûtu, de même que la masse, entrelardée de gelée pour varier les plaisirs.

Et avec ça? Dans les établissements de ce niveau, j'aime demander un verre de vin différent avec chaque plat. "Le Coq en pâte" a prévu le coup: il propose un "chariot des vins" et invite le client à se laisser guider par la sommelière, experte en la matière. Le chariot fait donc se côtoyer des valeurs sûres (bordeaux) et des découvertes (muscadet), pour le bonheur de la clientèle. Et puisqu'on parle de chariots, celui des fromages recèle quelques merveilles... y compris un tête-de-moine tout ce qu'il y a de plus suisse. Adopté: je dois donc faire partie du club très fermé des gens qui ont dégusté du tête-de-moine en France.

Et pour bien terminer le repas, rien ne vaut un café; et là aussi, ce restaurant propose le meilleur puisque j'ai pu craquer pour un montagne bleue, café jamaïcain rarissime et fameux. Ah, ça faisait longtemps! C'est d'autant plus méritoire que trop souvent, les gens boivent beaucoup de café sans savoir ce qu'ils ont dans leur tasse. Encore faim, après ça? Que nenni: non seulement c'est bon, mais avec ça, le client est vraiment calé. La quantité et la qualité vont donc de pair, et c'est une excellente chose. Une adresse remarquable, à retenir, donc!


Photo: http://www.panoramio.com/photo/6959438 / Haufas

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1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 21:36

Il y a quelques mois de cela, je vous avais parlé des origines pas du tout parisiennes de la fameuse sauce Café de Paris, souvent imitée, jamais égalée. De passage à Genève samedi, j'ai voulu tester la chose dans l'établissement éponyme, un lieu proche de la gare - une situation idéale. Pas de quoi être déçu, si ce n'est en bien, comme on dit en Suisse...!

Il y a pourtant de quoi craindre un peu un style d'usine dans cet établissement coincé entre un Starbucks et un McDonalds: samedi soir, le restaurant propose un seul menu, l'entrecôte avec sauce Café de Paris, servie sur plat et sur réchaud, avec des frites et une salade verte en entrée, le tout pour quarante francs suisses - le client n'a plus qu'à choisir la cuisson de sa viande. La salade n'avait rien de mémorable, et la terrasse fait un peu vieux style avec ses feuilles de papier pour protéger les nappes, sur lesquelles le personnel de service prend des notes sans vergogne. Les verres à vin n'ont rien de verres à dégustation... Cela crée un certain contraste avec la salle à manger, qui mêle vieux style et boiseries et affecte un éclairage aux nuances chaudes - ça a du cachet!

Et puisque j'évoque le service, c'est la première bonne surprise du lieu: on pourrait croire les serveurs débordés par une clientèle essentiellement de passage qu'ils pourraient être tentés de traiter sans trop de ménagements. Eh bien... au contraire: je me suis fait conseiller pour choisir le vin, et le serveur s'est montré pertinent en me proposant un Diolinoir de Leytron (Philippoz, 2007). Il n'a par ailleurs jamais oublié de remplir mon verre - et m'a même rapporté des frites lorsque je me suis retrouvé à sec, sans qu'il soit nécessaire de lui courir après. Formidable!

Et le plat de viande, et la sauce, alors? C'est vraiment là que l'on sent le métier de l'établissement, un métier rodé, efficace, qui joue les valeurs sûres en apprêtant une viande cuite ce qu'il faut (j'avais demandé "à point", ça l'était). Quant à la fameuse sauce, c'est effectivement autre chose que ce qu'on peut vous proposer ailleurs sous le même nom. Elle est certes plutôt grasse (elle est au beurre, quand même!), mais il y a là un bon goût d'herbes, à la fois corsé et raffiné, qui flatte le palais et va bien avec la viande rouge... et avec un vin rouge qui ait un minimum de charpente. Puisque je parle de vins, justement, le restaurant propose un bon choix de vins en demi-bouteilles et pots (5 dl), ce qui est un atout.

La clientèle, enfin, est internationale: autour de moi, on parle espagnol. Elle est aussi sympathique, on fait santé d'une table à l'autre dans une ambiance conviviale, loin du genre compassé qu'on peut trouver dans certains restaurants gastronomiques. De quoi réjouir les viandards!

