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25 juillet 2013 4 25 /07 /juillet /2013 20:12

hebergeur imageLu pour les défis Thrillers, Premier roman et Vivent nos régions.

 

"Au sud de notre âme", premier roman du jeune journaliste fribourgeois Nicolas Maradan, commence de manière géniale. Pour accrocher le lecteur en montrant un personnage sans en dire quoi que ce soit, en effet, quoi de mieux que de le mettre en scène en train d'enfiler péniblement un préservatif sur ses parties intimes, dans le cadre d'un reportage, alors qu'il songe à ses cours d'éducation sexuelle et à ses premières tentatives avec une banane? C'est pourtant ce personnage principal, Aristide alias Ari, qui va mener l'enquête à la manière d'un journaliste. Un seul paragraphe suffit pour comprendre qu'il n'est pas tout à fait sec derrière les oreilles! Pour lui mettre un peu de pression, l'auteur rappelle que son reportage, c'est un peu quitte ou double... et que l'image romantique qu'on peut avoir de la prostitution si l'on ne creuse pas un peu son sujet ne suffira pas à faire vendre du papier. Surtout lorsque deux filles meurent, coup sur coup, dans des circonstances criminelles dont les tenants et les aboutissants se dévoilent peu à peu.

 

hebergeur imageL'auteur suggère que Fribourg n'est pas une ville si tranquille qu'il y paraît. Il balade son lecteur dans la fameuse rue de la Grand-Fontaine, où se concentrent les activités reconnues de prostitution de la ville des Zaehringen. Quant aux homicides et à l'intrigue policière qui en découle, ils s'inspirent de faits réels, survenus il y a quelques années, et dont le journal "La Liberté" s'est fait l'écho. Le tout, habillé à la sauce romanesque! Le lecteur familier du petit monde fribourgeois se délectera d'ailleurs, au fil des pages, à démêler le vrai du faux et, surtout, des travestissements et faux noms qui laissent deviner les vrais. En tout cas certains...

 

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Il y a un certain romantisme dans la vision du monde de la prostitution à Fribourg qu'offre l'auteur, une vision aux antipodes de ce qu'a pu mettre en scène un certain Iceberg Slim. D'emblée, le journaliste Ari va trouver en Lascaux (celle qui a une grotte, l'astuce est facile mais bien exploitée, dès la première page) une interlocutrice privilégiée. L'accès est peut-être un peu trop facile, loin du côté "business-business" qu'on peut attendre d'une prostituée. La confiance est-elle si aisément accordée à un micheton? Et à un micheton journaliste, a fortiori?

 

Page après page, lhebergeur imagee lecteur se délectera de la concurrence qui se met en place entre la police et le journaliste. Certes, "Au sud de notre âme" se concentre sur le point de vue du journaliste; cela n'empêche pas d'observer la police qui progresse dans son enquête. L'auteur dépeint les gardiens de la paix d'une manière crédible et simple, sans éprouver le besoin de convoquer l'arsenal de criminologique et criminalistique qui fait le miel de certains thrillers américains actuels. Côté police, le lecteur fait la connaissance, entre autres, d'un agent ambitieux et d'une procureure consciente qu'en qualité de femme, tout faux pas lui est interdit. Face à cette troupe bien organisée, Ari avance de manière intuitive, quitte à s'avouer parfois qu'il ne sait pas par où commencer. Les articles de journal qui ouvrent les chapitres démontrent cependant qu'il sait comment se débrouiller, et forment un changement de tonalité bienvenu.

 

Enfin, la vie au journal, nourrie à ce carburant essentiel qu'est le café, est décrite d'une manière conforme à ce que l'on peut attendre d'un journaliste. Gageons que plus d'un membre du personnel du journal "La Liberté" a dû se reconnaître dans certaines descriptions, au moins partiellement. L'auteur excelle à dépeindre l'ambiance fiévreuse qui peut régner dans une rédaction lorsqu'un scoop s'annonce: il montre le va-et-vient des collaborateurs, les discussions à voix basse avec les cadres... Cela, sans oublier les relations entre collègues, parfois marquées par la concurrence pour décrocher "le" scoop.

 

L'auteur a donc, on l'a compris, le souci de recréer, à l'attention du lecteur, les lieux et les ambiances qu'il entend décrire. Ce n'est pas le moindre de ses talents: l'intrigue avance par ailleurs de manière cohérente, dans un souci affirmé du détail qui transporte le lecteur à Fribourg. Et comme il se doit dans un tel roman, quelques notables sont inquiétés. Joli coup d'essai, donc, pour l'auteur de "Au sud de notre âme" (d'ailleurs, que signifie ce titre?...), un roman au fonctionnement irréprochable, soucieux, en permanence, de montrer plutôt que de dire. Il n'y a plus qu'à se réjouir de la parution du deuxième opus de Nicolas Maradan.

 

Nicolas Maradan, Au sud de notre âme, Paris, Mon petit éditeur, 2012.

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