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4 juin 2015 4 04 /06 /juin /2015 21:30

Fazan BadLu par Francis Richard.

Le site de l'éditeur.

 

Aimer sans compter, est-ce possible? Cette interrogation reste dans l'esprit de celui qui achève la lecture de "Bad", le dernier roman de l'homme de radio et écrivain suisse Daniel Fazan. J'ai découvert cet auteur avec "Morose foncé"; c'est cependant un tout autre ton que j'ai trouvé dans "Bad".

 

La surprise est de taille, en effet: si "Morose foncé" est un roman exigeant, "Bad" se pare d'une légèreté de ton qui en rend la lecture agréable, voire friande - et drôle, volontiers. L'histoire paraît commune si l'on en présente l'essentiel: il sera question des métamorphoses du lien qui existe entre une mère, Lélène, coiffeuse de son état, et son fils, Bernard dit Badadia dit Bad, génie mathématique qui sait compter, mais est handicapé des sentiments. Une image récurrente, très concrète, doit être relevée: celle du cordon ombilical, métaphore de ce lien et leitmotiv.

 

Tout commence avec un problème de grossesse: le cordon ombilical a serré le cou de l'enfant durant la grossesse, ce qui a déterminé un destin particulier. Ce thème est également présent dans "Fils de perdition" d'Yves Laplace. Daniel Fazan l'exploite différemment, tout au long du roman, en suggérant qu'il faudrait peut-être enfin le couper. Mais qui le fera? Le rejeton devenu adulte paraît avoir acté le fait d'avoir pris son envol alors que sa mère tient encore à lui. C'est pourtant elle qui coupe définitivement en apprenant qu'elle est grand-mère, ce qu'elle ne se sent pas capable d'assumer alors qu'elle se sent si peu mère. Le moment où Lélène décide de vivre comme si son fils n'était pas là constitue une coupure dans le roman - c'est l'entrée dans la deuxième partie. Une coupure d'autant plus forte que "Bad" n'est pas découpé en chapitres.

 

La deuxième partie est d'ailleurs celle où tout explose, où tout s'affole, aboutissement d'un crescendo qui, après un début sage, accroche rapidement le lecteur. Lélène se prend en main, et vit des aventures inimaginables: devenir miss, créer le buzz, être reçue par la reine d'Angleterre... La narratrice, Lélène, présente cet épisode de sa vie comme une compétition avec son fils: qui sera le premier à atteindre les étoiles?

 

"Bad", c'est le titre. Bel exemple d'exploitation des possibilités d'un nom: l'auteur exploite ainsi le diminutif de "badadia", qui signifie "simplet" dans certains lieux de Suisse romande. "Bad" fait tout de suite plus "badass", si j'ose dire; mais l'auteur ne va pas jusqu'à suggérer de mauvais sentiments de la part du personnage du fils. En revanche, la référence à Michael Jackson est pleinement assumée... En écho, l'auteur ne rechigne jamais à jouer avec les noms de ses personnages. Et plus généralement, avec la langue française, avec laquelle il jongle à l'occasion, en poète équilibriste.

 

Le lien avec le réel est matérialisé par une astuce originale: l'auteur n'hésite pas à mettre en scène Olivier Morattel, l'éditeur, en personne. Certes, cette présence est minime; mais le rôle est intéressant: il vient mettre la pression, amicalement, sur Lélène, qui est la narratrice, afin qu'elle relate sa vie. Ce qui prend du temps... On peut voir là la métaphore de l'éditeur qui presse ses auteurs et des auteurs qui, réciproquement, peinent à avancer dans les oeuvres qu'ils se proposent de publier. Autre lien artistique, cette fois interne à l'oeuvre de l'auteur: "Bad" offre une présence furtive à deux vignerons, tout droit sortis d'un autre roman de Daniel Fazan, "Millésime".

 

Drôle et ironique, tendre aussi, "Bad" porte un titre trompeur: c'est un bon roman, dont on sort avec le sourire - et le regret de quitter une centenaire attachante qui a décidé, sur le tard, de mordre la vie à pleines dents. L'auteur s'est éclaté... et le lecteur, décidément, aussi!

 

Daniel Fazan, Bad, La Chaux-de-Fonds, Olivier Morattel, 2015.

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29 mai 2015 5 29 /05 /mai /2015 21:23

hebergement d'imageIl y a comme ça des livres qui vous intriguent rien qu'avec un titre. Et alors qu'aujourd'hui, la mode est aux titres interminables, le titre "Le Mège" détonne par sa concision et par son sens: qu'est-ce qu'un mège? C'est ainsi que l'écrivain jurassien Jean-Paul Pellaton (1920-2000) a choisi d'intituler l'un de ses romans majeurs, paru en 1993, lauréat du Prix Schiller, réédité tout dernièrement par les éditions Plaisir de lire - que je remercie de m'avoir remis un exemplaire de ce vaste roman. Heureuse initiative que de l'avoir fait revivre!