Photo:
http://www.igougo.com
On en parle aussi ici, en anglais:
http://www.igougo.com/dining-reviews-b146845-Geneva-Cafe_de_Paris.html

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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 20:50

Exercice rare que celui d'aujourd'hui: je vais vous parler en direct du restaurant dans lequel je viens de manger... plutôt bien, du reste - et où je suis encore assis. Il s'agit du "Casablanca", un lieu qui cumule les fonctions de bar et de restaurant, situé à Fribourg. Il occupe les locaux d'un ancien restaurant chinois, le "Fu Lin", situé au 81 de la rue de Lausanne, et la décoration s'en ressent encore. Ma chaise a une décoration de restaurant chinois, et face à moi, un bahut aux allures extrême-orientales trône, orné de végétation séchée. Il faut dire que l'ancien chinois n'avait pas lésiné sur la déco, créant un coin de Chine luxueux, tout en bois laqué, au coeur de Fribourg.

 

Mais les nouveaux tenanciers ont également apporté leur touche personnelle. On la perçoit en particulier dans les citations qui ornent les murs repeints d'orange - l'une constitue le titre du présent billet. Masculin, le personnel est sympathique et avenant... et, ce qui est peu chinois, ce restaurant offre la wi-fi. Gratuitement, qui plus est, ce qui permet de bloguer à table. Quant à la musique, elle mélange actuellement percussions africaines et bandonéon (et Patricia Kaas chantant "Que reste-t-il de nos amours" en anglais un peu plus tard, comme dans un film de Claude Lelouch où elle brilla), ce qui a fort peu à voir avec le pays de Confucius, même si c'est agréable. Le mélange est particulier!

Et qu'est-ce qu'on mange? Les canards laqués ont été priés de prendre la porte, vous l'avez compris. La carte est assez divers, et fait leur place aux poissons (un steak d'espadon traîne sur le menu, de même qu'un énigmatique saumon à l'unilatéral), aux viandes, à quelques spécialités "incontournables" oscillant entre salades et plats principaux, du reste disponibles sous forme d'entrée ou de plat. J'ai personnellement choisi, pour ce soir, un coeur d'entrecôte sauce moutarde... et le moins qu'on puisse dire, c'est que le cuisinier ne lésine pas sur la moutarde. C'est fort agréable, du reste - mais à côté de cela, le rioja a de quoi régater.

Vins, en effet... la carte de l'établissement signale le fournisseur, qui est un commerçant de la place ("Cantina del Mulino"), très versé dans les petites spécialités méconnues (il m'a fait découvrir un irouléguy "Arretxea" absolument formidable il y a quelques années, c'est une recommandation), ce qui se reflète sur la carte des vins en bouteille. Certains vins sont disponibles au verre également, comme dans tout bar qui se respecte;  les prix oscillent entre 5 et 7 francs.

Que dire d'autre, si ce n'est que l'établissement est flambant neuf? Les lieux ont une géographie particulière, avec quelques tables pour boire un verre donnant sur la rue, un espace "salle à manger" à l'arrière et, au fond à droite, un espace lounge à l'éclairage étudié. Il vaut donc la peine de le découvrir, ne serait-ce que pour boire un verre dans le calme.

D'autres restaurants à Fribourg:
http://www.fattore.com/Fribourg.doc
Le site de l'établissement: http://www.casablancacafe.ch
Cantina del Mulino:
http://www.cantinadelmulino.ch
Photo:
http://www.chanez.ch  


Un p'tit vote...:
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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 21:03

Rovos Rail - Observation car par falinksaJ'ai déjà dû le dire quelque part sur ce blog, mais les vins, quels qu'ils soient, ont le mérite de faire voyager celui qui les boit. Le voyage peut être proche quand on vit dans un pays viticole, voire dans un canton qui produit du vin (le canton de Fribourg est connu pour son Faverges, mais aussi pour quelques breuvages du Vully et de Cheyres), mais aussi lointain. Et c'est là que l'enjeu devient intéressant: quelle agence de voyage peut donc vous offrir, pour une dizaine de francs, une odyssée dans des pays aussi lointains que la France, l'Espagne, le Chili ou... l'Afrique du Sud?

