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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 21:00

hebergeur imageQui dit gewurztraminer pense immédiatement à l'Alsace et à ses splendides vins blancs. Qui aurait pensé, toutefois, qu'un vigneron suisse serait suffisamment avisé pour en planter du côté de Tartegnin (canton de Vaud) et d'en faire un vin? C'est ce que propose le Domaine de Chantemerle, où exercent Jean-Claude et Nicolas Jaccoud. Voici quelques rêveries sur son millésime 2010.

 

La bouteille est transparente, l'étiquette blanche est joliment illustrée, le bouchon n'est pas masqué par le rituel revêtement de plomb ou de plastique: avant même la dégustation, l'on se dit que c'est là un vin qui n'a rien à cacher. Sa robe jaune paille séduit, à ce moment déjà.

 

Et puis l'on verse, l'on hume, le front tendu dans un bel effort de concentration, le nez et le coeur ouverts à la surprise. Le nez est végétal, un peu herbé; le dégustateur qui ferme les yeux verra apparaître, dans son imagination, des champs de fleurs. Peut-être pensera-t-il à des odeurs de miel, mais si légères... lui viendront aussi à l'esprit des impressions de ferme, étonnantes sur un gewurztraminer. L'impression de fraîcheur et d'élégance persiste cependant. Autant dire qu'on a envie d'en savoir plus, en trempant les lèvres dans ce vin.

 

Disons-le donc: c'est un vin friand, complet et complexe, qui n'écoeure pas et révèle un soupçon de moelleuse douceur. Gage de fraîcheur, le côté herbé se confirme en bouche. Fraîcheur également lorsqu'il fait penser à des agrumes, des mandarines peut-être. Pour le dire tout net, c'est du miel à boire, l'infinie finesse en plus.

 

Le gewurztraminer de Jean-Claude et Nicolas Jaccoud s'avère donc des plus riches et épatants, à la fois parent des vins d'Alsace et s'en distançant: le terroir et l'expérience des vignerons auront fait leur ouvrage afin de donner un breuvage atypique en terre romande. Il est suffisamment léger pour se savourer en apéritif, bien frais; mais il appelle aussi le foie gras, qu'il accompagnera certainement sans complexe.

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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 14:19

hebergeur imagePeut-être profitez-vous aussi, depuis hier ou avant-hier, d'un soleil digne des plus belles journées d'été. De ceux qui donnent envie de sortir, de goûter aux terrasses... ou de boire du vin rosé! La région viticole française des Côtes-du-Rhône recèle quelques trésors en la matière, ainsi qu'un savoir-faire reconnu. Dès lors, rien de plus agréable que de déguster un (ou plusieurs) verres du Vacqueyras "Seigneur de Fontimple" élaboré par les "Vignerons de caractère". Certes jeune (mais ce vin doit se boire jeune!), le millésime 2012 offre de belles qualités...

 

Disons-le d'emblée: c'est un vin rosé qui ne saurait se boire d'un air distrait, entre deux lancers de boules de pétanque. Il réclame et mérite une certaine attention de la part de l'amateur qui va le goûter. Sa robe rappelle une pêche bien mûre, son bouquet, floral, séduit d'emblée: voici un vin qui raconte quelque chose.

 

Et qu'il est flatteur au palais! Ce vin est flatteur, rond, gras même, à telle enseigne qu'il appelle, en accompagnement, quelque chose de bon - pourquoi pas un poisson gras comme du saumon, ou alors, comme le propose le producteur, une spécialité culinaire provençale? Ce vin, c'est du velours, c'est aussi des arômes doux de framboise ou de fraise, c'est enfin une jolie douceur et une fraîcheur certaine. Et en fin de bouche, quelque chose d'épicé quand même, et surtout une épatante persistance.

 

Le rosé de Vacqueyras "Seigneur de Fontimple" a tout pour être le rosé de l'été, à déguster frais et en bonne compagnie. C'est un rosé très équilibré; il a cependant quelque chose en plus qui pourrait voler la vedette aux bons petits plats estivaux qu'il accompagnera sans façon, grâce à son caractère éminemment flatteur, qui séduit tout naturellement, sans s'imposer.