 

Qu'est-ce qu'un mège, en effet? Telle est la première question que se pose le lecteur en ouvrant ce roman historique. La quatrième de couverture donne une définition de ce vieux mot: "Un mège, en français archaïque, est un médecin généraliste de type ambulant, à demi autodidacte, généralement amateur de plantes, un peu alchimiste pour ne pas dire sorcier, rebouteux ou guérisseur, plutôt que médecin." Xavier Miécourt répond globalement à cette définition. Découvrant par hasard un talent de guérisseur, il va l'approfondir en partant de son Jura natal, ce qui va l'amener à diverses rencontres qui l'amèneront plus loin. Et lorsqu'il arrive à Paris, la Révolution française éclate.

 

Sans être exact d'emblée, l'ancrage historique, ancien, est indiscutable. Certaines pages donnent libre cours aux interactions entre humains, et laissent la peinture historique au deuxième plan, ce qui donne au "Mège" un franc parfum d'intemporalité. Si l'époque est marquée, c'est le plus souvent en arrière-plan: il est question de la prise de la Bastille, mais la participation de Xavier Miécourt à ce moment est mineure. D'un autre côté, il sera aussi question de sectes religieuses, un personnage faisant immanquablement penser aux anabaptistes, dont la tradition trouve ses sources dans les régions mises en scène par l'auteur. Et globalement, le lecteur retiendra des ambiances historiques, plutôt que des faits - même si la Révolution française est montrée au travers de son événement le plus marquant, la prise de la Bastille. L'auteur échappe ainsi aux contraintes que pourraient impliquer une action trop prégnante sur l'histoire.

 

Côté figures historiques, il sera question en particulier de Franz Anton Mesmer, père du magnétisme animal, qui suscite l'intérêt de Xavier Miécourt. En évoquant cette figure, même si c'est de façon peu engageante, l'auteur du "Mège" inscrit son ouvrage dans une tradition balzacienne qui s'intéresse à la médecine et à ses variantes - il est permis de penser à "Ursule Mirouët". De manière plus générale, d'ailleurs, l'auteur excelle à recréer un moment de l'histoire de la médecine, où convergent et se confrontent un certain nombre d'approches, traditionnelles ou modernes, de la manière de soigner l'humain. L'auteur ménage une rencontre entre Miécourt et Mesmer à Paris, mais il n'en sortira pas grand-chose, d'autant plus que Mesmer est présenté sous un jour antipathique. On peut voir ici à un procédé déceptif cruel: l'auteur refuse de faire de la rencontre entre Mesmer et Miécourt le point le plus fort de son roman. Ce n'est pas bête: dès lors, le lecteur est contraint de chercher un intérêt ailleurs.

 

Il est tentant de lire "Le Mège" comme un roman picaresque, ce que suggère d'ailleurs le prière d'insérer. Cette étiquette est cependant abusive: un roman picaresque donne la parole, à la première personne, à un bon à rien à la morale élastique, et qui se débrouille toujours. Or, Xavier Miécourt se présente plutôt comme un médecin habile quoique atypique, doué d'une certaine éthique (voir le chapitre "Amélie"), doté d'un second métier mais guère soumis aux impondérables qui sont le lot d'un vrai picaro. Surtout, "Le Mège" n'a guère d'ambition satirique et ne s'attarde guère sur les bonnes fortunes amoureuses de son personnage principal - sans pour autant les gommer totalement. Reste que Xavier Miécourt et le picaro typique ont un point commun: ils voyagent et apprennent.

 

Dès lors, il est préférable d'y voir un roman d'apprentissage mettant en scène un jeune homme confronté à son temps et désireux d'aller plus loin. Le première chapitre met le lecteur sur la piste en suggérant le refus du déterminisme: non, Xavier Miécourt ne sera pas menuisier parce que son père l'est. A la manière d'un fou du roi, c'est un artiste de cirque qui révèle Xavier Miécourt à lui-même, en lui disant franchement ce qu'on n'oserait pas dire autrement. Et plus tard, ce sont des rencontres qui vont faire de Xavier Miécourt, figure informe en début de roman, un être humain accompli et prêt à affronter l'âge adulte, ses servitudes et ses splendeurs.

 

Tout commence et finit à Miécourt, à la manière cyclique d'un tour de France des compagnons abrégé. Les lieux sont précisément indiqués: connaisseur de la géographie de son roman, l'auteur indique chaque lieu-dit et fait usage de patronymes locaux. Quant au style, il s'avère classique et fluide, intemporel pour tout dire. L'auteur a le bon goût de ne pas y glisser d'archaïsmes voyants ni de mots du cru qui détonnent. Loin de chercher à recréer une langue à la façon d'un Ramuz, il se trouve à l'aise dans un style au classicisme solide et va jusqu'à user régulièrement de métaphores pour installer, au détour des pages, une indéniable poésie qui ne vieillit pas.

 

Jean-Paul Pellaton, Le Mège, Lausanne, Plaisir de lire, 2015.