L'Afrique du Sud renvoie à l'Européen occidental moyen un tableau contrasté. Le premier mot qui viendra à l'esprit de bien des gens sera certainement "Apartheid", une forme pas forcément souhaitable de discrimination, de triste mémoire. Sans doute les cicatrices de ce régime, sans doute fondé sur des raisons historiques qu'il eût été convenable de dépasser (tel fut le combat de Nelson Mandela, entre excès et succès), ne sont-elles pas toutes refermées! Mais il suffit de gratter un peu pour trouver d'autres éléments qui font davantage rêver. Je pense en particulier au train de luxe Rovos, qui parcourt toute la pointe sud du continent africain, mais aussi au vignoble sud-africain, qu'on retrouve un peu partout sous nos latitudes... et dans nos linéaires de supermarché.

Est-ce à dire que la production locale se résume à des produits industriels sans intérêt gustatif? J'ai envie de répondre par la négative, ne serait-ce que pour le dépaysement que des vins aussi exotiques peuvent apporter à celui qui les déguste. Je viens d'achever une bonne bouteille d'un Kirstendal Pinotage 2008 West Cape série limitée qui, a priori, ne paie pas de mine. Et pourtant: le breuvage mérite un commentaire. Sa robe est soutenue sans être franchement sombre - un beau rubis dans un verre. Au goût, ce vin rouge offre l'agréable surprise d'une boisson douce sans être écoeurante, produit de la recherche d'un juste milieu entre les vins franchement épicés (il ne l'est pas vraiment... sauf si l'on cherche bien) et les vins qui, sans vergogne, exploitent les vertus du fruit. S'il fallait évoquer des goûts, on penserait aux fruits rouges et aux fraises. Ce juste milieu permanent permet à ce vin rouge de se faufiler entre toutes sortes de plats, et conviendra à une consommation quotidienne... pour ceux qui apprécient et supportent!

A noter, en conclusion, que le foie sera sans doute plus (agréablement) sollicité que le porte-monnaie, dans toute cette histoire!

Photo: Flickr/falinska

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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 20:24

L'espace d'un billet, je reviens sur ma réflexion d'hier, relative aux pratiques peu orthodoxes que l'Union européenne risque d'admettre bientôt. Je vais m'efforcer d'approcher la chose d'un point de vue du marketing, en essayant de démontrer qu'en matière de vins, l'orientation produit rejoint bien souvent l'orientation client, du moins dans une certaine mesure.

Car qu'est-ce que l'orientation produit? C'est l'attitude qui consiste à bien faire son travail, sans trop se soucier de ce qu'en pensera le client, en supposant que celui-ci considérera que le produit fini sera irréprochable, donc forcément à son goût. L'exemple type serait celui du traducteur qui soigne le français de sa version, quitte à faire trop long ou trop court - le client pourrait le lui reprocher, mais n'aurait rien à redire sur la qualité linguistique et terminologique du texte proprement dit. Autre exemple? Telle administration vous demande des tonnes de papiers pour obtenir quelque chose d'elle, par exemple un visa. Si vous entrez dans son jeu, vous serez couvert et elle aussi, et vous aurez votre visa; mais quel calvaire pour rassembler toute la paperasse! En matière de vins, on retrouve cette approche chez les producteurs de terroir d'Europe - je pense à la Suisse ou à la France. On se retrouve avec des vignes taillées avec amour, des raisins coupés à la main parce que ça ménage les plants, le respect des règles de l'art dans l'élevage du vin, des produits qui peuvent attendre des années avant d'être consommés. Quoi de moins orienté client que de dire au consommateur, alors qu'il veut tout tout de suite: "Votre Bordeaux est bon, mais il sera meilleur encore si vous attendez encore vingt ans!"? Cela, sans oublier la légitime fierté du spécialiste qu'est le vigneron-encaveur.