 

Merci, enfin, à "Vignerons de caractère" et à Eponine Thomas pour l'envoi de cette belle bouteille de vin rosé!

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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 14:06

hebergeur imageLes vins, c'est tout un univers, et l'amateur de bons breuvages devrait se souvenir que la Géorgie est le berceau mondial de la viticulture. Et qu'aujourd'hui encore, ce pays produit d'excellents vins qui gagneraient à être connus. La maison Badagoni a par exemple, dans ses chais, un petit Tsinandali fort agréable - et c'est bien le moins que l'on puisse dire. C'est un vin rare sous nos latitudes: je l'ai trouvé l'autre jour dans un magasin de spécialités russes situé à Berne.

 

Le producteur promet que ce vin est sec (en russe: сухое), et la promesse est tenue à cent pour cent. Bien frais, ce vin révèle ainsi des impressions qui ne sont pas sans rappeler, paradoxalement, certains chasselas suisses: aromatiques au nez, d'une grande retenue en bouche. Dès lors, on aurait envie de le préconiser en apéritif, frappé, tout seul, ou alors avec de petits feuilletés.

 

Et puis, peu à peu, ce Tsinandali complexe, millésime 2010, se révèle. Comme constante, il a le tranchant requis pour passer avec un plat de poissons, assorti d'une bonne pointe d'amertume. Il offre aussi des arômes qui, de manière étonnante, oscillent entre la pomme telle qu'elle est lorsqu'on mord dedans et l'ananas comme on l'aime, avec une véritable chaleur qui flatte le palais. Progressivement, ces arômes s'imposent avec une vigueur à la fois prévisible (ils sont portés par un taux d'alcool de 13%, quand même) et inattendue.

 

La contre-étiquette suggère un vin presque jaune paille; j'irais jusqu'à gommer l'adverbe "presque", tant il est vrai que la pâleur de ce blanc rappelle la teinte des blés. Elle promet par ailleurs un vin d'une grande élégance. Pas faux; j'ai plutôt envie de dire, après dégustation, que ce vin tout en paradoxes a la finesse d'une aiguille qui pique spontanément au bon endroit, là où ça fait du bien et où ça sait surprendre.

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 21:52

hebergeur imageIls en ont bu aussi: Buddha, Vinnegos (source de l'illustration), Winsor Choice.

 

Décidément, la SCA les Vignerons d'Estézargues garde quelques surprises fort agréables dans ses celliers. C'est ainsi qu'aujourd'hui, j'ai eu le plaisir de déguster un Costières de Nîmes AOC, millésime 2010, qui vient de chez eux. Le contenu? 70% de syrah, 30% de grenache. Le produit est bio, et non filtré; il titre à 14% d'alcool. C'est du plaisir pour les papilles et pour le nez.

 

Nommé "Domaine de Périllière", ce vin rouge fait partie de ceux qui pourraient faire des amateurs de vins des dégustateurs d'étiquettes: originale, celle de ce nectar a été créée par les écoliers d'Estézargues, et représente un caviste, et un tracteur avec une remorque. De quoi trancher avec les sujets qui apparaissent généralement sur les étiquettes! Il serait cependant intéressant de savoir pourquoi les enfants des écoles ont été intégrés à la production de l'étiquette d'un breuvage destiné à des adultes.

 

Et dans le verre, qu'en est-il? Concernant le regard, le breuvage, un vin rouge, est des plus sombres: pour ainsi dire, il porte une robe noire des plus élégantes. Le nez s'avère entêtant, presque piquant. Côté goût, enfin, c'est un peu complexe, mais on sent remonter, si l'on est attentif, des arômes de mûres ou de fruits noirs, et on se laissera séduire par une fraîcheur persistante qui suggère une certaine minéralité: suffisamment pour rappeler qu'un bon vin doit rappeler qu'il est issu de la terre .