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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 21:05

Ferguson Beast

Lu par Francis Richard, Frédéric Vallotton.

Le site de l'éditeur.

 

"La Bête": pour un ouvrage philosophique, voilà un titre atypique. Court, étonnant: c'est ainsi que l'a voulu son auteur, Jon Ferguson, un Américain installé en Suisse. Né en 1949, il peut se retourner sur une vie bien remplie puisqu'il a été chroniqueur, entraîneur de basket, peintre et professeur d'anglais. Et écrivain: "La Bête" est le troisième de ses livres qui paraît aux éditions Olivier Morattel.

 

"La Bête", c'est une réflexion déclinée en anglais et en français dans un ouvrage bilingue à double entrée (voir l'illustration du présent billet): le lecteur peut goûter la prose de l'auteur dans sa version originale anglaise ou dans sa traduction française (réalisée en collaboration étroite avec l'auteur par Marc Aebischer, Jean-François Cuenod, Louise Anne Bouchard et Florence Nack), pour peu qu'il tourne le livre dans le sens qui lui convient.

 

Trois parties constituent ce volume. Tout commence avec "Miettes", une série de petits textes qui vont de l'aphorisme lapidaire à la réflexion développée. En préambule, l'auteur invite le lecteur à prendre du recul, mais en réalité, volontiers audacieux, il exige encore plus de lui: il faudra changer de point de vue, quitter la zone de confort, au gré de réflexions où perce le regard naïf et dérangeant d'un enfant. Agitant des questions de métaphysique, de société humaine et de religion, parfois iconoclaste (voir ses réflexions sur le réchauffement climatique et sa perception), l'auteur développe une sorte de cosmogonie originale. Et il annonce déjà une idée directrice de "La Bête": rechercher la vraie place de l'humain dans l'univers.

 

C'est la voie qu'explore avant tout "La Bête", dans l'idée de remettre l'humain, humblement, à sa place quelque part dans le règne animal, sans cette position privilégiée qu'il tend à s'arroger. L'auteur démonte du reste les arguments plaidant en faveur de la supériorité supposée de l'humain, en les illustrant a contrario. Sur les notions de liberté et de libre-arbitre, il trouve des arguments percutants, ayant trait aux divers conditionnements dont l'humain fait l'objet. Quant à la question de la culpabilité, on regrettera qu'il en attribue la seule responsabilité au christianisme: de nos jours, en nos sociétés largement déchristianisées d'Europe occidentale, d'autres lames de fond idéologiques cherchent à exploiter le sentiment de culpabilité de l'humain (par exemple un certain écologisme, tendant à rendre l'humain seul responsable du changement climatique), ce que l'auteur ne dit guère.

 

L'auteur ose le terme d'homme-bête afin de suggérer la proximité entre l'humain et les autres espèces animales. De manière presque ironique, mettant en évidence les forces des espèces qui entourent l'humain et les faiblesses, voire les crimes dont l'homme est responsable, il tend à dire que nous, humains, ne sommes pas meilleurs que ces êtres que nous nommons "bêtes". Le lecteur s'interroge dès lors: l'homme est-il plus animal que l'animal?

 

La question de la religion et de Dieu se poursuit dans "Bulles", terme métaphorique qui permet de poursuivre la réflexion. L'auteur paraît ne jamais exclure la possibilité d'une transcendance, tout en l'observant d'une manière critique, d'une manière peut-être déjà vue (croisades d'hier contre terrorisme musulman d'aujourd'hui, n° 33). Cela dit, le développement est original, partant de l'image de la bulle de savon, de sa fragilité et de son caractère éphémère. Il débouche sur des thèmes d'actualité (Noël, les attentats à l'encontre de la rédaction de Charlie Hebdo) qui suggèrent que les notes, longues ou brèves, dûment numérotées, ont été prises au jour le jour.

 

"Pour comprendre ce livre, il vous faudra prendre du recul. Faire un pas... deux pas... dix pas... vingt mille pas en arrière. Il faut désapprendre tout ce que vous avez "appris": vaste programme!
Les numéros qui se succèdent dans "La Bête" sont autant d'éléments de réflexion, courts ou moyens, lapidaires ou se complaisant dans un certain ressassement, mais toujours d'une longueur suffisante pour permettre au lecteur de les méditer l'un après l'autre et de réfléchir à leurs résonances et dissonances à l'intérieur de soi.

 

Jon Ferguson, La Bête, La Chaux-de-Fonds, Olivier Morattel, 2015.

 

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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 20:00

hebergement d'imageUn chien comme narrateur: l'expérience a déjà été tentée. En 2004, avec "Os", l'écrivain Louis Lerne baladait son canidé, Liebe, dans un monde d'épicuriens, observés avec un regard distancié, nourri de références antiques. Avant lui, en 2000, Annick Mahaim lâchait son chien, Léon, dans une enquête en Chine: c'était "Zhong". C'est dans cette tradition que s'inscrit le deuxième roman de Pierre De Grandi, "Le tour du quartier" - qui donne lui aussi la parole à un chien.