A cette approche s'oppose l'orientation client, qui consiste, comme son nom l'indique, à aller au-devant des attentes de la clientèle. Dans une administration, cela peut signifier la simplification de démarches inutilement fastidieuses ou des structures d'accueil confortables; dans n'importe quelle entreprise privée, au risque de me répéter, cela implique de répondre aux attentes du client - tout le contraire d'un Henry Ford qui voulait à tout prix refiler des voitures noires à ses clients, même s'ils préféraient des rouges! Côté vins, telle est l'approche privilégiée par les vins dits "technologiques", où la technologie se met justement au service d'un goût supposé attendu par l'acheteur/consommateur potentiel. Des moyens? Je pense avant tout à l'utilisation d'un nombre restreint de cépages mondialisés (Syrah, Merlot, Cabernet en rouge, Chardonnay en blanc), à des méthodes de vinification jonglant avec les températures pour faire ressortir certaines caractéristiques de ces cépages plutôt que d'autres, etc. Loin de moi l'idée de critiquer le produit: il est souvent séduisant, "facile à boire" comme on dit. On peut aussi songer à des méthodes plus sulfureuses telles que l'utilisation de copeaux pour donner au vin le goût boisé qui a été à la mode il y a quelques années. Là, ce n'est plus le terroir qui prime; ce qu'on met en avant, c'est l'entreprise productrice (dont le logo figure en grand et l'adresse en petit sur les bouteilles; du reste, personne ne sait où ça se trouve...) et le cépage.

Cette dernière approche comprend le risque d'écoeurer le client, tant on lui propose régulièrement des caricatures des vins qu'on pourrait produire avec ces cépages. J'ai envie de dire que pour boire une bonne syrah, il faut venir en Suisse, et qu'en matière de chardonnay, rien ne vaut un chablis. Et c'est là que l'orientation produit rejoint l'orientation client: de même qu'il existe une clientèle pour la littérature exigeante proposée par les éditions Verticales, il existe toute une lame de fond en faveur de la redécouverte des terroirs, depuis plusieurs années. J'en veux pour preuve le Salon des goûts et terroirs de Bulle, qui fait chaque année le plein. Le client a soif d'authentique; et c'est bien dans les produits élevés dans les règles de l'art qu'il les trouvera, quitte à y mettre le prix. Cela permet également l'émergence du bio, ainsi que l'esprit de recherche de nouveaux goûts par la consommation de vins de cépages (très) locaux. Le jeu des appellations d'origine contrôlée et de leurs cahiers de charges souvent très stricts concourent également à ce respect de la spécificité des produits - même s'ils s'adressent parfois à une clientèle exclusive.

On ne reprochera pas à un producteur californien ou australien de faire du technologique, puisque telle est sa tradition, de même qu'on ne reprochera pas à un Valaisan de privilégier son terroir. Là où l'on commence à brouiller l'image, c'est lorsque l'on veut intégrer à une tradition majoritairement "terroir" les éléments technologiques les plus étrangers à notre culture du vin, afin de singer d'autres cultures du vin. Les copeaux en sont un; le mélange des blancs et des rouges pour faire du rosé en est un autre...

... mais que cela ne vous empêche pas de savourer la bonne bouteille du dimanche!

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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 20:23

L'information fait son chemin: l'Union européenne a accepté, en janvier dernier, un projet de règlement visant à autoriser le mélange de vin rouge et de vin blanc sans indication géographique pour obtenir du rosé. Une pratique interdite à ce jour, sauf pour le champagne rosé et quelques autres rarissimes exceptions. Les vingt-sept pays de l'Union ont accepté cette idée saugrenue... dans le cadre d'un recueil d'avis informel. A présent, la France (en la personne de son ministre de l'Agriculture, Michel Barnier) se tâte, vu les réactions; la réponse définitive tombera le 27 avril. Il est à noter que le règlement en question comprend d'autres éléments réglementant une "technologisation" du vin: utilisation des copeaux, alcoolisation (ou désalcoolisation, je suppose), adjuvants.

On imagine sans peine les remous qu'a dû causer cette série de péripéties viticoles. Les adeptes du gros mélange avancent des arguments de compétitivité: il faudrait, selon eux, produire à bas prix pour satisfaire un certain type de clientèle, donc rendre plus compétitif le marché européen du vin - un argument qui peut faire mouche en période de crise.