 

Ce vin est des plus équilibrés et agréables, tout en rondeur, et s'il est fruité, il recèle aussi une toute petite pointe d'acidité et des notes poivrées qui n'enlèvent rien à son caractère principal: c'est un vin conçu avant tout sur la base du goût du fruit, et qui saura séduire une équipe d'amis.

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14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 21:50

hebergeur imageJ'avais prévu le coup, au contraire du Faucon apparemment... C'est pourquoi, ce soir, je ne me suis pas trouvé dépourvu lorsqu'il s'est agi de fêter, avec quelques heures de retard et un vin de circonstance, l'élection de François, alias Jorge Mario Bersaglio, un pape avec lequel je partage un point commun: nous sommes des secondos issus d'au moins un parent italien. François a superbement réussi... et comme dirait l'ami Nicolas, champion d'un autre François, ça s'arrose.

 

Il est vrai que Benoît XVI m'a pris de court: imprudemment, j'ai asséché la bouteille de "Pape noir" que j'avais dans ma cave, quelques semaines avant sa renonciation. Ce vin était capiteux... Mais la France, fille aînée de l'Eglise, n'est pas avare en vins aux noms suggestifs de religion. Compte tenu de cette élection dont il a beaucoup été question, je me suis donc dit que ce serait l'occasion de goûter à nouveau un Châteauneuf-du-Pape.

 

C'est peut-être un cadet dans la prestigieuse appellation des Côtes-du-Rhône, mais force est de constater que ce Châteauneuf-du-Pape "Comte de Terrefont" 2011 a de quoi régaler celui qui le déguste. C'est un vin costaud, qui appelle un repas, l'affaire est entendue. Il recèle cependant une fraîcheur insaisissable mais réelle qui contrebalance, au palais, les 14,5% d'alcool qu'affiche fièrement l'étiquette.

 

Au nez, le dégustateur va être un peu baladé, jusqu'à identifier ce juste milieu entre le poivre et la douceur qu'est, par exemple, le paprika. Cette impression se confirme au moment de déguster, et l'on constate que ce vin trouve un équilibre entre les épices (qui dominent quand même), la fraîcheur et, quand même, le goût du fruit - on songe très vite à des fruits à noyaux, et la contre-étiquette suggère les prunes.

 

Un vin puissant donc, un vin complet et complexe, qu'on conservera volontiers pour de belles occasions et qui accompagnera de bons morceaux de viande. Et comme le producteur promet que ce vin peut se garder huit à dix ans, j'ai envie d'en acheter encore une ou deux bouteilles pour de prochaines élections papales. Après tout, si ce Châteauneuf-du-Pape a de telles qualités après à peine deux ans, qu'en sera-t-il après une période prolongée de vieillissement?

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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 21:00

hebergeur image... ou l'art de jouer les contrastes! Le blogueur Jacques Berthomeau en raconte l'histoire mieux que moi, jusqu'aux origines scandinaves de l'étiquette, pour le moins parlante et accrocheuse. Pour ma part, c'est à Saint-Etienne que j'ai découvert ce vin au nom mystérieux. Il s'agit d'un Côtes-du-Rhône AOC, produit par la SCA d'Estézargues. Le breuvage existe en rouge et en blanc; comme le caviste stéphanois n'avait plus de rouge, je me suis rabattu sur le blanc, millésime 2011 - un vin non filtré, arborant fièrement ses 14%. 

 

La première surprise de ce vin à la robe jaune paille vient du bouquet, où perce un étonnant arôme de pêche. D'autres notes non moins fruitées émergent aussi - j'ai pensé au litchi, à l'ananas, et aussi à un indéfinissable parfum de fumé.

 

Côté goût, on est à fond sur le fruit, qui se révèle sans éclat déplacé, de manière sobre et ronde, tout en finesse. Je n'y ai guère trouvé d'acidité; la douceur mesurée de ce Pape Noir fait cependant qu'on n'est à aucun moment écoeuré. Une vraie friandise! Celle-ci a une certaine persistance en bouche, ce qui n'est pas désagréable.