 

Le lecteur est vite mis au parfum. Le chien mis en scène par Pierre De Grandi n'a pas de nom - on le désigne de manière fluctuante, de manière dérisoire: c'est "le chien", "Duchien", etc. dans toutes les variantes possibles, comme si l'auteur suggérait que personne, pas même sa maîtresse, ne connaît vraiment l'animal. Reste que la bête a du flair. Dès lors, les références à l'odorat deviennent une constante du roman "Le tour du quartier". Et l'auteur parvient à se mettre dans la peau du chien, avec succès: les odeurs qui paraissent agréables à l'homme ne le sont pas forcément pour l'animal. De même, les messages odorants laissés çà et là sous forme d'urine jouent leur rôle dans ce petit livre.

 

Loin d'être cabotin, le chien que l'auteur met en scène est philosophe. Cela vaut au lecteur quelques réflexions fort savantes, fort humaines au fond, sur le monde, et des digressions sur la psychologie canine. La technicité de certains passages trahit le métier de médecin de l'auteur, au moins autant que le goût du chien pour les belles théories - celles qui comparent l'humain et le chien. Ces comparaisons ont l'intelligence de ne pas affirmer de manière péremptoire la supériorité de l'animal sur l'humain: le propos mise sur la complémentarité et sur un jeu habile de concessions entre l'animal et un maître reconnu et accepté comme tel.

 

Voilà pour le personnage éminemment sympathique que l'auteur met en scène! Reste que "Le tour du quartier" peine à lui donner un rôle à sa mesure. Le lecteur regrette en particulier l'absence de tension, due avant tout à l'absence de véritable antagoniste: il n'y a pas de méchant dans "Le tour du quartier", ce qui laisse l'impression d'un simple roman des bons sentiments, un poil court en bouche après "Yxsos", premier roman très fort de l'auteur. Quant au rythme du récit, il paraît uniforme et un peu lent, ennuyeux parfois, comme si le chien s'écoutait parler. Enfin, il aurait été appréciable, savoureux même, que certaines péripéties soient exploitées plus avant, par exemple l'incursion du chien dans une cage à poules.

 

Qu'y a-t-il à croquer dans "Le tour du quartier", alors? En plus de côtoyer un personnage de chien réussi bien que sous-employé, les amateurs de beau langage seront servis: l'auteur fait usage d'une langue poétique et opulente à souhait, qui exploite avec pertinence tous les registres de langage, sans craindre de s'encanailler. Cela réserve quelques belles pages de description qui donnent au lecteur le goût sensuel, sucré et insouciant des régions ensoleillées du sud. Comme quoi le tour du quartier peut mener loin, pour peu qu'on prenne le bus... ou qu'on s'intéresse aux autres, ce qui vaut bien un bon voyage.

 

Pierre De Grandi, Le tour du quartier, Lausanne, Plaisir de lire, 2015.

Le site de l'éditeur.

 

Les ouvrages cités:

Annick Mahaim, Zhong, Vevey, Editions de l'Aire, 2000.

Louis Lerne, Os, Paris, La Différence, 2004.

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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 20:37

Feissli EauDéfi Thrillers et polars.

Le site de l'éditeur.

 

"Ca étonne souvent, mais oui, il y a bien une marine en Suisse. Depuis la deuxième guerre mondiale pour être exact. Et pour répondre à votre question, nous ne naviguons pas sur le Léman, mais sur tous les océans. Nous transportons des marchandises de port en port." En quelques mots, l'écrivain suisse Fabien Feissli rappelle une vérité méconnue: loin d'être une tarte à la crème, la marine suisse existe vraiment. Il en a fait le sujet original de son deuxième roman, "En eau salée", qui fait suite à un premier opus, "Séance fatale", dont il a été question sur ce blog il y a quelque temps.

 

Avec "En eau salée", le lecteur se trouve en présence d'un huis clos habile et aéré. Aéré parce que si l'ensemble de l'intrigue policière proprement dite se déroule dans l'espace confiné d'un porte-conteneurs qui sillonne l'Océanie (Australie, Nouvelle-Zélande, Indonésie...), l'auteur concède aussi des bouffées d'oxygène en évoquant le passé de certains personnages: une attaque par des pirates qui donne à "En eau salée" les accents aventureux d'une robinsonnade, et une soirée de beuverie qui finit mal à Leysin, avec une morte: Fanny. Victime de Florent, soudain accusé de meurtre et de viol? Jusqu'au bout, l'auteur entretient le doute...

 

L'auteur, justement, se livre à un bel exercice d'équilibriste pour balader les soupçons sur certains de ses personnages. Personne ne veut croire à la culpabilité de Florent, mais les apparences sont contre lui; dès lors, le lecteur va douter durant toute sa lecture, jusqu'à l'issue, complexe mais claire et difficilement attaquable, comme il se doit.