En face, on avance le savoir-faire spécifique à la production d'un rosé, et aussi (c'est lié) l'aspect profondément trompeur que recèle l'autorisation du coupage: le rosé se produit d'une manière précise, et le client est supposé le savoir. Même pour vendre plus (et donc gagner plus), on ne s'abaissera pas à trahir un savoir-faire ancestral, et ça se comprend. "Frais, léger et fruité, le rosé n’est ni un vin blanc, ni un vin rouge, mais un vin à part entière.", résume le blog "
Find A Wine", qui relaie ainsi la fureur des producteurs de rosé de Provence. Emilie, la sommelière qui anime l'intéressant blog "Labivin", va jusqu'à dire qu'ouvrir la porte à la production de rosé sous forme de mélange serait une "régression", sous couvert de combattre à armes égales avec d'autres producteurs.

Tout au plus pourrait-on imaginer un nom spécifique pour le nouveau produit - qui existe déjà en Espagne sous le nom de "Mescla", mais est interdit à l'exportation. Mais l'amalgame serait vite fait entre deux produits d'apparence similaire... et pourtant de production fort diverse, tant il est vrai qu'un rosé traditionnel est un vin produit à partir de cépages rouges uniquement, dont on laisse macérer les peaux dans le jus pendant plusieurs heures.

On imagine sans peine de quel bord je me situe: celui de l'authentique - donc opposé au mélange en la matière. Face aux diverses menaces qui planent sur la civilisation européenne du vin, il convient de se défendre. Le savoir-faire lié au vignoble européen est encadré par des règlements, appellations d'origine et classements pas forcément parfaits (parfois usurpés même, pour faire flamber les prix, je veux bien l'admettre), mais qui placent un seuil d'exigence qui est, pour de nombreux clients, synonyme d'une assurance qualité. Une spécificité du Vieux Continent: les vignerons du Nouveau monde, eux, ont des démarches foncièrement différentes, rendues possibles par une géographie différente. Un affrontement entre vin de "terroir" et vin "technologique", généralisé dans le Nouveau monde, est certes défavorable au premier; à celui-ci de démontrer qu'il a d'autres qualités qui justifient largement son prix: spécificité du terroir, prestige et tradition, travail d'artisan, équilibre du goût, voire plaisir d'attendre qu'une bouteille de vin de garde arrive à maturité. Ce sont ces cartes-là que le Vieux continent, Union européenne ou non, doit jouer en matière de vins, plutôt que de singer les grands producteurs australiens ou californiens...

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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 22:27

Vous avez la crève? La toux vous plie en huit du matin au soir et du soir au matin? J'ai peut-être la solution pour vous. En tout cas, ça marche pour moi. Il s'agit du bonbon Carmol...

On me l'avait pourtant dit, au moment de tester: ça a un goût de pharmacie, c'est épouvantable, n'en prends pas! C'était lors de la dernière répétition à laquelle j'ai participé, au clavier, de la chorale "L'Avenir" de Morlon. Là, un ténor me demande si je veux un bonbon, d'autres choristes cherchent à me dissuader, je décide de jouer les héros...

... et hop: le pli est pris. Même si "Carmol" rime avec "formol", ce n'est pas si terrible que ça. Il est vrai que le produit a le goût savoureux qu'on pourrait attendre d'une de ces pommades pectorales qui vous siphonnent les bronches en une nuit - de quoi rappeler une vieille pharmacie. Mais l'effet n'est pas en reste: à peine avez-vous commencé à sucer ce bonbon-là que, hop, ça chauffe de partout, et vos voies respiratoires se libèrent à la vitesse grand V. Je note donc les références, tout en me demandant où l'on peut trouver ce truc.

Et c'est finalement en pharmacie que je déniche l'objet de mes convoitises: un paquet plein de ces bonbons aux herbes. J'ai donc remisé mes Fisherman's Friends pour quelque temps (c'est bon, c'est fort, mais ça n'a pas le même effet libérateur), et je peux à présent vous dire qu'en Suisse, il n'y a pas que Ricola pour vous faire du bien.

Alors, quoi? La crève vous colle aux basques? Elle est gluante cette année, n'est-ce pas? Alors, un seul conseil: faites comme moi, sucez...

Nota: il paraît que la version "sirop" du bonbon sert de produit dopant parfaitement légal dans les stades de football amateur.

Sur les produits Carmol:
http://www.carmol.ch
Sur le dopage au Carmol et autres astuces:
http://www.lagruyere.ch/archives/2005/05.08.20/sports.htm

Illustration: site de l'OMPI.

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