 

Aucun regret à avoir avec ce vin donc, qui mérite d'être bu frais et me laisse le souvenir d'une douce caresse pour le palais. Qui a parlé de Petit Jésus en culottes de velours? Ben il n'a pas tout tort...

 

L'adresse du caviste:

 

Le Verre Galant

6, rue François Gillet

42000 Saint-Etienne - France

+33 4 77 37 81 79

 

Photo: Jacques Berthomeau.

 

 

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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 21:05

hebergeur imageLe "Domaine de la Soléïade", vin de Vacqueyras AOC, a obtenu une disctinction d'argent aux "Féminalises". Cette appellation mérite d'être signalée pour des vins qui, à en croire la bouteille que j'ai dégustée, sont tout à fait dignes d'être appréciés. Côté goût, en effet, le producteur (Vignerons de caractère, au sens large) ne prend pas de risque... et a donc tout bon.

 

C'est à Mulhouse que j'ai dégusté pour la première fois avec attention une appellation Vacqueyras. Je m'en suis trouvé fort aise: il y avait de la viande pour accompagner, et une bonne compagnie, dans un établissement jeune et design sobrement nommé "MG". C'est pourquoi j'ai décidé d'essayer quelque chose de semblable, dans une ambiance plus tranquille que celle d'un bistrot. Chance: la Coop, célèbre supermarché suisse, a tout ce qu'il faut. Certes, ce n'est pas le même producteur, mais c'est un breuvage comparable.

 

Qu'en est-il, alors? Titrant à 13,5%, le Vacqueyras "Domaine de la Soléïade 2009" (grenache et syrah) se profile comme le compagnon de tous les instants, parfait pour un plat de pâtes, suffisamment costaud pour des viandes. L'ayant dégusté, je garde avant tout de ce vin rouge une impression de fraîcheur épatante, presque de légèreté, qui émane sans doute des terroirs d'où est né ce vin: après tout, on est sur les rives du Rhône. Cette fraîcheur spécifique se traduit par des arômes métalliques, pour ne pas dire ferrugineux.

 

Le dégustateur aimera ici la teinte bien sombre du vin, ombrée d'une nuance rubis qui n'ôte rien au côté profond du breuvage. Au goût, il y trouvera immanquablement des notes épicées (mais qui pourraient l'être davantage) qui rappellent des fruits rouges aussi sombres que les mûres. Autant dire qu'entre fraîcheur et sous-bois, le Vacqueyras "Domaine de la Soléïade" trouve un bon équilibre. Il mérite un petit détour!

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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 20:02

hebergeur image

La perpétuelle, amis oenophiles, vous connaissez? Laissons le viticulteur présenter lui-même ce procédé ancestral de vinification, qu'il a remis au goût du jour en 2003:

 

Dans le temps, on appelait ça la perpétuelle. C'était une barrique, une cuve, ou plusieurs, d'où l'on tirait chaque année du vin à boire avant de l'ouiller - de refaire les niveaux si vous préférez - avec des jus de la dernière vendange. Et ainsi, millésime après millésime, le vin nouveau était "initié" par le vin vieux...

 

Procédé étonnant pour les habitués de millésimes bien sériés, puisque cette méthode empêche, c'est évident, la production de vins millésimés; l'étiquette, fort originale, le signale du reste explicitement. L'absence de millésime empêche par ailleurs de décompter les années qui passent avant d'espérer une dégustation optimale, mais promet un voyage immémorial dans le temps. Le producteur ne se mouille du reste pas trop, suggérant que ce vin peut être apprécié dans les 2 à 8 ans suivant la mise en bouteille - on a donc le temps de l'oublier dans sa cave, et de s'en ressouvenir au moment opportun. Le résultat de cette démarche vinicole est un Corbières AOP produit par la cave de Castelmaure (11360 Durban-Corbières, Aude), à base de syrah (25%), de grenache noir (40%) et de carignan (35%).