 

Fabien Feissli ne s'attarde guère sur la description réaliste et précise du porte-conteneurs où se passe son intrigue. Le lecteur se contentera d'infographies (signées Ricardo Moreira) pour se repérer. L'auteur se concentre sur certains aspects parfois insoupçonnés du mode de vie à bord: repeindre sans cesse le bateau pour qu'il ne rouille pas, jouer avec les fuseaux horaires jusqu'à ce que cela devienne une seconde nature, gérer les tensions entre personnes tout en vivant des liens particuliers dans un contexte international, jouer au poker et se raconter des histoires pour tromper l'ennui. Cela, sans oublier les longs mois d'absence et les proches qui attendent, anxieux, sur la terre ferme - un classique lorsqu'on évoque la navigation. L'auteur recrée de manière crédible la vie à bord du porte-conteneurs, en se concentrant sur les interactions entre de nombreux personnages bien dessinés.

 

Et si ce roman emmène ses lecteurs en haute mer, la petite Suisse est présente - et en particulier Lausanne. Cela passe par le nom du bateau où tout se passe (SO Lausanne), mais aussi par l'évocation de la police chargée d'enquêter. Celle-ci est dépeinte avec ses limites: si Florent échappe à la prison au terme d'un procès médiatisé aux couleurs américaines ("Objection!", entend-on crier à plus d'une reprise dans ce tribunal vaudois...), c'est parce que l'enquête paraît avoir été bâclée - et plus tard, les policiers dépêchés sur le "SO Lausanne" paraissent longtemps piétiner. Enfin, j'ai le vague souvenir d'avoir vu passer discrètement, dans "En eau salée", un policier nommé Dardet; ainsi s'établit le lien avec "Séance fatale", où cet agent apparaît déjà.

 

Fabien Feissli confirme avec "En eau salée" qu'il est un écrivain qui sait écrire une histoire policière solide. Il s'avère également capable, avec une économie certaine de moyens, de recréer un monde à la manière d'un reporter, en faisant usage d'un style sobre qui donne toute la place à certaines choses bien observées, qui suffisent à recréer un monde original: à ma connaissance, c'est la première fois qu'on écrit un polar sur la marine suisse. Embarquez...

 

Fabien Feissli, En eau salée, Genève, Cousu Mouche, 2015.

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24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 21:55

hebergement d'image"Le Canal": un titre sobre, idéal pour un roman court. Après son premier roman "Le Canular divin", l'écrivaine vaudoise Valérie Gilliard plonge dans les eaux noires, au calme trompeur, du canal de la Thièle, où une enfant disparaît brusquement. Ce faisant, elle témoigne d'un très beau travail sur la langue, qui confine à la poésie la plus pure l'espace d'un intermède.

 

L'intrigue tient en peu de mots, c'est vrai: tout tourne autour d'une fillette qui disparaît soudain dans le canal. Le prologue du "Canal" fonctionne comme une scène d'exposition. Sous des airs froidement factuels, mine de rien, il installe les personnages appelés à jouer un rôle dans le roman. Surtout, il s'avère elliptique à la fin, comme si l'auteur, au fil de la plume, souhaitait garder un maximum de portes ouvertes. Dès lors, le lecteur s'interroge: la fillette est-elle morte noyée, ou y a-t-il un espoir? Et hop, le voilà embarqué.

 

L'ouvrage donne dès lors la parole aux protagonistes dont le lecteur a découvert les silhouettes dans le prologue: la mère de la noyée, un pêcheur, une vieille dame, un jeune gars qui cherche à se profiler à l'UDC, etc. Quitte à risquer un certain manichéisme (les Suisses paraissent d'emblée suspicieux face aux étrangers, alors que les étrangers semblent forcément devoir susciter l'empathie), l'auteure construit des personnages intéressants, rien qu'en les laissant parler. Leurs voix sonnent juste et sont recréées avec finesse. On apprécie ces Yougoslaves qui ont appris le français tel qu'on le parle en Suisse et évoquent leur Natel, on aime les helvétismes et les tours typiques qui émaillent le discours du pêcheur. Le jeune UDC lui-même fait l'objet d'un travail de fond, et fait apparaître avec pertinence le type du jeune con que l'âge seul saura rendre sage. Et tous ces points de vue, parfois contradictoires, parfois concomitants, auxquels il faut ajouter ceux de la presse, constituent autant de regards sur un fait divers.

 

La langue de l'auteure est, sans complexe, le français tel qu'on le parle en Suisse. Un choix évident pour un récit profondément ancré dans son terroir: tout se passe dans la petite ville vaudoise d'Yverdon-les-Bains. L'auteure utilise des procédés classiques pour rappeler les lieux: désignation de lieux-dits, évocation de rues et d'éléments remarquables comme la Maison d'Ailleurs, haut lieu de la science-fiction. Cela, sans oublier des lieux populaires et familiers comme les centres commerciaux: "la" Migros a sa place ici. Et puis il y a l'Orbe, et le canal... Sans s'imposer comme un personnage à part entière, le décor s'avère travaillé, réaliste et crédible.

 

Enfin, l'auteure a l'élégance de faire bref. Chaque personnage s'exprime deux fois; cela suffit pour faire le tour d'un événement presque banal, pour en dire la douleur qu'il peut générer chez les principaux intéressés. A la manière d'une ouverture sur le monde, "Le Canal" va jusqu'à esquisser avec justesse (il n'en faut pas plus) les conflits survenus en Yougoslavie dans les années 1990, et leurs retombées sur des civils dont la seule aspiration est de vivre normalement et dont l'existence a vite basculé. L'auteure offre ici quelques flash-back porteurs de sens, dans la mesure où ils éclairent aussi la situation présente:

 

Avec "Le Canal", Valérie Gilliard confirme un talent romanesque certain, et une véritable virtuosité dans l'art de recréer des voix d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs. Elle offre un roman qui sonne juste et résonne suisse, jusqu'aux accents et aux mots, mais qui ouvre aussi les portes d'autres univers.

 

Valérie Gilliard, Le Canal, Vevey, Editions de l'Aire, 2014.

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23 avril 2015 4 23 /04 /avril /2015 20:55

hebergement d'imageChacun a une chanson qu'il préfère, qu'il est même prêt à défendre les armes à la main s'il le faut: "Et il y a plusieurs chansons sur lesquelles il ne faut pas venir nous chercher...", résument les préfaciers. Partant de cette idée, le journaliste Eric Bulliard et l'écrivain Michaël Perruchoud ont eu, autour d'une bonne bière, l'idée d'inviter tout un chacun à défendre sa chanson en quelques phrases, sous la forme de billets de blog. Ainsi est né un blog, à l'enseigne de "Je ne laisserai jamais dire que ce n'est pas la plus belle chanson du monde". Face au succès, les instigateurs de ce projet ont décidé de faire un livre qui recueille certains de ces hymnes à des chansons. Collectif et portant le même titre que le blog, le bouquin vient de paraître aux éditions Cousu Mouche - que je remercie pour l'envoi.

 

Léo Ferré en couverture: c'est déjà tout un programme. Et l'intérieur ne le trahit pas: le plus souvent, les intervenants évoquent des interprètes qu'on connaît en général par le disque, souvent d'une production "mainstream" qui se positionne comme (faussement) indépendante et s'adresse à un public intello. Les chouchous? Ce sont Hubert-Félix Thiéfaine, Jacques Brel, Georges Brassens. Certains intervenants évoquent leurs coups de coeur de la chanson anglophone. Enfin, un ou deux francs-tireurs, trop rares, osent sortir des chansons attendues pour évoquer le traditionnel "A la claire fontaine", ou "Pandi-Panda" de Chantal Goya. Sur le blog, il y a même un témoignage autour d'un chant de Taizé...

 

Le lecteur note rapidement deux tendances dans ces textes. Il y a d'une part les textes qui expliquent pourquoi telle chanson est la plus belle du monde. C'est l'occasion de croiser des auteurs mélomanes attentifs à ce qu'ils écoutent, et capables de mettre en mots des émotions exactes et, parfois, des aspects techniques. Même si la plume sait se montrer alerte, l'exercice trouve ici une limite: le lecteur est invité à écouter ces mélomanes crier au génie de façon un peu abstraite, convaincue à défaut d'être convaincante - surtout s'il ne connaît pas la chanson dont il est question.

 

Il y a de quoi vibrer bien davantage lorsque l'auteur choisit une chanson rattachée à un vécu intime, éventuellement puisé dans sa jeunesse. La présence de "Pandi-Panda" dans un tel recueil, par exemple, pourra paraître incongrue; mais n'importe quel parent vibrera à la lecture de cette histoire, racontée avec esprit, d'un enfant qu'on endort enfin avec cette chanson, après avoir tout essayé. Enfin, les auteurs parviennent le plus souvent à développer, en quelques phrases, une véritable poésie qui permet à l'exercice d'éviter l'écueil ultime: ressembler à une dissertation scolaire.

 

Si chaque auteur a bien sa chanson préférée, plus d'un détourne la contrainte de l'exercice en en évoquant d'autres, comme par effraction. Le témoignage sur "Syracuse" de Henri Salvador est à ce titre extraordinaire: abreuvé de côtes-du-Rhône ("je ne laisserai jamais dire que ce n'est pas le plus beau vin du monde"), l'auteur évoque toute une galerie de chansons qui auraient pu prétendre au titre... celles-ci vont résonner dans la tête du lecteur, et créer un sacré juke-box dans sa tête. Certains auteurs glissent discrètement des citations de chansons dans leurs textes. Une manière de donner une présence de l'ombre à ces musiciens qu'on n'a pas pu retenir.