 

C'est donc par curiosité, intrigué par le procédé, que j'ai acheté une bouteille de ce vin rouge chez le caviste "Le Verre Galant" de Saint-Etienne (6, rue François-Gillet) au printemps dernier. Et que je l'ai goûtée...

 

... et la surprise est là: d'un côté, on se dit que c'est un vin facile à boire agréable, un vin de copains - peu lassant en dépit de ses 14,5% d'alcool, sans doute en raison de sa finesse. Et de l'autre, il est étonnamment difficile de le caractériser! Si je devais utiliser un qualificatif, ce serait "féminin": de la rondeur et de la douceur, comme, sous les doigts, la sensation d'une peau tendrement caressée. Le bouquet révèle des odeurs de mûres ou de myrtilles. Au goût, ce vin n'a rien d'épicé, ou si peu (cumin, peut-être?), ni d'outrageusement acide. Sa rondeur et sa douceur sont agréables, pas du tout écoeurantes, et concourent à un équilibre discret. Au final, force est de constater que la "Perpète" est courte en bouche: discrétion toujours! J'en garde l'excellent souvenir d'un vin de caractère délicat, qui a par ailleurs l'élégance de ne jamais s'imposer.

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17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 19:00

hebergeur imageIls ont aussi mangé ici, et apprécié: Elodie, Gilles Pudlowski, Lucile Varnet.

 

Casser la croûte. Se laisser surprendre par un plat, imaginer l'histoire qui va avec. Sourire en découvrant ce qu'il y a derrière le nom a priori mystérieux d'un des plats proposés. Tel est, en synthèse, le programme proposé par le menu "Immersion, accord mets et vins" proposé par Michaël Breuil dans son restaurant "Sens". Celui-ci a ouvert ses portes il y a plus ou moins une année au numéro 50 du boulevard Gambetta, à Grenoble. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'une soirée dans cet établissement représente, au moins autant qu'un repas, une réelle et mémorable expérience gastronomique - dont il est possible de se faire une idée en visitant le site Internet du restaurant. Allez-y: c'est tentant...

 

... et après l'apéritif servi en terrasse (cocktail Charles Chaplin contenant entre autres de la liqueur de melon (ben oui, vu le chapeau!), accompagné d'un yaourt au foie gras avec fruits rouges et piment d'Espelette pour réveiller les papilles - un mélange sidérant, dans le meilleur sens du terme!), l'expérience tient ses promesses. Celle-ci commence par la découverte d'un cadre léché, baigné de musique moderne, où les couleurs sombres d'un décor urbain sont contrebalancées par les formes organiques de branches d'arbres qui concourent à la décoration - tout comme, d'ailleurs, la recette de la soupe aux truffes concoctée par Paul Bocuse pour Valéry Giscard d'Estaing, écrite en grand sur l'un des murs. Ceux qui ne votent pas Giscard peuvent naturellement regarder ailleurs... par exemple dans l'assiette, où tout se passe. 

 

Et le repas proprement dit, alors? Une série de moments épatants, un univers en soi. Si l'on vous dit "L'oeuf, la poule et le grain", qu'allez-vous imaginer? J'ai eu droit à un oeuf cuit à basse température (64 degrés!), avec un bouillon de poule et quelques graines - le tout constituant un ensemble harmonieux pour un départ en douceur, qui déjà raconte une histoire sur fond de chaîne alimentaire. J'ai également été épaté par le plat "Un tout petit pois", qui joue sur l'antithèse: alors qu'on aurait pu s'attendre à voir arriver un seul petit pois sur une grande assiette, voilà qu'arrive un peu le contraire: un gros pois (en sucre soufflé - une technique que le chef explore volontiers) dans lequel se trouve la surprise d'une mousse de pois et d'autres petits pois, véritables ceux-là - et, pour couronner le tout, des pousses de la plante. Bref, le petit pois dans tous ses états, et au plus près du goût véridique. Enfin (pour citer encore un point fort), dans quel restaurant vous invitera-t-on à briser la glace pour manger votre plat de crabe? C'est ce que propose le Sens, afin de reproduire, à l'échelle de l'assiette, le travail des pêcheurs de l'Arctique. Et le goût? Extra! Quant au dessert, à base de vulnéraire et qui rappelle la panna cotta pour ce qui est de la consistance, servi dans un pavé creusé qui offre même une fente pour y déposer une chips, c'est aussi une expérience étonnante - de quoi rappeler visuellement qu'à Grenoble, la montagne n'est pas loin.