 

L'exercice joue parfois la mauvaise foi calculée ("Je ne parle même pas de ceux qui écoutaient Foreigner ou A-ha. À l'époque déjà, je ne leur parlais pas", lâche un auteur) qui, espérons-le, tient davantage de la posture théâtrale que de la conviction intime. Il est certain, par ailleurs, que l'une ou l'autre prise de position pourra faire débat, passionnément. Faut-il s'en plaindre? Nenni: toute plaidoirie a ses outrances, et le deuxième degré est admis, voire encouragé: après tout, c'est ce qu'on aime dans ce genre d'exercice!

 

Le lecteur attentif au monde des lettres et de la musique romands reconnaîtra les noms des auteurs du recueil. Sans doute connaîtra-t-il quelqu'un: on y retrouve l'écurie des écrivains de Cousu Mouche en force, mais aussi quelques journalistes romands, des musiciens et même des illustrateurs, qui ont osé créer des images franches et directes à partir d'une chanson. Le livre "Je ne laisserai jamais dire que ce n'est pas la plus belle chanson du monde..." reprend des billets de blog - et comme le blog est toujours ouvert, chacune et chacun d'entre vous est invité à participer à votre tour, peut-être en élargissant le terrain de jeu. Les initiateurs du projet laissent du reste entendre qu'il y aura d'autres publications du même genre.

 

Il faudra que je m'y mette...

 

Collectif, Je ne laisserai jamais dire que ce n'est pas la plus belle chanson du monde..., Genève, Cousu Mouche, 2015. Préface d'Eric Bulliard, Michaël Perruchoud et Sébastien G. Couture.

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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 23:27

hebergement d'imageQue voilà un petit livre atypique: "Cadavres" est l'oeuvre conjointe de l'écrivain vaudois Pierre-Yves Lador et du dessinateur Nicolas Sjöstedt. Sobre, prosaïque, le titre annonce la couleur sans lyrisme déplacé: il sera question de morts, auxquels il est rendu un double hommage, celui du dessin et celui de la poésie. Cela, avec un bonheur indéniable.

 

Pierre-Yves Lador a mis des mots sur une série de dessins qui sont autant d'études d'un champ de bataille, destinées à un récit sur le faux-monnayeur Farinet. Ce sont des civils, et le lecteur leur trouvera volontiers une histoire plus large que l'idée de départ. C'est peut-être la Commune de Paris, ou telle autre guerre civile, comme il y en a trop dans notre monde. Le coup de crayon de Nicolas Sjöstedt offre à ces défunts croqués une nouvelle vie, une nouvelle identité: à plus d'une reprise, le lecteur va se demander s'il est vraiment en présence du dessin d'un cadavre. Mais oui: chaque page de "Cadavres" est illustrée... d'un dessin de cadavre.

 

Ces potentialités, cette envie de voir autre chose qu'un cadavre dans chaque dessin, d'interpeller aussi, le poète Pierre-Yves Lador les explore. Son regard a la force de l'évidence: tel personnage recroquevillé ressemble à un foetus ou à un bébé qui suce son pouce, tel autre paraît prier. Et les mots pour le dire arrivent, riches. Ce ne sont que quelques phrases, quelques vers; parfois, l'auteur s'approche du haïku, court, dense et fulgurant.

 

Dense, oui. Parce que l'auteur va aussi chercher les petits mots qui sont dans les grands afin d'ébaucher ses histoires, de suggérer ou de conjurer la mort. Les glissements sémantiques sont légion aussi, comme si le poète avait choisi de surfer sur la langue française pour lui faire rendre toute sa sève. Le lecteur est frappé par le côté pertinent, sans cesse changeant, de chaque morceau de texte, taillé sur mesure pour chaque dessin. Les références littéraires sont présentes aussi: on entendra résonner "Nous partîmes cinq cents..." à un coin de page, et l'ombre du Dormeur du Val se profile aussi. Celui qui le voudra, enfin, percevra quelques allusions historiques.

 

A quatre mains, Nicolas Sjöstedt et Pierre-Yves Lador ont concocté avec "Cadavres" un livre dense et épatant, où se mêlent la poésie des crayons et celle de la plume. Une plume qui évoque la mort avec esprit, sans doute pour conjurer l'inquiétude qui peut naître en chacun de nous à l'idée de l'inéluctable.

 

Nicolas Sjöstedt et Pierre-Yves Lador, Cadavres, Vevey, Hélice Hélas, 2014.

Le site de l'éditeur.

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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 22:35

hebergement d'imageDust, personnage assoiffé de liberté, est le grain de poussière qui vient s'immiscer dans le roman éponyme de Gwénaëlle Kempter - j'en parlais ici. Ce personnage est si riche qu'il a permis à l'auteure valaisanne d'écrire un deuxième roman à son sujet, sobrement intitulé "Dust Tome II". Le lecteur y retrouvera avec délices ce qui fait la beauté de "Dust".