 

Le choix des vins offerts en accord avec les plats est aussi d'une grande pertinence. Il opte pour des produits locaux et m'a permis une série de découvertes épatantes, là aussi: qui aurait cru que l'Isère et la Savoie, entre saveurs recherchées et cépages rares (on identifiera l'altesse, entre autres, immortalisée par Hervé Fassy dans le recueil de nouvelles "La Légende des cépages"), offrent une telle diversité vinicole? Les vins issus d'une production bio au sens large ont ici la part belle. Les flacons sont rares, me confie le serveur, qui se montre compétent en ce qui concerne les plats et les vins servis. Un vin vient à manquer? Il sera remplacé avec pertinence.

 

Et en conclusion, Michaël Breuil lui-même est venu me saluer - ce qui m'honore! - et échanger quelques impressions. Curieux des ressentis de ses clients, c'est aussi un cuisinier qui adapte ses menus et ses plats très régulièrement et en conçoit à chaque saison, en fonction d'une créativité qui paraît sans limites. Ainsi promet-il quelque chose à base de crocodile pour l'une des prochaines périodes... On le compare à Marc Veyrat, voire à Ferran Adrian même si, soucieux des goûts vrais, il récuse l'étiquette de "cuisine moléculaire": Michaël Breuil est un jeune homme (un peu plus de trente ans) inventif, héraut d'une cuisine re-créative et d'inspiration environnementale, que les amateurs de bonnes tables seraient bien inspirés de suivre de près!

 

Restaurant Sens, 50, boulevard Gambetta, 38000 Grenoble, tél. 04 76 95 03 58. Il est recommandé de réserver; laisser un message sur le répondeur automatique. Ouvert le soir et le vendredi à midi. Le menu "Immersion, accord mets et vins", c'est-à-dire la totale, est à 110 euros. Source de la photo ici.

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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 22:48

hebergeur imageLa saison des fêtes se prête volontiers à la consommation d'agréables vins qui réchauffent le coeur, venus des quatre coins du monde viti-vinicole. C'est fort de cette idée que j'ai dégusté dernièrement un Primitivo di Manduria DOC Giordano "Collection" 2009, créé par un viticulteur nommé Gianfranco Repellino - qui se positionne comme auteur de ce vin. Peut-il en être fier? Force est, en tout cas, de constater qu'il m'a touché. Et ce, pas seulement au moyen de l'élégance de la bouteille et de l'étiquette, même si celle-ci est indéniable.

 

Les premières gorgées révèlent avant tout des goûts de fruits, avant que ne se dévoilent, à mesure que la bouteille se vide (ce qui prend un certain temps), un net arôme de chocolat noir, long en bouche, avec des notes poivrées. Au bouquet, tout se passe fortissimo, tout est pressant et sollicite pleinement les narines.

 

Et puis, d'emblée, s'impose une impression de chaleur agréable, qui peut confiner au brûlant, en particulier au bouquet. Flatteur, ce vin est chaud, chaleureux à la manière d'un whisky - et il suffit de fermer les yeux pour, le verre à la main, se sentir comme assis auprès d'un feu de bois. Costaud avec ses 14,5% d'alcool, ce vin en provenance directe des Pouilles m'a laissé l'impression agréable et rassurante d'être un bon compagnon hivernal.

 

Le site du producteur: http://www.giordano-vini.com.

 

 

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