 

Beauté d'une nature qui n'est jamais lointaine, d'abord, même si l'on se trouve en des lieux où vit l'humain: autour du ranch, on devine une petite ville du Montana, avec ses bagarres, son shérif Spike qui essaie de régler les choses à l'amiable. La nature, ce sont avant tout les animaux, fussent-ils domestiqués. Les chevaux continuent de garder le beau rôle, et l'auteure excelle à recréer la complexité admirable liens que l'humain tisse avec eux, ce qui leur donne une impressionnante humanité. C'est de manière plus joueuse que l'auteure évoque les deux pitbulls, Nayi et Nagi, ou parle des chats: ceux-ci portent facilement, en guise de noms, des adjectifs évocateurs, et le lecteur peut s'essayer à deviner leur caractère. Cela devient presque un rituel, un jeu: dès que lecteur voit un adjectif anglais avec une majuscule, il devine qu'il est question d'un chat. Sans qu'il soit nécessaire de le préciser d'emblée.

 

Là-dedans, Dust revient, toujours en prise à ses anciens démons. Deux deuils l'accompagnent. Il y a celui de Healer le cheval, d'abord, amené dès le début du roman, en des lignes où chaque détail contribue à une ambiance poignante: un oiseau qui chante, le soleil dans les crins du cheval mort. Et puis il y a le décès d'Enrique, compagnon et amant de Dust - c'est que Dust est attiré tant par les hommes que par les femmes. Une information du shérif va raviver cette plaie... parallèlement, la soif de liberté de Dust sera remise en cause par une information importante: une femme du ranch est enceinte de ses oeuvres.

 

Autant dire que les caractères vont se frotter à l'envi. Il y a quelques scènes de western éclatantes dans "Dust Tome II", à l'instar de la vengeance de Dust à l'encontre de ceux qui ont tué Enrique: Dust fait justice lui-même là où Spike se montre réticent à intervenir. Le plus souvent, toutefois, l'auteur privilégie une peinture sensible et nuancée des relations entre les personnes. Elle a le chic pour trouver un geste, une attitude qui trahissent une émotion, une colère, une passion violente. Et face à tout cela, Dust devra préserver un équilibre, avec le soutien d'un entourage bien présent tout au long du laps de temps décrit dans "Dust Tome II". Le grain de poussière va-t-il reprendre la route, quitter le ranch où les siens l'accueillent?...

 

Gwénaëlle Kempter, Dust Tome II, publié en autoédition. Pour passer commande, sur Lulu.com.

 

Merci à Gwénaëlle Kempter de m'avoir fait parvenir "Dust Tome II", ainsi que "De la Brûlure à la Lumière", que je me réjouis de découvrir.

 

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2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 21:46

hebergement imagesC'est à l'automne 2013 qu'au terme d'un bon repas au Primo Piano à Bienne, l'éditeur et poète suisse Patrick Amstutz (un de ses poèmes est ici, un autre ) me parle de son projet de publier un ouvrage collectif sur la ville de Bienne, à l'occasion des dix ans de l'Association pour une collection d'études littéraires - ce serait le vingtième opus de la collection du Cippe, qu'il anime. Il me propose d'écrire un poème. Et une idée m'est venue, que j'ai partagée illico...

 

J'ai pu la concrétiser quelque temps plus tard, à l'occasion d'un jour de congé. J'avoue avoir pris du plaisir à passer la matinée du 1er août 2014 dans cette salle d'attente, à observer ces oeuvres d'un autre temps (elles datent de 1923), qui parlent de sujets humains de toujours, puis à affûter rimes et alexandrins afin de les évoquer sous la forme de quatre sonnets.

 

Et le projet éditorial a pris forme concrète. Intitulé "Dans les pas de Walser, sur les traces de Rousseau... Cippe à Bienne", le livre dont vous voyez la couverture ici même a été présenté au public samedi soir à la bibliothèque de la ville de Bienne. J'ai eu l'occasion de le découvrir sur place, et d'y retrouver les quatre sonnets que j'ai rédigés pour l'occasion sur les quatre fresques de Philippe Robert qui ornent la salle d'attente historique de la gare de Bienne.

 

Il y a de belles plumes dans ce recueil, que je ne peux que vous recommander. On y croise des poètes et auteurs français tels que Laurent Fourcaut ou Jean-Baptiste Para, mais aussi des écrivains romands tels que Laure Mi Hyun Croset, Aude Seigne (que j'évoquais ici), Quentin Mouron, Noëlle Revaz, Daniel Mariano ou Isabelle Flükiger, ou encore auteurs de grande proximité tels que Thierry Luterbacher ou Jean-Pierre Rochat.

 

Poésie, nouvelle, réflexion, oeuvres d'art: le lecteur trouvera les expressions d'une soixantaine de sensibilités, littéraires mais aussi picturales. Elles reflètent une certaine vision de la Bienne d'aujourd'hui - et c'est à Patrick Amstutz, animateur de ce projet, que revient le mérite d'avoir constitué ce florilège qui permettra à tout un chacun de découvrir Bienne autrement.

 

Collectif, Dans les pas de Walser, sur les traces de Rousseau... Cippe à Bienne, Bienne, Infolio/Le Cippe, 2015.

Pour commander un exemplaire, c'est ici!

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